‹ Manuel d'instructions et de prièresChapitre 18 sur 89 · INSTITUTION · texte numérisé non relu

INSTITUTION

aie œuvre de Dieu se fait par lui, se fait pour sa s, et se fait en faveur des hommes, objets constants ffusions de Tamour divin. Il les appelle tousà vepuiser à longs traits les doux effets de sa misérii; et, dans sa clémence, il conduit cette œuvre de à ce qu^elle impose visiblement aux âmes le trie reconnaissance et de tendresse qui doit accroître i les créatures la gloire extrinsèque du Créateur, pourquoi les œuvres de Dieu diffèrent des œude rhomme, et dans leur principe, et dans leurs oppements, et dans leurs résultats. Les œuvres de une laissent voir la main de Thomme, son esprit i efforts : les œuvres de Dieu sont conduites en dées hommes ; il faut que leur origine, leur extenleur succès, révèlent la volonté, la toute-puis- !, la bonté de Dieu, aûn que le monde, ne pourévoquer en doute Fopération divine, s'empresse recueillir les fruits et les bénédictions. I œuvres des hommes sont pressenties d'avance ; rconstances les amènent et les favorisent. Elles ne hent qu'escortées de Tattention des uns, que pous* par l'intérêt des autres. Leur développement doit coup, et souvent même doit tout au crédit, à l'ae de ceux qui les entreprennent ou les çYo\à^^Yv\.^

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et ce n'est qu'à force de soins, de ruses, de triomphes qu'elles parviennent à acquérir Texistence et la durée. Les œuvres de Dieu, au contraire, sont petites, humbles, cachées dans leur origine ; elles apparaissent toujours au moment où on les attend le moins, presque toujours dans les circonstances qui semblent leur être les plus défavorables. Les premiers bruits qui s'en répandent sont repoussés par Findifférence, souvent par le mépris et le dédain. Dieu ne les met pas dans la main d'un homme entouré de la considération et de la confiance publiques; c'est presque toujours un fidèle obscur, ignoré, n'ayant par lui-même aucune valeur, aucun crédit. Dieu qui n'a besoin de personne, mais qui, dans l'économie de sa providence, veut se servir des hommes, choisit toujours parmi eux, nous dit saint Paul, ce qu'il y a de moins sage, de plus fSeiible, de plus vil, de plus méprisable, pour l'associer à son dessein. L'œuvre se répand; alors commencent les combats, les persécutions ; aux railleries, aux mépris succèdent les injures, les calomnies, les outrages. Quand les œuvres des hommes en sont arrivées à cette époque, la lutte s'établit, le combat s'engage entre les dissidents, les passions s'agitent de part et d'autre ; chacun ne met sa confiance que dans ses propres forces. Dans l'œuvre de Dieu le silence et la patience sont le bouclier qu'on oppose toujours avec avantage aux coups que Satan frappe. Cette bénédiction du saint Évangile remplit d'une sainte et douce confiance : Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice^ parce que le royaume des deux leur appartient. Vous serez bier^ heureux quand les hommes vous persécuteront et quUls diront toute sorte de mal contre vous à cause de moi. Ainsi les œu^TCS de Dieu sont entreprises, se continuent avec et dans des conditions diamotmlement op-

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pMées ftnx règles que donnent la sagesse et la prudence bomaines; et pendant que les œuvres humaines les mieux calculées se dessèchent souvent dès leur racine, ou gabelles vont croulant les unes sur les autres, Tœu- Trede Dieu marche dans le silence et Fobscurité , elle l'avance et s'étend. Sa progression qui fixe tous les regirds étonne et force les esprits de remonter à son début. On cherche Fauteur, on n'en trouve pas ; un pauvre prêtre, un chrétien ohscur, paraît tenir les fils qui ont conduit cette œuvre : on ne sait comment il a réussi. On juge alors la disproportion qui existe entre reflet et les moyens, et on dit avec autant de vérité que d*ët<mnement et d'admiration : « Le doigt de Dieu est c ici ; c'est le Seigneur qui a fait cette œuvre, et voilà c pourquoi elle est admirable à nos yeux. v> C'est ainsi que Dieu convainc de folie la prudence et la sagesse de oe monde.

Aucun des caractères que nous venons d'assigner eomme appartenant essentiellement aux œuvres de Dieu n'a manqué à l'œuvre de l'Archiconfrérie du trèssaint et immaculé Cœur de Marie pour la conversion des pécheurs. Elle est apparue le dimanche 1 1 décembre 4836. A cette époque, la société, en France, offrait m état de violente agitation qui menaçait d'un bouleversement universel phis ou moins prochain. Paris était sillonné périodiquement et dans tous les sens par des séditions armées qui portaient avec elle le trouble, Teffroi, souvent la mort. Tous les liens sociaux tendaient à se dissoudre ; nous paraissions retournor à la barbarie. Dans ces jours de troubles et de désordres, que devenait la religion? Elle voyait ses temples déserts, ses sacrements abandonnés, ses ministres méprisés, honnis. Elle paraissait ne devoir pas se relever du coup ierrihle que venait de lui porter \me ré:vo\vsStfsa

récente. L'impiété chantait ses triomphes. Des Toix insolentes annonçaient dans les chaires publiques que c^en était fait d'elle, qu'elle avait fini son temps; on Toulait bien reconnaître que le Christianisme avait autrefois rendu quelques services à la société humaine, mais il était usé et n'était plus en rapport avec le développement qu'avait acquis l'esprit humain. De là cette marotte de nouveaux systèmes religieux, qui ne sont autre chose qu'un réchauffé des anciennes hérésies les plus absurdes et les plus immondes. Et cependant ces absurdités trouvaient des sectateurs, surtout parmi les jeunes gens, parce qu'elles flattaient l'orgueil, caressaient les passions, et que les esprits n'avaient plus ni frein, ni règle, ni assiette. 11 y avait longtemps que tout ce qui portait le nom de congrégation, d'association religieuse, de confrérie, tout ce qui y ressemblait était mis au ban de la raison publique. C'est au milieu de circonstances aussi défavorables, aussi ennemies même, que l'Archiconfrérie a pris naissance. A elle appartenait de modifier et d'éteindre petit à petit tous ces préjugés hostiles et irréligieux. . -

Oîi a-t-elle pris naissance? Oh ! c'est ici que l'action divine paraît de la manière la plus manifeste ! Il y a dans Paris, dans cette moderne Babylone qui a infecté le monde entier de tous les venins , de toutes les doctiines de la corruption, de l'impiété, de la révolte et du mensonge ; il y a dans Paris une paroisse , alors presque inconnue , même d'un grand nombre de ses habitants. Elle est située entre le Palais-Royal et la Bourse, au centre de la ville ; sa ceinture se compose de théâtres et de heux de plaisirs bruyants et publics. C'est le quartier le plus absorbé par les agitations intéressées de la cupidité et de l'industrie, le plus abandonné aux criminelles voluptés des passions de toute

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esfièce. Son église, dédiée à Notre-Dame-des-Victoircs, I perdu son nom avec sa gloire ; on ne la connaît plus qne sous le nom sans expression d'église des Petits- Pères. En des temps malheiu*eux elle servit à la bourse. Ce temple restait désert, même aux jours des solennités les plus augustes de la religion. Disons plus , disons tout, quoi qu'il nous en coûte : il était devenu un lieu, un théâtre de prostitution, et nous avons été forcé de recourir à la force publique pour en chasser ceux qui le profanaient. Point de sacrements administrés dans cette paroisse, pas même à la mort. C'est en vain que le prêtre monte dans la chaire pour y rompre le pain de la parole , personne pour l'écouter. Une poignée de chrétiens, et qui craignaient de le paraître, voilà tout le troupeau. Les autres, absorbés par les calculs de rintérêt et du gain , ou noyés dans les excès des voluptés et des passions, ne connaissent ni l'église, ni le pasteur ; et si ce triste pasteur tente d'établir quelques rdations avec les âmes qui lui sont confiées , on le dédaigne, on le repousse, on le méprise. 11 s'entend dire qa*on n'a pas besoin de lui , qu'il n'a qu'à se retirer. Si, à force d'employer des sollicitations étrangères, il obtient d'être admis auprès d'un malade en danger , c'est sous condition d'attendre que le malade ait perdu sentiment , et encore qu'il ne se présentera qu'en habit séculier. A quoi bon sa visite? Il ne ferait que tourmmUr inutilement le malade. Quant à son habit, on ne veut pas le voir; et puis que dirait-on si l'on voyait entrer un prêtre dans notre maison? on nous prenirait pour des jésuites. Voilà le degré de foi et d'esprit religieux de celte paroisse.

Eh bien ! sur un pareil terrain , au milieu de ces circonstances, la divine Providence va fonder et établir m œuvre. Que ]es vues de Dieu sont éloignées d^ ccS\s&

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des hommes! Que les moyens qu'il emploie sont différents!

Mais au moins Finstrument qu'il choisira va justifier le choix qu'il en aura fait. Ce sera sans doute un homme entouré de la considération générale, jouissant de la confiance publique, possédant de grands talents; un homme puissant en œuvres et en paroles qui attirent les cœurs et domptent les esprits? Non ; c'est un pauvre prêtre obscur, ignoré, dont l'esprit est abattu par la tristesse et le cœur flétri par la douleur. Il sait que personne ne peut le consoler, aussi l'autel est le seul témoin de ses larmes, et le tabernacle seul entend SCS gémissements; il n'a point de talents, il ne doit qu'à son titre de pasteur la patience et la compkdsance avec laquelle on l'écoute quand il parle. Partout ailleurs il compromettrait la dignité du ministère évan* gélique , et ne serait pas supportable. Son caractère a des défauts qui doivent nuire à l'œuvre. La voix publique l'accuse , et il faut qu'il en soit quelque chose , d'être brusque , impatient et bizarre. Que d'obstacles au but qu'il doit atteindre ! Dans son corps, où il est destiné à rencontrer des contradictions , son influence est nulle; on le compte pour rien. Mais au moins, il aura dans l'esprit, dans le cœur quelques dispositions à embrasser avec ardeur l'œuvre à laquelle il est destiné? Point du tout ; elle lui a été présentée, il l'a rejctée avec dédain. Il faudra que cette idée saisisse violemment son esprit, qu'elle le dompte et l'abatte. Et ce sera à l'autel de Marie , pendant Foblation du divin sacrifice, que cette victoire sera remportée sur l'orgueil de ses préjugés. L'Archiconfrérie est destinée à posséder et sanctifier le monde ; le saint et immaculé Cœur de Marie doit être connu , béni , honoré et invoqué par ioute la terre pour la conversion des pécheurs. C'est le

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eomplëment de la prophétie que Fauguste Marie a fait (Telle-aième : « Beatam me dicent omnes generationes.r* Tontes les générations m'appelleront bienheureuse. Le directeur qui lui est destiné devra donc avoir de grandes et nombreuses relations , par lesquelles il pourra fcdlement propager l'œuvre? Non! 11 vivra isolé, n^ayant de rapports qu'avec un petit nombre d'amis , wnples comme lui. La propagation de cette œuvre sera fonte providentielle , les moyens en sont arrêtés dans les desseins de la sagesse divine; lui, n'y sera pour rien. Ah ! disons : Le doigt de Dieu est ici , c'est le Seigneur qui a fait cette merveille ; il a choisi pour mstrument ce qu'il y a de moins sage , ce qu'il y a de phu foible , de plus vil, de plus méprisable, ce qui n'est rien , afm que l'opération divine éclate , et que personne ne s'attribue une gloire qui n'appartient qu'à Ken.

Les commencements des œuvres de Dieu sont petits et cachés; elles marchent lentement au milieu des contrariétés et même des persécutions. Dans cette voie des épreuves elles se fortifient et s'étendent. C'est le ciractère de notre œuvre.

Le 11 décembre 1836 , la fondation eut pour témoin une assistance inusitée et extraordinaire. La Providence Tonlait en quelque sorte prendre acte de la grande miiâicorde qu'elle nous faisait. A partir de ce jour, pendant un an , quarante à soixante âmes fidèles entouraient l'autel de Marie à l'office du soir. Personne ne fidaait attention à ce qui se passait dans cette église encore ignorée , et cependant c'est pendant cette première année que les grâces les plus éclatantes vini-ent récompenser la ferveur de nos premiers associes. Nous étions alors , par notre obscurité , à l'abri de la persécution, des railleries et des calomnies qui, plus \axd ^

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vinrent fondre sur nous. Mais une autre persécution sensible à notre cœur, commença de nous exercer, nous fallait, pour commencer notre sainte œuvre, nous fallait la permission de notre archevêque. Cet grâce nous fut accordée ; mais aussitôt après , le con de ce vénérable pontife nous fut fermé entièremen Après avoir longtemps dévoré dans le silence le clu grin que nous imprimaient son indifférence et mên ses rigueurs, nous comprîmes que sa conduite à nob égard était une des voies de la Providence par rappoi à Fœuvre qu'elle avait daigné nous confier. Qu'on i voie donc pas ici le moindre reproche à une mémoîi vénérée : « Absit à me hoc peccatum in Dominum / » l tendre piété pour Marie qui animait le cœur de l'illui trc pontife était connue de toute TEglise; et ce ft spontanément qu'à notre première demande il institu la Confrérie. Il le fallait , nous ne pouvions rien fiiii sans lui. C'en était assez , le germe venait d'être créé la divine bonté voulait seule le développer et l'amène à sa perfection ; mais il fallait subir toutes les épreuT< auxquelles sont soumises les œuvres de Dieu. Destitua de tout secours, de toute protection humaine, l'œuvi devait se développer seule. En 1837, jaloux de iaii partager à toutes les Églises de notre France les grâa qui nous étaient déjà prodiguées , nous dressâmes un humble requête au souverain pontife, pour le sup plier d'ériger par sa puissance apostolique notre petil association en archiconfrérie pour la France seulement Nous portons cette requête à notre archevêque , en 1 conjurant de l'honorer de sa recommandation et d daigner l'envoyer lui-même à N. S. P. le Pape. Le re fus le plus sévère nous fut adressé avec un conse: donné sur le ton du commandement de ne pas pour suivre notre projet, à cause de l'inconvenance et d

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fiontilité de nos démarches. Enfant d*obéissance, nous «uions certainement obtempéré, si un mouvement intâieur ne nous avait impérieusement obligé à continuer nos tentatives, en nous remplissant de la plus grande confiance dans leur succès. Le pieux pontife , par toutes ces résistances, accomplissait les desseins de Dieu. 11 follait que cette œuvre , si petite dans son principe, confiée à un si pauvre instrument, et pourtant destinée à acquérir tant de grandeur, fût abandonnée des hommes, afin qu'il fût évident qu'elle était rœavre de Dieu , que sa puissance seule la soutenait et que sa main la dirigeait. Dès le moment de sa naisanee, la bonté divine, en la créant, lui avait dit : « Ma « grâce te suffit, car ma puissance ne se fait jamais i plus voir que dans la faiblesse. »

Refusé à Paris, nous prenons le parti de nous adi^sserà Rome. Un de nos pieux amis résidait dans cette nlle; nous lui envoyons notre requête, en le priant de b Êdrc présenter au Pape par quelque personnage ecclésiastique assez accrédité pour que nous puissions obtenir une prompte et favorable réponse. Bientôt nous tonnnes informé que la requête a été communiquée à denx princes de FÉglise qui y prennent le plus gi*and intérêt, et qui ont promis de* la présenter au Saint- Père et d^obtenir sous quinze jours la grâce d'érection d'âne archiconfrérie. Dans le secret de notre cœur Dons bénissions Dieu et nous rendions gloire à Marie. ^, au bout d'un mois, nous apprenons que les deux protecteurs ont rendu la requête , en disant qu'ils ont hewreusement fait des réflexions qui préviennent une iémarche indiscrète et tout à fait inutile; que le Saint- Père n'accorderait jamais une telle faveur, même à l'ar" (^éifue de Paris quand il la demanderait.

Celte nouvelle nous affligea sans nous ab^\re.\Y^

M KAITOBL

avait en nous un sentiment qui nous assuniit qûé obtiendrions cette grâce difficile , mais nous sentie nécessité d'attendre le moment où il plairait à 1 vine Providence de combler nos vœux. Nous écrii à notre ami de ne pas se rebuter pour ce premie fus , d'attendre et de saisir un moment favorable, faire déposer notre requête aux pieds du Saint par un laïque, si aucun ecclésiastique ne voulait charger. Il y avait un an que la requête dorai Rome , quand , dans les derniers jours de mars i nous pensâmes à réclamer, par des prières spé< de Fassociation, la protection de Marie pour le si de cette affaire . Nous dîmes que nous reconunan aux prières de nos associés un pieux dessein que 1 nous avait inspiré pour sa gloire, que nous rédai les communions qui.se feraient pendant le mois d à cette intention. Nous ne tardâmes pas à être exa Dans les premiers jours d'avril, une dame, aus lustre par sa piété que par sa haute naissance , e dant parler d'une manière tout à fait imprévue prodiges de grâce obtenus dans l'église de Notre-D des-Yictoires , et de la demande du curé, se chai^ présenter cette demande au Pape , et sollicite uni dience à cet effet. Dès que le Saint-Père eut lu la req il ordonne aussitôt qu'on fasse un bref par lequel i et érige à perpétuité dans l'église de Notre-Dame Victoires , à Paris , l'Archiconfrérie du très-sai immaculé Cœur de Marie pour la conversion de cheurs. Nous n'avions demandé cette faveur que la France , Sa Sainteté Tétend au monde entier ^ Ainsi, dans cette circonstance, tout sort de W

^ Voir le Bref apostolique à la page 11, et sa traduc U page £6.

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Mtorel : les protecteurs naturels refusent leur appui, leir concours, et une femme qui n'a entendu parler de fœavre qvCen passant, qui sait à peine de quoi il s'agit, n traiter cette grande et importante aflaire avec le noTerain Pontife. Kt le vicaire de Jésus-Christ, avare 4e ces sortes de faveurs , accorde, dans toute sa plénitude y une grâce qui n'avait été sollicitée qu'avec des lestriclions. Disons encore que le doigt de Dieu est ici.

Jusqu^au moment où l'Archiconfrérie a été établie, rasBOciation du saint et immaculé Cœur de Marie n'anit été exposée qu'à des railleries qui tendaient à ridiculiser sa dévotion et ses exercices. Mais depuis , artout , l'apparition du Manuel , aux railleries , sont Tenus se joindre les injures, les mensonges, les calomnies dirigées spécialement contre la persomie du directeur. Rien de tout cela ne nous a effrayé ni étonné ; mns nous y attendions. L'Arcliiconfrérie fait la guerre i Satan , eue lui arrache des victimes. 11 est naturel fie Satan lui rende guerre pour guerre; il n'a pas bouvé de moyen plus propre à la décréditer, que de calomnier son directeur. Nous, ne nous plaignons point de ces persécutions; nous savons que, comme disciple et prêtre de Jésus-Christ , elles sont notre partage. Rous les acceptons , et nous nous trouvons très-heureux de pouvoir lui offrir ces petites mortifications de la natoe, en hommage de reconnaissance pour les grâces et les consolations inouïes dont sa divine bonté daigne nous eombler. Nous ne regrettons que l'outrage fait à Dieu, h justice violée, la charité blessée, et les scandales irléparables pour certains esprits , donnés aux fidèles.

Eh! cependant, cette œuvre, fondée dans un temps et des circonstances si critiques , établie dans un lieu li contraire à son esprit, à son développement, confiée à un si /«iiiitv instrument i raillée ^ bonxnei^^i-

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sécutée, cette œuvre a marché , et à pas de géant. En dix ans elle a parcouru Funivers, et elle s'est propagée dans tous les lieux que le soleil éclaire. Comme Tagneau sans tache est immolé à toutes les minutes da jour : Ab ortu solis asque ad occasum ; de même , U n'y a point de moment dans le jour où, par toute la . terre, il ne s'élève un concert de louanges adressé an Cœur immaculé de Marie. Des Antipodes, où nous avons des confréries établies, comme de Paris, comme de notre Europe , des vœux , des supplications montent sans cesse vers le trône de clémence sur lequel Marie est assise , et réclament de sa charité compatissante la conversion , le salut de nos pauvres frères égarés dans la foi et dans les mœurs.

Elle a rapidement et merveilleusement grandi dans un si court intervalle , au milieu des mépris , des rebuts, des épreuves de tout genre. Abandonnée de tous, elle n'a eu à sa naissance que la bénédiction du vicaire de Jésus-Christ ; mais cette bénédiction l'a remplie d'une sève qui, dans un instant, a changé le petit grain de sénevé en un arbre vigoureux et majestueux qui couvre l'univers entier de l'abondance de ses branches et de ses rameaux. Elle a marché, elle ne fait que commencer sa course , et elle a déjà posé ses assises aux quatre coins du globe. Dans l'histoire de l'ancien peuple , dans les annales de l'Église, dans les fastes du monde entier, rien n'est comparable à l'étendue , à la rapidité de ses progrès. S'il y a encore des esprits qui ne veulent pas voir ici l'œuvre de Dieu» aveugles volontaires, qu'ils tremblent, car ils blasphèment l'œuvre de Dieu.

Le bref apostolique, donné à Rome le 24 avril 1838,

nous fut délivré le dimanche 24 juin suivant, revêtu

du visa de Mgr l'archevêque de Paris. Nous le publia-

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mes le même jour. Cette lecture répandit une sainte joîe dans tous les cœurs. Tant de bénédictions de la ptrt du Père commun des chrétiens , la glorieuse fa- Tear dont il honorait la petite association , faisait naître des pressentiments bien doux , portaient tous les cœurs ih reconnaissance envers la bonté divine. Nous étions pressés par le besoin de l'exprimer. Nous fîmes le vœu d*offnr à Dieu une neuvaine d'actions de grâces et de VSQX pour la conservation et le salut de N. S. P. le Vaçe. Nous choisîmes pour exprimer nos sentiments le TeDeum de Marie, le sublime cantique Magnificat, que nous chantâmes solennellement pendant neuf dimandies et fêtes après la bénédiction du Très-Saint Sacrement. Nous terminâmes cet exercice de reconnaissance k jour de la glorieuse Assomption de Marie. Le jour de la fête des glorieux apôtres saint Pierre et saint Paul , et le dimanche où nous en célébrons la solennité , de nombreuses communions furent faites en actions de grâces et pour le salut du Saint-Père.

