‹ Manuel d'instructions et de prièresChapitre 17 sur 89 · MA^CKL · texte numérisé non relu

MA^CKL

pendant tant d'années, la paroisse de Notre-Dame-des- Victoires avait vu s'éteindre dans son sein presque tout sentiment, presque toute idée religieuse; son église était déserte, même aux jours des plus grandes solennités; les sacrements, les pratiques religieuses étaient abandonnés, rien ne semblait devoir mettre un terme à ce déplorable état, qui avait déjà dix années d'existence, quand tout à coup la miséricoHe divine éclate, et la grâce du Seigneur vient féconder un désert frappé de la plus afireuse stérilité.

Le troisième dimanche de FAvent, 1 1 décembre 1836, nous annonçâmes au prône de notre grand'messe, que le soir à sept heures nous célébrerions un ofGce de dévotion pour implorer de la miséricorde divine, par la protection du Cœur de Marie, la grâce de la conversion des pécheurs. Nous exhortâmes les assistants à y venir. 11 y avait si peu de monde présent, et, dans ce petit nopbre, tant qui ne pourraient pas y venir, que nous n'attendions pas un grand résultat de cette convocation. Nous n'avions pas même la ressource d'espérer que la nouvelle s'en répandrait au dehors ; car dans cette paroisse, où l'on ne parle que d'argent et de plaisirs, jamais on ne s'entretenait dans les familles de ce qui se passait ou se disait à l'église. Nous descendîmes de chaire inquiet et affligé. La divine bonté daigna relever notre courage abattu. Nous fûmes suivis en rentrant dans la sacristie par deux négociants, pères de famille, nos paroissiens, que nous n'avions guère l'habitude de voir à l'église. Tous deux nous proposèrent d^entendre leur confession, tous deux ont persévéré, et sont aujourd'hui des chrétiens édifiants. Voilà nos premières conquêtes, et c'est par elles que la miséricorde divine préludait aux grâces innombrables et prodijteuses gabelle nous destinait.

m L^AHCHIGOMFRimiB. 9

Pendant tout le jour nous flottions entre la crainte, rinqoiétude et quelques lueurs d'espérance; nous calculions ce que nous pourrions avoir de fidèles à Toffice; nous n'osions pas pousser nos conjectures au delà des nombres cinquante ou soixante, et voilà qu'à sept heures du soir nous trouvons dans Féglise une réunion de quatre à cinq cents personnes. Jamais, excepté aux offices de Noël et de Pâques, nous n'en avions vu autant. Et dans cette assistance, un nombre considérable d'hommes. Qui les avait amenés? La plupart ne savaient pas de quoi il s'agissait. Peut-être la surprise devoir l'cglise ouverte contre l'usage à une heure aussi tardive.

Les vêpres de la sainte Vierge furent entendues avec tranquillité, mais avec indifférence. On ne savait pas pourquoi on était là. Elles furent suivies d'une instruction explicative des motifs et du but de la réunion, qui fat écoutée avec attention et recueillement. L'impression qu'elle avait faite se manifesta bientôt ; car cette ftnile de fidèles qui n'avait point semblé prendre part à TofiGce des vêpres, chanta avec sentiment et effusion de cœur les prières du salut. 11 y eut surtout un redou* blement d'ardeur pendant les litanies au chant de l'invocation, Refugium peccatorum, qui fut spontanément chanté trois fois, au Parce Domine. Nous étions à genoux devant le Très-Saint Sacrement. A ces cris de rqpentir et d'amour, notre cœur tressaillit de joie ; nous levâmes nos yeux baignés de larmes vers l'image de Marie, et nous osâmes lui dire : « 0 ma bonne « mère! vous les entendez ces cris de l'amour et de la « confiance ; vous les sauverez ces pauvres pécheurs € qui vous appellent leur refuge. 0 Marie! adoptez c cette pieuse association ; donnez-m'en pour signe la c conversion de M. Joly; j'irai demain chez lui en « votre nom. d >

12 MAmiSL

confier nos espérances ne les partageaient pas; ils peu saient bien que quelques âmes ferventes s'uniraient l nous; ils prévoyaient que nous pourrions avoir uni centaine d'associés ; et nous-même , dans Texaltatioi de notre espérance, nous ne croyions pas aller beau* coup au delà.

L'ouverture du registre de FÂssociation eut lieu comme Mgr l'Archevêque de Paris l'avait ordonné , h 12 janvier. Dix jours après, deux cent quatorze associés étaient inscrits, presque tous habitant la paroisse. C'était déjà beaucoup plus qu'on n'eût osé espérer en si peu de jours. Bientôt des habitants des autres paroisses de Paris vinrent se réunir à ce petit troupeau, Mais ce à quoi nous ne pouvions penser, c'est l'extensdon subite et prodigieuse qu'a prise cette œuvre qui m semblait devoir être que paroissiale , et par conséquent faible et chétive, à raison du terrain où elle avait pris naissance. C'est ici surtout que la protection , Tac* tion de la divine Marie , sont sensibles et palpables. Ce n'était plus Paris seulement qui présentait des fidèles qui associaient leurs hommages au très-saint et immaculé Cœur de Marie pour obtenir , pai* ses mérites , la conversion des pécheurs ; il y eut bientôt peu de diocèses en France qui ne comptassent parmi leiu*s fidèles des associés au saint Cœur de Marie.

Depuis le 11 décembre 4836, les offices de l'Archiconfrérie ont été célébrés sans interruption tous les jours de dimanches et de fêtes chômées, les fêtes de la sainte Vierge et celles propres de rArchiconfrérie ; ces offices ont lieu en tout temps à sept heures du soir. Ils consistjent dans le chant populaire d'un cantique français qm sert de prélude à l'office , lequel consiste dans le chanÉ' des vêpres de la sainte Vierge ; ensuite la prédication, précédée de quelques strophes d'un can-

]« L'ÀtCHICOIVFRËRIE. 13

tique (TinTOcatioii au Saint-Esprit; à la prédication succède la recommandation des pécheurs. Quand nous commençâmes à célébrer ces offices , nous réclamions de temps en temps les prières des associés en faveur de pécheurs qui nous étaient connus , de malades en danger. Les fidèles remarquèrent cette pratique , et leur charité s^empressa de nous fournir abondanunent tous les dimanches et fêtes Toccasion de Texercer. Effectivement, tous les jours de réunions, des milliers de recommandations nous sont arrivées, elles nous viennent de toutes les parties du monde. Elles comprennent toutes les misères , les afflictions spirituelles et temporelles , tous les maux qui accablent rhuma* irité , tous les besoins de TÉglise et toutes les nécessités de la société humaine. Les fidèles écoutent avec un grand intérêt ces recommandations, qui sont pourtant toujours les mêmes, car il n'y a que le nombre des nécessiteux qui varie. Ils prient avec ferveur, et Dieu récompense la foi , la charité de ces pieux avocats des pécheurs. Des grâces innombrables de conversions, de guérisons , d'autres faveurs spirituelles et temporelles sont accordées aux prières des associés. Nous en avons le témoignage chaque semaine ; il ne s'en écoule pas une où nous ne recevions 30, 40, 50 et même 70 lettres dans lesquelles on nous apprend des conversions , des guérisons inespérées , que Ton nous assure avoir été obtenues par les prières de TArchiconfrérie à qui elles avaient été recommandées, pour lesquelles on demande des actions de grâces. Quelquefois on nous innonce que ces conversions, ces guérisons ont été opérées au moment même où TArchiconfrérie priait à cet effet. A ces recommandations succèdent des avis pieux que le directeur donne à l'assemblée. Pendant ee^jmrUe de Vexercîce qui dure environ une Vievix^ «

durant laquelle Tattcntion s'est continuellement et admirablement soutenue, les fidèles, pour se détendre Tesprit et se préparer à la bénédiction du Très-Saint Sacrement, chantent un cantique de louanges à Marie. L'ofGce se termine par le Salut, auquel on chante le Tantum ergo, les litanies de la sainte Vierge , trois fois le Parce Domine, et les oraisons analogues. Après la bénédiction, on chante trois fois VAdoremus, et on récite à haute voix un Pater et un Ave avec Finvocation, Sancta Maria, refugium Peccatorum, or a pro nofns, et les fidèles se retirent en chantant encore un cantique en rhonneur de Marie.

Voilà de quoi se comi.ose notre office ; mais il faut y avoir assisté , avoir été témoin de l'empressement des fidèles à s'y rendre. Souvent, une demi-heure après qu'il est commencé, les portes sont obstruées, l'église est si pleine qu'on ne peut plus y entrer. Il faut avoir contemplé ce spectacle , si rare de nos jours , d'une foule innombrable d'hommes, de femmes, de jeunes gens réunis dans une église, à quelle heure? à l'heure des plaisirs , des dissipations si faciles et si séduisantes à Paris ; y restant deux heures et demie , occupant tous les coins de cette église , envahissant souvent le chœur et les sanctuaires, la plupart dans la position la plus gênée ; car nous ne pouvons pas fournir assez de sièges à une assemblée aussi nombreuse. 11 faut avoir vu le maintien, le recueillement, la piété qu'expriment les visages pendant ce saint office. 11 faut avoir entendu ces louanges de Marie , ces supplications pour les pécheurs qui se chantent au fond du chœur, et qui «e répètent par toutes les bouches dans toute l'étendue de l'église, et jusque dans ses coins les plus reculés. 11 faut avoir remarqué l'attention, le tendre intérêt que respirent toutes ces physionomies , les larmes

DB L^ARCfilGORFRfiraS. Il

abondantes qui coulent au récit que le directeur ftdt souvent des conversions, des guërisons, des autres grâces obtenues par les prières de rArciiiconfrérie, pour se iàire une idée des pieux sentiments, de la joie, du bonheur dont la pensée de Marie, la charité pour les pécheurs nos frères, remplissent les cœurs.

On croira peut-être que la pompe des cérémonies, le luxe , la richesse des ornements appellent Fattention et attirent à Téglise dans cette circonstance. Mais, rien de plus simple que cet oflQce ; il n'y a souvent qu'un prêtre pour le présider, c'est le directeur; la seule pompe qui raccompagne est la piété de ceux qui le célèinrent. C'est une fête de famille , la réunion empresiée de tendres enfants qui viennent fêter la meilleure des mères et lui offrent, avec une familiarité religieuse, l'hommage de la vénération, de l'amour et de h confiance dont leurs c<Burs sont pénétrés. Là , point de distinction entre le prêtre et les fidèles; le pasteur, frère aîné de cette grande famille , est assis au miUeu d'eux sur une chaise ; tous l'entourent , car l'autel du saint Cœur de Marie est environné d'une troupe de pieux fidèles , dont les rangs sont bien pressés.

Nos offices sont très-souvent honorés par la présence des Pontifes de notre Église de France , par un grand nombre d'évêques, vicaires apostoliques dans toutes les missions de l'Asie, de l'Amérique et de l'Océanie. Tous ces Pontifes veulent bien présider nos offices ; souvent nous en avons vu trois à la fois assister au milieu des fidèles à nos saints exercices. La plupart d'entre eux ont fait l'instruction accoutumée. Quelle joie , quelle édification pour les fidèles de contempler ces apôtres, de les entendre nous entretenir des grâces de miséricorde que Dieu répand sur ces églises naissantesy et tmtaut bous raconter les fvoàijgiàs que Viiv-

16 HAIfUBL

Tocation du saint et immaculé Cœur de Marie dbtieut pour la conyersion des pécheurs dans ces contrées barbares!

Nous n'avons pas toujours vu cette affluence à nos saints offices. L'impression spontanée que nous avions remarquée à notre premier exercice, le il décembre 1836, s'était promptement dissipée. Nous faisions exactement nos offices tous les jours fixés par les statuts, mais nous étions un bien petit nombre d'assistants, trente ou quarante, quelquefois, mais rarement, une soixan* laine. C'était bien peu, mais c'était des âmes pieuses, et de leur part la ferveur suppléait au nombre : aussi Dieu et Marie daignèrent agréer ces pauvres hommages , et marquer par des faveurs éclatantes qu'ils les avaient pour agréables. C'est en efiet pendant cet intervalle de deux années, qui peut être regardé comme l'enfance de l'Archiconfrérie , qu'il plut à la divine bonté de sanctionner son œuvre en nous accordant la grâce des conversions les plus insignes. 11 est temps de raconter à nos frères ces faveurs de la miséricorde divine dont nous sommes journellement les témoins ou les confidents. Des considérations dont tout le monde sentira le poids nous obligent de taire les noms propres de ceux dont nous venons de parler, quelquefois nous leur donnerons leurs noms de baptême.

Que de grâces , que de conversions sont les conséquences de ces vœux de la charité chrétienne ! Il y a peu de semaines où le directeur de l'Archiconfrérie ne reçoive des remercîments , n ait la consolation d'entendre le récit de la conversion de quelques-uns de ceux qu'on l'avait prié de recommander. Ce n'est pas ^ Paris seulement qu'éclatent ces prodiges de la grâce, ils ont lieu dans plusieurs parties de la France , dans /es autres parties de l'Europe, et même en Amérique.

BB L*ARCHIC0NFRÉ1U£« 17

nest arrivé plusiairs fois que des pécheurs, au lit de la mort , résistant à toutes les pieuses exhortations, les repoussant par des railleries sacrilèges , par des propos dent rimpiété annonçait Tincrédulité la plus obstinée, se sont convertis comme spontanément le lendemain , dans la nuit du jour où on a demandé leur conversion, et ont reçu la grâce de mourir chrétiennement. D'autres, et en grand nombre , sans se douter que la piété chrétienne s'occupait d'eux , ont abandonné subitement le lendemain, quelques jours après qu'on avait prié pour oix , ont abandonné les désordres de leur vie , ont abjuré les systèmes de Fimpiété , et sont aujourd'hui des chrétiens aussi fervents qu'édifiants. Des pécheurs des difTérentes parties de la France , quelques-uns dont le séjour est à plus de deux cents lieues de Paris, convertis le lendemain de la prière offerte pour eux , sont venus t I^aris trouver le directeur de F Archiconfrérie , lui rendre compte des détails de leur conversion , lui raconter leur joie , leur bonheur, le prier de les disposer à recevoir la sainte communion qu'ils voulaient faire à Fautel du saint Cœur de Marie, en reconnaissance dos grftces qu'ils avaient reçues par son intercession , lui annonçant qu'ils avaient fait concourir leur vpyage , leur séjour à Paris, qui n'avait d'autre motif que de venir rendre grâces à Dieu et à la très-sainte Vierge , avec un dimanche, jour de Fassemblée de FArcliiconfrerie, afin d'assister à ses exercices, le conjurant de remercier les associés de leur charité , de leur raconter tous les détails de leur conversion, et de leur apprendre qu'ils étaient au milieu d'eux.

