Que produisit le maintien des principes noachiques
R. — Que cette opinion des Ebionites (1) et des Nazaréens (2) se trouva accréditée que Jésus n'avait rien de divin, que c'était un simple prophète et que la loi de Moïse devait continuer à être observée (3).
Q. — Quelle conséquence tirez -vous de ces détails?
R. — Que Jésus ne donna de loi aucune.
Q. — L'apôtre Paul est-il le seul à avoir émis une théorie fondamentale du christianisme?
R. — Non; durant des siècles beaucoup contribuent à fonder le christianisme qui cependant ne lui forment aucune doctrine positive. Un autre apôtre, Jean, lit, ou plutôt fut fait par ses disciplgs, le chef des tendances mystiques et contemplatives de la religion nouvelle.
Q. — Les premiers sectateurs de Jésus entrent-ils dans ces disti)ictions métaphysiques?
R. — Les premiers sectateurs de Jésus ne se livrent
(1) Ebionites, mot hébreu qui si^ailie pauvre, humble.
(2) Nazaréens, nom donné aux premiers sectateurs de Jésus qui avait habité Nazareth.
(3) Les ebionites et les nazaréens étaient des Hébreux lisant la Bible en hébreu. On ne combattit pas d'aboi^d ces sectes. Justin les traite avec douceur, mais bientôt Irénée se montre plus sévère, et Épiphane les classe définitivement parmi les hérésies.
MANUEL d'instruction LAÏQUK
point à tant de distinctions, métaphysiques (1) ou autres ; tout se réduit à ceci : ils acceptent Jésus comme le Messie promis, sMls sont juifs, et, s'ils sont païens, ils prennent la religion nouvelle comme une communauté qui leur assure une existence moins isolée et plus régulière (2). ^
Q. — Où se trouvèrent les premiers chrétiens, en dehors de la Palestine?
R. — Les premiers chrétiens se trouvèrent nécessairement près des frontières de la Palestine; ce fut c^ez les Syriens.
Q. — Où Paul accomplit-il sa première mission? R. — A Damas (3).
Q. — Quelle ville devint à cette époque (4) le foyer le plus important du christianisme?
R- — Antioche (5).
(1) Ce qui a rapport à l'être.
JZ!:V^''Z^'''"'^^ ^'^' '^ P'^^^^P^' 1^ communisme, il s'adressa de préférence aux dernières classes sociales dans lesquelles Il est plus facile de faire des adeptes et on peut sefigt
rjjrr o h" '^'' "^"'^ ' '^^^^^^ ^^ - P^^^ ^- ^^ virent naître, combien de pauvres orientaux, sobres, n'ayant besoin
que de peu de nourriture et aimant la vie paresseuse et contr plative, se trouvèrent heureux de recevoir par la comm^nau^ des biens, une part de ce que les autres possédaient et apportaxent aux apôtres pour être partagé. Ils réalisaient ainsi leur désir le plus cher : vivre sans s'occuper de la vie et rêver!
(3) On sait que c'est sur la route de Damas que Paul, pris d un de ces accès de fièvre fréquents en ces contrées, cru îoir
ltZZ7r^^^^^ V'' "^^ ' I>amas pour persécuter les pai tisane du Christ qu'il y pourrait trouver et on le vit propager
lyeligion dont il devenait le principal fondateur. L'apparitfon du Christ à Paul, que Renan explique parunacc^sde fièvre fut peut^être tout simplement la vision du rôle que saint Pau pouvait jouer en changeant d'opinion, et il le joua
(4) Vers Tan 44.
(5) Damas, Antioche, étaient alors de grandes villes, riches
Q. — Est-ce d'Antioche que partirent les premières grandes missions?
R. — Oui, c'est d'Antioche que partirent Paul, Barnabe et Jean-Marc pour convertir le monde (1) à ce qui dès lors s'appela le christianisme (2).
Q. — Qu'entendez-vous en disant que ces missionnaires allaient convertir le monde?
en monuments, dont les habitants possédaient de grandes fortunes et oii tous les plaisirs étaient goûtés.