Cette dignité d'Archiconfrérie universelle , à laquelle FËglise venait d'élever la petite association, lui préparait une destinée glorieuse, lui ouvrait une carrière immense. C'était le monde entier qu'il lui était donné de parcourir; c'était par toute la terre qu'elle devait ariwrer l'étendard du très-saint et immaculé Cœur de Marie ; elle recevait la sainte mission a'inspirer à tous les CŒiu's chrétiens le désir et le vœu de la conversion de cette masse de pécheurs qui se perdent au milieu de tint d'indifférence. Nous le pressentîmes dès le commencement , et nous avouons que cette idée nous effraya; nous étions seul, absolument seul, et la sainte enivre que la bonté divine avait daigné confier à notre fûblesse , était devenue un sujet de sarcarsmes et de risée. Un pauvre prêtre sans appui , sans crédiV , \so\t ,

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pei'du au sein de cette capitale qui, elle-même, est univers, ne pouvait espérer d'établir des relations sont tout à fait étrangères à son caractère et à ses tudcs. L'Archiconfrérie avait déjà des enfants répancffiv sur plusieurs parties du globe , dans la majeure par/v (les Etats européens ; mais c'étaient quelques prètrei modestes , de pieux fidèles que la Providence ne paraîp- : TAÏi pas destiner à être les hérauts de cette vaste entieprise. 11 y avait de la présomption dans toutes ces réflexions. Nous étions aveuglé par cette idée que c'était nous que Dieu avait destiné à propager son œuvre.

Pendant qu'elle fatiguait notre esprit, la Providence préparait ses voies. Nous racontions souvent à de pieux confrères la grâce, les faveurs dont Marie récompen* sait les vœux que lui offrait l'Archiconfrérie. Un de ces hommes vénérables, dont la parole est puissante sur notre esprit, nous disait souvent que Dieu n'accordait point de telles grâces pour qu'elles soient ensevelies dans le silence et l'oubli , que nous devrions les faire connaître. Nous nous connaissions trop bien pour oser nous rendre à son conseil. Il revint à la charge et finit par en appeler à notre conscience. Cette espèce d'arrêt finit par nous déterminer. Dans le sentiment profond de notre insuffisance, nous priâmes Marie d'éclairer, de guider notre esprit , et ce Manuel fut le fruit de notre confiance dans la protection de la meilleure et de la plus excellente des mères.

Mais ce n'était pas assez d'avoir raconté dans un livre les nouvelles grâces que la bonté divine se plaisait à répandre sur les hommes , il fallait encore que ce livre fût répandu par toute la terre, qu'il fût présenté à tous les fidèles , puisque tous sont appelés à boire à la source de ces nouvelles déhces d'amour et de miséricorde qui' découlent du Cœur très-saint et immaculé de Marie,

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iqae qui que ce soit, nous pouvions remplir cette on. Absorbé dans les soins, les travaux de notre liëre, nous ne pouvons avoir aucune relation exire. Le Manuel était dans les mains de quelques fi- , dont la piété le lisait avec édification. Ce petit , si opposé à tous les préjugés du siècle , ne sem- 3ftB devoir se répandre davantage. Mais il était sous tection de Marie ; la mère de la grâce divine Favait lé à être un moyen de procurer sa gloire , en fai- Mmnaitre aux bommes, aux pécheurs, combien sndre cœur recèle d'amonr et de miséricorde pour Test Marie qui va mettre fin aux anxiétés de notre ;; c^est elle qui va le répandre , et la souveraine du t de la terre le portera jusqu'aux extrémités du le.

e des gloires de TÉglise de France, la congrégale Saint-Sulpîce , a survécu au cataclysme impie niYTit notre patrie de débris et de ruines à la fin mier siècle. Toute la France sait avec quel amour, quelle vénération Marie est honorée dans cette 5 société; mais aussi tout le clergé de France sait ien cette sage congrégation craint jusqu'à Tappa- \ de nouveauté dans le culte et les pratiques relies; combien les pieux, les modestes enfants du ■able Ollier, ces solitaires dans Paris, ont d'éloilent à se mêler dans les œuvres extérieures, quelque es qu'elles soient , quand elles n'ont pas un rapport tavec les devoirs spéciaux de leur profession. Rien ons faisait présager que ce serait de cette sainte m que nous viendrait le secours , sans lequel nous louvions rien faire. Nous-même, nous sommes de l'avouer, nous vénérions ces prêtres vertueux, nous n'avions aucune relation avec eux ; nous 18 Gonnaigsioii5 pas. Transporté à Paria au ixù^^^

de notre vie, chargé aussitôt du ministère le plus laborieux , nos occupations ne nous avaient pas laissé le temps, la possibilité d'entrer en rapport avec eux. Per^ sonne , ou presque personne dans le séminaire de Paris, n'avait entendu parler des grâces par lesquelles la bonté divine récompensait à Notre-Dame-des-Victoires les hommages que l'Archiconfrérie rendait au très-saint Cœur de Marie.

La bénigne Marie veut récompenser la tendre piétë des directeurs et des élèves ; elle a choisi les deux maisons de Saint-Sulpice à Paris et à Issy ; elle en fait deux foyers de zèle et d'amour oîi s'allume un feu qui bientôt embrasera la France et se propagera jusqu'aux extrémités du monde. Et pour cela, quel moyen emploie la souveraine du ciel et de la terre? Le plus simple et le moins propre en apparence à produire un pareil effet. Un Manuel pénètre dans le séminaire ; on le lit, et tout aussitôt ces cœurs déjà si bien préparés s'enflamment d'un saint zèle ; ^larie fait de tous ces pieux lévites autant de missionnaii*es, autant d'apôtres de la dévotion à son très-saint et immaculé Cœur et à la conversion des pécheurs. Us propagent le Manuel dans presque tous les diocèses de la France ; ils l'envoient dans la catholique Irlande , au Canada, dans les États-Unis ; ils l'accompagnent de lettres brûlantes de zèle et d'amour jiour Marie, dans lesquelles ils le commentent et l'expliquent. Leurs sages directeurs voient avec une sainte joie ces essais du zèle de leurs fervents élèves; bientôt leur voix puissante et vénérée Tient lui domier la sanction. A partir de cet instant, la France commence à se dévouer au très-saint et inunaculé Cœur de Marie; l'Archiconfrérie marche à pas de géant à la glorieuse destinée que la victoire de Jésus- Christ lui a fixée.

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C'est ici que commence cette prodigieuse propagation de rArchiconfrérie ; nous n'allons plus que raconter les triomphes de Marie. Ce qui nous reste à dire est un hynme en Thonneur de sa gloire et de sa puissance. ia première édition du Manuel parut au 1®' janvier 1839. Quelques centaines d'exemplaires furent distri^ fcuéB dans Paris dans le cours de ce mois ; très-peu firrinrent dans les proyinces. Un des premiers eccléliastiques qui le reçurent, fut M. le curé de Gossé le Virien, au diocèse du Mans. Son neveu, prêtre missionmire, qui s^est embarqué pour la Chine le V mai 1839, le lui avait envoyé. Il le reçut le 2 février, fête et la Purification. Ce zélé pasteur avait le matin, à la gnod^messe, et avant d'avoh* reçu le livre, indiqué à MB paroissiens une neuvaine en Thonneur de la sainte ^toge, qui devait commencer le lundi suivant, pour rheoreux succès de la solennité des quarante heures qui ouvrait le dimanche de la Quinquagésime. Quand fl eut pris connaissance du livre, il jugea à propos de le lire à ses paroissiens. Le dimanche de la Sexagésime , i daigna le porter en chaire , et en lut quelques traits. Tout son auditoire fut ému et frappé ; il profita de cette inçression pour exhorter son troupeau à la conversion, à la pénitence, lui annonça que deux missionnaires du ANsèse viendraient se réunir à lui et à ses trois vicaires fOQT entendre les confessions pendant la semaine. Son ippel fut entendu. Pendant huit jours Féglise fut constamment remplie, les tribunaux sacrés entourés d'une foule de pénitents. Les confessions commençaient à trois beores du matin et ne finissaient qu'à onze heures du Mîr. Près de dix-huit cents communions ont eu lieu pendant les trois jours , et il est encore resté près de cent personnes dont les confessions commencées n'ont W^èiieai^vécs par défaut de temps. Voi\kce q;iv^\tf>\i^

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mande le missionnaire dont nous venons de parlei dans sa lettre du 19 février.

Voici maintenant le compte que nous rend ce bo curé. La lettre est du 9 mars :

a Mon neveu m'a envoyé le Manuel de votre Assc <K ciation que vous lui aviez donné dans le mois c « janvier; je le reçus le jour de la Purification. Pri a cisément ce jour-là, le matin, j'avais annoncé ui a neuvaine en Fhonneur de la sainte Vierge poi « rheureux succès de nos quarante heures , oîi je di « vais avoir deux de nos missionnaires diocésains poi a renouveler les fruits de la retraite qu'ils avaia « donnée ici le carême dernier. Aussitôt que j'eus reç; « votre Manuel, je me décidai à en donner connaissan « à ma paroisse : je leur fis remarquer l'heureuse cmi ce cidence de l'arrivée de ce livre avec la neuvaii « commencée la veille. Je leur donnai une idée c (c votre Association : je leur lus deux des traits les pli « frappants de conversions obtenues par les prièn « des associés. Je les engageai à redoubler de confiani « et de ferveur; j'exhortai ceux qui n'avaient pas eom « mencé la veille à commencer ce jour-là. On Fa fisi <c généralement. Aussi les fruits en ont été prodigien: « Pendant les trois jours des quarante heures, noi <c avions quatre exercices par jour ; l'église était com « tamment pleine. Nous étions six confesseurs conti « uuellement au saint tribunal. Nous avons eu près é « dix-huit cents personnes à communier sur une popt « lation de trois mille six cents ou sept cents âme « Pour ma part, j'ai confessé cinq cent trente-deu « personnes, dont deux cent soixante-douze hommei « Tattribue cet heureux succès, qui a dépassé toute « mes espérances, à la protection du Cœur Immacul «r de Marie. Ma paroisse a xedoxxUd de coufiance et d

DB L'àICHICONFRÉRIE. 99

(ferveur envers cette Mère si charitable. Je compte (Mcn y établir votre Association, et je suis persuadé « qu*e11e prendra très-bien. Je réserve cela pour le I mois deBlarie, que nous faisions déjà, mais que nous < liions faire plus solennellement cette année, n

Qu^on fasse attention aux circonstances du fait que MDS venons de rapporter, et on y verra le témoignage ' de Tintervention de Marie. Une simple lecture agite et émeut une population nombreuse presque tout entière. M-on, a-t-on quelque exemple semblable? Cette panise se compose de villages très-éloignés de Téglise ; c*eit dans la saison la plus froide, la plus pluvieuse de rannée; il faut parcourir des campagnes, des chemins nmpos, rendus presque impraticables, môme pendant le jour, par les pluies, les neiges et les autres accidents derhiver; etc^est pendant la nuit que ces bons fidèles fe*eiposent à tous ces inconvénients, ces dangers même, piisque dès trois heures du matin ils étaient arrivés à r^se et qu'ils ne la quittaient qu'à onze heures du Nir. Cette saison a ses usages et ses divertissements auxfBels les habitani«t des campagnes du Maine sont extré- Bernent attachés et dont rien ne peut les détourner ; il a Uhi sacrifier tout cela. On conçoit que des prédications, des exercices religieux répétés raniment la piété, la fer- Tair d^un peuple naturellement religieux. Us ont lieu tons les ans pendant les trois jours de la Quinquagési • ne; et chaque année, au rapport d'un prêtre qui en a èé témoin, ils amènent à la sainte table trois à quatre cents personnes. Cette année on n'a pas fait davantage ; ces exercices n'ont eu lieu que les trois jours des qiiannte heures. Les six jours précédents ont été employés à entendre les confessions par six prêtres depuis trois heures du matin jusqu'à onze heures du soir. Le mouvemeol étaît donné; une simple lecture accomçai^w^

iOO HÀIOIKL

d'une exhortation du pasteur, qui, sans doute, avait été donnée et répétée les années précédentes, a sutt pour amener à remplir le devoir regardé comme la plus pénible de la religion , dans un siècle comme la nôtre , les trois quarts au moins de ceux qui, sur una population de 3,600 âmes, peuvent s'approcher des sacrements.

Elle a donc été bien vive, bien forte et bien profonde, cette impression qui a inspiré la même pensée et ÎBÏi opérer le même acte à une masse si nombreuse d'hommes d'esprit, de cœur et de sentiments si dififô^ rents. Est-ce l'œuvre de l'homme? Non. Disons-le : Dieu s'est servi d'une simple lecture de ce petit livra pour répandre sa miséricorde, en exaltant la gloire et la puissance de l'auguste Marie. Il a choisi ce qu'il y a de plus simple, de plus petit, de plus chétif, pour que les hommes ne s'y trompent pas, et qu'envoyant Tcbih vre, ils reconnaissent l'ouvrier, et soient forcés de cait* venir que le doigt de Dieu est là.

Si ces lignes tombent sous les yeux des détraeteun de la dévotion au sacré Cœur de Marie (car, et qui 1^ croirait? cette sainte dévotion a eu dès son commencement et a encore des détracteurs, qui l'ont attaqués d'abord et qui aujourd'hui s'en tiennent à la ridÛca-' User), si ces lignes tombent sous leurs yeux, nous leâ conjurons d'y bien réfléchir. C'est pour eux que noua avons écrit cette digression. Ils ont pu se tromper, mais l'erreur persévérante deviendrait une obstination coupable, pour ne rien dire de plus. Qu'ils méditent cette pensée de saint Bonaventure : « Celui qui honorera et « servira dignement Marie sera sauvé ; mais celui quE « négligera son culte et son service mourra infaillible— <t ment dans ses péchés. Qui coluerit Mariam, justifia \^ caâfiur; et qui ncgleoccrit illom, moriclw w ^^eocatii

DE l'àRCHICONFRÉRIE. 101

. » On s'attaque à forte partie quand on s'attaque e. Qu'Us déposent les armes et qu'ils disent avec

CTest la puissance et la miséricorde divine qui Lt ces merveilles, et c'est à ce titre que nous les )iis. A Domino factura est ùtud, et est mirabile nastris,

ipression dont nous venons de voir les conséîs sera produite partout où le Manuel a été connu,

répandu sur ce pauvre petit livre une bénédic- :traQrdinaire. La première édition paraît en jan- 139, et aujourd'hui, en juin 1849, voilà la quane édition. Déjà plus de soixante mille exem i sont entre les mains des fidèles , et nous ne 3ns pas dans ce nombre le chiffre des volumes a contrefaçon a inondé la Belgique et les pays ers. Quarante diocèses de France , au moins , ne t pas contentés du Manuel, leurs évoques ont mis r des manuels abrégés du nôtre et enrichis d'inons, de prières nouvelles inspirées par la piété 3nûance dans les mérites du Cœur immaculé de

Les éditions de ces nouveaux ouvrages dans la re partie des diocèses de l'Europe ont été très- »Uées et très-nombreuses. Nous en connaissons i a été tiré à près de 80,000 exemplaires. Des sis du saint Cœur de Marie, à l'usage des difFé-

localités, ont été mis au jour. Cependant de itmses traductions du Manuel ont été faites dans les langues de l'Europe à peu près, car il n'y a ;s langues moscovite et suédoise qui n'aient pas p. Elles sont même multipliées pour plusieurs de iomes; nous en connaissons plusieurs en Italie, Ben Allemagne, deux en Espagne. L'éditeur d'une ction allemande nous écrivait , il y a deux ans , pouvait à peine sufûre aux demandes, c\\x'*ù^

avait quatre ans qu'il avait fait sa première édition, qvCil allait produire la septième, et que déjà cinquante mille volumes s'étaient écoulés. Et ce n'est pas seulement en Europe que ce mouvement religieux se manifeste, il est aussi sensible , aussi actif dans toutes lei parties du monde. La dévotion au Cœur immaculé àe Marie y est connue et pratiquée, de nombreuses confréries y sont établies, le Manuel de l'Archiconfrérie est traduit dans un grand nombre de langues en usage dans TÂsie, et on continue de le traduire, au' moins en extrait, dans celles où il n'est pas encore connu.

Mais ce qu'il y a de plus étonnant encore que la nmltiplication, la diffusion si prompte des manuels ^ tout le monde, c'est la rapide propagation de cette sainte dévotion au Cœur très-saint et immaculé de Marie, dévotion qui a alimenté, en la produisant, une charitable compassion pour les pécheurs et un désir ardent et effectif de leur conversion. A peine les premiers exemplaires du Manuel eurent-ils été lus , qu'un mouvement religieux extraordinaire se manifesta dans toute la France étonnée de se voir réveillée de ce sommeil d'apathie dont elle dormait depuis si longtemps. Ici ce sont des pasteurs dont le zèle, découragé par l'iniitilitë de longs et constants efforts, se sont ranimés par la. pensée de Marie, refuge des pécheurs. Ils usent d'industrie pour appeler dans les églises aux heures des ofQces publics leurs paroissiens qui en ont depuis longtemps oublié le chemin. Pendant leur messe paroissiale, ils lisent à quelques fidèles assemblés autour d'eux quelques-unes des conversions rapportées dans le Manuel ou les Annales, ils annoncent que le dimanche suivant ils continueront la même lecture. Au bout de quelques semaines toute \a p^OY%?><i ^ist réunie dans ^église, fréquente les dmus ol^vce.s.^vettVfe\.\^^ç^\fc\a

DE L^ÀRCHICONFRÉRIB. 10)

ettpiië par son troupeau tout entier de leur procurer a moyen de salut. Les confréries s'établissent, chacun vait y être inscrit, les prières se font en commun, et Itfie récompense la confiance que lui ont témoignée CB pauvres brebis égarées; ces paroisses redeviennent dffétiennes.LÂ ce sont les populations elles-mêmes qui ipontanémenl sollicitent leurs pasteurs d'établir au nflieu d^elles des associations, des confréries. Les juges de la foi , les gardiens de la discipline , les pères du troupeau, les évoques de notre France, se mettent à la Kte de ce mouvement, ils lui donnent la sanction ipostolique en le dirigeant ; ils enseignent cette dévotioD par leurs prédications, par leurs lettres pastorales; fli instituent des confréries et vont souvent eux-mêmes CD présider les saints exercices. Tous, excepté un, ont béni cette sainte institution, et Marie s'est servie de la pntection qu'ils lui ont donnée pour lui ménager un B grand développement.

Ce qu'il y a encore de plus étonnant, car tout est nenreilleux dans la propagation de cette œuvre, c'est fi% peine commençait-elle à s'acclimater en France, ^ déjà elle se répandait dans les divers états de l'Eunpe, et que des confréries , dont on nous demandait figrégation, venaient de s'établir dans un grand nombre de diocèses étrangers. Une circonstance nous bappa, c'est que les deux premières confréries établies hors de France l'ont été dans deux pays hérétiques. La première à Lœvenberg, au diocèse de Coire, canton des Grisons, en Suisse ; et la seconde à Stockholm, capitale fc la Suède.

La paroisse de Lœvenberg est située au milieu des rochers; son église, qui est la chapelle d'un ancien cbàtcau, est elle-même sur la cime d'un rocUcv. La. lapuïathn toute catholique est entourée des V\éïéV\c\\\ûs

104 XÀNCEL

protestants qui peuplent une grande partie de la Suisse. Ces bons montagnards ont conservé la pureté, la sim* plicité de la foi antique. Us sont pieux, fervents, et tous les soirs ils viennent tous se délasser des travaux de la journée, en offrant à Dieu, à Jésus et à Marie, une prière commune dans Féglise de leur paroisse. Le vénérable prêtre qui gouverne ce troupeau choisi, leur a parlé du saint Cœur de Marie, des merveilles produites par son amour, de la conversion des pécheurs. Et aussitôt, ces cœurs si simples, si purs, déjà si pénétrés d'amour poiu* Marie, ont demandé en grâce qu'une association de prières fût établie parmi eux. Leur vœu a été promptement accompli ; l'autorité épiscopale Ta agréé, et nous avons acquis une sœur fervente, dont les vertus et les prières aident puissamment nos vœux. Ce n'est pas seulement l'église de Stockholm qui nous est agrégée , c'est encore toute la population catholique des royaumes de Suède et de Norwége. Ces pays, ravagés si cruellement par l'hérésie, n'avaient pas entièrement perdu la foi. Un petit nombre de catholiques s'y est conservé : dix-huit cents à peu près à Stockholm ; d'autres, dont on ne peut évaluer le nombre, dans le reste de la Suède et en Norwége. Ce ne sont ni les grands, ni les riches de la nation, ceux-là marchent tous dans la route plus facile de l'hérésie ; ce sont des pauvres, des ouvriers, des batehers. La conservation de leur foi a cela d'admirable que des persécutions cruelles, atroces, comme celles que l'hérésie impose toujours partout où elle domine, les ont éprouvés pendant de longs intervalles de l'exercice du ministère ecclésiastique. Enfin Dieu a voulu récompenser leur fermeté, leur constance. Une princesse de la maison de Bavière est assise sur le trône. Fidèle et fervente catholique , l'église de Suéde a V\o\xn^ ^\x ^W&^a. mcrc

DB L^ARCaUGOHFRËRIB. 1<H(

tm appui. Un ticaire apostolique du Saint-Siège « de quelques prêtres, est à la tête de cette église et Bcueille les glorieux débris. Une église s'est élevée les libéralités de la généreuse protectrice que Dieu Bcitée à son peuple ; le culte divin s'y exerce publinent. Mais après des désastres si longs, que de IX à réparer, que de plaies à guérir, que de besoins tisfoire!

est surtout un besoin qui a alarmé et vivement exla charité du révérend Studach, vicaire apostoli- . La mort fait souvent des orphelins dans son trou- Il ; sa charité les adopte. Il peut, aidé de ses prê- , donner l'éducation aux garçons ; mais les filles, à les confier? Les femmes catholiques sont toutes vres et ont assez, d'ailleurs, des soins qu'elles dont à leurs enfants. N'est-il point à craindre que le Lheur, l'abandon de ces enfants ne les entraîne dans irésie? Il les élèvera comme les garçons; il lui faut s femme à la tête de cette sainte entreprise, une une capable de cultiver l'esprit, de former les cœurs ces enfants, de leur apprendre tous les travaux masis auxquels les femmes s'exercent. Il ne la trouve I en Suède, il viendra la chercher à Paris. Pendant à voyage , il passe à Beauvais ; il séjourne au sémiise de cette ville. Là, on lui parle de F Archiconfrérie ; lui raconte les merveilles que Marie opère à la ière des associés. Il ne connaît personne à Paris qui ÎBse lui faciliter le succès de ses désirs ; mais ce qu'il sut d'entendre ouvre son cœur à l'espérance. C'est à une qu'il demandera celle qu'il vient chercher de si in. 11 se logera auprès de l'église de Notre-Dame-de»îctoircs; il y offrira tous les jours, pendant son séjour, i divin sacrifice sur cet autel, au pied duquel tant de "ceux saat offerts au saint Cœur de Marie.

