‹ Manuel d'instruction laique [microform]Chapitre 7 sur 47 · DU CHRISTIANISME. — SON DÉVELOPPEMENT · texte numérisé non relu

DU CHRISTIANISME. — SON DÉVELOPPEMENT

Q. — OÙ le christianisme fit-il son apparition?

R. — En Palestine, étroite bande de la terre d'Arabie sur le littoral méditerranéen, où se trouvait alors le petit peuple hébreu.

Q, — Les Israélites reconnurent-ils Jésus comme le Messie promis par les prophètes?

R. — Non, les hébreux attendent encore le Messie.

Q. — Personnellement, Jésus ne trouva donc pas d'adeptes parmi ceux de sa nation?

R^ — Si^ mais en nombre très restreint et dans les dernières couches de la société (1).

Q, — Ces adeptes acceptèrent-ils Jésus tel qu'il se

donna?

R. — Non, les judéo-chrétiens subirent à l'égard de* Jésus des divergences plus ou moins grandes d'opinion. Ils ne l'admettaient pas sans discussion, mais à toutes les questions embarrassantes Jésus se taisait ou il répondait obscurément. On se demandait ce qu'il apportait au monde et on ne savait que répondre.

(1) Ce qui le prouve bien, c'est que lors de la condamnation de Jésus personne parmi le peuple ne fait entendre un cri en sa faveur. Évidemment le peuple s'est arrêté à entendre sa parole et à la discuter, mais Jésus ne s'est formé aucun parti; s'U s'en était formé un, sa mort eût causé au moins une émotion populaire tandis qu'on la regarda indifféremment. Jésus a autour de lui le petit groupe de ses apôtres, c'est tout, et ceux-ci ont si peur de leur isolement et savent si bien qu'ils n'ont, aucun appui à attendre du peuple, qu'ils abandonnent Jésus et se cachent au dernier moment. — Renan ne parle pas autrement des prosélytes de Jésus que comme d'une petite famille. Après la mort de Jésus, il y a tout au plus cinq cents personnes u groupées autour de son souvenir. »

MANUEL D INSTRUCTION LAÏOUK

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Q. — Comment se fit-il donc que le christianisme put prendre de l'extension?

R. — En franchissant les limites de la Judée dans laquelle il serait resté une pauvre petite secte juive.

Q. — Comment se propagea la religion nouvelle?

R. -— Par la prédication.

Q. — De quelle façon se faisait cette prédication?

R. — Elle se faisait obscurément, dans des réunions intimes où les apôtres exposaient leurs idées et leurs rêves et commentaient, dans le sens qui leur était le plus cher, les paroles qu'ils avaient entendues de la bouche du Christ (i).

Q. — Dans quelle partie de la population les apôtres recrutaient-ils leurs auditeurs?

(1) II est utile d'insister sur ce sujet. On se représente ordinairement les apôtres prêchant à la foule assemblée sur les places publiques tandis qu'ils tenaient plutôt des sortes de conversations entre eux ou avec ceux qui peu à peu croyaient que Jésus était le messie promis.

Les apôtres étaient, autant qu'on peut Tétre, petits, étroits et inexpérimentés, mais il menaient cette vie déjeune et d'austérité, »ls avaient cette sobriété syrienne, qui, si elle produit la faiblesse physique, produit aussi Texaltation nerveuse. Ils vivaient dans leur imagination, ils crurent à ce qu'ils imaginèrent, notamment à la résurrection du Christ et la donnèrent comme vraie. Ils mirent une foi réelle en leur maître au service de la parole ({ui le divinisait.

Les femmes aussi eurent leur part dans la fondation du christianisme. Ce furent elles qui découvrirent le tombeau vide et Marie de Magdala, Marie Cléophas, Jeanne, Suzanne, les premièies s'écrièrent qu'elles avaient vu l'ange au bord du sépulcre et que Jésus était remonté au ciel. Elles jouirent des apparitions de Jésus lorsqu'elles retournèrent en Galilée avec les apôtres pour revoir les endroits où ils avaient vécu, tous, avec Jésus. Ces femmes meurent avec la tradition galiléenne. Saint Paul ne les connaît pas. Elle ne reparaissent qu'au moyen âge, quand l'Église veut arracher la femme de l'état de brutalité où elle la tenue jusqu'alors.