Tant de grâces portent leurs fruits. Combien de familles jouissent aujourd'hui d'une paix, d'un bonheur qu'elles n'avaient guère connus jusque-là , et qu'elles ne doîyenl gu*i Jk convenioa d'an ou de pl\\2&ve;wx%

18 VANUSL

membres ! Que de réconciliations opérées I Et au mo« ment où nous écrivons ces lignes , on vient nous apporter l'heureuse nouvelle de la conversion d'une âme dont la perte éternelle semblait être assurée. Dangereusement malade dans la paroisse de Notre-Dame-de- Bonne-Nouvelle, confiée aux soins pieux et charitables d'une vertueuse et zélée sœur de la maison du Bon-Secours , elle a repoussé avec un mépris mêlé d'horreur tous les avis , toutes les exhortations , toutes les prières. L'impression qu'elle en ressent semble augmenter son mal ; les personnes qui l'entourent imposent silence à la charité de cette vertueuse fille. Elle se tait, mai» elle a une autre ressource. Elle vient, comme on vient de tout Paris , elle vient à Notre-Dame-des-Victoires , elle nous confie sa douleur et ses craintes, nous demande de faire implorer, par les prières de l'Archiconfrérie, l'assistance du très-saint et immaculé Cœur de Marie en faveur de cette pauvre âme égarée. Un dimanche 23 septembre nous la recommandons; on prie pour elle. Personne de nous ne connaît ni son nom ni sa demeure. La semdne se passe , le mal empire, et TaPTreuse disposition ne change pas. Prévenu de l'imminence du danger, nous en faisons part à l'Archiconfrérie dans notre assemblée du dimanche 30 septembre. Nous renouvelons pour elle la prière publique. Marie a daigné entendre et accueillir nos vœux et nos supplications. Dans la nuit du dimanche au lundi , la grâce de la conversion visite cette brebis égarée , cet enfant prodigue. Celle qui le jour précédent n'entendait parler de Dieu et de son infinie miséricorde qu'avec un frémissement de trouble et d'horreur, celle qui défendait qu'on lui en parlât, se sent tout à coup animée des doux sentiments du repentir, de la confiance et de Vamour. Fortement appelée^ mais doucement

DE L'ARCHICONFRËRIE. 49

itiôée, elle se rend et dit : — Surgam et ibo adpatrem «mm. — Je veux sortir de raffreux état dans lequel je sais tombée ; j'irai dans la maison de mon père que j'ai abandonné , que j*ai si cruellement oiîensé. Je me prosternerai à ses pieds et je lui dirai : Mon père, Dieu de dëmejice et de pardon , j'ai péché contre le ciel et contre tous, je ne mérite plus de porter le glorieux titre de votre enfant : mais tous n'avez pas cessé d'être pour moi le plus tendre , le plus patient des pères. Ah ! daignez consommer par l'accueil de mon repentir, par le pardon que je sollicite de votre amour infini , Toeuvre de miséricorde que votre divine grâce a commencée en moi. — Et le lundi premier octobre dk envoie son ange visible , la sœur du Bon-Secours , chercher son pasteur, M. le curé de Bonne-Nouvelle. Dès le même jour la brebis égarée est doucement rapportée au bercail, l'en&nt prodigue rentre dans tous ses droits ; le sceau de la réconciliation est gi'avé dans ce cœor si malade, guérit ses plaies et les cicatrise; la robe de son innocence lui est rendue , les anges se réjouissent dans le ciel , et le divin pasteur des âmes, le Dieu Sauveur vient lui-même, par le don ineffable de ia sainte communion, consonmier toutes ces grâces et leur donner le sceau de la bienheureuse immortalité. Ses forces s'éteignent , il ne lui reste de voix que pour exprimer sa joie , le bonheur que lui cause sa réconciliation avec Dieu, et l'hommage, la consécration <pi'elle loi fiût de ses souffrances. Une heure avant sa mort , au milieu d'une crise atroce elle offrait encore à la justice divine ses douleurs, en union des mérites de Iésu8-€hrist et en expiation de ses péchés. Elle expire le quatrième jour après sa conversion.

Voilà donc encore une âme arrachée à la tyrannie de Sttan et à Tabime ïaîeroal; et c'est, ohl qu'il nou^ ^^N.

20 MAROSL

doux de le proclamer! c'est à la protection de la toutepuissante et très-bënigne Marie que nous devons encore d'avoir remporté cette victoire.

Désiré, âgé de trente ans, d'un caractère doux, franc et loyal, s'était gâté et corrompu l'esprit en se livrant aux systèmes prétendus philosophiques. D'erreurs en erreurs il était tombé dans le matérialisme le [dus grossier. 11 avait surtout en horreur la religion catho* lique et la haine la plus implacable contre ses ministres, gu'il disait être le fléau de l'humanité, et dont il appelait à haute voix la destruction. Attaqué d'une phthisie pulmonaire, il avançait vers sa fin. Sa sœur, fille vertueuse, qu'il aimait tendrement, lui prodiguait ses soins. Tous ses efforts pour le faire entrer dans la voie de la raison et de la religion étaient inutiles. Désiré protestait toujours qu'il ne croyait pas qu'il y eût un Dieu, et repoussait par des blasphèmes toutes les vérités qu'on lui présentait. Une pieuse dame, delà paroisse de Notre-Dame-des-Yictoires, amie de la sœur de Désiré, connaissant l'état et les dispositions de ce malheureux, conçut la pensée de le faire recommander aux prières de l'Association ; mais elle imagina que le moyen de lui obtenir, tout impie qu'il était, la protection de Marie, était de le faire inscrire au nombre des associés en l'honneur du saint Cœur de Marie. Pour cela il fallait tromper le curé. Le samedi 17 juin elle Tient le trouver, et le prie d'inscrire un jeune honunc iangereusement malade, et de le recommander aux prières pour lui obtenir, par la protection de la sainte Vierge, la grâce de recevoir les derniers sacrements. Le lendemain dimanche, à sept heures et demie du soir, il est recommandé ; on ^t pour lui les prières publiques. Le lundi 19 plusieurs communions furent ^ûkrteêpoar lui. Cette journée fut des plus cruelles

IVB L^AlCmCONFRÉEII. 21

pour le pauvre malade : il éprouva successivement I^usieurs crises qui le réduisirent à une sorte d'anéantinement. Le soir, sur les sept heures et demie, il reçut la visite de son médecin, homme chrétien et religieux. 11 Tinterroge sur son état : celui-ci lui répond qu^il est sans remède et que sa mort est prochaine ; et il ajoute : « Mon ami, une éternité de bonheur vous est « offerte; si vous voulez la mériter, il est encore « temps. » Désiré conserve un visage calme et répond d*un ton ferme : — a Je vous ai déjà fait ma profession € de foi, docteur; je ne veux pas entendre ce langage ; « je ne changerai pas. Je ne crois pas en Dieu ; et « d^ailleurs, s'il y a un ciel, une éternité, je n'ai pas c de reproches à me faire. Depuis sept ans je me sac crifie pour le bonheur de Thumanité, et c'est pour c eUe que je meurs, n — Nous avons omis de dire que Déûré était non-seulement esclave d'une impiété brutale, mais encore l'adepte fanatique de toutes ces fantasmagories politiques par lesquelles tant de charlatans, depuis dix à douze ans, séduisent la jeunesse. Le médecin continua quelques minutes ses pieux avis; le malade tourna la tête et ne parut plus l'entendre. Une sœur du Bon-Secours venait d'être appelée auprès de lui pour lui donner des soins ; c'est la même dont nous vencms de parler. Au départ du médecin. Désiré lui dit . •^ «Qu^il m'ennuie donc! voilà plusieurs fois qu'il me « parle de religion : j'ai beau lui dire que cela me fa^ « tigue, il ne veut pas se taire. » — Cette bonne fille qui voit son accablement, sa faiblesse, se contente de lui dire : — « Cependant, mon ami, s'il y a un Dieu, « qu'allez-vous devenir? 11 n'y a pas d'homme qui < puisse être irréprochable devant lui. )) — Oh ! bénigne et toute-puissante Marie , voilà l'heure de votre triomphe ! Désiré regarde la 3œur, réfléchit uu Vu^NaxkV

22 MAmiEL

et s'écrie avec une force extraordinaire à son état î — « Oui, je me rappelle un miracle qu'on ne peut nier, « tout un peuple Ta vu. C'est la multiplication des « cinq pains dans le désert. Je reconnais Jésus- « Christ pour mon Dieu. Faites venir un prôtre et je « me confesserai ce soir ; demain peut-^tre il ne serait « plus temps. » — Grâce de Jésus-Christ, grâce toute-, puissante, voilà bien votre ouvrage. Il n'y a que quelques minutes ce pécheur était un impie qui renonçait Dieu, qui déGait effrontément sa justice, et tout à coup, dans un clin d'oeil, vous en avez fait un pécheur pénitent, un enfant soumis et fidèle. Ah! daignez vous emparer de nos cœurs et consacrez-les sans retour à l'amour et à la fidélité envers le Dieu du pardon et de la miséricorde.

Il était tard. Désiré était épuisé ; mais le danger était si pressant, et il demandait si vivement, que l'on ne crut pas devoir attendre au lendemain à le faire confesser. Plusieurs prêtres avaient cherché à le voir pendant sa maladie; quelques-uns avaient été rebutés; d'autres, en petit nombre, avaient été reçus, mais renvoyés avec dédain. 11 désigna lui-même un de ceux qu'il avait le plus mal reçus, afin, dit-il, que ce soit une réparation. Cet ecclésiastique est membre d'une vénérable congrégation qui habite le voisinage de la maison qu'occupait Désiré. A son arrivée , Désiré lui dit : — « Mon père , je touche à mes derniers mo- « mentSy je désire me confesser. )^ — Sa confession dura cinq quarts d'heure.

A partir de cet instant, nous n'allons plus recormaî-

tre Désiré ; le vieil homme , l'homme impie , l'homiue

des passions est anéanti en lui ; il a fait place à l'homme

nouveau, au doux et docile chrétien. 11 était triste tout

à'Vheure, il est joyeux, el ne S3àl coxûmewl exprimer

DE l'archigoufréiue. 23

a joie : il était abattu, épuisé et mourant, il se sent animé d^mie force extraordinaire. II ne ferme pas Fœil delà nuit; il parle continuellement de sa joie, de son bonheur ; exige qu^on lui fasse réciter des prières. On rengage au silence, au repos. — «Oh! cela va bien « mieux, dit-il sans cesse ; je ne suis pas fatigué ; je « suis trop heureux , je suis le plus heureux des hom- « mes. » — Le 20 juin, il se confesse de nouveau avec un profond sentiment de repentir. Dans le cours de la journée il témoigne plusieurs fois un ardent désir de la sainte communion : « Quand donc, disait-il, rece- € vrai-je le bon Dieu ? » Le Si au matin, son confesseur lui annonce qu*il va lui donner le saint Viatique et TExlrême-Onction. 11 demande ce que c'est que PExtrême-Onction. Quand on le lui a expliqué, il est tout surpris que Dieu daigne le combler de tant de grâces; il se fait répéter les articles de la foi, demande des explications, et dit souvent : — « Ah ! mon Dieu, « que j'étais donc égaré ; que j'étais malheureux de ne « pas croire ce qui aujourd'hui me paraît si facile à « croire ! d

Après son action de grâces de la conmiunion, il ne sait comment exprimer son bonheur ; son cœur était à plein. — « Oh ! que je smis riche ! » disait-il. — 11 s'arrêtait. — a Comment faire pour remercier Dieu ? c Jamais je ne trouverai d'expression pour... » 11 s'arrêtait, levait les yeux au ciel, et achevait en disant : a Pour lui témoigner ma reconnaissance. » — 11 eut le bonheur de recevoir le sacrement de Confirmation. Mgr FArchevêque de Paris fut administrer ce sacrement dans la communauté de Sainte-Clotilde le 23 juin, et il daigna se transporter chez lui et le confirma.

Depuis ce moment sa ferveur parut s'augmeulei; li

M MANtSt

ne parla plus que de Dieu et de la religion; mais il en parlait d'une manière admirable et capable de faire croire que son esprit ne s'était occupé toute sa vie que de ces sublimes objets. Il disait souvent : — t Je ne de- « mande à Dieu que quelques jours de vie, pour avoir K des souffrances à lui offrir pour Fexpiation de mes « péchés ; car je ne puis presque pas le prier. » Il aurait prié sans cesse, si on ne Fen avait empêché. On avait été obligé d'exiger de lui qu'il demandât la permission quand il voulait prier ; et il s'y soumettait avec la docilité d'un enfant. Son amour pour Dieu lui fit désirer ardemment de se consacrer à son service dans un ordre religieux. II demanda et obtint la permission d'en faire le vœu dans le cas où Dieu le rappellerait à la vie. Il répétait souvent : « Si Dieu veut m'appeler à lui, je a suis résigné ; mais s'il me rend à la vie, je converti- « rai tous ceux que j'aime ; je convertirai mes amis. Si <c je suis curé de campagne, il faudra que je convertisse « ma paroisse, si elle est impie. J'irai visiter les pau- « vres. » — S'il lui échappait une plainte, il regardait son cmcifix et disait ; — « Oh! comme mon Sauveur a a souffert, et c'est pourtant moi qui l'ai crucifié ! Ah! « je ne me plaindrai plus ; il peut me faire souffrir tout « ce qu'il voudra, je ne me plaindrai plus. » — Et en joignant les mains : — a Pardonnez-moi, mon Dieu, « j'ai encore péché, pardonnez-moi. » — Et il fallait le rassurer bien vite. — « Que je serais heureux, di- « sait-il un jour, si Dieu m'accordait la grâce d'assister tt une fois à la messe, moi qui ai nié les sacrements, la « divinité de Jésus-Christ, la religion tout entière ; cela « ferait voir que je suis dans d'autres sentiments; ce « serait une réparation. Mais enfin s'il ne le veut pas, « il lit dans mon cœur, il voit bien que je suis soumis Il à sa YolonXé, p

DE l'àRCHICOI^FRËRIE. 29

II eut le bonbenr de communier plusieurs fois de-» jwis sa conversion. Il passa trois scmaiocs jouissant d*inie grande liberté d'esprit, dans rexercice continuel de ces précieux sentiments. La quatrième semaine, qui fut la dernière de sa vie, il fut en proie au délire pendant plusieurs jours, et môme pendant ces moments d'aberration, on voyait qu'il était occupé d'idées religieuses. On l'entendait dire : « Mes amis, ines amis, ils c me disent tous qu'ils ont une religion... le matéria- « lisme... le matérialisme... Oh ! il viendra un temps < où les hommes apprendront qu'ils ne sont pas sur « la (erre seulement pour semer des épis... Quels « sont donc ceux qui ne croient pas à l'enfer?... Oh! «c les malheureux ceux qui ne se convertiront pas ! » 11 recouvra sa raison les deux derniers jours de sa vie, et il les passa dans une union continuelle avec Dieu. En* fn le !• juillet, fête de Notre-Dame-du-Mont-Carmel, il prononçait encore cette prière, Jésus, Marie, Joseph, je V0V8 offre mon cceur, mon esprit et ma vie, quand il perdit la connaissance, et il rendit à son créateur celle âme qu'il avait comblée de tant de grâces, pendant qu'on offrait pour lui le divin sacrifice en l'honneur de Marie, refuge des pécheurs, pour la supplier de garder, jusqu'à sa dernière heure, cet enfant de sa miséricorde.

I.e dimanche 30 avril 1837, une dame anglaise catliulique, domiciliée rue Montmartre, du côlé qui ap- [jarlicnt à la paroisse de Bonne-Nouvelle , parcourait à hait heures du soir la rue Notre-Danic-des-Vicloircs. Elle est étonnée de voir de la lumière dans l'église à une pareille heure ; elle y entre : on célébrait Toffioe du saint Cœur de Marie, le sermon fmissait. Elle enfcp.d le curé faire la recommandation des pécheni's. Après l'oflice e}]e s'approche de deux ou trois damei) v\\\v

29 MAKUBL

étaient restées en prières devant la sainte Vierge» Iflor demande quelle est cette association dont M. le curé a parlé, et sur l'assurance que ces dames en font partie, elle les conjure de prier pour un pécheur de sa connaissance qu'elle dit aussi impie qu'endurci. On le lui promet.