Il arrive dans notre sacristie, nous fait part de ses projets, de ses désirs ; nous prie de les reconmian« aux prières de rArchiconfrérie pour leur obtenir protection de Marie. Nous le faisons, et nous le dirons^ avec une pleine confiance, une sorte de conyiction qu^ Marie ne refusera pas cette grâce, parce que celle quK^ s^appellc la ressource des Chrétiens ne peut pas man — quer à soulager, à consoler TÉglisc dans son besoin. Noues nous efforçons de faire passer notre confiance dans Tes — prit de nos auditeurs, afin que leurs prières soient anio-* mées d'une foi plus vive, et nous leur expliquons bîei^ tout ce qu'aura de pénible, de contrariant pour la nature la mission que Ton destine à celle que Marie donnée. Il faut aller dans un pays inconnu, dont o: ignore la langue et les usages ; vivre sous un clima austère et en tout différent du nôtre; consacrer soins, sa vie tout entière à des enfants pauvres, groi siers, sans aucune éducation première ; vivre au mi' lieu d'un peuple ennemi et fanatisé par l'esprit de et d'hérésie; n'attendre aucun avantage temporel s'exposer à des besoins qu'on ne pourra peut-être satisfaire, car le bon prêtre a dit : « Je n'ai rien à don « ner que du pain tant que j'en aurai. » On prie ; quelques jours se passent dans des recherches inutiles. "Vicaire apostolique va faire visite dans une maison clésiastique ; il parle au supérieur de son désir. 11 estientendu par un prêtre qui s'approche de lui et lui dit : « Je crois connaître une personne à qui cela peut con- « venir ; elle est dans le diocèse de Soissons ; je vais lui « écrire. » Et que lui écrit-il? ces mots : a Ma fille, « Dieu a besoin de vous; il veut vous employer dans « une œuvi-e qui lui est agréable. Rendez-vous à Paris, * je vous dirai de quoi il s'agit. »

Là personne à qui celle Mire «îiaX ^dxe,^^ ^^i une

1» L^AICBIGONFRÉRIB. 107

t d^une vertu forte et solide et d'une haute a reçu une excellente éducation, et vit dans re société ; elle a acquis la maturité de Tâge. L toi^ours mené une vie douce , tranquille i sa famille, dans la société de ses amis qui snt. Elle-même a un grand faible pour ses lour ses amis ; elle n'aurait pas pu jusque-là la pensée de les quitter. Elle aime surtout ^ar-dessus tout , et jamais la pensée de s'exs'est présentée à son esprit. Elle est d'une a délicate et d'une faible santé; elle achève, itoii elle reçoit cette lettre, la convalesle maladie qu'elle vient d'essuyer, e l'étonné , mais Dieu la demande, cUe ne le réflexions; elle arrive à Paris. Le samedi, . de son arrivée , le vicaire apostolique me ae grande joie qu'il avait trouvé la personne nvenait. Je l'en félicite, et nous bénissons Luit heures et demie, cette demoiselle vint rer dans la sacristie et nous surprit: nous salle avait été malade. — Vous savez pourquoi lue? — Non. — On me demande pour aller M. Studach ne vous l'a pas dit? — Je n'ai m votre nom à la manière dont il l'a prois pourrez-vous? aurez-vous la force? — Si eut, j'irai. Mais j'ai le cœur bien affligé; France , mes amis , ma famille , et j'ai si peu Je ne sais pas si Dieu le veut; M. *** m'asî'est la volonté de Dieu ; je viens assister et T à votre messe pour me mettre sous la prola sainte Vierge et la prier de m'obtenir la onnaitre la volonté de Dieu et la force dont i pour l'accomplir. — Nous ne pouvons pas 9 BOUS n'augurâmes aucun succès de Y^VB^

Mt à une personne dont le physique et les répugnancai étaient dans une opposition si frappante avec le dessein qu'on se proposait. Mais les vues et les pensées de Dieu ne sont pas celles des honunes.

Après la messe, cette demoiselle vint nous retrouver dans la sacristie ; elle était joyeuse. « Tai Inen « prié, nous dit-elle; je crois que c'est la volonté de « Dieu ; je ne balance plus ; je suis prête à partir. Je « ne demande que le temps de dire adieu à ma &- « mille, à mes amis, d Sa résolution prise, son sacrifice ofSert , elle ne pense plus qu'à se rendre capable de remplir la mission qu'elle a embrassée ; elle va tous les jours dans une maison d'orphelines, dirigée par les sœurs de la Charité, apprendre à l'école de ces pieuses filles les règles, les usages de ces saintes mÉtsons. Elle quitte la France , elle s'embai'que sans som^ ciller. Elle est à Stockholm à la tète de sa petite fiimille , contente , heureuse et bien convaincue par les consolations, les jouissances dont Dieu remplit son cœur, qu'elle est dans la voie que Dieu lui avait destinée. C'est ce que nous témoigne le vicaire apostolique dans sa lettre du mois de novembre 1839. U nous dit : « MademoiseUe B. est aujourd'hui biea certaine de sa « vocation ; elle en est assurée par le bien qu'elle fiût, a par la joie et le bonheur dont Dieu recompense le « sacrifice qu'elle lui a (ait. »

Les vœux du pieux vicaire apostohque accomplis, il sentit le besoin d'offrir à sa bénigne protectrice r hommage de sa reconnaissance. 11 ne crut pouvoir mieux l'exprimer qu'en l'adressant à son Cœur immaculé. U érigea canoniquement , le 8 juillet 1839, une confrérie dans Téghsc de Sainte-Eugénie à Stockholm, en rbonneuT du trè&-saiat et immaculé Cœur de Marie, pour /a conversion des pèclae^uc^^ ^V^x^^^N.^ \ak^

DB L'aRCHIGONFRÉRIE. i09

tous les cattholiques suédois et les associer par inx sentiments d^amour et de reconnaissance dont cœur est pénétré pour Marie. Cette confrérie fut igée le il juillet; il y ajouta un vœu de consécra-

solennclle de la Suède au très-saint et imma- I Cœur. Voici en quels termes cet acte religieux est pi :

Nous consacrons, nous dévouons solenneUement, HT cet acte d'érection de la confrérie, au très-saint et nmaculé Cœur de la très-sainte Vierge, mère du diin Jésus, Sauveur des hommes, la mission de Suède, ms les fidèles catholiques qui la composent et aussi outes les âmes que la bonté divine nous accordera % grâce de faire rentrer dans le sein de TÉglise de ésus-Christ; nous confions notre mission, nos vœux, los désirs, nos travaux et tous les besoins des âmes le nos enfants spirituels à sa puissante protection , !t nous érigeons dans notre église de Sainte-Eugénie le Stockholm une association de prières , en Fhonleur du très-saint et immaculé Cœur de Marie, pour ibtenir par ses mérites la conversion des pécheurs ; aqiielle association nous demandons être agrégée à 'Archiconfrérie de Notre-Dame-des-Victoires à Paris, MNir participer aux grâces et Indulgences que notre nint Père le pape Grégoire XVI lui a accordées *. » Sainte ÉgMse de Suède, bercail si longtemps ravagé r des loups dévorants, les jours de la paix, de la iéricorde divine vont luire sur vous. Consacrée au immaculé de Iflarie, vous allez ressentir les effets protection puissante, les douces, les tendres com- ^sances de son amour. Vous verrez rentrer dans vo-

* Voir au 5« Bulletin des Annales de VArchiconfrérie, tge %ll, te» àétaila sur VÉglise de Suède.

{40 XÂNUIL

tre sein les enfants égarés qui vous méconnaisflfiD Marie, refuge des pécheurs, secours des chrétiens, i sera pas en vain invoquée par vous. Faisons ici la n marque que les deux premières sociétés étrangèri que Marie admet dans rArchiconfrérie de son trëa-saii et immaculé Cœur, ne nous viennent point des royen mes catholiques , mais sont prises dans des pays sJBi gés par rhérésie. N'est-ce point un avertissement qi notre tendre et divine Mère nous donne de pénétre nos cœurs d'un sentiment de charité, de compawo pour le malheur de nos frères égarés dans la foi et ^ hâter par tous nos vœux les plus ardents Textirpatk et la guérison du chancre qui les dévore.

A peine cette voie fut-elle ouverie que rArcldoQi frérie y marcha avec rapidité et sut arborer le sajx étendard du Cœur immaculé de Marie. L'Europe en tière fut bientôt couverte de son ombre tutélaire; toi ses royaumes , tous ses États , excepté le Danemazck possèdent plus ou moins de confréries. Les quatre at très parties du monde rivalisèrent bientôt de zèle ■ d'ardeur pour la conversion des pécheurs, d'anumi de confiance en Marie et de dévotion à son saint i immaculé Cœur. Aujourd'hui de Pétersbourg au Texa. au Mexique, de Rome à TOrégon, aux montagnes Rc cheuses, de la Corée, de Nankin à la baie d'Hudson partout, d'un pôle à l'autre et à nos antipodes, la misé ricordieuse compassion du Cœiu: de Marie est implové en faveur des pécheurs, partout on entend retentir c cri de la confiance et de la charité : Cceur très-^saini Cœur immaculé de Marie, soyez sensible à nos misères refuge des pécheurs, priez pour nous,

L'Archiconfrérie se compose aujourd'hui, 21 juillc

4849, de huit mille sept cent dix confréries qui lu

sont agrégées, et par conséquânl en communicatioi

DB L*AKCinC!0!fFBÉRIB. ili

~<fc prières , de mérite des bonnes oeuTres , en participatioD des grâces , des indulgences et des autres faveurs «fne la sainte Église Romaine lui a accordées. Ces ^,710 confréries sont partagées entre le monde entier. "Voici la part de chaque partie de Funivers. L'Europe compte 7,414; la France seule en possède 5,902, diainsi qu'il suit : 39 cathédrales , 5,1 42 paroisses , t08 séminaires, 12 abbayes, 489 communautés religieuses, 21 chapelles, 34 hospices, 47 collèges et pen- | sioonatset 10 prisons.Quant aux autres parties du monde, l*Ane a 728 confiréries connues et a^gées, TAfrique 48, les deux Amériques 502 , et FOcéanie 30.

Ainsi, dans l'intervalle de douze ans, 8,710 foyers ttlunour et de confiance en Marie , de zèle et de dévolioD ponr la conTersion des pécheurs, ont été allumés 4uis tout Funivers. L'an 1668, le vénérable Père Eudes Ibt le premier prédicateur de la dévotion au saint Cœur 4e Marie , il forma des associations pieuses en son hon- Heinr. Nous lisons dans l'histoire de cette dévotion , que depuis 1668 jusqu'en 4743 , dans un espace de 75 ans, tt ifavait été établi que 84 confréries dans tout le nK«de catholique, et là-dessus seulement 53 en France. Bt ai]ûoard'hui , en moins de douze ans , nous en voyons %,7fO répandues sur la face du globe, et en France tl,902. Toutes celles qui furent formées dans les deux Bièdes précédents eurent pour siège et pour centre tmiqne des maisons religieuses , des églises de communautés; aujourd'hui ce sont les cathédrales, les églises paroissiales qui se disputent à Fenvi la gloire et le bonlienr de posséder cette sainte institution. Autrefois cette dévotion n'était le partage que d'un petit nombre d'ânes pieuses; aujourd'hui, et par toute la terre, ce sont les populations qui se lèvent dès qu'elles entendent fÊikrda Cceur de Marie, qui viennent dcmandeT «n^

lis MÀlfUBL

un empressement qu'il n*est pas toujours fiidle de tisfaire, qu'on les enrôle sous Tétendard sacré du immaculé de Marie. Ehl quel magnifique tableau noi présenterions à TÉglisc tout entière et à nos lecteurs, si nous pouvions leur donner le chiffre eiact de la totalité de nos confrères répandus dans tout runiven Nous n'avons pas des données assez sûres pour expliquer catégoriquement à ce sujet, mais nous pou vous leur dire, sans crainte de nous tromper, que nombre total des membres de rArchiconfrérie toute la terre doit atteindre seize millions; pos régi» très, ceux de Notre-Damc-des-Victoires seuls nent les noms de sept cent neuf mille cinq cent un associés. Combien présume-t-on qu'il se trouve

noms d'hommes dans ce nombre? Trois cent quarante •

huit mille cent douze, qui, avec 36i ,41 9 noms de feounes - • complètent le nombre total de 709,531 associés inscril sur un seul registre. Qu'on ne perde pas de vue l'Archiconfrérie se compose aujourd'hui de 8,710 fréries qui lui sont agrégées, qu'elle a par conséqw 8,7 iO registres. 11 est vrai qu'aucun de ces registres présente un aussi grand nombre d'inscriptions , chacun d'eux est rempli, et un grand nombre de coi fréries établies dans des villes ont 20 , 30 , 40 et m^ jusqu'à 50,000 associés. Un grand nombre d'aul dans les paroisses rurales ont jusqu'à 2, 3 et 4,000*^Ç associés inscrits, et quels associés? L'immense majorité^^^ des cardinaux de la sainte Église Romaine, des archevêques et évoques du monde catholique, des milliers de prêtres, tous les ordres religieux des deux sexes qui viennent joindre à nos prières les mérites de leurs saintes austérités. Nous comptons au nombre de nos associés les saints martyrs du Tonquin , de la Cochinchine et de la Corée; ces tidèles el géiiérexuL témoins de J.-C.

SE l'archigonfrërib. 113

Jvcneinent nos vœux et les déposent aux pieds du trône de gloire et de miséricorde sur lequel siège la bienbeiireuse Reine du ciel et de la terre.

Quatre-vingt-quatre confréries établies dans un esiflLce de 75 ans, et 8,7i 0 en douze ans ; quelle différence !

La j^ériode de i668 à 1743 était cependant une épotœ de foi et de religion , pendant laquelle tous en remplissaient les obligations. Alors le respect humain R^avait aucun empire ; la singularité ne pouvait se renxmtrer q[ue dans Tinfraction des devoirs ; et aujour- PIrai les maux de la société et de la religion sont si Sxaiids q[ue des voix insolentes en ont pris occasion de lire, il ya quelques années, que le catholicisme était Epuisé, quMl avait fait son temps, et qu'il était urgent le chercher à le remplacer par une institution plus en ï^Bpport avec les lumières et les mœurs du siècle. Cette ilisurdité impie a été même proclamée dans des chaires fWhliques , et elle est encore répétée par quelques niais miiréligieux.

Cependant nous ne connaissons point dans Thistoire ftoclésiastique d'exemple d'un mouvement religieux, ^«oduit par une idée pieuse , semblable à celui qui se Cfeunifeste dans la France , et par tout Fuaivers , surtout Bl nous considérons combien notre malheureuse époque liflere de celles qui Font précédée. 11 y a des vices qui Hmt inhérents à notre nature , et dont notre pauvre bximanité a toujours supporté le joug ; mais, au Kkiilieu du désordre qu'ils créaient dans la société, il existait une puissance qui s'était emparée de l'homme 4ès8on berceau; malgré ses déréglements, la société était chrétienne. La foi , trop souvent endormie , se rérdUait dans les moments de fatigue, de lassitude

te passions, dans ces jours de mécomptes, de dés-

^lçmnteweBig qiu renversent tous les calcula eVtowV

114 MAlfOBL

de Tespoir une chimère. Dans ces graves circoortancat la foi venait en aide ; elle soutenait et ramenait les bibles et les coupables.

On ne terminait pas sa vie par la rivière, le poison ou Tarme à feu ; on ne mourait pas avec la stupidité des bêtes. La foi nous faisait trouver un abri, refuge dans les bras d'un Dieu clément, d*un tendre qui changeait le repentir en grâces, en force en consolations. Il y avait une conscience publique gardienne des mœurs et des institutions sociales ; principe était dans la foi. On ne jouait pas avec les ments ; la probité était honorée , et Thonneur lui-même, appuyé sur les vertus chrétiennes ^ était u seconde religion. Tous ne pratiquaient pas ce qui devaient faire, mais tous savaient ce qu^ils devi pratiquer, parce que tous dans leiu: jeunesse avaieai sucé le lait de la foi, avaient été imbus des de la doctrine chrétienne.

Aujourd'hui, et depuis cinquante ans, quel dégradé nous présente la société humaine? La jeunesae^^ Tenfance sont généralement corrompues par Fédu tion publique. On parle encore de religion , il est vrai dans les collèges, mais en donne-t-on Texemple? prêtres zélés s'efforcent d'en développer le germe danles cœurs; mais les exercices religieux, encadrés, serrés par les autres, considérés, avec trop de raison par les jeunes gens , comme les moins importants «nr — - ^ yeux de leurs maîtres, ne leur paraissent plus qu^^ ® conune une contrainte , un joug , une corvée qu'il fau acquitter à une certaine époque de sa vie, et dont il opportun de se décharger quand on le pourra. Et d'aveugles , que d'insensés parents sont dominés par préjugé impie ! Ainsi, dans cette éducation , très-] pour Vesprii sous le raç]^i\ tQOT%l> rieu ^ur

DE l'auchiconfrërie. ii5

t c'est dans le cœur que sit^gent les passions. nelle société nous ont faite de pareils préludes? ins-nous d'en esquisser le tableau? Pour le fôire imment, il nous faudrait tremper notre plume

sang et dans la boue. Où sont les vertus reli-

la Tie du genre humain? honnies, bafouées masse, elles se sont réfugiées dans un petit

de cœurs , et ceux-là seuls sont grands , sont Où sont nos anciennes vertus sociales, la fran- Bi fidélité, la probité? éteintes, et leurs noms enus des titres au ridicule. Tout est dol, surnirberie et improbité. Qu'est devenu cet anmieur, la gloire et le caractère de notre nation? hangé dans un sec égoïsme, dans une cupidité

qui ont desséché tous les cœurs et ne leur plus de vie et de sentiment que pour les dé- \ excès des passions sensuelles et les ignobles de l'argent. Où allons-nous? qu'allons-nous ? L'expérience de tous les siècles nous apprend société ainsi matérialisée est bien près de sa ouvrons les annales de l'histoire, et nous y que c'est quand ils sont arrivés au point de déin morale où nous sommes, que les empires, ds peuples qui ont possédé la terre sont tombés Intion.

ilheur nous menace , et la bonté divine veut épargner : elle nous présente le rameau d'oli- 18 le Très-Saint et Immaculé Cœur de Marie; I pacifique arc-en-ciel qu'elle fait luire aules sombres nuages de nos désordres et de nos s. Cette pensée de la miséricorde divine est tie par tous ceux qui sont accourus sous le sain» d du Cœur de Marie. Ce n'est pas seulement pour cette tendre mère, et le dcsiï ff oYAfctiSx

par sa puissante médiation le retour et le salut du pauvi'c pdcheur ; c'est encore le besoin fortement senti d'échapper par sa protection à tant de maux, à tant de châtiments, que nous n'avons que trop mérités; c'est cette crainte, trahie à chaque instant par tant de noirs pressentiments, qui tourmentent et assiègent presque tous les esprits, qui fait accourir au Cœur de Marie ce nombre de chrétiens si étonnant pour un siècle comme le nôtre. Oui, nos ti'ès-chers frères, oui, la toute-puissance de Marie sur le Cœur de Dieu, son amour, sa. tendre compassion pour nous, la protection de son Saint et Immaculé Cœur, voilà notre salut, le salut de k France, le salut du monde. Cette vérité appartient à notre foi: celui qui honore Marie, qui implore sa protection, celui-là ne périra pas.

Cet admirable progrès va-t-il s'arrêter là? Non, glorieuse, bénigne et toute-puissante souveraine du ciel et de la terre, c'est l'œuvre de votre toute-puissance et de votre ardente charité pour les hommes ; vous l'avex commencée dans ce royaume de votre prédilection, jdans la France qui vous est consacrée ; vous avez voulu qu'elle prît naissance à Paris.... (Paris comblé de tant de grâces et qui s'est rendu si ingrat, si coupable), afin que la grâce surabonde là où le péciié a le plus abondé; et vous avez établi le foyer, le centie de vos grâces là où votre divin Fils était le plus méconnu, le plus outragé, afin que personne ne désespère, et qu'il n'y ait pas un pécheur qui ne saclie que la miséricorde divine le cherche, qu'elle lui tend les bras, et qu'il ne tient qu'à lui d'aller y chercher le repos, la grâce et le bonheur. Non, l'œuvre de votre charité maternelle ne s'arrêtera pas ! Que deviendraient, si vous n'en aviez pas pitié, tous les pécheurs répandus sur la terre ? Ils vous appartiennent au même litre (\uc t\ouç.-, \'o\xs \^^ nV&v-

DE L*ÀRCHICO]!fPRÉRIE. 117

aussi, vous leur montrerez votre Cœur, et ses ataits, sa mansuëtnde les ramèneront à vous. Vous Té- Uirex dans toute la France cette sainte association. L bienveillance que vous inspirez pour elle à nos maies dans la foi, à nos révérendissimes évoques; les bdsdictions dont ils la comblent partout nous en sont 1 sûr garant. Vous la transporterez jusqu'aux extréitcs du monde; elle ira apprendre aux peuplades entre assises dans les ténèbres de Tidolâtrie, la vérité de itte pensée d'un de vos serviteurs, que c'est par vous te Dieu veut nous avoir à lui.

Nous ne nous appesantirons pas davantage sur la erveilleuse propagation de cette œuvre : nous en rons dit assez pour que chacun de nos lecteurs sente besoin de dire avec nous, en rendant gloire à Dieu : i main de Dieu est ici ; c'est elle qui a opéré ces merailes, et c'est parce qu'elles sont l'œuvre de sa toutelissance qu'elles excitent notre admiration. Digitus eiesthtc; à Domino factum est istud, et est mirabile mliê nostris. Nous allons actuellement parler de ses iets.

Ses effets, ce sont les bénédictions dont Dieu l'a comlée, les grâces qu'il lui a accordées ; eUes sont imlenses , il nous est impossible de les énumérer. Parmi où la sainte idée du Cœur de Marie a été présentée, uiout 011 sa dévotion a été proposée, elle a saisi les ipulations clu'étiennes. On est venu en foule se i*anger us son saint étendard. Ce ne sont pas seulement les Des pieuses, toujours avides des moyens qui peuvent wrrir, fortifier leur piété ; mais ce sont tous les sexes, us les ordres, toutes les conditions de la société qui nt venus indistinctement et avec le même empresse* ent rendre cet hommage à Marie, refuge des péeurs; et ce qui paraîtra bien surprenant dan^ uw «ù^

1)k ■AHUIIL

tlô aussi asseni par les préjugés et le respect hmniiB et ce qui est pourtant réel, les hommes forment un masse considérable dans rArchiconfrérie. Elle n'a m contré nulle part ni obstacle, ni résistance dans soi établissement. Quelques froides railleries (et dans pei de localités), de la part des indifférents et de quelque malheureux aveuglés par Fimpiété ; mais tous ces pn> pos n*ont pas même été remarqués. Bientôt et partoa on a applaudi à cette œuvre; on a rendu justice à 11 sainteté de son motif; et ceux qui n'y ont pas pris part et ceux même qui ont le malheur d*ètre indifférents «i matière de reli^on n'ont pu se dispenser d'un senti ment d'édification à la vue de ces réunions religieuM qui n'avaient pour but que d'implorer la miséricordi divine, et d'appeler la grâce de la conversion sur la pécheurs.