(1) Barnabe fonda l'Église d'Antioche et convertit beaucoup d'habitants à la foi en Jésus. Barnabe ramena, dans un voyage qu'il fit à Jérusalem, Jean-Marc (qui avait été le disciple chéri de Pierre) et Paul (qui vivait dans la retraite) à Antioche; ce fut à eux trois qu'ils organisèrent les missions.
(2) Renan parlant d' Antioche, oii la secte eut pour la première fois conscience d'elle-même, ajoute : « Ce fut dans cette ville qu'elle reçut un nom distinct. Jusque-là, les adhérents s'étaient appelés entre eux « les croyants », les « fidèles », les « saints », les « frères », les « disciples »; mais il n'y avait pas de nom officiel et public pour les désigner. C'est à Antioche que le nom de Chrislidnus fut formé. La terminaison en est latine et non grecque, ce qui semble indiquer qu'il fut créé par l'auiorité romaine, comme appellation de police, de même que herodiani, pompeiani^ cœsariani. Il est certain, en tous cas, qu'un tel nom fut formé par la population païenne. Il renfermait un malentendu ; car il supposait que Christus^ traduction de Thébreu- Maschiah (le Messie), était un nom propre. Plusieurs, même de ceux qui étaient peu au courant des idées juives ou chrétiennes, devaient être amenés par ce nom à croire que Christus ou CJirestus était un chef de parti encore vivant. La prononciation vulgaire était, en efl'et, christiani.
Les juifs, en tous cas, n'adoptèrent pas, au moins d'une façon suivie, le nom donné par les Romains à leurs coreligionnaires schismatiques Ils continuèrent d'appeler les nouveaux sectaires « nazaréens w, ou « Dazoréens », sans doute parce qu'ils avaient l'habitude d'appeler Jésus Han-nasri ou Han-nosri, « le Nazaréen ». Ce nom a prévalu jusqu'à nos jours dans tout l'Orient. »
so
R. — Le Monde, c'est-à-dire TEmpire romain qui embrassait une grande partie du monde connu, et qui, par son unité, allait permettre au christianisme, dès qu'il serait maître du centre, de couler par toutes les artères de l'organisation de l'Empire et d'inonder le monde romain de ses doctrines.
Q. — Sur quelles sortes de gens la propagande chrétienne put-elle s'exercer à Rome?
R. — Les riches ne pouvant accepter une religion qui professait le mépris de la famille, de la société et de la propriété, la prédication apostolique de Paul et de ses successeurs n'eut d'action, à Rome comme à Jérusalem, que sur les pauvres et les humbles, sur les petites gens, les gens de rien (1).
Saint Paul n'était écouté, à Rome, que parles plus pauvres
et les plus humbles.
(1) Les progrès du christianisme dans ces classes étaient tout naturels. Il venait opposer une autorité morale à une Ibrce matérielle. Il eût été étonnant qu'il trouvât d'abord ua appui auprès des puissances dont il venait siper le pouvoir, mais il eût été non moins singulier qu'il ne fut pas entendu des faiblrs auxquels il apportait la force d'une association pour résister aux grands. Les esclaves furent jusqu'à croire que l'Église les délivrait, et il ne furent désabusés tout à fait que le jour où le christianif?me entra dans la voie des honneurs.
MANUEL d'instruction LAÏQUE Si
Q. ~ L'autorité romaine se montra-t-elle immédialement hostile aux chrétiens?
R. — Non, car elle ne les connut pas. Pendant longtemps, à Rome, on ue distingue pas le chrétien du juif (1).
Q. — Vers quelle année les empereurs se montrentils hostiles à la secte nouvelle ?
R. - Ce fut vers l'an 170 que les empereurs combattirent le système de la religion révélée comme de nature à amener la fin de l'humanité.