Dans les derniers jours de la semaine elle sent le désir de s'unir aux prières qu'elle a demandées, et elle veut entrer dans l'Association. Elle vient trouver le curé, le prie de recommander son protégé aux prières; et pour lui faire sentir combien cette conversion paraît difficile à obtenir, elle lui dit : — <c La personne « que je vous recommande est le fils d'un des souve- « rains de l'Allemagne. Issu d*un mariage secret que « son père avait contracté avant de jouir de sa prind- « pauté, il perdit sa mère à l'âge de six ans. Son pèN « contracta alors un mariage convenable à sa haute « position, et par des motifs politiques l'éloigna de sei c< Etats, voulut qu'il prit un nom étranger, l'envoya en «c France et le confia à un gouverneur. Cet honmM « était un illuminé allemand, un impie ayant les « mœurs les plus déréglées. 11 n'a pas permis qu'il fûl <f donné la plus petite notion de religion à son pupille « pendant son enfance et sa jeunesse ; il Ta fait athée « et matérialiste. 11 a corrompu ses mœurs dès son « adolescence ; ils ont vécu trente ans ensemble, et ne « se sont quittés qu'à la mort du gouverneur.

a Ce dernier n'a que trop bien réussi dans son des- « sein. M. de ***, âgé de soixante-onze ans, est un « homme de beaucoup d'esprit, très-instruit, mais im- « pie, athée avec frénésie, au point qu'on ne peut pro- « noncer le nom de Dieu devant lui sans s'exposer à « l'entendre proférer des blasphèmes. 11 ne sait rien « en Ait de religion, il ne U comijrend que diaprés

DB l'archiconfrérie. 2t

< Voltaire. Homme très-répandu autrefois, aujourd'hui fl fl est infirme, voit peu le monde et sort peu de chez c hii. Je le connais depuis une vingtaine d'années; sa c sodétë, sa conversation me déplaisent ; je ne le vois

< guère que par pitié pour son isolement ; je lui fais « une courte visite tous les quinze jours et toujours le « vendredi. »

La prière a lieu pour lui le dimanche 7 mai ; le vendredi 42 cette dame va lui faire sa visite ordinaire : elle le trouve un peu changé, la figure agitée, Tair inquiet. cQa*avez-vous? lui dit-elle. — Rien , je ne suis pas

< mal ; mais j'ai une préoccupation d'esprit , depuis « Inndi, qui me fatigue, une foule d'idées qui m'obsè* ■ dent et que je ne puis renvoyer .Et ce qu'il y a d'éton- « nant, c^est que ce sont des pensées religieuses. Vous « jugez conune cela me va bien. Mais une chose bien c particulière, je ne puis plus supporter la société des « protestants. Vous connaissez mesdames *** et *** ; « elles sont venues deux fois depuis lundi, et chaque « fois j'ai été mal à mon aise avec elles et avec d'autres « que j'ai vus. réprouvais un agacement nerveux qui c ne m^a quitté qu'à leur départ. Je n'éprouve pas cela « avec les catholiques. » — £lle se harda jusqu'à lui dire : — « La chose s'explique : Dieu veut sans doute « que vous soyez catholique. » — (Elle disait cela parce que, né d'un père luthérien et dans un pays luthérien, elle le croyait hérétique; elle ignorait ce qu'il lui découvrit plus tard, que sa mère était catholique et qu'elle l'avait fiût baptiser dans sa chambre par un prêtre catholique, pendant sa dernière maladie, à l'âge de cinq ans et demi, ce dont il se souvenait très-bien.) Aces mots il prend une figure sévère et hii dit avec vivacité : — «Trêve de ces conseils et de ces propos ; vous

< me eoÊwaisBez, vous savez ce que je pense decesmv*

titj «ANXEL

4# i'\u\ M'i'iv.'irir.'L vf;rs moi i:i mo dit qu*il était temps M f|iic j(' iiiii i: lin t(;rim! à riirs [K'chds qui fatiguaient ff la jimlîn; flr hicii rlcfiiiiç; ]c conimcncement de ma u vM* ; «pril riait plus que toinps pour moi de me con- H \rilir cl (Ir fairrï |H'iii(('iicc; que si je mourais dans H Triât ON jr suis, je serais pordu pour rdtcrnité; mais M que Mj j'ai le* lioiiheiir de me convertir, de recevoir a la ^^Aee de nM'oiiciiialion dans le sacrement de Péni- Il leiiee vi diî pcîrsévérer dans cette nouvelle voie, elle il tue prninri que Dieu uraccordera le bonheur étemel ; Il el elle dis|)anit ainsi i\\w la lumière. Je n'ai rien n rotiqu'is h eelle merveille : elle m'a laisse dans un H êlniuieiiieul que je ne puis exprimer; mais en môme « leuqiH un seiilinient de joie douce que je ne sais x\ i^is iuialvser. J'\ irmis^ù continuellement mardi tout u le jour, dans ritu|H>ssibiUté où j'étais d'expliquer ce « l'ail. Je eheivliais à douter» mais je ne le puis: j'étais « liieii è\eillé. Pans la nuit ^!o mardi à mercredi, même H ivxeil, mOtue upiKUÙtiou ot même discours. Je me" « ^K»l^lal< dans luos ivllovions san^ pi*endnî aucun

* IKirti. baUlii dans Ui nuit du mercredi au jeudi, j'ai

* oïicoiv \u cotte dame qui uùi dit la même chose en « .^jiuitant : i'\'st [XHir li dernière fois que je vien* a >ou"* donîtor cc"* a\is: taitcîv-v bien attention, votre « siilut oti de[vni). b'Ilc a dis[.\iriu et je ne l'ai plu*

* l'cvno. i\»nq«ivnea->ous tout ce i^ui m'est arrivé dea puis livis >cniaines? Je n'en ai i>arlé à personne (A qu'à vous. Je suis bien deteruii-ie i me convertir, à « deveim'clux'tien, à me v:'Mnesî?er même. Mais coai- « meut ttùi-e? Je ne sais nen. Vu rencontre iutr«i;.>is « un préUtî irlandais: je -le commis -rue lui, ;e pour- « Riii^ ui'adi-esser à lui. Je -.eni :uut oe ju^n vomira. « j'eti seiw lu ticces^le . ru unisse par le .i-»jp ^inieili»

* éptwi^^ Je :»ui$ bwu lorce le couvemr qu'il ^xum

DE L'aRCHIGOHPRÉRIB. 31

Doe sapérieure à Thomme , à laquelle il doit mettre. Je vous attendais aujourd'hui. Si vous ! pas venue, je vous aurais fait prier de passer. » ne de *** ne sachant que répondre, éluda la qui venait de lui être faite, lui apprit qu'il y DS réglise de Notre-Dame-des-Victoires une on de personnes pieuses qui s'y réunissaient nander à Dieu , par leurs prières , la convei'sion leurs ; qu'elle avait prié le curé de le recom- ; qu'elle lui avait confié tout ce qu'il lui avait 3 son état et de ses épreuves ; qu'il avait pris un itérât à sa position , et que depuis le commcndu mois il avait beaucoup fait prier pour lui. 11 ; aussi surpris que reconnaissant. 11 fut convenu X que ces derniers détails seraient encore confiés » et qu'il serait consulté sur les mesures et la à suivre pour amener à son succès une œuvre fusement commencée. Madame *** pensait que devrait se charger de la direction de la cons- U crut qu'il convenait que le prêtre irlandais, M. *** avait pensé le premier, fût chargé de ération. Quant à l'instruction , il prêta le catéde Gharency, et fit engager le néophyte à ne \ autre chose avant de l'avoir complètement lu , tentivement pour pouvoir s'en rendre compte. ' se livra avec zèle et constance à cette étude , quatre mois : dans cet intervalle il eut queltnfërences avec le prêtre irlandais, que des s fréquentes ne laissaient point à sa disposition. ni-ci ayant quitté la France au mois d'octobre, , qui n'avait pas encore vu M. ***, qui, quoiflt souvent consulter, n'avait pourtant pas désiré » rapporis iinuiédiats avec lui, fut prié par lui le ¥oir, et àe se charger de la direcliou de «%

3£ MÀNtSL

conscience. Il le trouva dans d'excellentes dispositions sous le rapport du cœur, connaissant et sachant h doctrine chrétienne. Mais sa foi n'avait point encon la solidité, la fermeté nécessaires. 11 savait, il vouki croire, mais son esprit se trouvait souvent embarras» par le souvenir des fausses idées qui Pavaient posséda et aveuglé pendant toute sa vie. 11 ne tarda pas à s^aper cevoir, en conférant avec lui , que la voie de discussioi ne lui convenait pas et pouvait lui devenir très-dangereuse. 11 pensa que la lecture attentive d'un ouvragi polémique lui serait plus utile : il lui prêta le Triomph de l'Évangile. La lecture de ce livre dissipa tous le doutes et le mit en état de conunencer Fœuvre de si réconciliation avec Dieu.

Dès qu'il se fut approché une fois du tribunal de L pénitence, l'empire de la grâce parut en lui dans le efforts qu'il fit pour combattre son caractère. Cet hom me avait un esprit orgueilleux et dominateur ; un Cft ractère violent et qui ne pouvait supporter la moindr contradiction. 11 devint patient, doux, humble comm un enfant. L'esprit de piété s'empam de lui, il ne trou vait plus de goût qu'à la prière. Se reprochant tant d conversations criminelles, il ne voulait plus parler qu de Dieu et de la religion. 11 eut le bonheur de faire s première communion le premier dimanche de l'Avenl 3 décembre 1837, le jour anniversaire de sa naissance à l'âge de soixante-douze ans.

Le lendemain de sa première communion, il vin nous faire part d'un projet qu'il méditait depuis quel que temps, et dont il avait déjà préparé l'exécntion « Mon père, nous dit-il, l'Église catholique est persé- « cutée par l'hérésie dans le pays de ma naissance, l « n'ai plus rien à faire à Paris , où je suis oublié , où ji «r n'ai point d'intérêt à me rappeler au souvenir de per

DE L^ÀBCHICONFRËRIE. 33

< soane ; ma place est au milieu des catholiques. Je f iiem''y présenterai pas comme prince, puisque je n'ai

< ni état, ni famille, mais comme simple ûdèlc. A mon *^y je De puis pas grand'chose, mais peut-être « contribuerai-je à fortifier mes frères en leur racon- « tant les miséricordes dont Dieujn'a comblé. » 11 partit peu de jours après. Dieu a agréé sans doute ses désirs; mais il s'est contenté de Thommage de son cœnr, car nous avons appris que la rigueur de la saison, la fatigue du voyage, et sans doute son état toujours valétudinaire , lui causèrent en route une maladie inflammatoire , à laquelle il succomba avant d'en avoir atteint le terme.

Que nos lecteurs veuillent bien s'arrêter un instant avec nous à considérer les circonstances du fait dont BOUS venons de les entretenir, et nous adorerons ensemble la toute-puissance de cette sagesse infinie, de cette Pro\idence adorable qui atteint et pénètre tout avec une force infinie d'une extrémité du monde à Fantre, mais qui dispose tous ses moyens avec une ^pile douceur ; de sorte que rien ne peut lui résister. f AUingit à fine in fincm fortiter, et disponit omnia • suaviUr, » Sagesse, c. viii, v. i.

■ Remarquons d'abord que ce fait et ses heureuses conséquences n'appartiennent à rien de prémédité. Cette dame ne fréquentait point l'églisse de Notre-Damedes-Yictoires, ne connaissait pas ses usages, et ne lavait point ce qu'on y faisait. EUe y entre à une heure qo^elle regarde comme indue , entend sans le comprendre ce qu'on dit , et c'est quand on le lui explique que machinalement, et sans y avoir réfléchi, elle recommande cette personne à laquelle elle ne prend pas un Intérêt si pressant, qu'elle ne voit même que par une sorte de bienséance. EUe bou$ a assuré qu'elle x\& ç^xi-

34 XAlfUKL

sait pas à lui dans ce moment ; qu'après avoir parié lui, elle fut étonnée que son nom fût venu se placer t ses lèvres. Tout dans cette circonstance ne présente^ pas le caractère de ce que les hommes appellent si ii proprement le hasard , hasard , mot vide sens ? Pc nous, éclairés des lumières de la foi, nous qui saT< que rien , absolument rien , n'arrive dans le ciel , sui terre et dans les enfers que par la volonté ou la penn sîon de Dieu , qui a créé et qui gouverne toutes chos pensons et parlons plus judicieusement.

Voyons dans cette première circonstance ce prem caractère de la divine Providence qui dispose, prepj avec une sagesse , une douceur infinie les moyens d< elle veut user pour faire éclater les traits de son adn rable miséricorde. C'est une âme perdue, c'est la bi bis la plus égarée , l'enfant prodigue le plus crimi qu'il faut ramener dans la voie, faire rentrer dans maison de son père et replacer dans le cœur du 1: Pasteur. Grâce des grâces , miracle plus grand, ^ difOcile , si j'ose ainsi parler, que celui de la créatj de l'Univers : car, pour créer l'univers , un acte de volonté de Dieu a suffi et était seul nécessaire ; et p< convertir un pécheur, quel qu'il soit, la volonté Dieu , la puissance de la grâce ne suffisent pas ; il fi encore le concours de la volonté et des efforts l'homme.

Et de quel pécheur s'agit-il ? De l'ennemi le pi acharné de Dieu , du contempteur le plus audacieux ses vérités saintes , d'un impie abruti, dégradé ds l'esprit et dans le cœur, d'un athée ! d'un malérialisi Sa conversion sera l'œuvre de la médiation de Mari refuge des pécheurs les plus désespérés. Mais il enl dans les desseins de la divine sagesse que les chrétic connaissent^ par ce nouveau traita jusqu'où vont

fdagance et Tamour de Marie en faveur des pécheurs , et que tous, justes et coupables, redoublent de confiance et d'amour pour cette divine Mère. Et voilà que le grand Ueu qui règne dans les cieux ap|)elle et aime à entendre les prières , les vœux et les soupirs d'une foule de ciffétiens qui ne connaissent pas même de nom le pauvre frère auquel la charité chrétienne les intéresse si mement. Et ces prières , ces gémissemens sont offerts à Ifaiie, parce qu'elle est la mère de la divine miséricorde et la porte du ciel. Adoration et gloire à Dieu pour cette grftce dont il a comblé notre frère. Honneur et gloire à Marie, notre protectrice, qui a obtenu de Dieu cette grande miséricorde.

La sagesse étemelle, la divine Providence dispose tons les moyens qu'elle veut employer avec une suavilé, une douceur infinie , de manière que rien ne puisse empêcher Taccomplissement de ses desseins. Suivons actuellement toutes les autres circonstances de cet événement.

Le dimanche 7 mai, on prie pour ce pauvre mécréant , et le lundi il est assiégé , obsédé , dit*il , par une foule d'idées pieuses qu'il s'efforce en vain de repousser. n en est presque indigné. — <( Vous jugez comme cela me va bien, dit-il. » Douce et paternelle miséricorde, ifec quelle bonté vous traitez ce misérable pécheur!

Vous aiuîez pu l'abattre à vos pieds, comme autrefois Saul sur le chemin de Damas ; mais vous vouliez gagner ce cœur ingrat , ce cœur endurci qui vous mécouiait. 0 Marie ! mère de grâce, c'est vous qui, par ces pieuses pensées semblables à ce vent frais et doux qui annonçait au prophète Élie la présence du Seigneur, c'est vous, tendre mère, qui caressiez doucement l'esprit et le cœur de ce grdnd pécheur que vous voalfer enAoier à Jé/ms-Chnsty et qui Im domùeiV ^xx-

9 36 MAHUIL

gare de la gr✠, de Fassistancé de Tesprit diTÎD commençait à Fagiter.

Mais il ne comprend pas, il dédaigne ; il rebute, il s rite contre ces impressions de la grâce. On renouY les prières le dimanche 14. Et remarquons bien • Dieu semble attendre que nos vœux lui soient o£E pour frapper les coups de sa grâce ; c'est tcHit à la une grande leçon et un précieux encouragement p nous. Et dans la nuit même qui suivit les nouve prières , les grands coups sont portés. L'ennemi de I est terrassé ; un songe horrible est venu lui révéler, dépeindre l'affreux avenir qui l'attend. U se sent ap| hendé au corps , traduit devant un tribunal ; on Fin roge sur Fusage qu'il a fait de la vie, et il s'eat condamner parce qu'il est l'ennemi de Dieu. G( scène se renouvelle toutes les fois qu'il ferme les ye il est sans repos et sans sommeil. Le jour , Fhorrj souvenir torture sans cesse son esprit. Cette anga dure six jours et six nuits. Avez-vous remarqué q ne peut trouver de calme que par la lecture d'ualî catholique , et que le seul qu'on ait pu lui procurer le Catéchisme de Paris ? 0 mon Dieu , qui pourrait i assez aveugle pour ne pas reconnaître dans tous faits Faction de votre toute-puissante miséricorde? Vi révélez à cet incrédule impie le terrible jugement • le poursuit et les châtiments étemels qu'il a mérités par ces moments de calme dont vous rafraîchissez malheureuse âme , vous lui apprenez que ce n'est qu soumettant humblement Forgueil de son esprit à Fc seignement des vérités de votre loi sainte, en embrassi fidèlement sa pratique , qu'il pourra trouver ce cal de Fesprit, cette paix du cœur dont Fabsence le renc malheureux. U retrouve du calme dès qu'il a reçu médaille miraculeuse. Id noua ii'a.\ous rien à exp

DB l'arghigonfrérie. 37

qoor : c*cst un de ces témoignages si nombreux dans lout Tunivers de la proleclion de Marie à Fogai^d de ceux qui arborent ce signe de sa dévotion.

Mais après tant d^épreuves il n'est pas encore converti. On prie de nouveau et avec plus d'ardeur ; et immédiatement après arrive un fait qui sort de Tordre commun et naturel , et qui , s'il a eu lieu , est certainement un miracle. Ici nous déclarons que nous ne sommes que les narrateurs de ce que nous avons appris, que nous ne prétendons imposer la croyance de ce fait à personne ; mais nous allons proposer quelques réflexions.