Partout les réunions, les offices sont fréquentés ava un saint empressement ; elles deviennent si nombre» ses que dans quelques lieux où la conft'érie a été é(a< blie dans des églises de communauté, d'ailleurs aaseï grandes , le local ne peut plus contenir la foule dai assistants; et on a cru devoir nous consulter sur 11 question de savoir si on pourrait transporter les exsr* cices dans une plus vaste église. Dans d'autres locaih tés, oii on ne peut avoir cette ressource, on pense 1 faire un dimanche un exercice pour les hommes, et m pour les femmes le dimanche suivant. Dans toutes la paroisses qui ont le bonheur de posséder cette saintf institution, la foi se réveille, la piété se ranime, iec âmes pieuses deviennent plus ferventes, les sacrements sont plus fï-équemment reçus, les offices sont beaucou|i plus régulièrement suivis, et même on voit avec joîfl venir à l'église des personnes, des hommes qni sembiaieai s'en être éloignés ç(hix UraV^^Kc» v^^^i^^ toSxvot

DE L'àRGHIGONPRËRIE. 119

des curés qui ne doutent point que ces heureux effets niaient été obtenus par les prières ferventes offertes au saint Gœnr de Marie. La jeunesse paraît plus régulière, et surtout les jeunes personnes s'éloignent avec plus de soin des plaisirs dangereux , si funestes à leur innocence. Beaucoup de liaisons criminelles ont été rompues; des réparations, des restitutions ont été faites; des réconciliations nombreuses ont eu lieu ; des familles désunies par des haines qui paraissaient irréconciliables vivent aujourd'hui dans les doux liens de la paix chrétienne; tous ces heureux effets sont vus, remarqués par les populations au sein desquelles ils arrivent; tous s'en réjouissent , tous les admirent et s'étonnent en même temps d'avoir pensé si tard à demander à Dieu les grâces de conversion pour leurs parents , leurs amis éloignés de la voie de la religion et dans un si grand danger de périr éternellement. Pariout des conversions inespérées ont eu lieu, et presque partout elles ont été nombreuses. Et celles-là sont le prélude de bien d'autres : des malades qui devaient mourir dans l'impénitencc ont excité la charité des pieux confrères du Cœur de Marie ; ils ont prié, et ces bouches habituées au blasphème ont appelé FAnanie qui seul pouvait les réintégrer dans la voie du alut; et leurs derniers instants consacrés à profiter des grâces dont la clémence divine les comble , sont la réparation des scandales qu'ils avaient précédemment donnés.

Voilà l'abrégé des rapports qu'ont bien voulu nous transmettre nos confrères , BIM. les Directeurs des associations établies en France. Quelques-uns à la vérité, mais en petit nombre, n'ont pas recueilli la plénitude de ces consolations. Mais n'ont-ils point quelques reproches à se faire? n'ont-ils point laissé TaXctvWxVxit fèlef Qu'ils me permettent de leur représetvV.e.Y Vcv çç\^.

120 MÀKUEL

rArchiconfrérie, la dcvotion au saiutCœur de Blarie^. semblable au talent (dont il est parlé dans rÉvangile) confié par le maître à son serviteur, veut être mise en action. Elle portera des fruits, si elle est cultivée ; mais elle sera stérile si on la renferme dans le mouchoir, et le Souverain Maître qui a beaucoup donné , en la codiiant à un pasteur des âmes , exigera de lui un compte terrible des fruits que son indifférence ou sa paresse l'auront empêchée de produire.

Partout la dévotion à Marie a pris un nouvel essor, un plus grand accroissement ; Tidée de son Cœur maternel et compatissant, en rappelant toutes les giâces, tous les bienfaits déjà répandus sur FËghse par sa protection , est partout un doux et consolant présage de tous ceux qu'on attend , qu'on sollicite de sa toute-puissante bonté. Ses autels , ses saintes images se voient entourés d'un plus grand nombre de suppUants qui viennent implorer leur conversion, celle des pécheurs, toutes les grâces qu'ils désirent pour eux et pour ceux qui les intéressent. De nouveaux trophées s'élèvent à sa gloire. Dans un grand nombre d'églises on dresse des autels que l'on dédie à son Cœur Très-Saint et Immaculé. Partout des ex-voto appendus à ses autels attestent les grâces obtenues par sa protection. A I^otre- Dame-des-Victoires , plus de cinq mille cœurs , des tableaux de marbre sont les témoignages d'autant de conversions, de guérisons ou d'autres faveurs spiii*. tuelles ou temporelles demandées et obtenues pai' les prières de l'Archiconfrérie.

Mais c'est surtout dans Féglise de l'Archiconfrérie, ïi Notre-Dame-des-Victoires de Paris , que cet accroissement de la dévotion pour >Iarie est devenu plus sensible. A quelque heure du joui' qu'on y entre , on voit au pied de son autel des (idèks eu ovavsou, de pieux

DE L*ÀRCHICONFRÉRIE. 121

jenes gens, des militaires, surtout beaucoup d'homns de tout âge, de toutes les classes, et la dévotion» k confiance respirent dans tout leur maintien. l.es néqnes de toutes les parties de la terre , plus de trois ■Ole prêtres étrangers Tiennent tous les ans célébrer b divins mystères sur son autel. Les jeunes prêtres uoTellement ordonnés y offrent le saint sacrifice , en rhonneiir de son Cœur immaculé , pour se consacrer à U et obtenir par ses mérites la plénitude de Fesprit acerdotal. Notre église , autrefois déserte , constam* ont profanée par la dissipation et souvent par des Rodei-vous criminels, aujourd'hui Fasile de la piété ctda recueillement, est devenue un lieu de pieux pékrinage. Nous avons vu des prêtres venir des extré- ■ités de la France , offrir le divin sacrifice pour acoooplir des vœux faits en Thonneur de Marie à plus ^deux cents lieues de Paris, et ces prêtres, arrivés le ■itin, repartir le soir. Leur voyage n'avait pas d'autre ht que de rendre hommage à Marie.

Avant de parler des conversions obtenues de la proiBdion de Marie, nous voulons apprendre à nos lecteurs ^ cette tendre mère , à laquelle rien de ce qui nous ■léresse n'est étranger, a daigné nous ouvrir elleième une nouvelle source de grâces d'un ordre difféittt. Marie a voulu nous rappeler que les titres, les 1008 sacrés, par lesquels FÉglise exprime et célèbre VI grandeurs et sa gloire , sont autant de mémo^aux fe bienfaits , des grâces que son amour a répandus sur b Hommes. La douce, la bénigne Marie s'est montrée, tnotre prière , la consolation des affligés, la santé des naïades.

lQi;{u'au commencement de l'année 1839, nos vœux ^iKtt prières n'avaient eu pour but que d'obtenir la wiwwfcw despécheum.

122 luifosL

Nous refusions de comprendre dans nos^ dations publicpies du dimanche la mention qu^on'noiii demandait des malades et des affligés. Ce notait certainement pas par un sentiment de défiance du souverain pouvoir de celle en laquelle, après Dieu, nom avons jeté notre confiance la plus entière, qui nous faisait agir ainsi. Nous ne pouvions pas oublier que Marie est aussi bien le salut des malades, la consolar lion des affligés, que le refuge des pécheurs; nous sib- < vions que la toute-puissance a déposé dans son cœur et dans ses mains la plénitude de tous les biens, pour qu'elle en soit la dispensatrice à Tégard de tous ]m pauvres mortels; mais nous croyions devoir nous renfermer dans notre objet spécial. Cette restriction n*a point convenu à Marie. La Mère de la miséricorde vent que sa toute-puissance s'exerce en faveur de tous ceui qui peuvent en éprouver quelque besoin.

Un de mes paroissiens est frappé d'aliénation mentale. Le mal devient si grave qu'on est obligé de YéIxA' gner de sa maison, de sa famiUe. On vient, le samedi 16 mars, le reconunander aux prières. Je refuse, pans que notre objet est la conversion des pécheurs. On représente la ruine inévitable de cette famille, le sort da deux orphelins, car Tétat malheureux de leur père ki réduit à cette condition. Mon cœur tressaille, et le lendemain 17 je le recommande. Le 18 le malade écrit i sa femme, dans l'après-midi, une lettre de quatre pages. pleine de raison , de sagesse , dans laquelle il lui rend compte des imprudences qu'il a faites dans la gestion de ses afïaires pendant les jours qui ont précédé son atta* que, choses que sa famille ignorait, raisonne pertinenn ment sur le tort qui peut en résulter pour lui, lïmig annonce qu'il se propose d'employer tel et tel moyea pour obvier aux inconvémenU (^^ ^\i\eat résulter de

M L^ABCHIOOIIFRÉRIE. i%Z

te ; eafin il annonce qu'il s'est réveillé le matin cilme et de raison , et aussi sain de corps que qu^il est guéri, mais que par prudence il veut ester quelques jours à la maison de santé. Sa a le voir aussitôt, passe Taprès-midi auprès de ï surprise du calme, de la raison avec lesquels t liaite de ses affaires. Il est aujourd'hui rendu Aie, à la tête de ses affaires, sans conserver istige du malheureux état dans lequel il était

jours après, une jeune demoiselle, appar- Tune des fkmilles les plus respectables de la «rmandie , qui fait son éducation dans un penisligieux à Paris, nous est recommandée par sa ses pieuses institutrices. Âgée de 14 à 15 ans, avait depuis plusieurs années un raccourcisse- ( muscles d'une jambe et d'une cuisse. Elle en cruellement; depuis plusieurs mois elle ne MIS le lit ; sa jambe trop raccourcie ne lui perftlus de se tenir debout. On nous demande une \ de prières. Nous n'avions plus de raison pour nous connaissions la grâce qui venait d'être à notre paroissien. Dans les premiers jours de ine la malade souffrit davantage ; elle s'en réet regardait ses douleurs comme un gage nochaine guérison. Le neuvième jour, dans fe, elle fut guérie subitement et radicalement. t un samedi, accompagnée d'une vingtaine s personnes, ses co-pensionnaires, témoins de qui lui avait été accordée, offrir en reconnais- 1 cœur à Marie.

» il y a quelques jours, un enfgmt, un petit dans un état désespéré, fut recommandé aux m dimanche soir. Le lundi matin, le méàedn^

124 MiKUKL

qui ne venait le visiter que par complaiflanoe pool les parents , le trouva si bien qu'il ordonna de le lever L'enfant jouit d'une bonne santé.

Depuis que ces nouveaux bienfaits ont été conmif , de Paris , de toute la France, on nous adresse des «appliques pour les présenter au Cœur de Marie. Ce sonl des pères , des mères qui demandent la conversion, k guérison d'un fils; des époux désolés, des enfents qat prient pour leurs parents , des amis pour leurs amîi.: Ces vœux sont offerts à Marie, et notre mère compelii-'' santé y répond par des bénédictions, des guérisoni trop souvent répétées pour que nous puissions les éat^ mérer.

Une fois cette nouvelle source de grâces révélée» nous sentîmes qu'il ne nous était plus permis d'excep-i ter de nos vœux , de soustraire à la protection de MaziS: aucune des misères qui appartiennent à notre natures Aussi, depuis ce moment, nous joignons aux crilt plaintifs que nous poussons en faveur des pécheurs t< nous joignons nos tendres supplications pour nosfrèni: malades; nous gémissons avec les affligés, nous demandons des grâces pour ceux qui les désirent et qui' en ont besoin , et nous conjurons la mère du Dieu vivant , à qui a été donnée la puissance d'écraser la tête du serpent infernal , de conjurer, d'apaiser les tentations qui tourmentent et profanent les cœurs des enfants de Dieu. Toutes ces nécessités spirituelles, auxquelles nous sommes en proie sur la terre, sont b matière de nos recommandations tous les dimanches. Nous ne craignons pas de trop demander. Le Cœur de Marie est si grand , si large , si riche et si plein de bénignité! 0 sainte et tendre Mère! c'est vous qui encouragez notre hardiesse; sensible à nos prières, à nos vœux, si pauvres pour\anl e\. s\ Vxvdx^e,^ de votre nuh

DB L ÀRCHICONFRËRIE. i2^

jjBié , VOUS daignez visiter ces pauvres affligés, calmer fcnrs esprits , consoler leurs cœurs ; vous regardez d'un sO de votre compassion charitable ces pauvres âmes deros enfants que les tentations vont abattre, et Satan fcit épouvanté.

Ah! quelle édification pour le peuple chrétien , si DODS pouvions tout dire , et raconter quels horribles tombats ont livrés à de pauvres âmes des tentations tSreuscs, et par quel moyen et comment elles ont été nliitement éteintes ! Que de rongeantes afflictions ont casé aussitôt que Marie a été invoquée !

Aujourd'hui encore, une famille respectable et chrétienne nous priait d'offrir les vœux de sa reconnais- «nce à sa céleste bienfaitrice. Elle habite une ville voisine de Paris; depuis longtemps elle marche dans liToie des épreuves et des croix; elle y marche chrétinniement, mais la croix devenait trop forte et trop pesante pour la faible nature. Ils ont prié qu'on de- BNudât pour eux du soulagement , mais surtout la pice de soumission à la volonté divine. On a prié , et insitôt le soulagement a été accordé , et ils venaient iqourd'hui offrir à leur libératrice , et au pied de son miel, rhommage de leur reconnaissance, et supplier r.Archiconfrérie de joindre ses vœux aux leurs.

Parlons actuellement des conversions obtenues. Les inversions, c'est avec une joie pleine de reconnais - BDce que nous abordons ce sujet, parce qu'il est le int essentiel et primitif de notre dévotion , parce que iïi efforts pour l'atteindre et leurs succès sont les moyens les plus propres à procurer de notre part la llnre de Dieu. Mais c'est aussi avec hésitation et ini{métude, car nous ne pourrons pas tout dire : nous en connaissons tant qui sont accompagnées de circon-

^otces qui nous imposent un secret impénëlrab\e.^\

126 MAimiL

la pieuse curiosité de nos lecteurs ne peut être sali* fîBdte dans cette yie oii nous ne pouvons voir les secret de Dieu qu'à travers un voile , qu'ils attendent ce grani jour des lumières où tout sera révélé. CTest alors qu*!! apprendront que Dieu, touché des maux de son peuple a voulu faire taire la voix de ses iniquités ; qu^il ) établi Marie, Marie, la dispensatrice du sang et de mérites de Jésus-Christ, qu'il a établi Marie second médiatrice entre lui et les hommes coupables ; qu^il lu a donné le pouvoir d'apaiser la divine justice par ae prières , et d'appeler, à la place des châtiments qa*îl ont mérités, la plénitude des bénédictions sur les t£le coupables. Nous apprendrons que celle qui est toute puissante par le seul effet de ses vœux et de ses dësin a voulu faire participer les hommes au succès de 11 glorieuse mission que la divine miséricorde lui a confiée; qu'elle appelle des coopérateurs, et qu'elle la prend parmi les justes et parmi les pécheurs. Noifl verrons alors, et clairement, distinctement, par qjoA secrets et ineffables ressorts la grâce de Jésus-€hriit| sollicitée par les prières des enfants de Marie, a dÀMwlé de son saint et immaculé Cœur dans des cœurs ei^ durcis par la haine de Dieu , flétris par la longue b»* bitude de l'iniquité, et les a ramenés de la mort i 11 vie. Nous les connaîtrons ces frères bien-aimés que h miséricorde divine nous a fait lui engendrer de noo* veau.

Que d'avocats, que de protecteurs auprès de la démence divine va nous procurer à nous-mêmes la pm tique de cette sainte dévotion! Tant d'âmes arrachéa au malheur étemel , tant d'heureux pénitents rccueillî dans le sein de la divine miséricorde , fortunés client de l'Archiconfrérie, appelleront sur elle et sur chacui de ses membres l'abondance de& ^si^jca^ et des béné

DB L'ASGHI€0NFRÉRIE. 127

I célestes. Animons donc notre ferveur par le s traits de grâce et de miséricorde que la dinté a fait éclater dans quelques-unes des con-< i qu^elle nous a accordées depuis quelques mois.

dirons d'abord que les grâces de ce genre ne missent plus avoir ce caractère de prodige qui

II miracle que nous avons remarqué dans les res conversions opérées. Gela ne nous surprend st la marche ordinaire de la divine Providence. elle veut appeler Fattention des honmics sur , un objet quelconque , elle daigne opérer quelt éclatant qui Texcite et la fixe. Cet eiTet obtenu, able rentrer dans les voies de Tordre commun; lédictions, ses faveurs se répandent , mais ne Dt plus être que les conséquences naturelles de qu^elle a établi.

it de rapporter quelques traits de conversions , loyons devoir faire part à nos lecteurs d'une re- 3 que nous avons faite. Les conversions opérées ifotection du saint et immaculé Cœur de Marie caractère particulier de force, de magnanimité, ifice que nous avions souvent désiré dans celles bonté divine nous avait fait la grâce d'être Finnt précédemment à l'invocation et l'intervention laint Cœur. Nos convertis ne se contentent pas Nier le joug des passions qui les avaient asscr- Û8 ils leur font une rude guerre , et remportent » des victoires décisives. Pour que nos lecteurs it en juger, nous allons rapporter trois traits esq[uels ils admireront avec nous la grâce et la [ue Dieu donne aux pénitents sincères dans les ts qu'ils ont à soutenir contre les passions qui isent le plus violenunent le cœur humain. waune de quarante et quelques années èlaiV i\i^

avec de la fortune. Livré de bonne heure à lui-même* il consuma tout ce qu'il possédait en débauches, en dissolutions de toute espèce. 11 avait reçu de l'éducation dans sa jeunesse, mais depuis Tâge de seize ans 11 ù^avait occupé son esprit à rien de sérieux. Entièrement, ruiné avant trente ans, il ne possédait plus rien; IL était absolument à charge à sa famille, qui lui fournissait un logement et un vestiaire les moins chers , et lui payait tous les jours sa nourriture de la manière 1&. plus économique. 11 n'avait jamais rien fait, et il étaift incapable de rien faire. Son esprit usé par la débauche^ la paresse et l'inaction , s'était presque anéanti ; il ne pensait plus. 11 employait ses journées à parcourir les boulevards, les rues de Paris. 11 sortait à son lever « n'interrompait ses courses que pour se rendre au lieu oii sa famille exigeait qu'il prît ses repas, et neren« trait chez lui que le soir pour se coucher. Sa vie était celle d'un animal stupide. Cet homme s'était marié, U y a quatorze à quinze ans , contre le gré de sa famille qui n'avait jamais voulu augmenter sa pitance. Sa femme devait vivre de son travail. Ne pouvant suffire à ses besoins , ils s'étaient sépai'cs depuis bientôt deux ans. D'accord avec lui , elle s'était retirée dans sa ùr mille à quinze lieues de Paris.

Un dimanche au soir , cet homme traverse la place des Petits-Pères , voit l'église ouverte , y entre pendant le sermon ; il ne comprend rien , mais il s'assied snr une chaise et reste jusqu'à la fin de l'exercice. Le dimanche suivant il revient machinalement. Ce n'est . plus un spectacle nouveau pour lui ; il n'a plus cette curiosité hébétée du dimanche précédent; il écoutée! il éprouve quelques sensations. Ce n'est rien encore • mais il revient exactement pendant six mois , et dan^ cet intervalle, cet esprit dè^rà^^ \>x%.^i^<& ^\^^»s9âi

DE L'ARGHICONFRÉRIE. ^^9

le réfléchissait plus, qui ne pensait même pas , se ne comme par ressorts ; il recouvre de Tattention ; mfe; il s'efforce de se souvenir, il pense, il ré- &t sur ce qu'il a entendu ; il pense à sa situation Se; il sent, ce qui ne lui arrivait plus depuis long- 8, la honte et la misère de son état; il s'afïlige^ e des consolations. 11 a entendu parler des juges de Dieu , des peines , du bonheur éternel , de la »ité de se confesser. Il est eiTrayd ; il craint Tenfer. it prier, mais il ne sait point. On lui donne une lëe du Chrétien ; il apprend ses prières ; il assiste lièrement aux offices ; il ne court plus les rues ; il i les églises , y prie. Cet exercice donné continuel- Dt à son esprit lui redonne du ton ; il devient ca- » d'application , de résolution. 11 pense à se conr, mais il y pense longtemps. Enfin son parti est 11 nous le demande , mais c'est à dix heures du au moment où nous sortions de l'église ; il nous d dans la rue , parce que si nous le grondons , il Schapper tout de suite. Nous le remettons au len Lin.

m nous fit la grâce de comprendre cette pauvre 19 égarée , de connaître la faiblesse de son esprit i sentir que nous ne devions pas suivre avec lui ëthode ordinaire. Nous le confessâmes d'abord, 3 quMl fallait donner une base à sa confiance, mais as fallait lui apprendre ce qu'il n'avait peut-être j« su, ou ce qu'il avait au moins totalement ou- , la doctrine chrétienne. Pendant six mois , il falaller lentement; cet esprit-là avait besoin d'un id ménagement. Au bout de ce temps, nous eûmes Miheur de l'admettre à la sainte communion, e pauvre malheureux n'était venu nous demander •hgiàce de la récoaciUaUon avec Dieu.^Vmv-

truisant, nous nous aperçûmes qu'il y avait eneoito dans cet esprit abâtardi une étincelle quVn pouvait ranimer. Nous essayâmes de le rendre à la société des » hommes. Laissé à lui-même, il n'en aurait pas conçu a la pensée : Tinertie , Toisiveté étaient chez lui une se- c conde nature. Nous le forçâmes à traTailler, d'abord ï manuellement , cela ne prit pas. Nous le fîmes copier, 3^ écrire , et au bout d'un certain temps nous exigeftmei & de lui qu'il sollicitât un emploi par le crédit de sa fit- « mille , qui ne le reconnaissait plus après le changement = qui s'était opéré en lui. i"

11 occupe aujourd'hui un emploi dans une adminii- ^ tration qui lui rapporte dix-huit cents firancs par an. ^

0 glorieux Paul ! vous nous l'avez bien dit que la (■ piété est utile à tout, et que c'est à elle que les biem P de la vie présente et de la vie future ont été pronn* f Cet homme est aujourd'hui un chrétien fervent. f

Après sa communion , nous exigeâmes de lui qu'A \ rappelât sa femme auprès de lui. 11 y avait quinie ^ mois qu'ils étaient séparés; il lui avait écrit pendant jî le travail de sa conversion et appris son changement; j sa femme lui avait répondu et s'était moquée de lui. t Elle arrive enceinte de plusieurs mois. Cet homn* \ n'est pas méchant , mais il est né violent. La vue de \ sa femme le met subitement en fureur; il est prêta \ se livrer à la violence ; une pensée l'arrête : Dieu m'^ a pardonné bien d'autres; elle le calme.