R. Parmi les juifs hellénistes (1) et les essé-

niens (2).

Q. — Qu était-ce que les juifs hellénistes?

R. — C'étaient les juifs qui employaient la langue grecque dans leurs prières et lisaient la Bible en grec (3), tandis que les autres juifs (juifs hébreux), ne se servaient que du texte hébreu.

Q. Qu'était-ce que les esséniens?

R. — Les esséniens formaient une secte communiste à laquelle Jésus appartenait probablement (4).

(1) Jérusalem était une ville essentiellement polyglotte. Les juifs pur-s les pharisiens, qui lisaient la Bible dans le texte hébreu, parlaient l'araméen ou une sorte de dialecte palestinien qui s'y rattachait (l'hébreu était le syro-chaldaïque) ; ils étaient hostiles aux juifs parlant la langue du commerce, le grec, parmi lesquels il y avait beaucoup d'étrangers seulement affiliés au judaïsme, qui venaient de Syrie, d'Asie Mineure, d'Egypte et do Cyràne. Jésus parlait araméen. Ses^comua gnons étaient des Hébreux purs, mais ils parlaient un dialecte qui n'eût point été compris à quatre lieues de Jérusalem, et ce furent des prosélytes plus instruits que les premiers apôtres qui se chargèrent de prêcher au loin la religion nouvelle.

(2) Nous établissons, en séparant les esséniens de l'élément helléniste, une distinction beaucoup trop arbitraire, les esséniens devant entrer en grande partie dans l'élément gréco-judaïque. .

(3) Ils avaient beaucoup adouci la Bible en la traduisant, ce fut une raison de plus pour qu'ils se rapprochassent des apôtres qui inclinaient vers une religion pleine de mansuétude. Ils appartenaient à la classe laborieuse et commerçante de la nation et étaient hostiles aux riches, aux pharisiens, et disposés, en conséquence, à prendre parti pour une secte qui s'élevait contre

ces derniers. . -^ . • ^

(4) Lorsque Jésus se donna sa mission, les juifs étaient partagés en trois sectes : les pharisiens, les sadducéens et les esséniens.

Les pharisiens composaient la classe riche, savante, patriote, ayant en horreur le joug romain, et attendant impatiemment

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Q. — Les prosélytes hellénistes furent-ils nombreux en Judée?

un roi qui les délivrât de Tétran^er. Cette secte ne fournit point de prosélytes à Jésus, et il n^ a qu'à ouvrir le Nouveau-Testament pour voir combien celui-ci lui était hostile.

Les sadducéens étaient les ambitieux, les habiles, les sceptiques. Ils voulaient parvenir aux charges publiques et religieuses, amasser de la fortune ; ils étaient au mieux avec Tautorité romaine et ils n'écoutèrent trop la parole de Jésus que pour la condamner.

Ce fut la secte des esséniens qui fournit le plus de prosélytes à Jésus. Les esséniens étaient les pauvres et les déshérités. Ils croyaient à la vie future, à un séjour fortuné, à un enfer; ils pratiquaient la communauté des biens; ils avaient adopté l'uniformité dans le costume; ils menaient une vie frugale; ils méprisaient les femmes et admettaient la passivité mystique. Ils étaient imbus, on le voit, des religions des hindous. Les esséniens faisaient beaucoup de propagande pour leurs idées. Jean- Baptiste le Précurseur prêchait d'après les idées esséniennes, mais la violence de son tempérament le fit jetei* en prison par ordre duTétrarque de Galilée. Jésus lui succéda. Après Jésus, il semble que les esséniens se confondent avec les chrétiens; on n'en retrouve plus trace nulle part, car Eusèbe de Césarée nous donne les esséniens d'Egypte ou Térapeutes comme des chrétiens convertis par saint Marc.