Ite qui tenons-nous ce fait? D'un homme insliniit, judicieux , dont l'esprit est libre de tout préjugé religieox, puisqu'il est ai)solument incrédule ; d'un homme qui a TU , entendu , non pas une fois, mais trois , à des intervalles suftisants pour reposer son esprit; qui, dans le cas où il aurait été séduit, trompé une première 6ûs, a dû , la seconde et la troisième , apporter toute rittention capable de distinguer le faux d'avec le vrai ; «Tun bomme qui a discuté avec lui-même , qui a essayé de révoquer en doute, et qui ne l'a pu, car il allcslc qu'il était bien éveillé ; d'un honune qui n'avait aucun intérêt à imaginer de pareilles allégations, et qui n'en a parlé qu'à deux personnes. Nous trouvons donc de ce outé tous les motifs de crédibilité.

Mais la singulaiité du fait étonne et elTraie l'esprit. Si le fait est réel, tranchons le mot, c'est un miracle. Eh! pourquoi ne serait-il pas réel? 11 y aurait d'abord de l'absurdité à nier la possiI)ilité d'un miracle ; il y en a eu dans tous les siècles , il y en a encore , et il y en aura d'opérés jusqu'à la consommalion des siècles dans le sein de l'Église catholique. Mais il serait injurieux à la majesté àhinc de supposer que Dieu fusse uuixùtv

« fiérables superstitions. Qu'il n'en soit jamais qae^ a. tion entre nous. » Madame ^^^ vient le samedi trouver le curé et lui rend compte de sa visite. Il voit dans celaun mouvement de la grâce sollicitée par les prières de. TAssociation ; il lui annonce qu'il va demander et foirefaire de nouvelles prières ; il l'engage aie revoir le vendredi suivant. Elle a de la peine à s'y déterminer ; elle le promet. Le dimanche 1 4 mai, on prie avec ime grande dévotion pour cette malheureuse âme. Le vendredi 19 mai, elle le trouve abattu, malade, pouvant à peine se soulever sur son fauteuil, la figure décomposée, Foeii hagard. Il tenait un petit livre à la main. — Eh ! conir-, c( ment êtes- vous ? — Je n'en nuis plus. Je souffre dîBs « tourments inexprimables. Mon sommeil a été troua blé dans la nuit de dimanche dernier par les songes « les plus affreux, et depuis ce moment je n'ai pu fer-r. a mer l'œil ; je n'ai aucun repos ni le jour ni la nuit.. « La fatigue, l'accablement me font fermer les yeux un» « instant, aussitôt un songe sinistre me réveille en. a sursaut. Je me sens appréhender au corps, on m'en** (( traîne devant un tribunal ; on me fait rendre compte^ a de ma vie, et on me condamne pour n'avoir pas foit « la volonté de Dieu. Si je me lussoupis quelques mitt nutes, la même vision se représente et me réveille a d'une manière aussi horrible. Pendant le jour cette a pensée me poursuit à chaque instant, elle me torture. « J'ai imaginé de lire dans un livre catholique, et d'esa sayer si cela me calmerait. J'en ai demandé un à a mon domestique, il m'a donné celui-ci. 11 m'inté- « resse et je suis plus tranquille depuis que je le lis. » (n le lui montre, c'était le Catéchisme de Paris.) a Mais <t cette nuit, que vais-je faire? que vais-je devenir? « Mon état est affreux ; je ne pourrai pas le supporter ir longtemps. Il n'y a rien que je ne sois déterminé 4

DB l'àrchico>fr£rie. 29

c iaire pour m'en délivrer.» — Il semblait demander un (xmseil; mais madame ***, pénétrée de compassion, n'osait rien lui dire ; il reprend : — a Je vous ai entendu < parler, il y a quelque temps, d'une médaille mii^cuf leuse, qu'est-ce que c'est?» — Elle lui dit ce qu'elle en sait et ajoute : — « En voulez-vous une? — Oui, c laites-moi le plaisir de me l'apporter. — Vous l'aurez « demain. »

Madame de *** vient immédiatement faire son rappoii au curé : il ne doute plus de la conversion de ce lauvre pécheur, mais il sent la nécessité de redoubler de prières pour l'obtenir. 11 lui donne une médaille bénite et indulgenciée ; elle la lui porte , il se lève quoique avec peine pour la recevoir, la baise avec respect , la met dans la poche de son gilet en disant : Elle ne me quittera plus. la nuit précédente a été encore plus pénible que les autres.

Le dimanche 21 , on renouvelle les prières. Le curé demande que toutes les communions soient faites à son intention. Le vendredi 26 mai madame de *** va revoir son malade. Elle est surprise du changement qu'elle remarque en hii. 11 était joyeux et aussi bien portant que ses infirmités pouvaient le permettre. 11 la remercie et lui dit : « A peine m'eûtes-vous quitté samedi « que je fus délivré de toutes ces idées sinistres qui « me poignardaient ; je ne les ai pas revues. J'ai dormi « bien profondément les nuits de samedi et de diman- « che ; j'étais rentré dans mon état naturel. Dans la « nuit de lundi à mardi je me sentis éveillé doucement ; « j^ouvris les yeux et je vis ma chambre remplie d'une « lumière éclatante. Frappé d'étonnement je cherchais « à me rendre compte de ce phénomène, quand une « dame, du port le plus majestueux, ayant une ligure « pleine de dignité et de honié^ vêtue d'une roY^Yi^is^

40 KAKDBL

en face de Tautel; mais dans son extrême préoc tion il n'a rien vu.

Là , bien loin de trouTer le calme qu'il désire sent plus horriblement agité ; sa frénésie redoub accès. 11 s'en prend à Dieu des chagrins qu'il ress Dieu dont il nie Texlstence. L'insensé menace plu fois de son poing fermé la voûte de l'église, et p chaque fois cet épouvantable blasphème : ce Oh! { c( vrai que tu existes, pourquoi suis-je si malheu « Prouve-moi donc ton existence. Je te défie < « prouver que tu existes. » Fatigué de lui-mên veut changer de position ; il se jette à genoux su chaise prie-dieu qui est devant lui. Le mouvemèn fait le met dans le cas d'apercevoir la blancheui statue de la sainte Yierge ; il la considère , et dil un ton de fureur : « 0 vous qu'on dit être la coi <( tion des malheureux! soulagez-moi si vous p « quelque chose. » Cette demande, si indigne de par le ton et les paroles injurieuses qui la comp< est cependant entendue de la mère de la miséri< Ce pauvre impie est là , sous les yeux de l'avoca pécheurs , dans cette enceinte d'où partent à toul heures du jour tant de vœux , tant de supplie qui sollicitent la tendresse , la compassion du ca la meilleure des mères en faveur des plus malhe* de ses enfants. A peine a-t-il parlé , il sent dim son trouble, son agitation. Bientôt l'accès recomm il s'adresse de nouveau à Marie : ce 0 vous, dit-il , « vous qui êtes la consolation des malheureux, « pitié de moi, consolez-moi, soulagez-moi. » Un < plus sensible et plus long que le premier se fait i tôt sentir. Trois fois , à la reprise de la tentati< renouvelle cette prière avec le même succès. Apre i^£ire(/ansréglise,il se sentenétatde retournerçhc

DE l'aRCEUCONFRÉRIE. 41

Q rentre dans sa chambre, il voit un livre sur la déminée , il Touvre : c'est Y Imitation de Jésus-Christ. lest d^autant plus surpris quUl n'a point ce livre en a possession, que personne, à sa connaissance, n'a pftle déposer chez lui, qu'il n'y était pas à son départ, fa*on n'a pu l'y mettre pendant son absence, puisqu'il seul la clef de son appartement. 11 jette machinale- Dent les yeux sur la page ouverte , et il lit ces mots : L'homme sera puni par où il aura le plus péché. » Cette sentence le frappe; il en sent la justesse et s'en fcit l'application. « Quelle est, se dit-il à lui-même, quelle est la cause des tounnents que j'endure aujourd'hui? C'est mon amour-propre, mon orgueil qui n'a jamais voulu céder à personne, qui est irrité d'avoir été forcé de plier ; c'est encore une passîoii désordonnée, un amour illégitime qui rugit de se voir arracher l'objet de sa criminelle afTection. Ces deux passions ont possédé mon esprit et mon oœsar; elles ont été, depuis que j'existe, le mobile de toutes mes pensées, de tous mes désirs et de toutes mes actions; elles me torturent aujourd'hui. le suis puni par où j'ai le plus péché. » Il s'arrête à léfléchir. 11 rouvre le livre , et il y lit : a C'est en ré-

sistant à ses passions, et non en s'en rendant Fesdave , qu'on trouve la vraie paix du cœur. » Et dans in autre endroit : a Mon ûls, ne suivez point vos désirs déréglés , et renoncez à votre volonté ; mettez votre joie dans le Seigneur, et il vous donnera ce que votre cœur désire. » a Tai voulu le bonheur, dit-il ; je l'ai recherché avec avidité , je l'ai placé dans les joies , les satisfactions de l'orgueil , dans les plaisirs des sens, et au lieu du bonheur, je n'ai rencontré que mécomptes, humiliations et chagrins. J'ai été Vesdàye de mes passions f et elles n'ont cessai ^\.x^

« les tyrans de mon esprit, les bourreaux de « cœur; elles m'ont rendu la vie à charge et odi « Ah ! je n'ai jamais connu le bonheur; je ne sai c( ce que c'est que la paix du cœur, n

Le lendemain , il était délivré de la violente £ tion de la veille ; elle avait fait place à un sombre grin qui absorbait son esprit. 11 vint à Notre-^)amc Victoires dans Fespoir d'y trouver quelque consola 11 y fit de sérieuses réflexions sur sa vie passé commença à y prier. Il continua cet exercice pei huit à dix jours, et toujours il remporta de la nu de Dieu plus de calme et de tranquillité. 11 coma à considérer ces systèmes prétendus philosopfai dont il avait fieût la pâture de son es^Hit pendant sept ans; il fut suipris de n'y trouver que du déct de l'invraisemblance, des contradictions; ilreco qu'ils n'avaient pour principes que les passions, e leur conséquence inévitable était la ruine de la so et le malheur de ceux qui les adoptaient. Il en lui-même un exemple bien sensible. Il se rappela les principes, les vérités chrétiennes qu'il avait a ses dans son enfance ; il lut et relut le précieux liv V Imitation, et chaque lecture était un baume poui cœur, qui retrouvait la paix et la sentait s'augmi par degrés. 11 priait et demandait pardon de ses en et de ses vices , et conjurait Dieu de lui apprendi qu'il devait faire.

Sa conscience le lui disait. Il prend son parti, il chrétien. Mais ]^ premier pas à faire pour rentrer cette voie, la confession, est un grand échec l'orgueil. Le sien résista pendant près d'un moii malgré ses résolutions, le sentiment si vif, si prei de ses besoins , il en serait resté là si ses fréqi voyages à Notre-Dame-des-Victx^ras « les prières

DE L*ARCHICONFRÉRTE. .|3

f adressait à Marie, ne lui avaient obtenu la grdce do ffcouer enûn le Joug de son orgueil. Après plusieurs lemaines de combat, il sortit victorieux do la lulte ; (t dès qu'il se fut confessé, le changement le plus abnlu se manifesta dans sa conduite , ses sentiments et M dispositions. 11 eut le bonheur de sceller sa récondliation avec Dieu le 2» janvier, fête de la Conversion de saint Paul. A partir de ce jour, on ne vit plus en hii <|a*un chrétien fidèle et fervent; il eut bientôt le bon* iieur d*être admis à Ifi communion fréquente.

Rien ne le retenait plus à Paris ; il devait retourner dans ses foyers. Mais une réfleidon l'arrêta : il pensa ^'il ne pouvait reparaître dans un heu où il avait donne tant de scandales, que pour les réparer entière-^ nent; il se crut encore trop peu affermi dans la pratique des vertus chrétiennes pour aller s'exposer aux tentations du respect humain , aux dangers de tant l^oocasions qui pouvaient renaître pour lui. 11 prit le parti de ne quitter Paris que quand il aurait acquis one si grande habitude de ses devoirs, un assez confiant usage de la grâce , pour pouvoir espérer d'échapper à tous les dangers ; il ne quitta Paris que le 27 août uîvanL II est aujourd'hui dans la ville qu'il habite un modèle d'édiûcation ; sa conduite , simple et sans auauie affectation, est une prédication vivante; et nous avons TU plusieurs habitants de cette ville , touchés de ses exemples, venir à Paris implorer pour eux-mêmes de la miséricorde du Cœur de Marie les gi^âces dont ils admiraient les heureux effets dans la conduite de leur ami, de leur parent; et ceux-là aussi ont obtenais grâce que leur confiance était venu solhciter.

L^Association du Saint Cœur de Marie a ses temps heureux et ses jom*s de bénédiction. Nous avons remarqué que la solGDûJtéth dévotion du mois àû>&i^^

les fêles de la sainte Vierge, leurs octaves nous ramenaient un certain nombre de pécheurs ; le mois de mai surtout nous procure toujours une moisson abondante. Nous avons des jours de bénédiction, et dans ce genre nous signalerons le dimanche 3 septembre 4837. Nous célébrions dans ce jour la fête de saint Augustin, second patron de la paroisse. Le prédicateur, à l'office du Saint Cœur de Marie, pensa qu'il serait édifiant poui les fidèles d'entendre Thistoire de la vie de saint Augustin. Avant de rendre compte des grâces dont il plut à la Divinité de nous combler dans ce jour, nous avons besoin d'exposer un prélude à nos lecteurs.

Un capitaine de l'armée française , ancien sous-lieutenant de la garde impériale, fils d'un général de brigade mort au service de France , sous l'empire , né au camp sous la tente, âgé de quarante-quatre ans, avait fait partie de l'armée qui a conquis Alger, et avait été envoyé en Espagne comme capitaine d'un des régiments de la légion d'Alger. Blessé grièvement dans ce pays , il fut ramené en France pour sa guérison. Il habitait Paris depuis plusieurs mois et était complètement guéri. Ce brave officier , dont la poitrine était couverte de quatre décorations , la Couronne de Fer, la Légion-d'Honneur , les ordres de Saint-Ferdinand et d'Isabelle-la-Catholique, ces deux dernières remportées dans la guerre de 1823, ce brave officier n'avait pas reçu le baptême. Né, comme nous l'avons dit, sous la tente, pendant la campagne de Belgique, au commencement de l'année 93 , il se rappelait parfaitement avoir entendu plusieurs fois, à l'âge de dix ou douze ans, sa mère dire à son père qu'il fallait faire baptiser cet enfant qui ne l'avait pas été à sa naissance , et le père répondre que ce n'était pas la peine, que quand il semtplus grand il choisirait une religion, si cela lui con-

DE L^ABCHICONFRÉRIE. 45

venait. Enfant de troupe , bercé dans les camps et élevé dans une école militaire de Tempire, son éducatûm n^avaiteu rien de religieux. Il avait bien pensé quelquefois à se faire baptiser, mais il n'y mettait pas un très-grand prix; d'ailleurs, ses occupations, les distractions, Tagitation de sa vie ne lui en faisaient pas trouver le temps.

Pendant son séjour de quelques mois à Paris, il y pensa encore ; mais privé de toute instruction et presque de tout sentiment religieux, il ne regardaitcet acte que conmie une simple formalité qui pouvait avoir son utilité dans le cours de la vie civile. 11 parla de son désir à Mgr deForbin-Janson, évêque de Nancy, qui nous Tadressa vers le milieu du mois de juillet 1837. Nous essayâmes de lui faire sentir la nécessité de s'instruire des vérités de la foi , des obligations qu'il contracterait en recevant le baptême ; nous lui proposâmes des livres et une conférence plusieurs fois par semaine pour lui expliquer ce qu'il aurait étudié. Tout cela l'étonna beaucoup et ne fut pas loin de le rebuter. 11 nous répondit qu'il était instruit, qu'il avait entendu parler bien des fois de la religion. Nous eûmes en effet occasion de nous assurer que son bon sens lui avait lait deviner la nécessité de l'existence de Dieu , qu'il savait qu^il n^était pas chrétien ; mais c'était tout. Car, des mystères et des sacrements, il en ignorait même les noms. Il nous quitta un peu refroidi. Nous ne le revîmes qu^une fois dans le cours du mois d'août, il nous pressa alors de terminer ce qu'il appelait son affaire. Nous lui rappelâmes nos conditions. 11 se retira mécontent. Nous croyions ne plus le revoir , mais la divine bonté avait des desseins d'une miséricorde spéciale sur lui.