Il vient nous trouver dans l'après-midi ; sa vue BOiU* surprend. 11 était dans une violente agitation ; il vers^ des larmes. « Mon Père, nous dit-il, ma femme ^^ « arrivée, et je suis bien malheureux; je suis désb.^^ <t noré. — Que voulez-vous dire? — 11 y a quinze m4^ <r gii'elle est absente; elle est enceinte de six mo « eiwûdjeraivue,le8Wi^m'8tVQi\ft\\si^\fc\^i^

DE l'aR'CHICONFRËRIE. i31

irieox ; j*ai été prêt à faire un mauvais coup. Dieu ra gardé; il m*a envoyé cette pensée : Malheureux! ' bon Dieu fen a pardonné bien d'autres. Je suis sorti fut de suite pour me remettre ; j'ai demandé pardon Dieu de tous les péchés de ma vie; je Tai remercié s toutes les grâces qu'il m'a faites. Cette pensée l'est venue : JHeu fa pardonné tant de crimes, tant s désordres, il faut que tu pardonnes à ta femme; \ obtiendrcu par là sa conversion. Cette pensée m'a limé. Je suis rentré, et j'ai dit à ma femme, qui rait grand'peur, car elle avait vu l'état dans lequel étais : Malheureuse! tu fes moquée de moi quand je ai écrit que je voulais me convertir; tu es bien heU' mse que j'aie de la religion; tu m'as outragé, et ton premier mouvement a été de te tuer. Je f aurais vit tout à Vheure, si Dieu, en me rappelant à la msée quUl a daigné me pardonner tous mes péchés, 9 m'avait inspiré la pensée de te pardonner t'outrage M tu m'as fait. Je te pardonne; apprends ce que est que la religion, et tâche d'en avoir pour que Dieu pardonne aussi. Je sais tout, elle m'a tout dit. Je muais l'homme ; il habite Paris. Je ne me sens pas loore la force de lui pardonner. Je crains, si je le sncontre, qu'il ne m'arrive quelque chose. Mais oe idée me tourmente depuis ce moment-là, oh! Quelle me fait de mal ! Voilà un enfant, comment xai-je à sa naissance? Je ne pourrai pas aller à la lairie; il me sera impossible d'aller déclarer cet oDuit. » Nous lui fîmes quelques réflexions qu'il iprit sans trop les goûter.

XL bout de quelques semaines , nous retrouvons cet Qme dans notre sacristie; il était occupé à faire crire une messe qu'il demandait avec empressement T ta déùiiit : cela nous surprit. On venaâl && Vsi

132 XANUEL

procurer une petite place bien peu avantageuse et que nous savions ne pouvoir lui procurer qu^à peine de quoi sufGre à ses besoins. Il nous prit à part et noui dit avec une a£aiction réelle : c Un tel (c'était rhomme] te a été tué, il y a deux heures, dans telle rue, pu « une pièce de bois qui a tombé sur lui et Fa écrase, tt On dit qu'il a encore vécu quelques minutes après 11 tt coup. Ah ! si le pauvre malheureux a pu se reoona naître et demander pardon à Dieu! Je viens demana der une messe, je désire bien qu'on la dise demain tt Ah! que Dieu ait pitié de sa pauvre âme! » A 11 naissance de Fenfant, il a rempli toutes les formalités Nous savons ce qu'il lui en a coûté ; nous avons essuya ses larmes. 11 voulait épargner à sa femme Fombn d'un soupçon , et de la part de qui que ce soit. 11 voalait plus; il voulait la ramener à Dieu. 11 avait besoii de forces; il est venu les puiser dans le sacrement A pénitence et dans la divine communion. L"enfant ei mort trois mois après sa naissance ; il a eu pour lui lei soins que le père le plus tendre prendrait du fils le plu chéri. Tant de vertus ont porté leur fruit ; il a obtem la conversion de sa femme. Ils vivent tous les dem dans la paix et les exercices de la piété chrétienne.

Cette conversion nous ofire le tableau de Forgod brisé, de la haine, de la vengeance éteinte, et dan un cœur qui peu de temps auparavant était livré à in abrutissement dont Fhabitude avait étouffé en lui toa sentiment. Gomment est-il sorti de cet état de dégrada tion? La prière , Finstruction chrétienne ont ouvert 0 pauvre cœur à la grâce, et la grâce a transformé cetètn abruti par les passions en un chrétien qui pratique le: vertus d'humilité , de pardon des injures , de patienci et de charité dans un degré que bien des chrétiens Mêles d'ailleurs , auraieivV de\^ ^vcv^^^Wavcidte,

DE l'àrchicokfrérie. 133

Un jeune officier, âgé de vingt -sept ans, n'avait aucun principe , aucune idée religieuse ; loin de là , il était impie , matérialiste. Livré sans frein à ses passions, doué de la constitution la plus ardente et la idas forte, il s'abandonnait tous les jours aux pUif; liolents excès. Un de ses amis, dont la grâce avait triomphé, entreprend de le convertir. Au bout d'un certain temps de réflexions , d'instructions , il éclaire na esprit et gagne son cœur ; il l'amène au saint tribanal. La grâce s'empare de son cœur; il devient ca* faUe de tous les sacrifices ; sa conversion est effectuée et assurée. Homme d'un caractère très-ferme et trèsprononcé, il se montre franchement ce qu'il est, remfiit ostensiblement toutes les obligations de la vie chrétiame. Au bout de quelques mois, il est frappé d'une ttfie cérébrale; il habitait avec plusieurs médecins BiOitaires, ses amis, qui arrêtèrent les effets de la loaladie à force de saignées. Quand il entra en convakicence, ses amis, jeunes gens sans principes et sans BMEurs , lui dirent que le nouveau genre de vie qu'il svait embrassé le conduirait infailliblement à une mort piochaine; qu'à son âge, avec sa constitution, il lui âiit impossible de supporter les privations qu'il s'impoWit, « Pourquoi, imbécile, ajoutèrent-ils , ne fais-tu « pas conmie nous, et conune lu faisais? » 11 leur répondit : « Mes amis, je suis catholique, vous le savez. > J'ai des obligations à accomplir. Je dois pratiquer la t chasteté ; sans elle je ne serais qu'une ombre de

* chrétien. Je la pratiquerai, quoi qu'il m'en coûte.

* Je sais tout ce qui peut ni'arriver, eh bien ! si j'en

* iQeurs, ma mort sera une expiation de mes désordres «passés. i> Et il a été fidèle.

Cest un jeune officier dont toute la \\c \\Yéç.vi'\cw\a ■ élé licencieuse, que la dissipation mV.éreuVvi \v "«i.

profession , les relations les plus habituelles de sa "vie tiennent continuellement au milieu des dangers et da ' tentations ; c'est un jeune officier qui trouve dans It T grâce de sa conversion la force de soumettre et de . vaincre la passion la plus violente , celle qui exerce le !' plus funeste comme le plus tyrannique empire sur le ^ cœur humain.

Un homme âgé de cinquante-cinq ans, ancien idïIh taire , avait vécu presque toute sa vie sans religion. 11 avait Fesprit sérieux , cultivé , avait beaucoup lu d surtout les ouvrages prétendus philosophiques dud0^ nier siècle. 11 avait un cœur droit, excellent , un esprit juste, mais il ne savait rien en religion. Aussi il s'était fait une sorte de déisme. Cet homme était marié à uns femme clu-étienne qu il aimait et ne contrariait en rien £^ sous le rapport de la religion. 11 remplissait un empM qui fournissait à peu près à leurs besoins et joignait i cela le revenu d'une sonune de trente mille francs • fruit de ses économies pendant vingt-deux ans de ménage , et qui était la seule ressource pour sa vieillesse qui s'approchait rapidement , car il était très-infiime.

Cet homme qui ne pratiquait aucun acte religienXi ressentait cependant depuis un ou deux ans une grande agitation, une vive inquiétude dans l'esprit. Il s'était beaucoup occupé de politique pendant la restauration; il avait même eu des affections violentes pendant si durée. Les événements subséquents et les désappointements qu'ils lui causèrent le dégoûtèrent tout à fait de la politique. Rendu à lui-même , il sentit que son cœur ëtait vide; il s'était flatté, comme bien d'autres, que la religion catholique qu'il méprisait, d'après son Voltaire, Gomme un système de fourberies, succomberait par le ^t de la révolution de juillet. Il fut indigné de Toir 9^c, livrée à. elle-même , sans aucun appui de la part

DB l'archiconfrérie. 133

r, elle acquérait tous les jours de nouvelles itendait tous les jours ses conquêtes. Il éprouiui-môme le besoin d'une religion , mais il :gi d'être catholique.

îtte disposition de l'esprit, ce qu'on appelle . le fit entrer dans notre église un dimanche J37. Notre paroissien depuis un grand nom- ^, habitant le voisinage le plus rapproché iglise, il n'y venait jamais. C'était le iO seplix-septième dimanche après la Pentecôte, *Église nous fait lire dans l'Évangile, à la divin précepte de l'amour de Dieu et du procélébrait l'office du saint Cœur de Marie pour don des i)écheurs; le prédicateur était en . appliquait en quoi consiste l'amour de Dieu et iblables. Il écoute avec attention ; il est sur- B trouve point dans le prédicateur ce ton de D, d'aiTOgance, cette dureté, cette intolé- 5 Voltaire et ses autres lectures impies lui iTSuadé être le caractère du prêtre catliolique. ire, il trouve (ce sont ses propres expressions) loniie, de la simplicité, du sentiment et de Tout ce qu'il entend lui parait judicieux , 1 le goûte. 11 est surtout frappé du maintien st recueilli de l'auditoire , dans lequel il reivec surprise, un nombre considérable d'honi- 5 jeunes gens. Après le sermon on expose le rement pour le salut. Jusque-là il n'a vu tention respectueuse dans l'auditoire ; il voit semblée se mettre à genoux et donner les ine profonde vénération. Lui, qui ne partage nvictions do tout ce monde présent, il sent leut rester là ; il se retire et va se \)romeivcc Vit deux heures. U s'étudie à se rappeVei VûuV

ce qu'il a vu et entendu. Il ne peut rien condamner; il ne s'explique pas le motif de ces signes de yénérar tion, de cette génuflexion générale qu'il a remarquée. C'est une conviction dont il ne peut soupçonner le fondement. Au reste , la morale lui a paru pure ; il y a bien eu un peu d'exagération dans le développement da l'obligation de l'amour pour Dieu (il était déiste, et le déisme n'est en réalité qu'un athéisme déguisé) ; mais l'amour, la crainte de Dieu , ce sont les deux grands moyens dont les prêtres se servent pour dominer les esprits. Quant à l'amour du prochain , le prêtre n'a rien dit de trop , c'est de la pure philanthropie. Son sujet était heureux pour lui, les philosophes, les philanthropes l'ont traité d'une manière si claire et si admirable. « Cependant je n'ai point trouvé dans ce « prêtre ce que je m'attendais à y trouver. Son ton est a celui d'une conversation simple et familière; il pftc( raît convaincu de ce qu'il dit : mais il ne faut pal « que cela me surprenne ; ils sont si adroits. J'y re- « tournerai ; il n'est pas possil)le qu'il soutienne lon- « jours un pareil rôle. Le bout d'oreille percera ; il c n'échappera pas à un observateur attentif et prévenu <c comme je le suis. » Telles étaient ses réflexions; c'est lui-même qui nous les a communiquées.

11 revint le dimanche suivant. Le sujet d'instnictioB fut l'évangile du paralytique introduit auprès de Jésus par une ouverture faite au toit de la maison. Le prédicateur parla de l'obligation , de la nécessité de la confession , de la rémission des péchés dans le sacrement de pénitence. 11 écouta avec une gi*ande attention, fW surpris de la simplicité , de la confiance avec laquells le prêtre annonça que la confession avait été pratiqués sous les apôtres et sans mVctTw^Uon depuis eux. B avait lu Je contraire daus ses \\wc&. Ç*çN\a

DE l'àrchiconfrérie. 137

n^avança pas la destruction de ses préjugés; au ndre, il se retira indigné , et cependant il ne poucomprendre cette conviction qu'avait le prédica- . Le troisième dimanche le sermon fut sur Fenfer. ranDonce du sujet, il triompha. C'était une pae matière qu'il attendait pour juger son homme. Hait donc voir enûn ces ressorts que les prêtres tent en action pour asseoir et appesantir leur joug. ■ prépare à ne pas perdre un mot de ce qui sera dit. »iétre commence par établir et prouver en peu de B Tanthenticité des livres de l'Ancien et du Nouveau ament. Il est frappé de ce qu'il entend ; il ne conces livres que par les blasphèmes et les inepties fD ont écrites les philosophes. 11 parle ensuite de fer et le prouve par les textes des deux Testaments. orgueil ne put supporter ce qu'il venait d'entendre; irtit furieux. Pendant plusieurs jours il s'exerça h ippeler toutes les diatribes , toutes les imputations rieuses faites aux prêtres catholiques dans les livres qu'il avait lus. Mais il lui restait de ces trois une impression qu'il ne pouvait détruire. Ce qu'il avait entendu avait un ton de conviction , lersuasioii qui ne permettait pas de l'accuser de iieric, cet homme était tout au plus un fanatique. nalgré toutes ces réflexions , notre déiste ne pouse défendre d'une impression qu'il ne voulait pas ooer ; c'était un mouvement de crainte de l'enfer. hisieurs semaines se passent au milieu de ces agiyoB de l'esprit; il ne manque pas un dimanche à hr entendre le sermon des vêpres du saint Cœur de ie. 11 s'effarouche moins à la longue de ce qu'il en- 1; il en reconnaît de temps en temps la justesse; il ^te quelquefois. Il se détermine à venir à l'é^U%(i (dm/ Jes oUffces paroissiaux. Qu'y voU-i\*î dc^ \\oivl-

i38 MÀKUEL

mes qui avaient partagé autrefois Tardeur de ses idées politiques, dont il avait connu la haine violente contre la religion et ses ministres ; il les voit assister aux offices à genoux , un livre à la main et priant avec fer* veur. Ce spectacle le frappe d'étonnement et lui fût faire de longues et profondes réflexions. 11 se rappelle ce qu'il a entendu dans les prédications ; il ne peut se dispenser de reconnaître que tout était juste et capable de rendre les hommes meilleurs ; il compare cette doctrine avec les livres qu'il a lus toute sa vie. Ici, il voit du positif, et un positif où tout est conséquent, ob tout est enchaîné. Là, il ne voit que des négations, des facéties le plus souvent obscènes , des idées hardies jusiju'à l'extravagance, des diatribes violentes, des inconséquences et des contradictions ; tout ce qui peut flatter , autoriser les passions des hommes , rien qui puisse les rendre meilleurs. 11 fait souvent cet exameDy et toujours il le conclut par cette réflexion : Je pourrais bien m* être trompé,

(Comment sortir de cette perplexité? Il n'avait aucune idée de la religion ; il l'avait toujours méprisée , considérée comme un système de fourberies intéressées. 11 avait une crainte haineuse de ses ministres et n'avait jamais voulu avoir de rapport avec aucun d'eux. Il se détermine à venir nous trouver dans le courant da mois de novembre. Il nous aborda avec une franchise et une sincérité qui nous charmèrent. 11 nous rendit compte de tout ce que nous venons de rapporter, nous découvrit tous ses préjugés, toutes ses préventions contre la religion et contre nous ; il ne nous cacha pas qu'ils n'étiiient pas détruits , mais seulement ébranlés, et nous demanda de lui répondre. Nous fîmes avec lui ce que nous avons coutume dclîùve îw^e l^-& ^rsonnes qui oui vécu dans l'impiél^ eV <V\vv tCowV \»wwvV\^ t««p-

DB l'àrchigonfrérie. Î39

3 de la religion. Nous ne discutons pas , ce sere le temps , ils ne comprennent pas ce qu'on ; nous les engageons à lire attentivement un puisse leur donner une idée de la chose dont Dt parler. Quand ils y consentent, les discusit bien abrégées, et, s'ils apportent de la i y leur conversion est assurée. Nous lui donnâ- Priomphe de l'Évangile ; il en fit une lecture e et approfondie. Au bout de quelques sel revint nous trouver. Ses préjugés , ses préétaient détruites ; nous conférâmes alors ; il e s'instruire. Dieu bii fit la grâce de goûter sa 3Ctrine avec tant d'affection qu'il ne voulut pas r à une instruction ordinaire , msds il nourrit t de tout ce qui pouvait éclairer et fortifier sa i été si longtemps dans l'aveuglement, disaitprivé de cette divine lumière, que je veux tl'hui me dédommager d'une privation si lonît me procurer tout ce que je pourrai en rer. »

a foi , les dispositions du cœur le préparent à ler du sacrement de pénitence. Il versait des n confessant ses péchés. Il eut le bonheur de ler le jour de la f5te de la Purification 1838.

piques, et il se proposait de renouveler sa ion le jour de la Pentecôte. Nous nous aperu'il ne s'était pas présenté pour ce jour. Nous Des son absence à im redoublement de soufet nous nous proposions d'aller le voir, quand nain lundi nous le rencontrâmes dans la rue. n-devant de nous , et nous dit en nous abor- Hon père , vous ne m'avez pas vu avant-hier,

été bien privé , mais je n'ai pas pu ; j'ai eu quinze Jours de grands enobarras , de g;rawiVfift

« inquiétudes et un violent chagrin. Je n'avais pai

(c Tesprit assez libre pour me livrer tout entier aœ

« préparations nécessaires à cette grande action. <-

« Qu'avez-vous donc éprouvé? — Vous vous rappelei

« que je vous avais dit que nous avions réalisé uni

a sonune de 30,000 francs , fruit de nos économies, el

a c'était toute notre ressource pour la vieillesse que

« je sens venir à pas précipités. Nous comptions nouf

« retirer à la campagne , quand je ne pourrai plus titr

K vailler , et vivre avec le revenu de cet argent que

« j'avais placé. Eh bien! mon père, j'ai perdu cette

<c ressource ; une banqueroute me l'a enlevée il y a dii

« jours ; j'avais conçu quelque espoir d'en sauver qaét

« que chose; cela m'a absorbé l'esprit, occupé tout

c( mon temps, et je n'ai pu ni m'occuper de moi, ni

« aller vous trouver, et j'ai perdu mon temps et mes

« peines, car j'ai acquis la certitude que je n'en recou-

« vrerai rien. — Ah! mon ami, que je suis affligé de

« ce malheur! — Que voulez-vous, mon père, c'est la

« volonté de Dieu ; il sait bien pourquoi il a permis que

« cette perte m'arrive. Je me soumets, je ne murmure

« pas. Le moment oii j'ai appris cette perte a été ter-

« rible pour moi; j'ai été anéanti; j'allais perdre la tête.

« Le bon Dieu m'a fait une grande grâce ; il m'a envoyé

<c cette pensée : a C'est une grande perte que tu ne

« pourras pas réparer, mais ce n'est que de l'argent , ef

« c'est un malheur bien commun aujourd'hui. Mais Dieu

<c t'a donné un trésor bien plus précieux; il Va donné sa

a grâce cette année; les hommes ne te Venlèveront pas;

<( tu es son enfant, il ne t'abandonnera pas. Aussitôt

<( que j'eus considéré cette pensée , je devins calme , je

« me suis soumis à la volonté de Dieu, je me suis con-

« fié en sa providence, je n'ai pas soufflé un murmure;

* et à présent je n'y pense cjyi'^Ne^i c;^\m<^ AqwVj^ \sâ&

DE L'àRGHICONTRËRIE. 141'

fois que j*y pense, je dis comme Job : Mon Dieu, vous me faviez donné, vom me l'avez été , ({ue votre vokmté soit faite, et que votre saint nom soit béni! Et je Tons assure que Dieu me fait la grâce de le lui dire de tout mon cœur. Mais ce n'était pas tout, il IkUait apprendre cette nouvelle à ma femme qui est bonne chrétienne, mais qui est vive et nerveuse. Je ne savais comment m'y prendre , je craignais pour elle reflet de la première impression. Je rentrai chez moi, et soit la préoccupation où j'étais , soit les traces de Timpression que j'avais ressentie , ma femme Tit ma figure changée et me dit : Qu'est-ce que tu as? es-tu malade? — Non. — Mais tu as quelque chose, tu es tout changé. Je lui dis la chose; elle B'*écria : 0 mon ami ! qu'allons-nous devenir? nous sonmies perdus! — Que dis-tu là? ma chci*e amie; qu^allons-nous devenir? Nous allons devenir ce que nous sommes, les enfants de Dieu , qui est un bon père, et qui ne nous abandonnera pas. — Mais nous voilà dans la misère. — Prends garde à ce que tu dis, ma femme; nous ne sommes point dans la misère. Toi qui es une bonne chrétienne , est-ce que tu oublies la grâce que le bon Dieu m'a faite il y a quatre mois ? 11 m'a pardonné mes péchés ; il m'a remis au nombre de ses enfants ; il m'a donné sa grftce : c'est un trésor plus précieux que tout l'or et tout l'argent de la terre ; je l'ai et je le garderai , et avec lui nous ne sommes point dans la misère. Mais vois donc , ma femme , si au lieu de nous plaindre , nous ne devons pas remercier Dieu. Combien y en a-t-il qui sont aujourd'hui affligés comme nous? Gela pouvait nous arriver plus tôt , et si cela était arrivé pendant que je ne connaissais pas Dieu , que je n'a-» Tais pas sa grâce, que serais-je devenu? Au lieu

il2 KAKUEL

« qu'aujourd'hui il me donne la force de supporter « coup. Bfa femme est vive, mais elle est sage et chrë — ^ <c tienne. Dieu lui fit la grâce de se calmer, et tous deu»c « nous sonunes résignés. Et je vous assure, mon père. « que je remercie Dieu de tout mon cœur de ne m'avoia a envoyé cette affliction qu'après ma couYersion; « avant je n'aurais pu la supporter, et je pense « que j'aurais fait quelque malheur. )>

Nous attestons que jamais nous n'avons entenduv^ une plainte , une expression de regret sortir de la bou-. che de ce généreux chrétien. Si quelque philosopha bel esprit ose encore répéter cette sentence ahsiudi qui leur est familière , que la religion ne peut conTe — ^ nir qu'aux ignorants et aux pauvres d'esprit, il faudr^r qu'il convienne qu'elle en fait des héros. Voilà le^ conversions que nous devons à la protection de lilarie voilà les caractères dont sait les empreindre la doue» et toute-puissante souveraine des cœurs. Nous n\ avons rapporté que trois dans lesquelles sont renduesensibles les victoires les plus éclatantes sur les mis les plus indomptables du cœur humain. Noupourrions les citer par milliers depuis dix ans. Qu» -fl^ ^^ de douces émotions nous a fait sentir, que de pieuses larmes nous a fait verser la connaissance des gi'âces de courage, de force, de sacrifice, de dévouement e' de constance que Marie a répandues et fixées dans des^ cœurs que l'iniquité , la corruption avaient flétiîs ^ branches desséchées auxquelles elle avait rendu h vie ! 0 Marie , que votre nom soit béni par tous hommes! 0 refuge assuré des pécheurs, que votre Cœur saint et immaculé soit connu, aimé et glorifié par toute la terre , comme il Test et le sera dans le ciel dans tous les siècles des siècles ! 0 ma bonne , ô mon excellente Mère, que tous les esprits bienheureux

DB L'àRCHICOHFRÉRIE. 143

'^iMis hénissent et vous louent pour toutes les grâces et •les saintes jouissances dont vous comblez un pauvre pécheur, car je suis incapable de le faire ! Mais, ti-ès- Sainte, très-miséricordieuse Mère de Jésus mon Sauveur, qu'elles ne se bornent pas à la terre ces grâces, ces iaveurs dont vous honorez ma misère ; obtenez- Qioi d*en fSadre un saint usage , pour que je puisse ttpérer de tous en offrir, dans le ciel, Thommage de lu reconnaissance.

