‹ Manuel d'instruction laique [microform]Chapitre 44 sur 47 · La récompense et le châtiment n'existent-ils point · texte numérisé non relu

La récompense et le châtiment n'existent-ils point

R. — Si, la récompense et le châtiment existent. Cest en lui-même^ et vis-à-vis de ses semblables, que l'homme trouve la récompense ou le châtiment de ses pensées et de ses actions. Socrate disait : « Je prétends que quiconque est honnête et vertueux, soit homme, soit femme, est heureux, et que quiconque est injuste ou méchant, est malheureux. » EnOn Cicéron s'écrie : « Je préte^ids et soutiens que tout ce qu'on fait de bien, est de soi-même la récompense du bien qu'on fait. »

Q. — L'homme qui se juge bon d'après sa propre conscience doit-il demeurer indifférent au jugement do ses semblables?

R. — Non, car l'homme peut se tromper plus facilement, étant seul, que les autres hommes avec lesquels il vit, qui sont nombreux; s'il paraît au grand jour, sans hypocrisie, avec sa nature, il trouvera toujours des hommes justes pour censurer sa conduite ou dévoiler ses torts et admirer ses vertus, et Vestime des gens de bien sera pour lui une haute récompense.

Q. — Où le coupable trouve-t-il son châtiment?

R. — Quand on manque « à la raison et à la justice, » dit Thiers(i) « on rencontre bientôt ici-bas un juste châtiment, » mais ce châtiment n'est pas uniquement dans les peines que la Société, qui a besoin de se protéger, vous inflige, il est encore dans les remords qui

accablent la conscience du coupable. Juvénal(i) dit : « Le premier châtiment du coupable est de ne pouvoir s'absoudre au tribunal de sa conscience. » Sénèque : «Le châtiment du crime est dans le crime même. » Maxime de Tyr(2) a dit : « Le plus dur châtiment du méchant est sa méchanceté même. » Enfin nous trouvons dans Bulwer-Lytton (3) que : « il n'y a pas d'angoisse comparable à celle que nous fait éprouver une faute dont nous sommes honteux. »

Q, Mais la conscience du coupable est souvent inaccessible aux remords?

R. — Et le plus grand des châtiments est alors cette insensibilité même, et celui qui est dans cet état est puni dans l'horreur qu'il inspire à ses semblables, dans les justes douleurs qu'ils lui infligent; l'homme sans remords est regardé comme un animal immonde; il meurt retranché de la société des hommes après avoir supporté le poids de leurs colères et sans jamais avoir excité la compassion, tandis que l'homme juste meurt entouré de la considération générale et que son nom prononcé avec vénération est donné comme un exemple par les générations qui se succèdent éternellement.

(1) Juvénal, poète satirique latin né vers 42 de notre ère.

(2) Maxime de Tyr, philosophe platonicien qui compte parmi

les plus illustres du IP siècle.

(3) Bulwer-Lytton, publiciste anglais contemporain, dans les romans duquel on trouve, de temps en temps, quelques pensées philosophiques.

FTN

(1) Thiers, né à Marseille, le 16 avril 1796, mort en 1877. Homme politique et historien contemporain.

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