0. — Qui attira l'attention sur les chrétiens? R. — Les associations qu'ils formèrent. L'empire romain n'admettait l'association ni dans l'État, ni en dehors de l'Etat. Si la confrérie chrétienne avec ses repas de corps est d'abord tolérée, c'est qu'on la prend pour un collège n'ayant d'autre but que de veiller à 1 inhumation de ses morts (2). Aussitôt que la secte fut
(1) Néron lui-même, tant calomnié par les chrétiens, ne parait pas les avoir connus. Tibère expulse les juifs et les É-vdtiens et ne parle pas des chrétiens. "
(2) Rome était TÉtat laïque par excellence et c'est pour cela qu elle a été si grande et qu'elle est restée le modèle de toutes les sociétés modernes qu'elle domine encore de ses lois. L'empire est hostile à la théocratie, et si les cultes jouissent tous de la plus grande liberté, sil n'y a point à Rome, comme à Athèn^, d accusations d'impiété, il n'entend pas qu'ils empiètent sur le domaine civil, il n'entend pas que, sous le couvert de la religion ou un autre, il se forme une association, qui paraîtrait devantlaloi romaine un État dans l'État. Déjà 186 av. J., sous la République, les principes de la loi romaine contre les confréries avaient été promulgués à propos des saturnales. On ne visait pomt alors le christianisme. Maints cultes avaient été proscrits avant qu'on pût songer à la secte chrétienne, cultes qui, il est vrai, si l'on en croit Suétone et Dion Cassius, avaient repara quelque temps après.
On veillait donc avec un soin jaloux sur toutes les associations. Elles avaient besoin pour exister d'une autorisation préa-
mieux connue, on put constater son caractère illégal et on la frappa avec la loi romaine (1).
lable. et un décret établissait que les collèges ne pouvaient se ' réunir qu'une fois par mois et pour s'occuper uniquement de la sépulture des membres défunts.
Malgré les peines sévères qu'on encourait, ces associations
étaient fort recherchées de toutes les petites gens qui n'avaient
point de famille, de foyer, des femmes surtout. On voit que le
terrain était préparé pour la confrérie chrétienne.
(1) N'oublions jamais ceci, que, contrairement aux assertions
nombreuses des chrétiens, .
on ne les persécuta pas.
On n'inventa pas pour eux des supplices. On ne sortit point de la légalité en les décapitant, en les brûlant, en les donnant en pâture aux bétes fauves du cirque. C'étaient là dea peines édictées par la loi romaine contre les criminels et les malfaiteurs quels qu'ils fussent.
Quant à la façon dont les chrétiens se comportaient dans les supplices, cela n'a rien d'extraordinaire. La bravoure dans le danger, lorsque ce danger vous menace dans des moments d'exaltation, ou, si l'on veut, de folie, est très commune. Lorsqu'un groupe d'hommes subit un certain courant d'idées et d'impressions, ce qui est rare, ce sont les dé* faillances. De nos jours,
Les chrétiens qui contrevinrent à la lui romaine furent frappas avec la loi.
en 1853, n'avons-nous pas vu une sorte de panthéiste apocalyptique, le Bàb, fanatiser de nombreux Persans? Les sup-
Q. — La conduite des chrétiens n'était-elle pas faite pour porteries romainsà la tolérance, àlabonté,àlaclémence?
R. — Pas le moins du monde. Les chrétiens se faisaient forts de leur association pour professer des sentiments de révolte contre les classes de la société autres que la leur Ilspratiquaientun communisme qui étaitla négation même du foyer domestique si honoré à Rome. Leurs repas de corps ou agapes dégénérèrent vite en un honteux concubinage. En les voyant tourner toutes choses en ridicule, fronder les lois, mépriser tout ce qui rattache à la vie, lés romains disaient d'eux qu'ils avaient le genre humain en horreur.
Lps agapes dos prcmiftrs chrétiens étaient des orgies.
pliees qu'on infligea aux bâbistes furent bien pires que ceux qui avaient été infligés aux chrétiens. Après les avoir torturés, on leur mettait une mèche soufrée et allumée dans les plaies saignantes, et hommes, femmes, enfants, marchaient ainsi, brave-" ment, en chantant, jusqu'au lieu oîi ils devaient mourir et où la poitrine du père était quelquefois le billot sur lequel on tranchait la tête du fils. Il n'y avait pas un renégat parmi eux. En France, sans parler des guerres religieuses dans lesquelles l'exaltation est toujours plus grande que dans les périodes guerrières et révolutionnaires, n'a-t-on pas vu des milliers d'indivi- ^ dus mourir toujours avec courage, tandis qu'on pourrait cite les exemples de défaillance et de lâcheté?