Un jeune homme âgé de vingt-sept ans , riche et maître de sa fortune , appartenant par sa famille à la {ireinière classe de la société dans son dépai'tement, vient depuis plusieurs années passer quatre ou cinq mois de Thiver à Paris. 11 emploie ce temps à se livrer à a»*p8 perdu à toutes les jouissances que la capitale offre aux jeunes gens dans cette saison. Le dimanche 6 janvier 1839, il avait lié une partie de bal masqué pour la soirée avec plusieurs de ses amis. La partie manqua , il n'en fut prévenu que sur les huit heures du soir. Embarrassé de l'emploi de sa soirée , il se détermine à aller au théâtre, et il choisit celui des Va riétés. Il fSadt sec, un beau clair de lune ; il va à pied. En débouchant sur la place des Petits-Pères , il aperçoit deux jeunes personnes qui longent Téglise de XoIre-Dame-des-Victoires et y entrent ; il les suit et y entre après elles. 11 est huit heures et demie, on célèbre Tofiice du saint Cœur de Marie, le curé est en chaire et recommande les pécheurs aux prières. Le jeune homme s'avance et écoute avec une curieuse attention , mais il ne comprend pas ce nouveau genre de prédication. Fatigué d'écouter sans pouvoir se rendre compte , il s'adresse à un homme d'un âge mûr qui écoutait debout à côté de lui, et lui demande ce que cela signifie. — Je n'en sais rien, lui dit-il, je

144 MAKCEL

mis entré ici pour la première fois il y a un instant; et j'ai entendu à mon arrivée le prêtre dire: Nom allons nous occuper de nos pauvres pécheurs. 11 &it alors ses réflexions, a Qu'est-ce que ce nouveau genre « de charlatanisme? se dit-il à lui-même. Les pié- K très voient que tout leur échappe, et ils inventent « ce moyen, mais il ne leur réussira pas. Recom- « mander des pécheurs aux prières, qu'est-ce que cela a signifie? Qu'ils les convertissent , c'est leur métiei^i « Recommander aux prières, c'est ridicule et inju- « rieux; car, quoiqu'on ne nomme pas, c'est dësi- €1 gner, c'est appeler les désignations; je n'aurais ja- « mais supposé qu'on imaginât un pareil moyen ; cet a homme est un pauvre chai'latan. Je suis lâché de « n'avoir pas entendu le commencement de ce qu^il a « dit ; mais je reviendrai de meilleure henre dî- « manche; il faut que j'étudie ce nouveau système de (c fourberies, i»

Il revient le dimanche suivant , et ce jour-là il entend une instruction sur la nécessité de la conversion et encore la recommandation des pécheurs. L'instruction ne lui fit pas une grande impression; il n'avait aucune disposition à en proûter, ni même à la goûter. Ce jeune homme avait été élevé chrétiennement, mais son instruction religieuse ressemblait à celle de bien d'autres ; elle n'était pas profonde. Livré de bonne heure à lui-même, riche de manière à pouvoir satisfaire tous ses goûts , il était honune du monde, haletant après tous ses plaisirs, et surtqnt l'esclave de ses sens. 11 y avait dix ans qu'U n'avait approché des sacrements , et presque fait aucun acte de religion ; toutes ses premières impressions religieuses avaient été anéanties par sa vie dissipée. -Après avoir entendu la recommandation des pécheurs

BB L*ARGHICORFR£rie. i45

rait étë parsemée de réflexions morales et de nés applications adressées à Fauditoire, il ne là plus cet exercice comme du charlatanisme, disait : a Ce prêtre n'est pas un charlatan , il a t conTiction profonde; ce moyen ne peut avoir Ui^ mais il remploie de bonne foi. » Le sou- Ini en revient pendant la semaine, mais il se à sa dissipation ordinaire et n*y fait aucune ion.

dimanche suivant, il revient encore à notre . Cétait pour lui le jour de la grâce. On fait leci*ime lettre aussi touchante que détaillée, dans lie un jeune homme dépeignait Tétat maiheude son âme, parlait de ses erreurs et de ses "ds, et se recommandait aux prières de TArchiirie pour obtenir sa conversion. Frappé de ce entendait, il se sentit forcé de rentrer en lui- !. 11 se rappela les jours de son innocence , si 8, si sereins, il était heureux. Aujourd'hui il çait de trouver le bonheur, et il était forcé de air qu'il se fatiguait, s'enivrait, mais qu'il ne lit pas. 11 lui sembla que cette lettre venait de peindre ce qu'il éprouverait un jour. Il sortit de e sérieux , triste , et se retira chez lui. Il cher- \ somiâeil pour échapper à ces pensées qui ne le rent pas. Il ne put dormir , toute la nuit il fut par ces idées ; de temps en temps la grâce le solt par des pensées de conversion, mais il les relit avec crainte et avec horreur. Un changement e devait trop lui coûter; il ne pouvait en visaa pareil sacrifice; et puis que dirait-on? Le lenin il va chercher de la distraction dans la société s amis, des compagnons de ses plaisirs, de sa :e. 11 n'en trouve point, il porte partout le même

M MANUn.

trouble, la même agitation. Fatigué et furieux eontii lui-même , il veut en finir avec ces idées qui b j* consument, et le malheureux se livre aux excès àm passions sensuelles! U ne s'en tient pas li; il tcnt • éteindre ces pensées salutaires dans les violentes prf» occupations de la passion du jeu. 11 va pour la pi** mière fois de sa yie dans des maisons de jeu*

0 Marie, votre toute-puissante miséricorde va-t-dh être vaincue par la frénésie de cet aveugle coupeUel v! Toutes les ressources, tous les moyens de radoraUfl i Providence sont dans vos mains: vous avex jeté m ? regard de miséricordieuse compassion sur lui pendnA ^ qu'au pied de votre autel il outrageait votre divin Fib en ridiculisant dans ses folles pensées le moyen qatl a daigné lui-même établir et enseigner aux hommfll conune un des plus péremptoires pour obtenir h grâce de nos péchés et la conversion des pécheari; vous Tavez ramené en face de cet autel, et là yoM avez suggéré à son esprit révolté des pensées sagpk JHsponit suaviter, U vous résiste , il se révolte , il M jette dans des abîmes pour vous échapper. 0 teodrs Mère! vous Tavez fait l'objet de vos sollicitudes; ilns ^ doit pas périr. Souveraine des auges et des honuneSi 1 votre puissance qui n'a au-dessus d'elle que celle de . ■ l'Étemel ne peut pas être vaincue : apprenez à cet enfant égaré qu'il est dur de regimber contre l'aiguilkm, \

Non, Marie ne sera pas vaincue. Au milieu de tons ses désordres, notre pauvre pécheur sent le trait s'en- \ foncer de plus en plus dans son cœur. A ces pensées ! graves qui ne le quittent plus , vient s'en joindre une < terrible qui l'abat. C'est la pensée des jugements et des châtiments divins. Elle le prend, elle le saisit dans un moment affreux où il s'efforçait de se rendre plus ^^ilminel envers Dieu. El ^oVVk co\nm<î elle se for*

BS L^iAfenCOiri^ÉRIE. 147

yeux de son esprit: « Si je mourais dans ce \i , je serais perdu pour Féternitë. » AHingit De ce moment plus de repos ; les cris, les de la conscience, Fhorreur du présent, la B Tayenir s^emparent de lui, le torturent sans 1 yent encore noyer, ëtoufiPer ces salutaires ne dans un redoiô>lement de désordres, mais ce d*y renoncer; il n'y trouve plus que de du dégoût. Oh! qu'il est malheureux 1 Dér sa conscience , possédé par la crainte de , il a déclaré qu'il ne pouvait plus ni man« ionnir. n y a un remède à tant de maux : me s'humilier, se repentir au tribunal de la s, il y recouvrera la paix de la conscience, i cœur et le pardon de ses fautes. Il le sait, il il le désire, mais l'orgueil et le vil respect Tarrétent. 11 présume qu'il pourra par ses orces, par l'effet de sa volonté, réformer ses st éviter les tentations. Il revient un quat un cinquième dimanche à notre office. Jusn^avait été que spectateur, il prie, et, dans le me quinzaine , averti par les occasions qu'il s , par les tentations qui l'assiègent , par les os dont l'accablent ses amis, et surtout par la la^il ressent et qui le met à chaque instant sur ie quelque nouvelle chute ; averti que ses sont pas cicatrisées, qu'il n'est pas armé pour t qu'il lui faut continuellement livrer, il sur* 1 orgueil, et se détermine à se confesser, tanche de la Quinqnagésime , il vient dans ntion à l'office du saint Cœur de Marie. Il a i que le prêtre auquel'il veut donner sa contend les confessions pendant tout l'office ; il gleœps; on rient l'avertir que ce çr&Vc^ 1114

148 XÀITUSL -1

peut pas venir. Il se rapproche de Tautel de Marie; il \. entend raconter la conversion d'un jeune homme de son âge, les combats qu'il a livrés, la victoire qullà remportée. 11 se sent fortifié par ce qu'il vient tfciir tendre. Le lendemain, ses amis, qui ne le comprennent plus depuis trois semaines, viennent lui proposer mie partie pour le jour suivant. Il s'agit du hal masqué de rOpéra. Us le pressent , en lui représentant que b carnaval va finir, que c'est le dernier bal masqné* Ceux mêmes qui ne connaissent pas les désordres da monde dans cette saison, se font sans doute une idée de ce que peut avoir de licencieux et de criminel on pareil plaisir ; c'était un de ceux qu'il savourait le plus et qu'il ne s'était jamais refusés. Il fit cette réflexion : (( C'est demain le mardi-gras ; c'est un jour c( que j'ai profané par de grands crimes depuis pin* * tt sieurs années; je veux en réparation le consacrer à .{ « Dieu par la pénitence. C'est demain que j'irai easor a mencer ma confession. » A deux heures après tsûS^ il était au confessionnal pour ne pas manquer le lOO^ ment, et déterminé à attendre jusqu'au soir. A par*^ de ce moment il a marché d'un pas ferme et avaiB^ dans la voie de la conversion. 11 persévère.

Gloire à Marie , voilà son ouvrage. Que sa miséi^ cordieuse bonté conserve dans son cœur l'enfant p: guc qu'elle a ramené du fond du désert ! Qu'elle préserve de souiller jamais le vêtement de grâce doi elle Ta revêtu !

Une dame âgée de trente-trois ans habitait une dc:^ rues voisines de notre paroisse. Elle se mourait d'un " maladie de poitrine. Déjà six de ses frères et sœur::^ l'avaient précédée , et tous étaient morts sans secours^ et même sans aucune idée religieuse. Ils avaient ap-«^ partenu à une de ces familles houuètâs à la vérités-

BB L^ÀRCHICOïrFRÉRIE. 149

qtti, ayant placé toutes leurs affections sur la , ne songent qu'à conserver ou augmenter leur le , et qui , après ces soins si desséchants pour le ne connaissent plus d'autre moyen d'employer emps que la flréquentation des spectacles, des i de tous les exercices si fatigants de la vie mon- ; gens qui vivent comme s'ils n'avaient pas une immortelle, comme s'il n'y avait pas une aule, comme s'il n'y avait point de Dieu à qui issent rendre compte de leur vie. Notre maîtait du nombre de ces pauvres aveugles. Élevée eligion, elle avait fait sa première communion , s parents les moins religieux tiennent à ce que :te soit fait; c'est à leurs yeux une espèce de nance sociale qu'il faut remplir, mais sans s'ocdes dispositions avec lesquelles on doit l'accom* Bt il n'est que trop habituel de les voir travailler fficacement par des efiforts impies et sacrilèges à er dans l'esprit et le cœur de leurs enfants les !iix germes que la première instruction chrétienne iposés. 11 ne restait à cette malade aucun prinaucune idée religieuse. Elle n'avait pour la reli- [ne de l'indifférence et du mépris ; les prêtres , i disait hautement, elle en avait horreur. Elle ait à grands pas vers sa fin ; il n'y avait point de [ de présager qu'elle mourrait autrement que ses ^res et sœurs.

divine Providence avait des vues de miséricorde le. Au conunencement de mars 1839, une sœur n-Secours fut appelée pour lui donner des soins. it aussitôt qu'il n'y avait plus de remède ni d'elle guérison, et s'efforça de consoler, de fortifiei* ilade par des conseils , des exhortations relies. Rien de tout cela ne fut entendu ; \a f£A\aà&

160 IIANOEL

refusa fonnellement, et fit même hautement profosflkMH d'impiété; elle repoussait tout, en répétant qu'ella avait les prêtres en horreur. Il y avait déjà quelqaa jours qu'elle n'osait plus rien lui dire, quand elle vint nous rendre compte de sa pieuse douleur, le samedi 9 mars. Nous la recommandons aux prières le dimanche 10; le mardi 12, la sœur se hasarde à reprendre lei conversations chrétiennes, elle est écoutée. Elle renenl à la charge, et la malade lui répond qu'elle comprend que la religion est d'un grand secours pour les afOigéi et les malades ; qu'elle regrette de n'en pas avoir, wûi que, quand elle aurait la foi , elle ne pourrait (aire ce qui est nécessaire, se confesser, parce qu'elle atef prêtres en horreur. Et pendant le reste de la semaino» elle répète la même chose ; son regret de n'avoir point de foi parait de plus en plus profond, et sou honW pour les prêtres ne cède pas. D'où peut donc venir OB parail sentiment? et comment se fait-il que le beioîa senti des consolations et des secours religieux n'endi: minue pas l'ohstination? cette femme ne connaît peint de prêtre , et n'a peut-être jamais parlé à aucun. U vient de ces propos impies et libertins, aliment ordinaire des conversations dans certaines familles , par lesquels on fausse l'esprit des enfants et on corrompt leur cœur dès l'âge le plus tendre. On ne parle devant eux de la religion qu'avec mépris et indifférence, etdas prêtres qu'avec haine et fureur, ou pour les ridiculiser.. JLes enfants entendent sans comprendre, mais l'habitude de ces propos produit une impression qui avec l'â^e devient une idée fixe.

Nous voyons une modification dans le moiul de notre malade : elle ne méprise plus la religion; elle en pressent les nécessités et les avantages. A quoi peuton attribuer ce changement dans ses idées? A rien

I ; le peu d*ami8 qui la visitent se garderaient ni fiarler de religion; elle n'a auprès d'elle BUT que son mari , homme sans aucun senti*gienx, et sa mère qui la voit s'éteindre sous avec la même stupidité avec laquelle elle a vu six autres enfants. La sœur, effrayée de , n*a parlé de rien pendant plusieurs jours, (t qn^après que la tendre compassion du Cœur a été sollicitée en sa faveur que cette bonne ire a jeté sur sa misère un regard qui a comamollii* son cœur.

nr vient nous rendre compte du moral de sa « samedi 15; tous ces détails nous comblent de consolation : nous avons la confiance que sauver cette ftme de Tabîme étemel. Il ftiut fier, mais il faut se hâter; elle approche de 1er instant. Le dimanche soir , nous renouver elle les prières ; je rends compte de son état, ispositions ; je prie qu'on assiste à la sainte lundi à son intention , et qu'on offre dans ce communions pour elle. Le mardi 19, dès le lie prie spontanément la sœur d'aller chercher euT , le curé de Bonne-Nouvelle. Il entend sa n, et la trouve si mal, qu'il se détermkie à er aussitôt les derniers sacrements. Elle les ec une foi vive et un grand esprit de piété. Oh it pas qu'elle pût passer la journée, tant elle le. Que ne peuvent pas la joie du cœur, la paix iscience et la grâce des divins sacrements! A -t-elle reçu la sainte communion, qu'elle se et devient plus forte; elle bénit Dieu , elle est B, elle le sent, elle l'exprime, le répète à tout entoure. Elle était mourante, et Marie lui obprolongation de vie pendant vingt-deux jours.

152 HANUSL

afin que cette âme, réconciliée avec son Dieu, puisse, par ses sentiments, par sa patience et sa soumission, opérer sur la terre Facquit de toutes ses dettes. Elle qui ne priait pas se sent un saint attrait pour la prièn; elle s'occupe, malgré ses souffrances, sa faiblesse, de ses devoirs d'épouse, de mère , de maîtresse de maison ;;. elle fait observer les abstinences de FÉglise, vdlle à ce que ses domestiques remplissent le devoir de k sanctification des dimanches. Si on lui parle de ses souffrances , elle ne répond qu'en parlant de son bonheur et de sa joie ; elle en entretient souvent son mari, et lui donne les conseils les plus salutaires. Son pasteor la visite souvent ; elle ne peut plus avoir le bonheur de recevoir Jésus-Christ dans la communion, parce qu'elle est attaquée d'un fréquent vomissement de sang; mais on voit que le divin Sauveur la dédommage de cette privation par une abondante effusion de sa grâce. Chaque visite du pasteur est pour elle une source de consolations : elle n'a plus les prêtres sbl horreur. Enfin, le jour de la récompense est arrivé. Le mardi 9 avril , elle était seule avec son maii et la •sœur ; elle recommandait ses deux enfants en bas âge à son mari : « Élève-les chrétiennement, pour Dieu « qui nous les a donnés , mon ami , et pas pour le « monde qui les perdrait. Je te prie, je te recommande « de faire leur éducation dans une maison religieuse, « où on leur apprendra à connaître et pratiquer la « religion. » En finissant ces mots, elle fut attaquée d'un moment de faiblesse; dès qu'elle s'en aperçoit, elle dit avec calme : a Voilà mon agonie qui commence. » Puis, regai'dant la sœur, elle lui sourit en disant ; « Soyez tranquille, je suis résignée, » On la voit prier un instant, bientôt elle perd coimai»* sance, et au bout de quelques minutes de l'agonie la

DE L^ÀRCHICONFRfiRIB. 153

plus calme , elle s'endort dans la paix du Seigneur.

Adorons la divine miséricorde ; bénissons Marie, remercions-la de nous avoir accordé de concourir au salut d*une âme qui en paraissait si éloignée. Ne désespérons d*aucan pécheur; la miséricorde divine est infinie, la puissance et la tendresse de Marie pour les pécheurs sont sans bornes; mais redoublons de vœux, de zèle et de ferveur, puisqu'il est évident que Marie a la bonté de les agréer.

Au commencement de Tannée 1819, j'avais baptisé . dans notre église, alors des Missions-Étrangères, la fille d'un pauvre journalier de cette paroisse. A l'âge de sept à huit ans , elle était entrée comme externe chez les sœurs de la Providence Saint-Charles. Elle avait reçu Féducation chrétienne. Au mois de juin 1829, je lui avais fait faire sa première communion. Dans l'intervalle de sa naissance à sa première communion , cette enfant avait perdu son père ; elle restait entre les mains de sa mère , femme abrutie par l'ivrognerie la plus crapuleuse : elle s'enivre d'eau-de-vie plusieurs fois tous les jours. Tant que la jeune personne fréquenta récole de la Providence, elle fut préservée de l'influence funeste que devaient avoir sur elle les déportements de sa mère, parce que, selon l'usage de cette maison , elle était obligée d'y venir les dimanches comme les jours ouvriers , et qu'elle était obligée d'y rester depuis rheure de son lever jusqu'à celle où elle rentrait chez elle pour se coucher. A l'âge de quinze ans, elle savait assez travailler pour pouvoir suffire à ses besoins. Sa mère la retira de la Providence. Dès le dimanche suivant elle la conduisit aux barrières. La pauvre enfant avait des agréments extérieurs , elle était même jolie. Elle se perdit promptement et en vint en çe\i d^ V^tiv^^ Ma dernier degré de la corruption et de la àè^taôsiNÀsyci*

Elle devint fille publique et fut la peste et le scandais de son quartier.

Tous ces excès produisirent leurs conséquences et dëterminèrent une maladie de poitrine à Fâge de dix* huit ans et demi. Elle tomba alors dans la misère la plus affreuse. La sœur Charlotte , chargée du soin des pauvres de la paroisse , fut la visiter et prit soin de ses besoins. La charité chrétienne se ranima pour cette créature qui peu avant était Fobjet de Fhorreur et de Findignation générales. On la plaignait, parce qu^on savait qu'elle avait été jetée dans la corruption par celle qui aurait dû Ten préserver. Elle fut visitée par plusieurs personnes , par le commissaire du bureau de bienfaisance, homme religieux. On pourvut à ses besoins, mais rien ne put arrêter les progrès du mal; elle était épuisée par la débauche. Elle le voyait, elle le sentait et en frémissait de rage. Elle était si profondément corrompue, que le plus violent chagrin qu*eUe ressentait de son état venait de Timpossibilité où elle était de se livrer à ses infâmes désordres. Elle ne répondait aux représentations charitables, aux conseils salutaires qu'on lui donnait de faire pénitence, que par des blasphèmes ou des paroles sales.