Le dimanche 3 septembre, au moment où le çcédi-

46 AANDEt

cateur montait en chaire, à sept heures et demie di soir, cet officier traversait la place des Petits-Père», i voit deux femmes entrer dans Téglise Notre-Dame-dea Victoires, il les suit machinalement et arrive devan l'autel du Saint Cœur de Marie. Le prédicateur, en ra contant la jeunesse de saint Augustin, parle deTagaste d'Hippone, de Charthage ; ces noms ne lui sont poin inconnus, il revient d'Alger, cela l'intéresse. An dëpai de l'Afrique pour Rome, son attention redouble; il i fait les guerres d'Italie. A la fin de l'office , le curé n'ayant point de pécheur à recommander spécialement se sentit inspiré de recommander à la dévotion de fidèles, pendant la prière publique qu'on allait fairi pour les pécheurs. Famé de la personne présente dan l'assemblée qui avait le plus besoin de la grâce de li conversion. Le capitaine était encore là, ému, ébranl par tout ce qu'il venait de voir et d'entendre, cett» dernière circonstance le frappa vivement. 11 tomba i genoux, il pria ; il n'en avait peut-être jamais fait au tant. Mais laissons-le lui-même nous rendre compte de impressions par lesquelles la douce et toute-puissant grâce du Seigneur commença à agiter son cœur.

Letîmdi 4 septembre, il vint nous trouver. Sa visit< nous étonna. 11 nous avait continuellement parlé, dam les deux conférences que nous avions eues ensemble de l'obligation pressante où il était de rejoindre sot corps. Nous ne le croyions plus à Paris. « Mon Père <( nous dit-il, j'ai été hier soir à la messe dans votn a église; je passais sur la place des Petits-Pères à sep « heures et demie, et je vis entrer deux femmes dam « l'église Je pensais qu'on ne disait plus de messe l « cette heure-là, je voulus voir ce qu'elles allaient (( faire. J'entrai par curiosité; vous montiez dans la «f chaire, vous avez parlé d'Hippone, de Carthage, ce«

DE l'a&chigonfrërie. 47

▼illes étaient sur la côte d'Afrique; j'en ai entendu parler pendant que j'étais à Alger. Cela m'intéressa beaucoup. Quand saint Augustin partit d'Afrique pour aller en Italie, je dis : Ah ! voyons s'il a été dans des yilles que je connais, car j'ai été dans toute Vltatr lie, j^étais avec mon père à toutes les campagnes, j^ëtais soldat à quatorze ans. J'ai été souvent à Rome; j^ai demeuré longtemps à Milan. Vous avei parlé de saint Ambroise, j'ai vu son tombeau. J'ai eu souvent des rapports avec l'archevêque de Milan, j'ai été bien des fois chez lui. J'ai tout entendu avec un grand intérêt; mais ce qui m'a le plus frappé, c'est que saint Augustin converti se disposa à recevoir le baptême, et que, pour s'y préparer, il se retira à Gassi pour y foire une retraite et s'exercer à la pénitence. Je connais Gassi, c'est un petit village à la porte de Milan, rempli de guinguettes où on va le dimanche pour 8*amuser comme aux barrières de Paris. Je me dis : Ah ! je connais Cassi, j'y ai été bien des fois pour danser, pour m'amuser, et tout de suite je pensai : saint Augustin y allait pour faire pénitence et se prépcu'er à son baptême , et moi j'y allais pour m'amuser et me livrer à mes passions, et je ne suis pas baptisé, je ne sois pas chrétien. De ce moment il me vint une foule de pensées dont je ne pouvais pets me débarrasser : je me souvenais de tous les dangers de ma vie que j^avais courus dans les batailles. Je me disais : Qu*estrce que je serais devenu si j'étais mort sans avoir reçu le baptême? La sueur m'en venait an firont. Je fus un moment sans entendre, car mes pensées m^avaient ôté le iil du discours. Je me remis et j^écoutaibien ce que vous dites de la vie de saint Au* gustin après son baptême. Ce qui m'étonne, c'est quBje a*afj$is jamais pensé k tout cela. iii^aaxul^QMai^

•..V J là..*' • ■ •■

48 KÀNCEL

« avez recommandé aux prières celui de rassemblée «c qui en avait le plus de besoin, je pensai tout de suite « que cela me regardait ; je me disais : C'est toi, tu n'es « pas chrétien, tu n'es pas Fenfant de Dieu. Je me mis « à genoux et priai Dieu de tout mon cœur. Je lui de- « mandai de me faire recevoir le baptême, je lui pro- « mis d'être chrétien comme saint Augustin. Quand je a sortis de l'église, des camarades m'attendaient au « Palais-Royal, nous devions passer la soirée ensemble « à la Rotonde; je m'y rendais quand j'entrai dans Féa glise, mais je n'étais plus d'humeur d'y aller. Je suis « rentré dans ma chambre et je me suis couché. Je n'ai « pas fermé l'œil de la nuit, je n'ai pensé qu'à cela. Je « suis bien aise à présent que vous ne m'ayez pas bap- « tisé quand je vous l'ai demandé, cela ne m'aurait « rien valu , je ne savais pas ce que c'était. Â présent « j'y ai réfléchi et je vois que pour être bon chrétien il « faut que je me corrige de mes mauvaises habitudes et «c que je soumette mespassions.Hébien,jeleferai, parce et que je veux être chrétien comme saint Augustin. »

Nous lui fîmes facilement sentir la nécessité de s'instruire des principes, des vérités de la foi, et nous convînmes que jusqu'à ce qu'il le fût assez pour recevoir le baptême et faire sa première communion, il étudierait les livres que nous lui prêterions, et viendrait tous les jours conférer avec nous sur ce qui aurait fait le sujet de son étude. Nous lui donnâmes à lire l'excellent Caté-

cftt5mcdeCouturier.Ilétudiaaveczèle,etvintexactement tous les jours conférer avec nous pendant une heure, depuis le 4 septembre jusqu'au samedi 17 septembre. Il nous fallut arrêter là le cours de nos instructions ; d'abord il avait acquis l'instruction suffisante, et puis son congé expirait, et il devait quitter Paris le jeudi suirmt Le maedi 17 septembre uou^ bû donnâmes^

DE L*ARCHICONFRfiRIB. 49

SOUS condition, le sacrement de baptême. Cette cërémmiie se fit sans aucan apparat. Nous crûmes, à raison de sa profession militaire, ne devoir admettre ni parrain ni marraine. Nous lui servîmes de parrain et nous n^eûmes d'autre témoin que notre sacristain.

D nous serait difficile de rendre compte des sentiments qui remplissaient notre cœur pendant que nous administrions ce sacrement. 11 était si doux pour nous d'ouTrir la porte du salut éternel à un infidèle que la miséricorde divine et la protection de Fauguste Marie noas avaient accordé la grâce d'enfanter de nouveau à Jésus-Christ ; mais notre joie s'augmentait encore par la vue du maintien recueilli et si religieux de notre néophyte. De douces larmes coulèrent continuellement de ses yeux pendant la cérémonie, sa figure martiale s'impressionnait de tous les sentiments que lui inspiraient chacun des actes qui composent la cérémonie du bapt&me. Il en comprenait le sens, nous le lui avions fût étudier dans l'explication qu'en a donnée le savant abbé Duclot. Avec quelle fermeté il répondait aux questions par lesquelles nous lui faisions contracter les saints engagements du chrétien ! et quand nous en vînmes à celle question : Renoncez-vous aux œuvres de Satan? nous vîmes ses traits exprimer une sévère indignation. « Oui, mon père, dit-il, j'y renonce, et je jure K devant Dieu qui est ici présent, » et frappant un paxid coup de poing sur la table, <( de fedre tous mes c efforts pour ne jamais retomber dans ces péchés qui c ont offensé Dieu et qui m'ont déshonoré. » A la question s'il croyait en Dieu le Père tout-puissant, en Jésus- Christ son Fils unique, au Saint-Esprit, à la sainte Église catholique, sa figure prit un caractère de réflexion et de fermeté, et il dit : « Oui, mon |tcre, je c crois fermement en DieUf mon Créateur, e.iv^&'&vvâr

SO jumjiL

u Christ , mon Sauveur, qui est mort pour moi, » montrant le crucifix, « que je ne connaû^s pas a que j'adore; je crois au Saint-Esprit, je crois à « sainte Église catholique, je crois tout ce qu'elle ensc (c gne, parce qu'elle ne peut enseigner que cequéJésu « Christ mon Dieu lui a rcyélé.» Après son baptême, se jeta dans nos bras, il nous serrait contre son cœur, baignait notre figure de ses larmes; il nous disait : « « mon père, que je tous remercie ! que vous m'avez fii « de bien ! je suis chrétien ! je suis enfant de Dieu ! i Pourquoi ne rapporterions-nous pas ici un trait qi ne signifie rien en lui-même, mais qui, rattaché à ! circonstance, va montrer combien ce nouveau chrétie était plein de la grâce qu'il venait de recevoir. Il s'éta écoulé un bon quart d'heure depuis le baptême, o avait dressé l'acte ; nous nous entretenions, nous avioi tous été si émus que nous n'avions pas remarqué qv les cierges étaient restés allumés. Nous les éteignoi tous les deux. Celui du capitaine se rallume. « 01] « mon père, s'écrie-t-il, il s'est rallumé, que je soi « content! — Et pourquoi? — Oh! je vais vous din <K c'est un enfantillage : dans mon enfance, nous aviom ¥ entre petits camarades, l'habitude, quand nous nou «( faisions des promesses, d'allumer des petits bouts d « bois ; s'ils revenaient à flamber, quand nous avion <K éteint la flamme, nous regardions cela comme u c( signe de fidélité à nos pix)messes. Vous sentez bie « que je n'attache aucun sens, aucun prix à ce badi « nage, mais cela m'a fait plaisir ; car je veux reste « fidèle à ce que j'ai promis à Dieu. Je suis devenu soi a enfant, et je jouis en ce moment d'un trop gran< «c bonheur pour vouloir m'exposer à le perdre. »

Le lendemain d'un si beau jour fut encore plus hea reux pour notre néophyte, nous l'envoyâmes che

m L^ARCRIGOITFRÊRIIS. 61

Inueigneur Tévêque de Nancy, comme ce vénérable prélat nous l'avait permis. Le dimanche 18 septembre, il eut le bonheur de faire sa première conmiunion et de recevoir le sacrement de confirmation. Le mercredi 21 , il vînt nous faire ses adieux , il partait le lendemain. Seras lui avions donné quelques livres pieux et nous Tavions engagé à y faire une lecture journalière. A ctase des Inconvénients de la voiture publique (il devait voyager en diligence jusqu'à Bayonne) , nous lui conseillâmes de remplacer ses lectures par des réflexions pîenses. « 0 mon père , je ferai mes lectures , j'y ai < pensé ; j'ai fait ma malle , mais j'ai gardé mon /mt- I tation, mon Manuel chrétien et ma Journée du chré^ I tienj je les porte avec moi dans un sac de nuit.— I Mais il peut se trouver avec vous des voyageurs qui

• tiennent quelques propos. — Des propos, mon père,

• personne n'en tiendra. Si quelqu'un paraît étonné, je I lui dirai que je suis chrétien et ti^op frais chrétien c pour pouvoir encore oublier mes devoirs ; je leur dic rai que j'ai été baptisé samedi , que j'ai fait ma prcc mière communion dimanche et que ce jour j'ai reçu I le sacrement de confirmation dont la grâce m'a ôté

< tout esprit de honte et de faiblesse. S'ils le veulent,

< je leur raconterai mon histoire, et je vous assure bien I que personne ne dira plus rien. » Nous conjurons tons ceux qui liront ce trait, où la miséricorde divine éclate d'une manière si vive et si touchante , de prier pour ce généreux enfant de la foi, afin que tant de grâces portent en lui les fruits du salut éternel.

Le même jour et au même moment où notre officier entrait dans l'église, un médecin, âgé de cinquantecinq ans , habitant un des départements de la frontière, se trouvait à Paris pour ses aflaires depuis quelques semdmes. JI traversait aussi la, place des PeUta-P^t^'^^ îà^

allait dans un cabinet de lecture de la Galerie Vivienne pour y lire le journal. Il voit l'église ouverte et y entre avec rintention de la considérer. Le sermon venait de conunencer, il écoute : la conversion de saint Augustin le frappe. Il fait cette réflexion : saint Augustin' encore infidèle se rend à la grâce, il embrasse la foi catholique pratique tous les devoirs qu'elle impose, il y trouve son bonheur jusqu'à son dernier jour, et elle est pour lui la source d'une gloire qui ne s'est point éclipsée depuis tant de siècles; et moi, né et élevé dans cette foi, je Ta^ abandonnée depuis trente-huit ans. Depuis cette époque je suis l'esclave dépassions brutales, honteuses, qui ne me laissent aucun repos et que je ne puis satisrfaire. Je ne puis m'empêcher de rougir d'un pareil état, je ne suis pas heureux. Cette pensée s'empare de son esprit et ne lui permet aucune diversion. Elle le iatigue au point qu'il sort dès la fin du sermon pour chercher quelque distraction. 11 n'en trouvera plus, la grâx^e s'acharne, pour ainsi dire, après lui. Il va, i^ vient, la pensée salutaire est toujours présente. Le trait s'enfonce de plus en plus. Toute la nuit sans sommeil , il roule cette pensée dans son esprit , il est enfin forcé de la méditer. Accablé sous le poids de tant d'agitations, il prend un parti , il nous verra le lendemain, il s'expliquera avec nous. Le lundi , il entre dans l'église dès le moment de son ouverture, il nous voit aller et venir, il veut nous aborder, une fausse honte, l'orgueil l'en empêchent. 11 passe six heures dans l'église dans des combats qu'il est impossible de décrire. Il est près de succomber cent fois , mais il est là sous les yeux de Marie. 11 est déjà , sans s'en douter, la conquête de son amour pour les pécheurs. 11 faut que sa résolution soit assurée par les combats et les épreuves, mais elle ne permettra, pas qu'il succombe. Il sortit plusieurs fois de

DE l'archigonfrérie. 53

relise, fit quelques pas pour se retirer, mais toujours fl était ramené par une force intérieure à laquelle il ne pouvait résister, n nous voit sortir de l'église à midi, il nous suit , nous atteint dans la rue et nous demande on entretien particulier. Â deux heures il entre dans notre chambre. Â peine est-il assis qu'il éclate en sanglots. Dans notre étonnement nous lui disons : a Vous

< me paraissez, monsieur, bien vivement affecté, vous « avez désiré m'entretenir. Je serais bien heureux si je « pouvais vous procurer quelques consolations. Il nous

< répond : Vous avez devant vous, monsieur le curé , c un honune qui a abandonné son Dieu et sa foi , et qui c est depuis trente-huit ans le vil esclave de ses pasestons, un homme qui, s'il est abandonné à lui- « même, va se perdre par le désespoir. Tendez-moi, « je vousTprie,une mainsecourableet ne m'abandonnez c pas. » Et il nous rendit compte dans le plus grand ëétail de tout ce qui se passait en lui depuis dix-huit heures. U ne fallait à cette âme en peine que de la confiance en la divine miséricorde pour assurer sa converfion. Dieu nous fit la grâce de la lui inspirer. Il se confessa avant de nous quitter, et le calme rentra dans son âme.

La grâce fit des progrès étonnants dans ce cœur, il devint un homme de prières et un de nos paroissiens les plus édifiants. On le voyait tous les jours passer plusieurs heures en oraison dans l'église , il y était le matin, il y revenait l'après-midi. L'œuvre de sa réconciliation avec Dieu fut bientôt consommée , il ne tarda pas à être admis au bonheur de s'asseoir à la table des Anges. Il fut même au bout d'un peu de temps admis à la communion fréquente. Quelques jours après qu'il eut eu le bonheur de communier , il nous dit : « Rien ne « me retient plus à Paris , toutes mes affaires sont terc minées; cependant je yeux y rester quelque l^uv^^.

54 MAKUEL

« J'y vis dans une grande solitude , mais aussi dans une « parfaite indépendance qui me permettent de contrao- « ter facilement les habitudes de la vie chrétienne. Je « dépends de moi , je suis célibataire , mon pays ne a soufhira point de mon absence , j'ai des confrères « qui pourront me remplacer. » Il a quitté Paris le 2 septembre 1838. Ainsi , c'est après un an d'habitude des exercices d'une vie pure, d'une vie sainte et bien agréable à Dieu ; aussi nous espérons que son adorable bonté couronnera tant de grâces par celle de la persévérance.