La secte est peu nombreuse; peu nombreux, ainsi qu'on l'a vu plus haut, sont les chrétiens. On ignore même en Judée qu'il y ait des chrétiens, ce terme, ainsi qu'on le verra plus loin, étant parti d'Antioche. Peut-être les esséniens les couvrent-ils de leur nom et le gros du public ignore-t-il qu'un petit groupe d'amis est en train d'inventer une divinité nouvelle. €e qui est certain, c'est que dans la guerre que les Romains firent en Galilée, en Pérée, en Samarie et en Judée, guerre qui dura plus de trois ans, ils ne signalèrent nulle part les traces de la religion de Jésus, à moins qu'on ne prenne pour chrétiens les forcenés qui hâtèrent, par leurs divisions intestines, la prise de Jérusalem par Titus (TO et 71). Trajan, en Pan 110, ne paraît pas connaître les chrétiens, ainsi que le prouve sa lettre au gouverneur de Bythinie, Pline-le-Jeune.

R. — Leur nombre dut finir par s'élever à quelques

milliers, q; — Est-ce par eux que la religion nouvelle sortit

de la Palestine?

R. — En grande partie, par les relations qu'ils avaientaveclespeuples voisins, relations qu'ils ne pouvaient guère avoir sans communiquer aux autres la parole nouvelle qu'ils recevaient chez eux.

Q. — Qui aida le plus à la diffusion de la religion qui allait tirer son nom du Christ?

R. — Saint Paul.

Q. — Qu'est-ce que saint Paul?

R. — Un apôtre.

Q. Saint Paul était-il apôtre à l'égal des autres, de Jacques, Pierre et Jean, par exemple?

R. — Non, parce que saint Paul n'avait pas reçu la parole directement du maître et qu'il ne se voua à la religion nouvelle qu'après la mort de Jésus ; pour ces raisons les autres apôtres le regardaient comme inférieur à eux-mêmes qui avaient été les compagnons du

Christ (i).

Q. — La prédication de Paul ressembla-t-elle à celle

des autres apôtres ?

li. — Non. Les compagnons de Jésus se contentaient

de répéter les faits et gestes de leur maître arrangés parleur imagination, tandis que saint Paul, se plaçant hardiment dans le domaine psychologique, considéra l'âme dans ses rapports avec Dieu et donna à la religion son caractère d'uni versalisme en établissant que Jésus n'était pas mort uniquement pour les Juifs mais aussi

(1) Paul ou Saul fut môme un des persécuteurs les plus archarnés des premiers chrétiens. Il prit part à la lapidation d'Etienne.

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pour les païens. C'est pour cela qu'on dit, avec assez de justesse, que saint Paul est le véritable fondateur du ^ christianisme.

Q. — Les autres apôtres approuvèrent-ils la prédication de Paul.

R. — Non, les autres apôtres refusèrent d'admettre que Jésus fut mort pour les gentils et qu'on put devenir chrétien si l'on n'était pas juif.

Q. — Quel résultat des opinions aussi opposées produisirent-elles? - *'

R. — Le résultat fut qu'une grande querelle s'éleva au sein de l'Église, moins de vingt ans après la mort du Christ.

Q. — Comment s'apaisa cette querelle?

- R. ~ Les apôtres et quelques fidèles se réunirent pour discuter les opinions que Paul défendait, principaiement contre Pierre et Jean, et ils donnèrent raison à Paul. C'est cette réunion qu'on a nommée le premier concile de Jérusalem.

Q. — Ce premier des conciles décida donc que, sui^ vaut les idées de Paul, les païens seraient admis dans l'Église?

R. — Oui, on déclara que les païens seraient reçus ^ dans l'Eglise, à condition qu'ils promissent de ne plus participer au culte des autres dieux, de n'assister à aucun festin où seraient servies des viandes offertes aux idoles, et de s'abstenir des mets dans lesquels entrerait le sang et la chair des animaux étouffés.

Q. — Ces conditions n'étaienl-elles pas les conditions imposées pour être reçu dans la Synagogue?

R. — Oui, moins la circoncision.

Q. — La circoncision ne fut elle plus exigée pour entrer dans l'Église?

R. — Si, elle fut toujours exigée pour les juifs, mais

les gentils ne furent pas obligés à se faire circoncire pour devenir chrétiens.

Q. — Ces prescriptions restèrent-elles longtemps en vigueur dans l'Église?

R. — Oui.

Q. — Comment les appelait-on?

R. — Les principes noachiques, parce qu'elles passaient pour être en usage depuis Noé.

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