Dans les derniers jours de février 1 839 , la sœur Madeleine, supérieure de la Providence, et la sœur Charlotte nous recommandèrent cette infortunée créature, et pour nous intéresser à son sori, elles nous rendirent compte de son état et de ses horribles dispositions. Nous confessons que ce tableau nous révolta, et que, nous laissant trop aller à notre aversion naturelle pour ces infâmes créatures, nous refusâmes sèchement de faire prier pour elle. Nous oubliions dans ce moment la promesse du saint Évangile , que les femmes de mauvaise vie mériteraient par leur pénitence de nous pré-

DE L^AIGHICONFRÉRIE. 1S5

eéder dans le royaume de Dieu ; nous faisions injure à k miséricorde infinie du divin Jésus, qui peut pardonner pins de péchés que les hommes n'en peuvent commettre. Nous étions coupable par Teffet d'un sentiment naturel , et nous allions le devenir bien davantage d'une faute bien grave contre la charité et la confiance dans h miséricorde divine , si une observation de la sœur Madeleine ne nous avait rappelé à des sentiments plus charitables : « Mais vous l'avez baptisée, nous dit cette < fille de la charité , vous lui avez fait faire sa pre- • mière communion, et elle a été une de nos élèves. i»

Le dimanche 3 mars , nous la recommandâmes aux. prières , nous dîmes franchement quels étaient son état BMiral et sa position ; il ne fallait rien cacher pour intéresser suffisamment à son extrême besoin. Le lundi matin des âmes pieuses offrirent leui*s communions pour elle, et le mardi matin, la grande pécheresse demanda d*elle-même un confesseur et se prépara à moorir en pénitente. Le 10, elle reçut les derniers sacrements. Dès qu'elle eut commencé sa confession, tout changea en elle; elle exprima continuellement Ms regrets , son repentir de ses désordres passés devant tous ceux qui la visitèrent. Au lieu de ces blasphèmes, de ces paroles sales qu'elle vomissait pendant «maladie, on vit respirer en elle une sainte joie de M douleurs, de sa mort prochaine qu'elle offrait à Dieu m réparation de sa vie criminelle. Elle mourut dans ces précieux sentiments le 14 mars. Âh! sans doute cette Ame comblée de tant de grâces vous trouva, sainte Médiatrice, au pied du tribunal du souverain juge, implorant la plénitude des miséricordes pour celle que vous veniez d'arracher à l'abîme de l'enfer.

Un lieutenant-général, qui a fait toutes les guerres de la révolution, honune d'esprit, instruit, d'un carac-

tère absolu et impérieux , jouissant de Testime et de la considëration générale, avait reçu dans son enfance* au sein d'une famille chrétienne , des principes de foi et de religion. Né en 1774, arrivé à Tâge de la fougue des passions au moment oii éclata la révolution en France, Timpiété de cette époque, la licence de la vie militaire qu'il embrassa dès ses premières années, avaient éteint en lui toute idée , tout sentiment religieux. Honune de bonne compagnie , il n'afdchait pas Timpiété devant ceux qu'il aurait pu blesser en parlant directement contre la religion , mais il perdait rarement l'occasion de persiftler, de gogucnarder quand on en parlait devant lui. Tous ceux qui le connaissaient savaient qu'il était irréligieux. 11 habitait depuis plusieurs années sur ses propriétés dans le département d'Indi'e-et-Loire. Père de plusieurs enfants qu'il aimait tendrement, il vivait avec eux, privé de sa femme qu'il avait perdue quelques années auparavant.

Dans le cours de l'année 1838 , il ressentit les commencements d'une maladie de poitrine. Des amis religieux qu'il avait à Paris, ayant appris son état, lui envoyèrent une médaille miraculeuse, en le conjurant de la porter. 11 le fit par complaisance , mais avec une souveraine indifférence.

La maladie augmenta , les souffrances devinrent aiguës. Dès le mois de février 1839, il fut recomniandé aux prières de l'Archiconfrérie. Monseigneur l'arche-r vôque de Tours se transporta plusieurs fois au lieu qu'il habitait pour lui offrir les secours de la religion. 11 refusa constamment de le recevoir. Des parents , des amis religieux qui l'entouraient, deux bonnes sœurs qui le soignaient essayèrent en vain de lui faire en-r tendre des conseils chrétiens. Tout fut inutile; il ne rd- ■^œidait à ces témoignages d'une véritable amitié qu^

DE L*ARCHICONFRËRIE. 157

piT des emportements, des accès de colère qu'il ex- Uait par des blasphèmes et par des cris de désespoir.

Ces deux bonnes filles, qui Tétudiaient beaucoup, ont assuré qu'il résistait visiblement à la grâce qui le pressait. Il paraît qu'il n'avait pas entièrement perdu la foi, car U ne se calmait, dans ses accès de colère, que quand il jetait les yeux sur un crucifix , dont la ▼08, disait-il, le forçait à se retenir.

Le mal augmenta sensiblement dans le mois d'avril : le général prévit sa fin prochaine , et dès le commenœment de mai il entra dans un paroxysme de fureur impie qui ne permit plus de lui parler de religion. Il eiigea de ses enfants et de ses domestiques d'interdire rentrée de sa maison à qui que ce soit qui voudrait lui perler de confession.

Ainsi voilà ce pauvre ennemi de lui-même livré sans

aoyens de force, sans consolation à un mal qui le mine

et qui va le détruire. Des dispositions aussi violentes ,

insd criminelles , ne purent qu'augmenter le mal ; il

fit de rapides progrès, et en quelques jours il approcha

de sa dernière heure. Le vendredi 24 mai 1839, une

alEiire nous conduisit au couvent de la Congrégation ,

ftuboorg du Roule. La supérieure , qui prenait à ce

malade le plus vif intérêt , qui nous l'avait plusieurs

Uà reconunandé, nous dépeignit son état, son danger,

noas sollicita de prier pour lui avec instance, nous as-

arant qu'elle allait nous écrire pour cela au moment

de notre arrivée. Que nos lecteurs fassent actuellement

ane sérieuse attention à toutes les circonstances que

nous allons rapporter.

Le samedi 25, à neuf heures du matin, nous montons ni saint autel du Cœur de Marie pour y offrir, comme tous les samedis de l'année , le divin sacrifice en l'hon- Dear de son très^saint et immaculé Cœur, pour obtenir

iS8 MANUEL

par ses mérites et sa protection la conyersicm des pé cheurs. Nous les recommandons aux prières de Tasai stance comme à Fordinaire. Nous ajoutons « que non « recommandons en particulier un homme du monde « un pécheur éloigné de Paris qui touche à sa dernier « heure et qui a refusé jusqu'à ce moment, avec ob» « tination et impiété , de recourir à la miséricorde die « vine ; qu'on a prié longtemps pour lui ; qu'il ne fan « pas que cette âme périsse éternellement; que soi « salut dépend de nous , et est assuré si nous le da- « mandons avec ferveur ; que nous recoDUDandfflu « qu'on offre pour lui toutes les communions qui todI « se faire à la messe. »

On prie avec ferveur; environ quarante fidèles offi'ent la sainte communion à son intention. Que se passe-t-il dans ce moment à plus de soixante lieues de Paris, dans la chambre du malade? L'état d'irritatioa* d'exaspération dans lequel il n'avait pas cessé d'étn depuis les premiers jours du mois Ta absolument privé de repos et de sommeil. Une lièvre atroce le soutieot en le dévorant. Entre neuf heures un quart et iisof heures et demie (nous venions de réciter la touchmtB prière du Memorare; nous venions de rappeler à doIr bonne et tendre mère qu'U était inouï qu on l'eût invoquée en vain) , sans qu'aucun symptôme l'annoiioei un sommeU doux et calme s'empare de notre malids et l'endort comme un enfant. Des parents, des amîs, témoins de ce phénomène, en sont surpris, ne sayenl à quoi Fattribuer et tremblent sur ses conséquences. Il se réveille au bout d'environ une heure et demk ■vec intant de calme qu'il en a eu en s'endbrmant. On iK s'aperçoit même de son réveil que parce qjoCoÊ

Sl^ciUeiid parier. On écoute : il parle sans efibrt. comnM iCU tnnlimiait une coaTenatioii; sa toâx est douce al

DE L^ÀRCHICOilFRÉIUB. 159

fendre, et c*est une prière qu'il adresse à Dieu pour ses enfimts; il les lui recommande chacun en particulier, et appelle sur eux ses bénédictions. On le croit en délire, mais on n'est pas longtemps dans Terreur, n 3 a trop de liaison et de sentiment dans ce qu'il dit pour qu'il délire. La crainte fait place à la consolation et à l'espérance.

Quand il a fini, un de ses parents, son frère d'armes, son ami , homme religieux qui ne lui avait pas ménagé les conseils salutaires pendant sa maladie, s'approche de hii, et, après avoir loué les sentiments qu'il Tenait d'exprimer, l'engage sans autre préam- Imlc à prier pour lui-même , et lui déclare que c'est d'autant plus urgent qu'il n'avait peut-être plus que trois ou quatre jours à vivre. Le général entend cette sentence avec calme, et demande qu'on le laisse y réfléchir. Peu après il appelle et annonce qu'il veut se eonièsser. On n'ose lui proposer son curé ; on craint qu'il n'ait point en lui la confiance nécessaire; il n'avait d'ailleurs pas eu pour lui tous les procédés eonrenables ; il n'avait pas voulu entretenir de rapports avec lui. On lui propose monseigneur Tarche- Têque, en lui rappelant qu'il est venu plusieurs fois pour le voir. Il répond que son curé lui suffit ; que sH appelait un auti*e prêtre, cela ferait présumer qu'il n^arait pas de confiance en lui ; qu'il lui doit ce témoignage de son respect et de sa confiance. 11 se confasa, témoigna le plus grand repentir, demanda pulilîqaement pardon des scandales qu'il avait donnés , d reçut le saint viatique avec des sentiments de foi et de résignation admirables. Un changement absolu se maniCesta en lui dès cet instant et persévéra jusqu'à fia dernier soupir. Cet honune vif, impatient et facile à iTeDiporter, devint doux, patient, résigné ; on n'en-

idO MANUEL

tendit plus soiiir de sa bouche la moindre plainte» 11 se reprochait jusqu^au plus petit gémissement que la violence des do;ileurs qu'il endurait lui arrachait On était obligé de le rassurer contre la crainte qu'il en concevait. Sa seule occupation fut la prière; sa seule pensée, l'acceptation de ses souffrances et de la mort pour Texpiation de ses péchés.

Le dimanche 26 mai, il demanda et reçut le sacrement de Textrême-onction. Peu après l'avoir reçu, il tomba en défaillance, et dans cet état il ne comprenait rien, n'entendait rien, et ne donnait de signes qu'aux paroles de foi, d'espérance, d'amour et de contritkm que lui adressaient son curé et les deux sœurs qui étaient auprès de lui; il ne faisait pas attention an reste , et ne paraissait pas l'entendre. Il eut continuellement les yeux fixés vers le ciel. 11 s'endormit du sommeil de la paix dans la nuit du 27 au 28 mai. 0 notre heureux frère ! c'est à la onzième heure que la miséricorde divine vous a visité ; nous la bénissons du saint et précieux usage que vous avez fait de ses grà-' ces , et nous espérons qu'un jour vous prierez pour nous.

0 Mère de la divine grâce, consolation des malheureux, refuge des pécheurs, comme la tendresse, la délicatesse de votre compassion , de votre amour pour les pécheurs éclatent dans ce miracle de votre toutepuissance ! Vous vouliez faire un saint de ce misérable pécheur , et lui se révoltait contre Dieu , contre vous. Satan narguait votre puissance , et vous avez brisé la tête du monstre. Vous avez charmé ses douleurs et les horribles dispositions dans lesquelles il était par ce sommeil que vous lui avez envoyé. Que s'est-il pa^sé entre tous et sa pauvre âme pendant ce sommeil mystéf Vous avez repétri son cœur, vous en avez fait

^ IHB L*A&CHIGOKFIlÉRIB. 161

lorttr ce venin infernal d'orgueil et de révolte qui rirait rongé pendant toute sa vie, vous avez mis à la |3ace Tesprit d'une sainte docilité. Vous l'avez con- Terti, vous avez fait un pénitent, un saint d'un pécheur chez qui la réprobation paraissait consommée. 0 tonte puissante, ô toute miséricordieuse Marie, donnei-nous des sentiments, fournissez-nous des paroles pur lesquels nous puissions vous aimer, vous bénir et TDDS louer suffisamment !

Cette conversion a consolé et réjoui l'Église , a édifié le diocèse de Tours , et en a préparé et occasionné fantres dans toute la France. La haute position du gâoéral, ses liaisons avec ses frères d'armes répandus ans toute la France lui ont donné une publicité qui a bit foire des retours salutaires à plusieurs de ses ompagnons. D'autres n'ont pas encore réfléchi ; mais HeaàTSL le moment terrible et décisif, et notre bonne Mère daignera encore nous appeler à partager ses sollicitudes maternelles et miséricordieuses.

Ce ne sont pas seulement les vœux , les supplicatioDs offertes au pied de son autel par l'Archiconfrérie <IDe Marie écoute et daigne exaucer. La Vierge cléniente accorde la même faveur à tous les vœux, de quelque part qu'ils soient offerts. 11 existe dans une de noB villes maritimes une fille charitable , une âme pieuse et fervente, et dont la dévotion a pour objet spécial la conversion des pécheurs. Elle ne se contente pas de prier pour l'obtenir, elle tâche de fléchir en kor faveur la justice divine par les actes de mortification qu'elle s'impose, par ses aumônes et le divin sacrifice qu'elle fait offrir pour eux. Mlle savait qu'un bomme d'une condition élevée, habitant la même ville fa'elle, était en proie à une haine violente; qu'il était possédé d'un esprit de vengeance furieuse contre

quelqu'un qui avait abuse de sa confiance et lui aviit &it éprouver un tort considérable dans sa fortune. Depuis trois ans elle priait pour lui ; elle avait essayé la voie des représentations: tout avait été inutile.

Au mois de juillet 1838, cet homme tombe dangereusement malade; elle redouble de prières, de soins et d'efforts; tout est inutile; il ne pardonnera pas, ce serait une lâcheté. Elle est membre de rArcbiconfrérie ; elle n*a que deux consœurs dans la ville. Elle va les trouver ; elle leur dit que le lendemain est la fête de sainte Marie-!^Iagdeleine, jour d'indulgence plénicre pour rArchiconfrérie ; qu'il y aura beaucoup de communions dans Téglise de Notre-Dame-des-Viotoires à Paris; que la sainte Vierge doit accorder beaucoup de grâces dans ce jour ; qu'il faut qu^elles obtiennent ce jour-là la conversion de M/**, dangereusement malade et qui veut mourir dans Timpénn tence; que pour cela il faut qu'elles s'unissent pour prier Blarie de lui appliquer toutes les prières et bonnes œuvres qui se feront le lendemain dans rArchiconfrérie.

Ces trois pieuses âmes s'entendent, font leur communion de bon matin, et à huit heures du matin, ce pécheur demande un prêtre, se confesse, répare le scandale que sa haine, devenue publique, avait causé, en protestant publiquement qu'il pardonne de tout son cœur. Il fait plus ; il fait appeler sa mère aussi irritée que lui, la conjure de pardonner, pour que Dieu lui pardonne à elle-même , reçoit les sacrements et emploie les huit jours que Dieu lui accorde avant sa mort à se préparer à son éternité de la manière la plus édifiante.

Le 8 décembre i838, fête de l'Immaculée Ck)nception de Marie, elle obtint une autre conversion par le

DE L*ÀftCHICONFRÉRIE. 163

Bfime inoyen. Enfin le jour de la Purification de Marie, 2 février 1839, elle obtient la conversion d'un Impie prononcé. C'était un homme de quarante et ipelques années, ennemi de la religion, éloigné des aoements , des pratiques religieuses depuis son jeune âge, malade depuis longtemps , désespéré et presque abandonné des médecins, entouré d'une femme, de parents, d^amis tout aussi impies que lui. Il approchait 4a fenne , et , loin de penser à son âme , il avait chassé de sa maison une personne chrétienne qui avait aMayé de lui donner quelques conseils sages. On salait que sa porte était interdite à tout ecclésiastique €t à toute personne chrétienne. Elle ne le connaît point; on lui apprend toutes ces circonstances. Son ciœnr s^émeut, elle va faire offrir pour lui le saint sacrifice le f février. Occupée de lui tout le long du Jour, elle va demander par la ville aux âmes pieuses fi'elle connaît des prières, des communions pour le lendemain, bien persuadée, convaincue en quelque aorte, que Marie, touchée par ces prières, convertira aoQ protégé le lendemain. Dans la soirée, elle se hattde à lui Caire remettre une médaille miraculeuse , et, pour rengager à la porter, elle lui fait raconter le lécitde quelques guérisons corporelles obtenues par ce Bnyen. 11 la reçoit; il était très-mal; beaucoup de fidèles devaient le lendemain offrir leurs communions à aoQ intention. Marie n'attend pas jusque là, elle se hâte de récompenser la foi, la charité de ses enfants; elle Ta au devant de leurs vœux. Sur le minuit, cet homme qui avait été jusqu'alors un impie grossier et imitai, chez lequel rien n'avait préparé ni annoncé de changement, déclare qu'il veut se confesser, désigne Je prêtre, et veut qu'on aille le chercher tout de suite. On est forcé de lui obéir. U se confesse, rappelle ses

parents, ses amis, acquitte devant eux et à haute voix la pénitence sacramentelle qui lui a été imposée, leur dit que c'est pour réparer devant eux les mauvais exemples, les scandales qu'il leur a donnés par son impiété ; leur déclare que ce jour est le plus heureux de sa vie ; que son cœur est rempli d'une joie qu'il n'a jamais connue ; qu'elle est causée par le bonheur de sa réconciliation avec Dieu. Il était en danger; il reçoit le saint viatique avec les sentiments de foi , d'espérance, d'amour, de contrition , de soumission à la volonté divine qui animent les cœurs des saints. 0 Marie, reine des cœurs , qu'elles sont vraies, qu'elles sont solides les conversions que votre puissance miséricordieuse opère! Vous avez dans un instant éclairé des lumières les plus pures, les plus vives, cet esprit grossier et ignorant des voies de Dieu. Vous avez subitement changé son cœur, et vous y avez développé et fiiit croître les vertus les plus précieuses et les plus sublimes. A peine a-t-il reçu les derniers sacrements , que sa maladie change ; la joie de son cœur , la paix de sa conscience, la grâce divine qu'il possède le guérissent. Il jouissait encore d'une bonne santé il y a quelques semaines, et il persévère.

Nous engageons nos pieux lecteurs, et surtout les membres de l'Archiconfrérie , à faire attention à ces trois derniers traits de conversion; ils y verront la confirmation de ce que nous leur avons dit, page 16 du Manuel, que les prières de la multitude des confrères appartiennent à chaque associé en particulier, et que chaque membre de l'Archiconfrérie peut appliquer cette masse de prières, de bonnes œuvres aux objets dont s'occupent sa charité et sa dévotion. En effet , trois âmes pieuses désirent obtenir une grande grâcCf la conversion d'un pécheur. Elles ont long-

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toq» prié inutilement; elles sont aux approches d'une file de rArchiconfrërie ; persuadées que ce jour sera anctifid à Notre-Dame-des-Yictoires de Paris (elles ne connaissent pas d'autres associations particulières) pvdes communions, elles pensent qu'elles peuvent, en qualité de consœurs, s'approprier le mdrite de ces bonnes œuTres; elles les offrent à Marie unies à leurs {lîères, et Marie, qui ne s'était point encore rendue à kors Yoeux, qui semblait attendre ce nouvel effort de kur charité, Marie leur accorde les conversions qu'elles lonicitent.

U supérieure d'une communauté de la ville de Réois nous écrit, au mois de juin dernier, pour nous prier de recommander aux prières de l'Archiconfrérie im de ses neveux. C'est un jeune officier à l'armée d*A]ger, jeune homme dans toute la force du terme, ijint abandonné depuis plusieurs années toute prati- <pe religieuse. On prie pour lui; et le 11 septembre BOUS recevons une lettre qui nous apprend que ce jenne officier est devenu l'objet de la tendre sollicitude k Marie ; qu'au milieu des dissipations de la vie militaire, il a eu le bonheur de rentrer en lui-même; qu'il s'est approche du sacrement de pénitence; que sa eoofiession est achevée ; que son confesseur lui a fixé le josr oïl il aurait le bonheur de s'asseoir à la table des anges pour y manger le pain sacré. C'est lui qui donne tons ces détails à sa tante , et sa lettre exprime le repentir le plus sincère de sa vie passée. Deux ans après, eo 1841 , cet officier, ayant appris de sa tante que sa conversion était l'efTet des prières de l'Archiconfrérie , vint à Paris nous remercier du bien que nous lui avions procuré, nous parler de son bonheur et nous témoigner n résolution de persévérer.

Jkms les premiers jours de septembre 1^^^ , \w\^

466 ■ARUBL

jeune personne se mourait d*une maladie de po elle habitait Ja paroisse des Quinze-Vingts, à Pari approchait de sa fin, et ne Toulait point entendr 1er de confession. Toutes les sollicitations qu' faisait à cet égard lui inspiraient des terreurs i ne pouvait surmonter. Un prêtre des Quinieétait venu inutilement pendant trois jours, il ai renoncer à se présenter de nouveau , parce que i sites ne faisaient qu'affecter la malade et redoul fièvre. Elle était dans un état continuel d'agitafl terreur et de désespoir ; elle allait mourir sans concilier avec Dieu. Une pieuse et charitable da son voisinage , qui avait plusieurs fois essayé ir ment de lui faire entendre des conseils salul prend le parti , sans en rien dire à personne, de à Notre-Oame-des-Victoires implorer pour cette ] enfant la protection du Cœur de Marie. Elle fait le saint sacrifice pour elle , le 3 septembre. Sa c ne tarde pas k être récompensée. Au moment messe commence , la malade , qui ne peut se • (le ce qu'on a fait pour elle , dont rien n'a dimi malheureuse disposition , la malade demande S] nément un prêtre, se confesse et reçoit la sainte munion avec autant de piété que de joie. Cette dame, après la messe, regagne sa maison ; elle a un trajet d'environ une lieue; son cœur penc route est continuellement occupé de son pieux Elle arrive auprès de sa malade , la ti-ouve gaie, et heureuse. Elle apprend que Marie a comblé U ▼œux : la pauvre enfant avait déjà reçu les sacrei Elle nous écrit tout aussitôt pour nous apprendr heureuse nouvelle , et nous prier d'en remercier Bans une petite ville du diocèse de Versailles fa un médecin , ftgé de 3B a\\%. \\ \o\xv§»m\. ^^V^lû

BS L'mCHIGONniÉRIE. i61

lonflance et de Taffection de tous ses concitoyens, et IIm méritait. Il serait difficile de rencontrer un homme MQleur. Bon époux , bon père , bon ami , bienMsant , louUîail le soin de ses intérêts , sacrifiait aux pauvres m temps, son travail, sa santé. Sa modifique fortune ippirtenait aux indigents , qui jamais ne Tavaient inwpé en Tain.