0* — C'est donc à tort qu'on nous présente comme un âge d'or pour les nouveaux sectaires les premiers temps du christianisme?
R. — Certainement. Dès les premiers temps du christianisme le peuple chrétien ne vaut pas mieux que le peuple des gentils. Les chrétiens ne croient même pas à l'immortalité de l'âme, car, comme le dit saint Clément d'Alexandrie : « ils la méconnaissent et l'outragent. Mangeons et buvons, disent-ils, car nous mourrons demain. » TerluUien (1) avoue que, de son temps, les chrétiens méritaient ce reproche des païens, d'être « en fait d'avarice, de débauche et d'improbité les plus méchants des hommes (2). »
Q. — Comment donc une religion si réprouvée putelle s'étendre?
R. — En perdant, en tant que religion sociale, son caractère primitif.
Q. — De quelle façon?
' R, — Si le christianisme était resté communiste, il se serait dissipé de la même façon que l'essénisme avait disparu. La religion chrétienne primitive ne pou- Ci) Quintus Septimius Florens Tertullianus, né à Carthage en 160, mort en 240. Dans son Livre des prescriptions^ il déclare qu'on ne doit plus avoir de curiosité après les recherches de l'Évangile, qu'on doit même faire profession de croire qu'il rCy a plus rien à croire, axiome que TÉglise a pieusement recueilli, bien qu'elle ait rejeté Tertullien qui, à la suite des Montanistes, faisait Tàme corporelle, réhabilitait la matière, la sanctifiait et en faisait le type de toute existence et de toute réalité.
(2) Saint Cyprien, évêque de Carthage, et Eusèbe, ont, pour les premiers chrétiens, des paroles plus écrasantes encore. Qu'on ne nous présente donc pas les premiers chrétiens comme des modèles de vertu et de pureté évangélique, puisque évangélique il y a.
vait, ainsi que la judaïque, s'adresser qu'à un nombre restreint de fidèles. Les prôtres chrétiens s'aperçurent bientôt qu'ils devaient ou périr ou s'accommoder de l'humanité, et ils choisirent ce dernier parti. Lorsque Constantin, couvert du sang de son frère, de son fils et de sa femme, jeta les yeux sur le monothéisme chrétien pour remplacer le polythéisme expirant, les
Les évêqnes offrent Teucens à Constantin souillé de tous les crimes.
successeurs des apôtres se hâtèrent de lui offrir l'encens et le titre d'évêque extérieur (1), et ils entrèrent dans l'Etat.
(1) Cependant, comme l'on avait divinisé Auguste, Constantin se faisait adorer comme César dans les derniers temples du paganisme. Il est bon d'ajouter qu'Auguste réunissait dans les mains des Césars le pouvoir spirituel et le temporel, qu'il était le chef de la religion, le grand pontife, et que si on Tadorait il n'y avait pas plus de mal qu'à placer aujourd'hui la
Q^ — Que devint le christianisme à partir de Constantin?
R. — A dater de l'heure où elle s'allia au pouvoir civil et constitua une théocratie, l'Église, ainsi que le dit saint Jérôme (1) : « devint plus grande en puissance et en richesse, mais elle s'amoindrit en vertu. » Dès cette heure, embrasser le christianisme ne fut plus s'exposer aux châtiments et à la mort, ce fut acquérir les honneurs et les richesses. Alors on vit les fortu-nés et les puissants entrer dans le sanctuaire et les pauvres s'en retirer. Pour avoir les gens de rien, Constantin, après s'en être expliqué au concile de Nicée, dut les acheter vingt pièces d'or et une robe blanche (2). Dès lors, on n'eut plus à enregistrer, selon la parole d'Eusèbe, que a l'hypocrisie indescriptible des chrétiens, » ce qui d'ailleurs ne faisait que donner un caractère plus général à ce qu'on avait dit de la secte chrétienne, à Rome, dès ses commencements.