Ënfm , et toujours ce joiu* de saint Augustin , presque au même moment un jeune étudiant en médecine, âgé de vingt-trois ans , d'un département de la Provence, passait aussi sur la place des Petits-Pères, il voit Féglise ouverte et y entre. Ce jeune homme habite Paria depuis cinq ans , son domicile est au quartier latin. U a été élevé chrétiennement par les soins d'une mère pieuse, a toujours rempli ses devoirs jusqu'à son arrivée à Paris ; mais depuis cette époque, hélas ! tout a é\é négligé , oublié. U n'a peut-être pas encore perdu la fol, mais sa lumière est obscurcie , il n'y pense même plus. Gomme une foule d'autres , il s'est laissé prendre à Tamorce des plaisirs honteux et criminels dont la nouvelle Babylone présente tant d'occasions et de malheureuses facilités. U est libertin dans toute la force du terme. Sa pauvre mère, à plus de deux cents lieues de lui, ne peut que l'exhorter par ses lettres à conserver les principes qu'elle lui a inculqués , à ne pas perdre cette sagesse qui la consolait. ËUe lui écrit souvent et toujours avec une vive tendresse. 11 aime beaucoup sa mère , il n'ose répondre à cet article de toutes ses lettres , et U sent combien ce silence doit être cruel pour elle.

Il entre dans l'église au moment où nous peignions 2es inquiétudes^ les douleurs, les larmes de saintç

DB l'archiconfrêrie. 55

Moni<iue pendant les dérèglements d'Augustin. Il est TÎTement touché, il croit Toir sa mère plciu*ant sur lui. La joie , la consolation de sainte Monique à la converoon de son fîls, celle qui remplit ses derniers moments parce qu'elle voit dans son ûls un chrétien ûdèle et fervent y lui fait penser à la cruelle amertume dont seront détrempés les derniers moments de sa bonne mère qu'il chérit et dont il fait le malheur , s'il n'abandonne pas la roie corrompue dans laquelle il se perd. Son cœur s^attendrit, il verse ^ des larmes abondantes. 11 sortdQ régUse, mais c'est pour s'occuper plus à son aise de cette idée qui ne le quitte pas. Le lendemain matin il Tient trouver un de nos confrères , un des prêtres atiacbës à notre église qu'il connaît ; il lui parle de tout ce que la grâce lui a inspiré, lui manifeste le désir qu'il a de s^adresser à nous et lui demande si nous le rece- ▼xioos. Sur la réponse affirmative , le jour fut pris. Mais la. grâce avait d'autres desseins. Cet étudiant était interne dans un hôpital, il reçut le jour même l'ordre d'interner. Sa station devait être longue. 11 écrivit au prêtre qu'il conservait le désir de s'adresser à nous et qii*il attendrait. Nous lui fîmes dire qu'il ferait mieux de s^adresser de suite à l'aumônier de l'hôpital. 11 a suivi notre conseil et a reçu la grâce de la réconciliation. Nous avons appris qu'il persévère et qu'il est un tLp6ire au milieu des anciens compagnons de ses désordres, que la grâce bénit ses eiïbrts et que plusieurs, par son stèle , sont rentrés dans la voie de Dieu.

Plusieurs personnes du sexe se sont aussi converties dans ce jour.

Ce n'est pas seulement en faveiu: de ceux qui sont présents dans son temple, quand on l'invoque pour les pécheurs, qu'éclate la puisance miséricordieuse de l'auguste Mai'ie, la grâce de sa protection a oi^t& ea-

core dôs miracles de guérison spirituelle dans le centre, aux extrémités de la France et même par delà les mers. Nous ne citerons que peu d'exemples de ce fait qui , nous Tavouerons, nous semble plus frappant que les autres.

Une dame mariée habitait Paris avec son mari, il y a quelques années. Ivre du monde , elle se livrait avec immodération à ses fêtes , à ses plaisirs. La légèreté de sa conduite avait déjà gravement compromis sa réputation. Elle n'avait pluâ aucun sentiment religieux. San mari, homme sage et chrétien, avait en vain essayé la voie des représentations ; il sentit la nécessité d'éloigner sa femme des connaissances qui la perdaient. Il transporta son domicile dans un département éloigné de plus de cinquante lieues de la capitale. Il essaya enc(»re plus inutilement de rappeler cette âme égarée à la raison. Quand il lui présentait quelque raisonnement religieux, elle lui répondait avec un sang-froid impie : « Tout ce que vous me dites est inutile, je ne crois pas (( même en Dieu. » Son mari apprit l'institution de l'Association, s'y ût inscrire dès le commencement, et sollicita les prières des associés. Nous la recommandâmes et fîmes la prière publique le lendemain. Bi n'en résulta aucune conséquence. 11 priait pour elle. Dieu voulait éprouver sa foi , sa confiance. Continuellement occupé du désir de la conversion de cette âme qui le touchait de si près, il conçut l'idée de la faire inscrire au nombre des associés, comme un acte de consécration qu'il faisait d'elle à Marie pour appeler sa compassion sur son triste état, promettant à Dieu de réciter tous les jours en son nom et pour elle la prière ordinaire des associés , Y Ave Maria. 11 nous fait communiquer son désir par une dame , sa parente. Nous ne crûmes pas pouYoir le refuser. C'était un samedi, nous

DE l'àrchigonfrérie. 57

derons nous abstenir de spécifier la date dans un cas anssi délicat. Le dimanche suivant, nous ofirîmes pour elle la prière publique, et le lendemain , lundi, à huit heures du matin , cette dame sort de sa chambre , fondant en larmes, poussant des sanglots , elle entre dans celle de son mari , se jette à ses pieds , lui demande pardon de sa conduite passée , lui dit que Dieu lui a lait connaître pendant la nuit Thorriblc état dans lequel elle est à ses yeux, qu'elle veut se convertir; elle le prie de lui choisir un confesseur , pour qu'elle puisse commencer dès ce jour Fœuvre de sa réconciliation. Son mari va incontinent apprendre cet heureux événement an curé de la paroisse qui remet bientôt dans le bercail du divin pasteur cette brebis qui s'en était horriblement écartée. Nous avons appris depuis peu que cette dame est aujourd'hui, par sa vie toute chrétienne, la consolation de son mari et un sujet d'édification pour la ville qu^elle habite.

Gloire, honneur, amour et bénédiction à la miséricordieuse et très-puissante Marie , car c'est à la tendre compassion de son Cœur pour les pécheurs que nous devons, après Dieu, le retour de cet enfant prodigue.

Une dame veuve, d'une des villes maritimes de France, a un fils de 23 ans. Cette dame très-pieuse avait donné à son fils l'éducation la plus religieuse. Il ne ikllut qu'un séjour de peu d'années à Paris pour Cure perdre à ce jeune homme les principes dans lesquels il avait été élevé. De retour auprès de sa mère qu'il aimait tendrement, il avait pour elle les procédés les plus tendres, les plus respectueux. Une seule chose blessait le cœur de cette bonne mère , c'était de la part de son fils l'absence de toute pratique religieuse. Elle exhortait, elle priait, elle pressait, mais tout était inutile.

58 MAmiEL

Dans ces entrefaites elle vient à Paris, se loge sur notre paroisse , en suit les offices et apprend Fexistence d'une association de prières pour demander la couver^ sion des pécheurs. Elle veut en faire partie, nous ouvre son cœur et nous demande de prier pour son fils. Elle retourne dans ses foyers. Peu de temps après, un ami de son fils lui donne à lire le livre impie des Paroles ^un Croyant, Cette lecture bouleverse le moral du jeune homme. Jusque-là on ne lui avait jamais entendu dire un mot contre la religion. A peine eut-il lu ce libelle qu'il devint fanatique d'impiété. Son physique fut aussi altéré que son moral. Une fièvre ardente s'empara de lui , le tint dans une agitation continuelle , mina ses forces et le dessécha. Ses yeux, ordinairement doux, devinrent et restèrent furieux. 11 était devenu pâle et maigre d'une manière effrayante. 11 était entièrement privé de sommeil et ne pouvait plus prendre aucune nourriture. Le souvenir de sa mère , ce qu'elle nous avait dit de son fils nous avait intéressé , se représentait souvent à notre esprit et nous avait fait le recommander plusieurs fois aux prières.

Un dimanche matin une dame étrangère nous aborde dans notre sacristie et nous dit : « Me reconnaisseza vous, monsieur le curé? — Parfaitement, madame, « vous êtes la mère d'un jeune homme que vous m'aviez (f prié de recommander aux prières de l'association.^ « Oui , monsieur le curé , et je viens exprès à Paris (( pour vous en parler et remercier la sainte Vierge de « la grâce qu'elle a obtenue h mon fils. II est converti , « il me donne autant de consolation qu'il m'a donné <t de cliagrin par le passé. Non-seulement il est devenu « pieux, mais il a été guéri, et dans un instant, d'un u état de maladie qui l'avait mis dans le plus grand dana ger. » Elle nous raconte alors c^ c\jx^ wq\js \enous

DE L'AàCHIÔCmFRfiRIE. 89

iTécriTe plus haut et ajoute : « Un jour, » et en comparant les dates , il se trouve que c'est dans la semaine qui Buiyit le dimanche où nous priâmes pour lui la dernière fois; « un jour nous étions à taï)Ie au souper, mon fils était devant moi : il ne pouvait rien prendre, et moi je ne pouvais manger, les morceaux me restaient dans la bouche, mes yeux roulaient dans les larmes , je n'osais Fenvisager. Je ne pus plus me contenir, je lui dis : Mon fils, dans quel état es-tu? tn n'as voulu suivre aucun de mes conseils. Tu n'as pas voulu rentrer en grâce avec Dieu , il te punit aujourd'hui. Oh! qu'il est cruel pour moi de te voir mourir ainsi à petit feu sous mes yeux ! Je n'ai plus qu^une chose à te demander, je te la demande pour moi, pour ma consolation. En disant cela je détache démon cou la médaille miraculeuse que vous m'avez donnée, en me recevant dans l'Association. C'est que tu mettes cette médaille à ton cou, en te couchant, et que tu me promettes de la garder toute la nuit , et, qu'en la mettant, tu récites la petite prière qui est gravée dessus. 11 me le promet et se retire. Le lendemain matin je le vis plus tard qu'à l'ordinaire. Avant de m'aborder il m'appela, Maman : le son de sa voix fut à mon cœur, il était redevenu plein et naturel. — Maman , que j'ai bien dormi toute la nuit ! je me trouve bien ce matin , j'ai l'esprit tranquille , il n'est plus tourmenté de toutes ces pensées noires qui l'obsédaient. Effectivement sa figure était calme, elle avait perdu cette contraction qui m'affligeait tant depuis quelques semaines, il avait repris des couleurs et son coup d'œil était redevenu doux. — Voistu , mon iils , lui dis-je , tu n'as fait qu'un pas vers le bon Dieu et déjà il t'accorde sa grâce. Ah! si tu voulais j>i/77i7âr/é)iic*a?iu'/>ar une bonne coïvfessioii,\CiN^

« nir sincèrement au service de Dieu, je suis conTaincue « qu'il te guérirait. 11 y consent. Je vais trouver M. le tt curé, et il commence sa confession dès le jour même. (( 11 a fait une confession générale et a reçu la sainte <c conamunion. Quelques jours après on parlait devant « lui d'une de nos connaissances, vieillard de soixante « ans, dangereusement malade, qui ne voulait pointée a réconcilier avec Dieu. Comment, dit-il, est-ce qu^on a va laisser se perdre pour Féternité une âme rachetée « du sang de Jésus-Christ? Pourquoi ne lui parle-t-on <t pas? — Mais on lui a parlé , il repousse ce qu'on peut a lui dire. — C'est qu'on ne lui en parle pas bien. Je « vais y aller. — Vous allez y aller ; mais il va vous « renvoyer et vous dire que vous êtes trop jeune pour « lui donner des leçons. — 11 dira tout ce qu'il voudra, c( mais je lui parlerai. Jésus-Christ a sauvé mon àme, « il m'a retiré d'un abîme, je veux, par reconnaisc( sance, travailler à lui rendre ce pauvre pécheur. — « Le malade, qui ignorait ce qui lui était arrivé, a été <( fort surpris d'abord et l'a mal reçu. 11 ne s'est poiu^ (( rebuté, il a parlé avec douceur et fermeté, a racont*^ « ce qui lui est arrivé. Le malade a paru vouloir per- « sévérer dans sa manière d'être et de penser; mais, « une demi -heure après son départ, il a envoyé cherce cher un prêtre, s'est confessé et est mort chrétifen- « nement. Mon fils est actuellement un chrétien fidèle « et fervent. Jugez, monsieur le curé, si je suis hcu- « rcuse : c'était tout ce que je pouvais désirer sur la (( teiTC. Aussi je suis venue remercier la sainte Vierge, (( je vais vous prier de me confesser, je désire conunu- « nier à l'autel du Saint Cœur de Marie et assister ce « soir en actions de grâces à l'office pour la conversion « des pécheurs. Veuillez, je vous prie, remercier les « associés de leurs prières qui m'ont procuré tant de

DE L*ARCHIC0NFR£UIE. 6<

; bonheur, lenr raconter avec toutes ses circonstances la conversion de mon fils, afin qu'ils remercient ; Keu et la sainte Vierge pour mon fils et pour moi, et ; leur dire que je suis là au milieu d'eux. » Nous rem- Urnes toutes ses intentions, et il nous serait difficile ^exprimer les sentiments de joie, de dévotion, de unie émulation dont les fidèles furent pénétrés en cnendant un récit si édifiant.

Dans le courant du mois de juillet 1837, une dame méricainc catholique, ayant entendu parler de notre jRociation, yient nous trouver. Elle nous apprend rn*elle a un fils unique marié , habitant une des prinîpales villes des États-Unis , riche pour son malheur, nîsqne sa fortune le met à môme de n'imposer aucun rein i ses passions dont il est l'esclave ; que, sans resect pour lui-môme et pour sa femme, il a rempli sa liaison de femmes avec lesquelles il vit d'une manière nssi criminelle que scandaleuse ; que sa belle-fille est u désespoir ; et elle nous conununique une lettre dans iquelle cette malheureuse femme lui répète la confilenoe de sa honte et de ses douleurs. Elle nous suplie défaire prier Marie pour la conversion de ce grand ëcheur. Le dimanche suivant nous le recommandons t nous prions pour lui.

Quatre semaines après cette dame revient nous trouer ; elle avait reçu une nouvelle lettre de sa belle-fîUc ni lui apprenait que son mari, sans l'avoir prévenue e rien, balaya un lundi à huit heures du matin toutes s ordures qui souillaient sa maison , qu'il se mit ciiiiîte à prier, ce qu'elle ne lui avait jamais vu faire dénis qu'ils étaient mariés, qu'il fut dans !a journuo lire visite à son curé, que depuis il s'est conlessé, qu'il emplit ses devoirs religieux, qu'il a de bons procédés oor éUe, qnWe est déjà heureuse et <v^i oWe o^vv^^vi

C2 KANUEL

rêtrc davantage dans la suite. Elle exprimait ensuite à sa belle-mère quel était son étonnement d'un change-» ment si soudain , quand rien ne lui faisait espérer de soulagement à sa douleur.

Pour nous, nous ne nous y trompâmes pas, nous rapprochâmes ensemble la date de la lettre et Tépoque où cette dame était venue me parler de son fils , et tous deux nous reconnûmes que ce lundi de la conversion était précisément le lendemain du dimanche où nous avions prié pour son fils. 0 notre bonne mère, ô refuge assuré des pécheurs , c'est encore vous qui , écoutant bénignement nos vœux, alliez briser dans un autre hémisphère les liens honteux qui retenaient un grand pécheur dans Finiquité ! Ce n'est pas le seul acte de miséricorde exercé aiLx États-Unis et accordé par Marie aux piières de ceux qui honorent la puissance et la tendresse de son Cœur. Nous pourrions encore parler de deux jeunes gens, cousins germains, appartenant à une famille respectable de Paris, recommandés à la miséricorde de Marie le même jour, et se convertissant, l'un le lendemain des prières, l'autre quelques jours après. Celui qui se rendit le premier à la voix de la grâce était attaqué d'une maladie dangereuse. Les sources de la vie étaient épuisées chez lui, les afireuses dispositions dans lesquelles il s'était endurci faisaient "i croire que sa réprobation éternelle était inévitable. » Jusque-là il avait dédaigné, repoussé avec le mépris de l'impiété toute parole religieuse. Le lundi il s'écrie , sans que rien ait annoncé en lui un changement de ' dispositions : — « Un prêtre, un prêtre, que je me con- * « fesse ! » 11 se confesse efl*ectivement Son frère, prêtre vertueux avec qui il n'avait plus de rapports, accourt auprès de lui. Ses souffrances sont atroces, il ne se plaint pasy au contraire, il bénit Dieu, ïl reconnaît et

DE l'archiconfrérie. 63

dit à tous ceux qui rentourent que Dieu Ta traite dans sa miséricorde, en le frappant de cette cruelle maladie, que sans elle il aurait persévéré dans ses iniquités. 11 ne demande à Dieu que de prolonger ses souffrances, afin qu'il puisse lui offrir quelque satisfaction pour tous ses péchés ; et il meurt plusieurs jours après dans les sentiments d'un vrai pénitent, entre les bras de son frère et entouré d'une famille chrétienne qui bénit et adore les miséricordes infinies du Seigneur.

Noos pourrions parler d'un jeune insensé de vingtdeux ans à qui tant d'autres ressemblent. Esprit gâté, ahroti par les leçons empestées des maîtres de la prétendue philosophie de nos jours, il n'a rien trouvé de pins beau, de plus digne de lui que de se placer parmi lesbètes : il s'est fait matérialiste. Il est par conséquent te Tîl esclave des passions les pbis honteuses. On vient nous parler de sa misère, on nous prie de le recommander aux prières. Et le lendemain du jour où iajirière a été offerte pour lui au Cœur de Marie, ce malheureux insensé sort de chez lui le matin, moni de deux pistolets, il va se rendre coupable da dernier des crimes, mettre fin à une vie qu'il a souillée par toutes sortes d'excès et qu'il s'est ren^ due à charge. Arrivé au lieu qu'il veut rendre le théâtre de son crime, il arme ses deux pistolets, il ea prend im à la main, il va consommer son crime; Bais son bras s'étend tout aussitôt , se roidit comme une barre de fer, et ne retrouve de mouvement que quand il a repris le pistolet de la main gauche; il essaie de l'autre main, le même effet a lieu , il rencontre le même obstacle. Sa frénésie augmente, il renouvelle plusieurs fois le même essai, et toujours même erapccbement. Bonté divine , que de miséricordes et quelle grâce réservez-vous donc à une àmc si àé^^'^.é.O,

64 MAKUSL

L'homme animal ne comprend point les œuvres de Dieu , dit saint Paul , et qui Test davantage que le matérialiste? Aussi le pauvre insensé ne comprend rien à cela, il n'y voit rien, il ne lui en reste qu'un stupide étonnement dont il vient faille part à sa famille en lui racontant ce qui lui est arrivé.

Le charitable chrétien qui nous avait parlé de ce jeune homme , nous recommanda en même temps une mère et sa fille, toutes deux sans principes religieux et ne prenant pas même la peine d'aller à l'église. Nous les recommandâmes le même jour ; et voilà que le lende^ main la demoiselle passe dans la matinée devant l'église Saint-Sulpice, est prise de la fantaisie d'y entrer, y entra avec indifférence et se trouve tout aussitôt saisie de pen* sées religieuses qui s'emparent d'elle, et qui, malgré ses préjugés et ses combats, la conduisent dans un confessionnal où elle commence la confession de ses pé* chés. Elle en sort avec joie , avec bonheur, et va tout aussitôt trouver la personne qui nous avait parlé d'elle» dont elle connaissait les principes , mais dont elle ne pouvait soupçonner la démarche, lui raconte avec joie ce qu'elle vient de faire, lui parle du bonheur qu'elle en ressent, et la prie de demander à Dieu la converâioa de sa mère.

Nous nous en tiendrons à ces citations, elles sont plus que suffisantes pour nous rappeler que, malgré la multiplicité et l'cnormité des péchés des hommes, le bras de la divine miséricorde n'est point raccourci, et que la puissance et la charité de Marie pour les pécheurs sont sans bornes. Mais étudions, pour les adorer et nous en faire une heureuse application, les desseins de la volonté divine dans ces faits prodigieux et dans l'existence de cette pieuse association aux prières de laquelle l'infinie miséricorde a daigné les accorder.

DE l'ârchiconfrérie. 65

Du centre de sa gloire, que voit la divine justice dans cette France, la fille dnée de son Église, portion cbérie du troupeau du divin pasteur, comblée par lui de tant de faveurs, enrichie de tant de traits de sa di- Tine miséricorde, dans cette France, sortie miraculeusement, il y a trente-six ans, des ténèbres de l'erreur et des excès de Timpiété la plus brutale , prodige de miséricorde qui devrait être le sujet d'une reconnaissance et d'une fidélité inviolable; qu'y voit-elle? impiété dans la masse, stupide indifférence dans un grand nombre, quelques âmes fidèles , mais rares et éparses, rimpiété, le grossier matérialisme publiquement, effrontément professés, la religion de Jésus-Christ dédaignée, ses divins sacrements, notre unique ressource sur la terre, méprisés, abandonnés, les jours consacrés au Seigneur sans sanctification, horriblement profanés par les débauches les plus monstrueuses, les plus crimmelles, la corruption des mœurs la plus effrénée rongeant toutes les classes de la société et dévorant la jeunesse et l'enfance, et, pour achever cet affreux tableau, le suicide passé en habitude.

Voilà le déplorable aspect que présente notre France. A tant de maux si profonds, quel remède? La bonté divine nous les a tous offerts , nous les a tous appliqués. Nous en avons abusé ou nous les avons affadis , rmdus nuls par notre indifférence ou notre impiété. Et cependant, le Cœur adorable du divin Rédempteur de nos âmes ne nous rebute pas encore. Il répète à chacun de nous , comme il l'a dit autrefois par la bouche de son prophète : (( Reviens à moi, âme rebelle , « et je ne te cacherai point mon visage, parce que je « suis saint, plein de miséricorde, et que ma colère « ne durera point éternellement. » C'est peu pour lui que âe nous appder si SQUYexA par celle teu^emNVNsv;*

66 XANUCL

tion, son amour méconnu, si eruellement outragé et que rien pourtant, de notre part, ne peut rebuter» ne peut lasser, son amour nous presse. Et pour nous encourager (déjà il nous avait donné son Cœur) , il nous ofTre le Cœur si tendre, si aimant, si compatissant de sa divine Mère. Entrant avec une charitable complaîr» sancc dans tous nos sentiments, nos préjugés même, sentant avec nous Teffroi si naturel qui confond et pétrifie de grands criminels en présence de leur juge » sa clémence nous rassure; il nous dit : « Enfants coupables et que je n'ai pas cessé d'aimer, vos iniquités sont montées à leur comble ; le bras de ma justice est armé pour les frapper. Ma miséricorde retient encore la foudre suspendue sur vos têtes. Profitez des moments que mon amour vous accorde. Vos esprits son! glacés par la terreur, vos cœurs, flétris par le dés(»t)ro des passions , n'ont plus ni puissance , ni énergie pour le bien... Vous laisserai-je périr, vous les ouvrages de mes mains , vous que j'ai tant aimés , vous pour lesquels j'ai versé mon sang, vous que j'aime enc<»:« malgré votre malice et votre ingratitude? Non , mon amour ne le souffrira pas. Vous tremblez à la pensée de vous approcher de moi , vous m'avez tant offensé , vous avez abusé de tous mes dons, de toutes mes grâ«« ces , vous les avez rendus inutiles. Eh bien ! je vous donne un nouveau gage de mon amour et de ma man* suétude. Allez à ma Mère , confiez à son Cœur si compatissant à tous vos maux , le sentiment de vos péchés et de vos remords; conjurez-la, elle, votre avocate, votre médiatrice , votre mère, conjurez-la par la tendresse, par les mérites et la puissance de son Cœur, conjurez-la de s'intéresser pour vous auprès de ma justice. Elle intercédera pour vous. A la voix de celle qui e»t toute-puissàute sur moa cœux^èe c^XVi^kVM^fM^

DE L*ARCHIGOI(FRËRIE. 07

je ne puis ni ne veux rien refuser, ma justice se relâ* diera de ses droits, je tous pardonnerai, je vous sauterai. ii Et ce doux sentiment que nous exprimons ici des desseins miséricordieux de la bonté divine n'est-il pas justifié par ce que nous avons vu et voyons tous les jours? Quelle cité de la terre habitée par son peuple Dieu a-t-il choisie pour y faire éclater l'œuvre de sa miséricorde? Celle qui, depuis soixante ans, n'a cessé <rètre le camp des ennemis les plus acharnés de Dieu et de son Christ, qui s'est gorgée du sang des prêtres, qui, naguère encore , ravageait , détruisait les temples dtt Dieu vivant, renversait ses autels et violait ses saints tabernacles ; il a choisi la moderne Babylone qui, selon le langage des prophètes, a enivré toutes les nations de la terre du vin de ses prostitutions , afin qu'il y ait une plus grande abondance de grâces , là où il y a ca abondance de péchés, et que par ce moyen sa miséricorde éclate davantage.

Et dans Paris , dans cette ville , dont la corruption est en renom dans le monde entier, Dieu a-t-il choisi qoelques-unes de ces heureuses paroisses oîi la gloire de son nom est honorée , où sa sainte religion a consen'é de pieux sectateurs? Non, les hommes auraient pu s'y tromper, attribuer au concours de tel ou tel effort humain ime grâce qui ne vient que de Dieu , la dédaigner comme tant d'autres, rendre vaine et inntile rœuvre de sa miséricorde et persévérer dans leur impiété ou leur indifférence. 11 a choisi le centre <r?e cette capitale , le quartier le plus absorbé par l'amour et les calculs de l'argent , le plus abandonné aux criminelles voluptés des passions. C'est dans un tenîi>le dékdssé , devenu désert , consacre , il est vrai , sous rinvocation de l'augiislc Marie et sous le \S\x^ ^^ ^^ tn^kune-deS'Victoh'es , titre glorieux et au ^Va%\vexv-

68 MÀIfUEL

reux présage; c'est dans ce temple que sa bonté miséricordieuse élève et présente Fétendard sacré da très-saint et immaculé Cœur de Marie comme le signe de la conversion et du salut des pécheurs » aûn que tous ceux qui , avec confiance, amour et repentir, invoqueront les mérites de ce Cœur,, océan inépuisalde d'amour de Dieu et de charité pour les pécheurs, obtiennent la guérison de leurs âmes, conune autrefois les Israélites dans le désert furent guéris de la morsure des serpents, en contemplant le serpent d'airain que Moïse avait exposé au milieu de leur camp. Et n'est-il pas apparent que Dieu n'a réuni toutes ces circonstances que pour obliger les honunes, à la vue des prodiges que sa miséricorde opère , à repousser toute idée d'itttervention humaine, et à rendre gloire à sa toutepuissance, en reconnaissant que le doigt de Dieu est là. Eh ! quels prodiges ! comme ils attestent l'action de la divine miséricorde ! Des pécheurs s'enfonçaient de plus en plus dans l'abîme, le signe de la conversion et du salut leur est montré, et la première fois qu'ils le vénèrent et l'invoquent, le Cœur maternel de Marie recueille leurs vœux, les porte au pied du trône de la divine justice, et des grâces de conversion et de salut se répandent sur ceux qui ont imploré la médiation de la Mère de miséricorde. La reconnaissance les ramène au pied de son autel, et de nouvelles grâces plus signalées, plus abondantes que les premières sont encore accordées. Elles sont distribuées çà et là sur la face de la terre et répandues jusqu'aux extrémités du monde. Elles vont réveiller dans leur tombeau des âmes enseveUes dans la mort du péché , elles leur rendent la vie spirituelle de la grâce sans qu'elles puissent se douter d'où leur vient ce secours. Et cet heureux échange de supplications et de grâces ue &'Vxi\ftti:Qm^\. \vQint.

DB L'àRCHICONFRËRIE. 69

Témom un de nos frères en Jésus-Gbrist , habitant la Ifomiandie, recommandé depuis peu de temps aux prières de rArchiconfrérie. Ne remplissant aucun devoir religieux depuis de longues années , honnête homme selon le monde, ce qui , sans la pratique de la religion , n^empêche pas de se perdre pour Féternité. n est sorti il y a quelques semaines de cette léthargie, a ressenti le besoin de rechercher la société de son pasteor, s'est rendu à ses avis, s'est humblement approché du sacrement de la réconciliation , et vit aujourd'hui en bon chrétien. Il disait au conuuencement de fla oanTersion à ceux qui étaient étonnés de ses démarches : « Je ne sais pas pourquoi j'agis ainsi , mais je « sens quelque chose en moi qui me pousse et me « presse , et je ne puis y résister. » Que de traits sem* hhhles à celui-là nous pourrions rapporter !

Rendrons-nous suffisamment gloire à Dieu pour tant de grâces et de bienfaits , en nous bornant au sentiment d'une stérile admiration? non certainement. Tous ceux qui liront cet écrit, et nous prions qu'on le comnnmique et répande le plus possible pour la plus gi^ande gloire de Dieu et l'honneur de la très-sainte Vierge Marie, tous ceux qui liront cet écrit, sentiront sans doute le hesoin de se procurer pour eux-mêmes le bonheur et les grâces dont la libéralité divine est si prodigue , et de contribuer à les procurer à leurs frères. Qu'ils Teuillent bien lire les réflexions que nous allons leur adresser.

Le salut éternel pour lequel nous avons été uniquement créés est difficile à faire. Nous ne pouvons y parvenir par nos propres forces , la grâce nous est absolument nécessaire pour atteindre ce but. Dieu ne nous laisse jamais manquer de ce secours, il nous est toujours àcDDéennison de nos besoins. \oûk d^^&K\\ib^

que la foi nous enseigne; et cependant, malgré ce don, ce secours, notre salut est difficile. Les tentations du pèche nous assiègent et nous minent, car elles nous viennent du dehors et du dedans ; les mauvais exemples nous séduisent, les occasions nous circonviennent, et nous succombons , nous sortons de la voie du salut , nous nous égarons dans les voies de la perdition. A ce mal , quel remède? toujours la grâce , et la grâce toute seule; la grâce qui aurait pu prévenir notre chute, si nous lui avions été obéissants et fidèles, peut seule guérir la blessure que nous nous sommes Mte, quelque profonde qu'elle soit, quelque invétérée qu'elle soit devenue. Si, au milieu de tant de dangers qui nous environnent, la grâce est difdcile à conserver, combien n'est-il pas encore plus difficile de la recouvrer après ravoir perdue !

De ces tristes pensées qui ne sont qu'un tableau bien abrégé de notre misère sur cette terre, rapprochons ces oracles divins si souvent répétés dans les saintes Écritures : <( Ne différez pas à vous convertir au Sei- <t gneur, et ne remettez pas de jour en jour, car sa c( colère éclatera tout d'un coup, et il vous perdra sans <c ressource au jour de la vengeance. (Ecclésiastiqtêe^ « c. XXX, V. 8-9.) Convertissez-vous, que chacun de « vous quitte sa voie corrompue ; corrigez vos affections <c et vos désirs : Convertimini unnsquisque à via sud « pessimâ, et bonafadte studia vestra. (Jérëm., c. xxxv, « V. 15.) Convertissez-vous, faites pénitence de toutes K vos iniquités , et l'iniquité ne causera plus votre fc perte. Écartez loin de vous toutes les prévaiîcations « dont vous vous êtes rendus coupables, faites-vous un « cœur nouveau , un esprit nouveau , et vous vivrez, «c ÉzÉCH., 18-20.) D Voilà les avertissements que nous donnent les hérauts des volontés divines; écoutons ac-

DB L'aRCHICONFRÉRIE. 71

tneUement parler la vérité incarnée. Jésus-Christ nous dit dans son évangile : « Si vous ne faites pénitence « € ▼ous périrez tous : Nisi pœnitentiam egeritis , omnes « similiter peribitis. (S. Luc, 13, 15.) » Pour que nouf suMons bien que rœuvre de notre conversion doit être Fouvrage de toute notre vie , il nous dit encore : « Quiconque, ayant mis la main à la charrue, regarde « derrière soi, n^est point propre au royaume de Dieu : « Nemo mittens manum suam ad aratrum, et respiciens m rHro, aptus est regno Dei. » Point de limites, point de bornes à ce travail autres que celles de notre vie. ^dnsi, « que celui qui est juste se justifie encore, que « celui qui est saint se sanctifie davantage : Qui justus m ut, jugtipcetur adhtic; qui sanctus est, sanctificetur « adkw. (Apoc., 22, 11.) )>

Voilà la volonté divine formellement exprimée. Les promesses et les menaces qui raccompagnent en sont la sanction. Nous connaissons tous retendue de robligation qu'elle nous impose ; cette notion , qui devrait être un motif d'encouragement pour nous, rencontre chex les uns la lâcheté qui s'effraie des efforts qu'il ftudrait faire pour changer de vie , et est combattue chez d'autres par des passions irritées à la vue du frein ( qui leur est présenté. Ne nous y trompons pas, voilà la véritable et peut-être l'unique motif de cette haina*' acharnée que portent à la religion tajit de fanfarons d'imiÂété. Ainsi toutes les grâces de la miséricorde divine viennent le plus souvent ou s'émousser contre l'insensibilité de nos cœurs, ou s'annuler par la résistance des passions et de notre volonté qu'elles pervertissent. Et dans ces derniers temps , au milieu des ruines et des débris que l'impiété a amassés au milieu de nous, Jésus, notre divin Sauveur, ne semble-t-il pas renouveler pour nous ces efforts qu'il attestait avoir foits

72 MÀinnsL

en faTenr de Tingrate lérusalem, quand il hxi disait c Combien de fois ai-je voulu rassembler tes en&nt « dans mon sein, comme une poule rassemble ses pe « tits sous ses ailes ! et tu ne Tas pas voulu. r> Sa tendresse nous offre un moyen infaillible d'apaiser sa jus tice ; elle désire, elle veut que nous employions auprè d'elle la médiation toute-puissante du Cœur de Marie Cœur très-saint, Cœur immaculé. Cœur enrichi di toutes les grâces, pétri de toutes les vertus. Cœur qni à lui seul , rend plus de gloire à la divine Trinité aime plus Dieu que tous les anges , tous les esprit bienheureux ensemble ne pourront le faire dans toa les siècles des siècles; Cœur qui exerce sur le dîrii Cœur de Jésus une puissance telle qu'aucun de se désirs ne peut manquer d'être à l'instant et surabon damment comblé ; car c'est le Cœur de Marie qui i fourni le sang adorable qui animait le Cœur de Jésus ce sang précieux et divin par les mérites et l'effusioi duquel le monde entier a été racheté.

Profitons tous et avec un saint empressement d cette nouvelle ressource de salut. Allons à Marie pou qu'elle nous ramène à Jésus , allons à Marie avec h plus vive confiance. Oh ! qu'elle est bien fondée cett confiance î Efforçons-nous de la sentir aussi vive qu< saint Augustin l'exprime par ces paroles : « Vous ête <( l'unique espérance des pécheurs , très-sainte Vierge a c'est par votre intercession que nous attendons L <c pardon de nos péchés et l'éternelle récompense. 7\ « es spes unica peccatorum; per te speramus venùm « delictorum, et in te, beatissima, est expectatio prœ- «c miorum. » Méditons souvent les pensées sublime que l'esprit Tie vérité a inspirées aux saints docteurs d l'Église catholique. « Qui que vous soyez , dit sain

« Bernard f qui vous trottYQ^ sur cette mer ox^^eus^

BB L'àHGHICONFR£RIE. 73

c du monde, agité de la tempête, au milieu des écuells, c ayez toujours les yeux sur cette étoile du matin, si « TOUS ne voulez pas faire naufragé. Si les vents des « tentations soufflent, si vous allez donner contre les c écneils, ne perdez jamais Fétoile de vue, invoquez « Marie : Eespice steUanij invoca Mariam, Si vous vous c sentez agité par la passion de Torgueil, de Fambic tion, de la détraction, de la jalousie, regardez Té- « toile , invoquez Marie : Respice ad Mariam. Si la co- «1ère, si Tavarice, si le démon de Fimpureté vous c fatiguent, ayez recours à Marie : Invoca Mariam, Si « le souvenir de vos péchés passés vous effraie , si les c remords d'une conscience souillée vous troublent, si « la crainte des terribles jugements de Dieu semble c Touloir vous jeter dans le désespoir, ayez recours à « Marie : Cogita Mariam, Dans toutes sortes de dangers, « dans tous les accidents fâcheux, dans tous les doutes, « que tout votre recours soit à Marie : Mariam cogita, « Mariam invoca. Ayez continuellement le nom de ■ Marie à la bouche , ayez-le profondément gravé dans « le cœur : Non recédât ab ore, non recédât à corde. « Mais ayez soin d'imiter ses vertus , si vous voulez être « eiaucé dans vos prières. Vous ne sauriez vous écar- « ter avec un tel guide , et sous sa protection vous « devez être en repos : Ipsam sequens non dévias, ipsâ « tenente non corruis, ipsâpropitiâ pervenis. Votre sa- « hit est en sûreté si la sainte Vierge vous est propice, c Voilà, continue le saint docteur, voilà Féchelle des « pécheurs, voilà ma très-grande confiance; toute mon t espérance repose sur sa protection : Hœc peccatorum t scala , hœc mea magna fiducia, hœc tota ratio spei « meœ. Car Dieu a mis en elle la plénitude de tous les « biens : Totius boni plcnitmlinem posuit in Maria, et « il veut que toutes les grâces qu'il nous accorde^ tout

74 KÀNUIL

« le bien qu'il nous fait, passent par les mains de sa « Mère pour nous être transmis : Nihil nos habere vo^ « luit, quod per Mariœ mantis non transiret. » Saint Bonaventure est encore plus expressif; il dit : a Celui a qui honorera et servira dignement la sainte Vierge « sera sauvé ; mais celui qui négligera son culte et son « service mourra infailliblement dans ses péchés : Qui « digne coluerit illam justificaUtur , et qui neglexerit « eam, morietur in pecccUis suis. )»

Nous venons d'entendre saint Bernard et saint Bona- Tenture , et dans ce que nous avons dit , nous avons recueilli Fexpression des sentiments par lesquels tous les saints docteurs , tous les enfants de TËglise catholique ont constamment honoré Marie pendant tous les siècles ; et FËglise catholique elle-même , que FEsprit saint a instituée Tunique et infaillible interprète des divines Écritures, ne nous enseigne-t-elle pas ces principes comme des vérités catholiques, lorsqu'elle appliqua à Fauguste Marie ces paroles du texte sacré : « Celui « qui m'aura trouvée trouvera la vie, et puisera le salut « dans la miséricorde du Seigneur ; mais aussi celui « qui n'a pour moi que de FindifTérence et de la ûroi- « deur, celui qui m'offense et me méprise, blesse son « âme. Tous ceux qui me haïssent aiment la mort. » (Prov. 8 , 35 , 36.) La voilà donc annoncée et proclamée tette toute-puissance que le souverain maître de toutes thoses a confiée à Fauguste créature qu'il a constituée reine du ciel et de la terre. EUe peut tout ce qu'elle veut, et elle ne veut que ce qui peut contribuer à la gloire de Dieu, et procurer, assiu'er la sanctification des hommes.

La toute-puissance de Marie auprès de Dieu et sa bienveillance, son amour pour les hommes, voilà le fondement inébranlable de notre confiance en sa pro-

BB l'àbchigonfrérie. 75

iKtion. Son amour pour nous, nous n'en pourrons ja^ nais connaître retendue. Marie, mère de Jésus, dont le CcEur sacré a toujours été et sera toujours si intimement uni au diyin Cœur de son fils, Marie, qui n'a jamais cessé de partager les affections , d'épouser les intérêts du Cœur de Jésus, Marie, qui, étudiant avec tant de sollicitude et de tendresse les désirs de son divin Fils, n'a TU dans son Cœur que la volonté de réparer les outrages faits à la majesté divine et de sauver les hminies ; Marie , pendant la vie immortelle de Jésus , aimait les hommes par amour pour Dieu, par le zèle de sa gloire; Marie, par amoiu* eux et pour la consolation du Cœur de Jésus, désirait ardemment qu'ils profitassent des grâces que le divin Rédempteur leur apportait. Mère du Sauvem* des hommes , elle était déjà pour eux une avocate dévouée , une puissante protectrice.

Mais cet amour, ce zèle, cet intérêt, qui n'étaient encore que l'effet de la charité la plus pure et la plus ardente, changèrent de forme et presque de nature dans cette circonstance solennelle , dans ce moment si cruel pour Marie, où la miséricorde et la justice divine consommèrent l'œuvre de la rédemption des hommes par k sacrifice du Calvaire. Marie était au pied de la croix, eoDverte du sang de son divin Fils, l'âme abîmée dans «ne mer de douleurs, le cœur brisé, déchiré par les tortures que Jésus endurait. Elle allait le perdre , il expirait sous ses yeux, et son amour, sa tendresse ne pouvaient donner aucune consolation, aucun soulagement à ce fils bien-aimé ; pour elle, point d'autre consolation que sa profonde et parfaite soumission aux décrets d'une justice sévère et inexorable , mais dont elle connaît tous les droits. Ce moment , dont la douleur et la cruauté pour Marie furent et seront toujouts \no\]Àfi& ^

70 HIHUBL

eut pourtant aussi sa gloire. Le plus tendre des fils i pouvait délaisser laplus parfaite des mères sansadresM à son coeur désolé quelques paroles qui le soutiemiei et le consolent ; il l'appelle, Û lui montre l\ipôtre saii Jean ; voilà votre fils ^lui dit-il.

A ces paroles , qui enfoncent encore plus profond ment le trait de la douleur dans le cœur de Marie , à o paroles mystérieuses , sa grande âme s'élève , un raye delalumière divine réclaire; elle comprend la grandei et la sublimité des desseins de Dieu sur sa personn Déjà coopératrice de Tadorable Trinité' dans le dif] mystère de rincamation, élevée à la gloire de la nu ternité divine, elle apprend que son fils, Dieu fait bon me, rappelle encore à la gloire de devenir la coadjutrli de son divin amour, de Fardeur de son zèle pour j salut des hommes. 11 acquiert le prix de la rédemptio du genre humain et va en consommer la plénitude. le déposera dans les trésors de la miséricorde de 80 divin Père ; de là il le répandra sur tout homme qi habite la face de cet univers. Mais c'est Marie qu' charge de nous dispenser ce trésor de ses grâces ; il n*€ sera plus accordé une seule à la terre qui n'ait é sollicitée par ses prières et qui n'ait passé par m mains.

11 a lavé nos iniquités dans son sang, il a opéré noti salut, il nous a acquis tous les mérites à l'aide desque seulement nous pouvons l'effectuer; mais c'est à Mar qu'il en confie le soin et l'application, et pour cela, i n'est point assez pour le divin Sauveur que Maiîe, e qualité de sa mère bien-aimée, ait toute espèce < droit et de crédit sur son cœur, il veut qu'elle y joigi un titre qui l'identifie avec nous et qui ajoute encore 8 poids de ses supplications et de ses vœux tout le méri que peut y donner la tendresse d'une mère. Marie

W l'àhchicokfrêrie. 7T

oompris que Jësus, en lui montrant Tapôtre saint Jean, bi représentait le genre humain tout entier; et Marie, docile à la Yolonté de Jésus, Marie arrosée de son sang fivin, Marie nous a tous adoptés dans cet instant. Nous sommes devenus ses enflants ; elle est notre mère , la meilleure et la plus puissante des mères.

Répétons-le donc ayec une sainte joie, Marie, Taugnsfe créature que la divine Trinité a choisie et préparée pour être la mère glorieuse du Fils unique de Dieu, Marie est devenue notre mère toute-puissante auprès de Dieu. Son crédit, son pouvoir s'exercent par ce cœur qni nous aime d'une tendresse dont un esprit moriel ne poorra jamais mesurer retendue. Marie nous Foffre aujourd'hui ce Cœur admirable ; elle nous le présente comme notre refuge, le remède à tous nos maux, une narce féconde, inépuisable, d'où jailliront toutes les grftces qui guériront les plaies de nos âmes, nous réconcilieront avec Dieu, et nous rendront l'espérance et k possession du bonheur étemel.

Serait-ce assez, nous le demandons encore, serait-ce isseï, pour reconnaître tant de grâces et tant d'amour, qne d'offrir à Marie le tribut de notre admiration, quelque étendue qu'elle puisse être? Non, elle nous demande aujourd'hui davantage. Elle nous présente son Cœur, elle nous en fait connaître la puissance et l'amoor par des prodiges, afin de multiplier au milieu de nous, d'appliquer à chacun de nous les grâces et les bienfaits.

Venons donc avec un pieux empi*essement nous enliMer sous la sainte bannière de son admirable Cœur; entrons dans cette sainte société, dont le but religieux se compose de tous les motifs et de toutes les conditions qui peuvent procurer la plus grande gloire de Dieu. tmssoDs^oas à plusieurs millions d'âmes len^wVfô^

78 iiiinBL

qui , répandues sur toute la face de la terre, soUiciteiit la grâce de la couYersion des pécheurs.

Venez, âmes chrétiennes et fidèles, n'oubliez pas le commandement du Saint-Esprit : a Que le juste se ju»cc tifie encore, que le saint se sanctifie davantage. » rnisscz-Yous à nous pour implorer la grâce de la persévérance dans les saintes dispositions que la bonté divine a daigné vous accorder, priez le Cœur de Marie de vous obtenir Faugmentation de la foi, de Tespérance et de la charité. Demandez avec nous la conversion de tant de pécheurs que vous connaissez, qui vous appartiennent. Venez, pauvres pécheurs, oh ! c'est vous sur^ tout que notre cœur appelle ; puissiez-vous vous fiiire une idée du sentiment qui nous anime ! Frères Menaimés, amis infortunés, vous vous (,erdez, et si vous ne revenez à Dieu, si vous ne vous convertissez, vous terminerez une vie toute d'agitation, de honte et d'angoisse, pour vous voir précipiter dans Thorrible et éternel malheur. Ah ! ne dédaignez pas la ressource que la bonté de Dieu vous offre ; venez avec nous implorer la compassion et Tamour de Marie, Marie, refuge assuré des pécheurs, Marie, dont le nom sacré n'exprime que Tamour, la compassion, la grâce et la miséricorde ; priez avec nous, et vous serez sauvés. Epouses affligées, parents chrétiens, chefs de famille, nous les connaissons les douleurs, les craintes qui vous torturent et vous abattent. Venez les déposer dans le Cœur de Marie, appropriez-vous les mérites de tant de vœux, de tant de supplications que lui ofirent ses enfants , en entrant dans leur i>ieuse société , et vos larmes se sécheront, car Marie vous rendra, et au gré de vos religieux désirs, ces êtres qui vous sont si chers !

Enfin, chrétiens enfants de Dieu, de quelque âge, de quelque condition, de quelque état que vous soyez, ho-

M L^mancoNFitiRiB. 79

•tooëraneat le très-saint et immaculé Coeur de reamrex à sa protection dans tous vos besoins, «tes Tos peines, dans toutes vos épreuTes. Cest tue inépuisable dans lequel reposent les trésors ces, des miséricordes et des consolations divines. Bi sans cesse par ses mérites la conversion, la jcalion de vos âmes et de celles de vos firères. a^id nous n'avons parlé que d'une petite associa ease renfermée dans les étroites limites d'une e particulière, et nous avons vu de quelles bé-; ons Dieu avait daigné récompenser la bonne vot les pieux désirs qu'un très-petit nombre d'âmes es lui exprimaient pour la conversion des pé- . Ces pieux exercices avaient déjà une influence PC sur la paroisse de Notre-Dame-des-Victoires. «marquions une assistance un peu plus nomaux offices paroissiaux, le maintien y était plus IX, les tribunaux de la pénitence étaient pbis ités , les communions surtout étaient beaucoup mibreuses. En 1835, dans toute l'année, nous 18 eu que 720 communions. En 1837, le nombre mmunions monta à 8,550, et nous en eûmes en 1838. A la un de cette année 1838, le nom- » associés inscrits sur notre registre était de C'était beaucoup plus que nous eussions osé eslans un temps ordinaire; mais c'était prodigieux e temps malheureux oii nous vivions alors. Eh » n'était rien auprès des grâces et des bénédlc- [ue la bonté divine nous réservait. La petite asm de Notre-Dame-des-Victoires va sortir des de son enfance, l'Épouse de Jésus-Christ va l'a- , son chef auguste va la bénir, en l'élevant à la I d'Archiconfrérie, il va lui donner la mission de "BTpar toute la terre le culte si doux, s\ caâi<âi'-

80 MANUEL BB L'àRCHICONFRÉRIE.

qiie du Cœur immaculé de Marie, de rallier, par tous les lieux de la terre que le soleil éclaire, les malheureux pécheurs, de les rattacher à Jésus-Christ par les doux liens de Famour et de la confiance. C'est une nouvelle période de TArchiconfrérie que nous allons écrire. Mais, avant de Tentreprendre, nous sentons le besoin de présenter à nos lecteurs quelques réflexions préliminaires pour les mettre à même de reconnaître Févidence de Fœuvre de Dieu dans ce que nous allons leur raconter.

; il -.'• •' '"î î .•

Page 1