Ce brave homme n^avait aucun principe, aucun Vrtiment religieux. Né et élevé à une époque mal- NfeRose, on ne lui avait pas appris à connaître Dieu Im Mm enfonce. Livré à l'éducation publique de ce imps dont la corruption a appelé tant de maux sur la hnee, il s'empoisonna Fesprit par la lecture des lim dits philosophiques. L'impie, Fobscène Voltaire 10 ton auteur de prédilection. D'un cœur excellent, M esprit était gâté. Un orgueil, une vanité philosofeiques lui foisaient afficher l'indilTérence religieuse C^ême une incrédulité prononcée. Dans les premiers Mil de l'année 1830, il fut attaqué d'une maladie qui iRint bientôt sérieuse et finit par devenir assez grave mt foire présager une mort prompte. Cet homme, pi avait l'affection de tout le monde , occupa surtout iniques amis religieux qui tentèrent de lui faire des i|rtientations, de lui donner des conseils chrétiens. te par caractère , il les entendit, mais ne se rendit IL D répondit qu'il reconnaissait un Etre suprême, ■il qu'O n'admettait d'autre religion , d'autre Dieu Meeux que lui avait appris son Voltaire, 11 attendait, Ul-il, que le maître de tout décidât de sa vie; il Mutait sur sa force pour afironter les horreurs de h ivt« 11 n'y avait plus rien à faire ; son parti était pris. ndant toute la durée de sa maladie, il n'eut d'autre Bcopalion, d'autre distraction que la lecture de Volibe et de romans obscènes et si liceucieivUL c^xm

468 mahuel

Jour quelqu'un, qui lui faisait la lecture, je en disant : « Achèvera ce livre qui voudra ; « pas moi. Il me dégoûte; il est trop ordt ne cherchait de consolation à ses souffr; dans le souvenir des folies, des désordres ncflse.

Cî'cst ainsi que ce pauvre aveugle s'enfonç en plus dans Tablme qui paraissait devoir 1' . Ses amis inquiets et désolés n'osaient plus ter efTort îuiprès de lui. Us nous écrivirent pour jurer de le recommander aux prières. Nous et nos prières n'eurent point d'effet. Cependi ladie niinait le malade, et le danger pressai rivé. Nous reçûmes le 8 juin une lettre qui prend que son insensibilité impie, son endui \tnit on augmentant, et que pourtant sa dem appnKho; on nous conjure de le recomn nouveau ol d'oflrir pour lui le divin sacrifie do Mario. Nous lo recommandons le dimancl lundi 10 nous célébrons les saints mystères tontion. O^iolquos heures après, ses amis t donior ofïorl. 11 les écoute , et après un n tVtW.\iim, il leur répi^nd que a ptui-^r^,,. p m il .«fntil bon datis ^on ftJt i:V s* rfcom « JVm« » Cette ivllo.\i»>n est un premier àén» à mi «n^eil: elle ouvre la p.^rte à U o^ son nKvril chance: il soll:«:::e les qui lui ï^rlent de reliri:r. : il écou VStC illlèrN« et HentiM A^e.^ iiu î<r.::-:::fctit i f|i!tl nCàxnil januts CNXir.:: . !i< :\ir;:--< i*f loi

>l«lRj|^\ill elo^iv ie srs y£c\ .i^? ". "v- in

BS L*A&GHICONFRÉRIE. i69

isteur, homme vénérable, qui le fortifie, Tenle sa charité , et Tamcne avec la prudence d'un Taccomplissement de tous ses devoirs religieux, jnfesse le vendredi 14 juin , le lendemain il re— sxtréme-onction et le saint viatique. Il était si avant et pendant Tadministration des sacre- , qu^on ne croyait pas qu'il pût aller jusqu'à la la journée ; mais la joie dont il est rempli, le ir qu'il goûte semblent lui rendre des forces. Sa mtre toute espérance , est prolongée de huit La bonté divine veut qu'il puisse réparer, effaidont ces huit jours par les hommages de la foi , XHUTy de la confiance, du repentir et de la sou- A à la volonté de Dieu , trente-huit années de ré« d'ingratitude, de haine contre Dieu , de mépris iiu de ses grâces. Marie est à son chevet ; elle ent avec la sollicitude de l'amour cette lueur i 8^ëteindi*e; elle arrête le bras de l'ange de la et ne lui permet de frapper que quand elle juge tte iiauvre Âme est assez purifiée pour qu'elle la présenter avec confiance au tribunal du tert Boaverain juge. Oh ! que notre néophyte les e hrareusement et saintement ces huit jours de {ni lui sont accordés! 11 cherche des pensées i; il en occupe sans cesse son esprit; il en nourcœur; il se fait lire des traits de la vie des Fabrégé de la doctrine chrétienne; il veut qu'on le réciter sans cesse des actes de foi, d'espérance diarité. Une douce et tendre piété pénètre son «lie a pour principe et pour fondement l'amour lus vive confiance dans la divine miséricorde. 11 Ira rien de toutes ces grâces ; car il conserve la De d'esprit la plus complète jusqu'au moment où son âme (en invoquant le$ doux nouâ ^

Jésus et de Marie) entre les mains de son Sauveur, Lc! dûnanche 23 juin 1839.

Cette conversion fut un sujet de joie et d^édificatic^ii ilans la ville et le pays qui Fenvironne. Il était conE^n et aimé de tout le monde. Tous les yeux étaient fix:^ sur lui , tous les cœurs désiraient que tant de bonEM.cs qualités, tant de vertus ne fussent pas perdues dsL.ii8 rétemité. Mais il serait bien aveugle celui qui n'attiribuerait pas cette conversion à votre miséricordi6nM.8e intervention , ô bénigne et toute-puissante Marie ; il Mi*y a que votre amour maternel qui a pu aller cberclier cet esprit égaré jusqu'au fond des déserts de Finiquité, lui seul par sa toute-puissance a pu dans un instant changer ce cœur si profondément descendu dans 17sr' bîme de la corruption et du vice. Nous vous reconn3JSsons encore à la délicatesse , à la douceur des moyoïu que votre amour emploie. C'est un esprit orgueilleux* c'est un cœur gangrené par une passion vile et hOOr teuse, mais dominatrice au dernier degré. Saul fut ^^^ trefois terrassé sur le chemin de Damas ; vous pour^"^^ aussi dans un instant anéantir tous ses préjugés, bri. tous ses liens. Mais vous voulez qu'il acquière la gr-de la conversion par le mérite de la docilité qui la jfpare. Vous lui suggérez une pensée sage : peut-^tr^^ serait bon de se recommander à Dieu. Cette pensée tive son esprit, abat son orgueil, et il est dans vos bi maternels.

Un négociant, habitant la province (c'est un de 25 à 26 ans) , vient à Paris pour affaires. Il a calci qu'il les terminera le samedi 5 octobre , et il retient place aux voitures publiques pour le dimanche 6 matin , car il a hâte de rentrer chez lui. Ses affair^^^ s'expédient plus promptement qu'il ne Favait cru. L»--^ samedi matin , étranger à Paris , sans connaissance^^

Ê BB L^ARCHICOKFRÉRIE. 171

M fii*jl paisse aller voir, il est embarrassé de remploi de f sa journée. Il prend la résolution de s'amuser. On sait quelle acception a ce mot dans Fesprit et dans la bouclic des gens qui sont sans religion et sans mœurs. Il esécute son projet, et se livre pendant toute la journée & toutes sortes de dissolutions. Fatigué , harassé par tous ces excès , mais dévoré par la fièvre qu'ils avaient pToduite, il courait encore les rues le soir, et cherchait <le honteuses occasions. Il est amené sur la place des Pietitfr-Përes sur les huit heures et demie du soir, il voit la porte de Féglise, qu'il ne connaît pas, ouverte; il y entre sans savoir pourquoi. 11 s'avance, passe devant notre confessionnal „ remarque six hommes dans notre cliapelley et parmi eux plusieurs jeunes gens. 11 fait c^ette réflexion : «Tiens! des hommes qui se confessent, « et des jeunes gens ! p et il ajoute avec un accent d'indignation et de mépris : ce Ah ! que c'est bête ! » 11 avance jusqu'à l'autel du saint Cœur de Marie. L'église était peu éclairée , mais un reflet de lumière se projetait sur l'autel, et lui faisait représenter un tableau qui a.Tait quelque chose de mystérieux. 11 est frappé du coup d'œil ; il le considère. Pendant qu'il s'occupe ^insijla pensée des jeunes gens qui se confessent se présente et se représente plusieurs fois à son esprit , et toujours elle est repousséc par cette exclamation ; Que c*ttt béte ! Cependant cette pensée se présente encore , ^ elle est accompagnée de ce souvenir : Je me suis con^ ftaè aussi autrefois. Grâce divine, vous tournez autour «le ce cœur, mais vous êtes repoussée par cette exclamation qui témoigne de son endurcissement dans la icvolte : ikEhl que j'étais béte ! »

0 Marie ! salut des pécheurs , que va-t-il devenir, ce milheureiix? Sortira-t-il de l'église mille fois plus coupable qu'il ne l'était en y entrant? Va-t-il sous vos yeux.

m KÀNUBL

^ cette place d*oii tant de gémissements, de soupirii di Tœux s'élèvent tous les jours vers vous pour implorei votre compassion en laveur des pécheurs, va-t-il u marquer lui-même du sceau de la réprobation éter nelle? C'est vous , Mère de la divine miséricorde, c'ei vous qui dirigiez ses pas , pendant que son cœur bonil* lonnait des désirs les plus infâmes; c'est vous qui T» vez amené près de votre temple. Vous Tavex introdai en votre présence. Oh ! Marie , il ne peut pas yoa échapper. Vous voulez son salut, c'est une dépouiOi que vous voulez arracher à l'enfer. Satan vous résiste levez-vous, puissante souveraine, et terrassez votre ett nemi. Je me confessais atUrefois : cette pensée revien plusieurs fois. A une de ses reprises , son e^rit va plu loin; il se dit à lui-même : (t J'étais plus heureux qw a je ne suis ; j'étais tranquille , et aujourd'hui je n*ei « puis plus, j'ai la ûèvre. Quelle journée j'ai passée <c Je ne pourrais pas recommencer ce que j'ai fait an- « jourd'hui. Si je me confessais? » Cette idée qui s'esl présentée brusquement l'effraie; il la repousse, et veul sortir de l'église. 11 se lève, mais il croit remarqua dans l'effet de lumière un détail qu'il n'avait poinl observé ; il le considère un instant. Pendant ce temps, la sensation qu'il vient d'éprouver se calme, l'idée se représente. 11 se dit : « Je vais me confesser; je serai (( plus tranquille. Personne ne me connaît ici ; je ne « risque rien. » Il s'approche du confessionnal, et 3 entre le dernier. La disposition était bien pauvre poui un acte si saint, si important; mais c'est une victoin! remportée sur l'orgueil , et c'est déjà une grande grâce. Marie fera le reste, le pauvre pécheur est dans ses mains. La confession était bien difficile à faire; elle paraissait entreprise plutôt par un coup de tête qoe dans un esprit religieux. ku&%v esvxV-îiiiÀ^xi ^^\&\fè^

DE L'ARCniCO.NFRÉRIE. 173

A Ja commencer; sa respiration gonflée, entrecoupée, I*empêcha d'articuler pendant un certain temps. Son cceur s'amollit, les soupirs et les larmes Tinrent. Nous ne pouTions douter de leur sincérité. C'était une conversion; Fœuvre de la grâce était manifeste pour nous qui nous occupâmes de lui pendant une heure et demie. Nous lui devions la grâce de la justification ; il partait le lendemain à sept heures du matin. Quand Z10U8 Teûmes réconcilié avec Dieu , il ne savait comment témoigner sa reconnaissance ; il nous remerciait en sanglotant et versant des larmes. « Que vous m'am yes fait de bien! disait-il; que je suis heureux! m Quelle différence entre l'état où je suis , la paix que « je sens en moi , et l'affreux état dans lequel j'étais eu « entrant dans cette église ! Ah ! que j'étais loin de «c m*attendre au bonheur qui m'y était préparé, et que «c j'étais indigne d'en profiter ! Que je suis heureux et « que Je remercie Dieu de m'y avoir fait entrer ! Com- « ment s'appelle votre église? — Est-ce que vous ne •I la connaissez pas? — Je ne l'avais jamais vue. — « Ccst Notre-Dame-des-Yictoires. — Ah ! je ne l'ou- « blierai pas. Elle en a remporté une grande sur mon « orgueil et mes passions. Mon père , vous m'avez dit « que nous comparaîtrons ensemble au tribunal de « Dieu y que vous y rendrez compte des sentiments que « je vous ai témoignés et de mes promesses. Je vous « promets encore d'y être fidèle, et j'espère avec la « grâce de Dieu que votre charité ne se repentira ja- < mais de ce qu'elle a fait pour moi. » Voilà une soirée qui dédommage abondamment de bien des années de peines et d'épreuves. Nous racontions ce fait le troisième dimanche d'octobre , car nous en avions eu la permission , à notre ofûce de l'Archiconfréiie. II y avait dans notre auditoire un savant étranger à la

France. CTdtait la seconde fois qu'il y assistait. 11 en fut si frappé qu'il nous suivit, après l'office, dans la sa«cristic , et qu'il nous dit sans préambule : a Monsieur, « j'ai besoin de me confesser, et c'est à tous que ja (( veux m'adresser. Je désire commencer bientôt. Je ne « pourrai pas demain, mais, de grâce, que ce soif « mardi. » C'est un professeur de haute philosophie et de mathématiques transcendantes , âgé de 54 à 55 ans. Nous ne comptions sur lui que pour le mardi , nontf fûmes étonné de le voir venir nous trouver le lundi* Il nous donna la raison de sa visite prématurée. « De^ <c puis hier que je vous ai entendu raconter cette con-^ a version , j'ai l'esprit dans une grande agitation , et la c( conscience très-tourmentée. Je n'y tiens pas , et uS « peux pas attendre à demain. J'ai besoin de me fair0 « connaître à vous, et de vous demander des conseilr- <c Je vais vous raconter brièvement mon histoire avan'^ « de vous soumettre ma conscience. J'ai été élevé chié- (( tiennement, et j'ai vécu conformément aux principes (( de ma première éducation jusqu'à l'âge de 18 aniP « A cet âge quelques lectures philosophiques, les dis— « cours irréligieux , les exemples que j'avais sous les « yeux, les railleries que j'entendais faire des per— « sonnes chrétiennes me donnèrent du respect hu — « main, la crainte de paraître religieux. Les psissione « commençaient à m'agiler. Je me livrai entièremenr. « à la lecture des ouvrages irréligieux. Ils flattèrent^ « mon orgueil et mes passions ; mon esprit devint in— a dépendant; je voulus tout juger d'après ma raison«« « J'étudiai tous les systèmes des philosophes du dix-hui*" « tième siècle. Je pris de chacun d'eux ce qui me con— « venait, et en peu de temps je devins incrédule. Lirrtf^ a à l'enseignement des mathématiques et de la haute « philosophie, j'endoctrinai mes élèves d'après meir

DE l'akghiconfrérie. 175

I idées philosophiques. Tétais clans une erreur et un «iTeuglement assez grands pour avoir une espèce de « conviction , et pour me croire de bonne foi. Voilà

■ quel a été l'état de mon esprit jusqu'à il y a environ

> deux ans. Depuis cette dernière époque, des doutes,

> des inquiétudes se sont élevés en moi ; je n'ai plus

< regardé la doctrine que je m'étais faite conune aussi

■ certaine y ni même comme aussi plausible. Fâché de

< cette impression , j'ai cherché en vain à la combat- « tre. Je méditais un voyage en France, et je remis

< dors à me fortiGer dans ma manière de voir par les

> relations que j'aui*ais à Paris avec les philosophes les 'plus célèbres. Arrivé à Paris, j'ai eu ces relations, et,

I * an lieu de trouver la fin de mes inquiétudes et de « mes doutes dans les conversations que j'ai liées à ce « sujet, les divergences de systèmes que m'ont pré

* «entées les hommes célèbres avec lesquels j'ai con-

* Idré, les contradictions avec eux-mêmes que j'ai

* ïemarquées en eux n'ont fait qu'augmenter mon

* trouble. Je suis entré indifféremment dans plusieurs

* «Sglises, et j'ai été frappé du maintien respectueux, ' leligieux que j'ai remarqué chez tous ceux qui y assistaient. 11 m'a paru chez eux le témoignage d'une hante et profonde conviction. Je suis venu deux fois

^ dans votre église à l'office du soir, et chaque fois ce que j^ai vu et entendu m'a touché sensiblement et m'a lait une profonde impression. Hier, surtout, '" cette conversion, dont vous avez rapporté l'histoire, ^ m'a ému. J'y ai pensé toute la nuit; je n'ai pas cessé ^ d'en être occupé toute la journée. Cette pensée m'a- ^ gite et ne me laisse pas de repos ; je vois bien que je ^ ne suis pas dans la l)oniie voie, et pour y rentrer, je ^ veux me confesser. »

Cet aveu spontané était bien sincère et bien firanc; il

tk

176 MAKUEL

témoignait des premières dispositions du cœur; maisfl ne nous parut pas suffisant pour assurer la conversiaD de notre philosophe. 11 n'était que TefTet d'une émotion vive qui avait saisi le cœur, et contre laquelle, après un premier moment de surprise, l'esprit pouvait se révolter. 11 était à craindre que cet esprit, habitné depuis plus de trente ans à se créer à lui-même des systèmes anti-religieux, qui avait abjuré la foi et la idées catholiques, n'en eût perdu tout souvenir. Gomme il est impossible de plaire à Dieu, si on n'a la foi, et que la première condition exigée, dit saint Paul, de ceux qui veulent s'approcher de Dieu, est de croirt qu'il existe, et qu'il récompense ceux qui le cherchentt nous crûmes, avant de céder à son désir, devoir nom assurer de l'état de sa foi. Nous nous aperçûmes kàr lement , en conversant avec lui, qu'il n'avait que des idées confuses des vérités chrétiennes et mélangées de tous les préjugés dont son esprit avait été travaillé si longtemps.

Nous mîmes entre ses mains le Triomphe de l'Évangile: nous l'engageâmes à le lire avec beaucoup ^ réflexion, et nous ajournâmes après cette lecture to^i entretien avec lui. Au bout de dix jours, il revint no»*** trouver, ses préjugés étaient dissipés, sa foi était éclait^ et assurée. 11 se rappelait ce qu'il avait su autreC^ dans sa jeunesse; alors nous travaillâmes de conce; sa réconciliation avec Dieu. Nous eûmes la consolatî de lui donner la sainte communion le jour de la fête l'Immaculée Conception de Marie. 11 était à la sai table ; il sanglotait et versait des larmes. Il a fait de son changement à plusieurs de ceux dont il avi partagé les erreurs, et les a engagés à lire le livre âat^ lequel il avait trouvé la lumière qui l'a éclairé.

Un capitaine de l'ancienne garde royale, habitant un* ^

DB L^AlCHICONFRfiRIE. 177

ifince éloignée, vint passer quelque temps à Paris, é de cinquante ans» militaire dès Fâge de dix-huit ^ ion eniance et sa première jeunesse s'étaient écou* •pendant ces années malheureuses de notre première nÂutiony où la religion était proscrite et son culte in« dit en France. Son éducation s'était faite dans ces ées et ces écoles militaires impériales, et nous savons nment y était traitée la religion. Il n'avait point fait première communion ; on ne lui avait donné aucune maissance de la religion; il n'en avait jamais eu le itiment* Au sortir de ces établissements, il était endans rétat militaire, et là, au milieu de toutes les Inctions, des dangers et de la licence des camps, il lit Técu dans cette profession , comme y vivent les nunes qui ne sont retenus par aucun frein religieux. ne haïssait ni la religion , ni les prêtres , mais il était set égard dans une complète indifférence. Il ne semdt jamais devoir sortir de cet état; mais des affaires .yant appelé à Paris, il descendit chez des amis ver- , religieux. 11 y fut bien reçu , il s'y plut. I^ sa- , la paix, l'union qui régnaient dans cette famille i firent impression. 11 étudia les caractères de ses ois ; il vit qu'il y avait entre eux des oppositions, mais d s^effacaient toujours. Il rechercha le principe de Ite harmonie qu'il admirait sans pouvoir la comprenez car il était, lui, impétueux et violent. 11 fmit par oonnaitre que la rehgion, la piété de ses hôtes, prolisaient cet effet qu'il n'avait jamais remarqué ail* ors. Cela lui donna beaucoup à penser. 11 regrettait idquefois, mais ce n'était que des pensées fugitives iiqaelles il ne s'arrêtait pas, il regrettait de n'avoir slnt de religion.

11 était donc dans cette disposition d'esprit, quand une de la maison qu'il h(^)itait, voulant se rendre le

178 MÀinJSL

soir à notre office, le pria de Ty accompagner. D a*eih nuya beaucoup pendant le chant des vêpres, mais le sermon Tintéressa ; il fut surtout ému par la recommandation des pécheurs. Le dimanche suivant, il revinti mit beaucoup plus d'intérêt à tout ce qu'il entendit qw la première fois, y pensa, vint une, deux fois pendant k semaine , l'après-midi, dans l'église , non pour plier, 9 ne le savait pas, mais pour réfléchir. Il ne manqua [to à aucun des offices de l'Archiconfrérie pendant un séjour de six mois qu'il fit à Paris. Après le quatrième dimanche, il vint nous trouver, s'expliqua avec noni, nous manifesta le désir ardent qu'il avait de pratiqaff la religion, et nous demanda ce qu'il fallait faire. Il s'instruisit à fond des vérités chrétiennes, et ses efifortoi sa constance dans cette carrière si nouvelle pourbn, furent récompensés par la sainte communion qu'il eut le bonheur de faire le jour du jeudi-saint 1839. QosBi nous prononçâmes les saintes paroles de l'absolution, nous éprouvâmes une surprise qui faillit nous interrompre. Nous entendîmes sangloter cet honune dofli la fermeté faisait le caractère principal, et dont la figure avait quelque chose de dur et d'austère : il versait des larmes. Quand notre saint ministère fut accompli, vfff» ' lui demandâmes avec inquiétude : « Vous trouvei-TOii» <c incommodé? — Rassurez- vous, mon père, nous dit-il; « je ne souffre point ; je ne suis qu'heureux. C'est la jote a dont mon cœur est rempli qui fait couler mes larmes* <c Je ne me serais jamais fait l'idée de l'abondance d** « consolations et des grâces dont Dieu comble ceux (f^ « reviennent à lui. Religion bienfaisante, que je regr^^ « de t'avoir connue si tard ! Mon père, je n'oublierai p^ « un moment de ma vie le bonheur dont je jouis à pr^^ « sent, et je promets à Dieu et à vous de recourir so^ K vent à cette source de bénédictions. » 11 est fidèle à t^

Dl L^ÀlCmCONFRÉRIB. 470

; car, quelques mois après sa conversion , il son domicile à Paris, et depuis dix ans il y ie la plus chrétienne et la plus édifiante, contions ce trait de conversion un dimanche de notre grand'messe. Dieu voulut bien se de cette circonstance pour toucher le cœur iger qui assistait à notre office. Ce récit lui fit ode impression, qu'il vint le dimanche au soir ver, nous ouvrir son cœur. 11 ne quitta Paris imer dans sa patrie , que quand il eut achevé B sa réconciliation avec Dieu, nme la grâce divine prend toutes les formes^ ous les moyens , s'empare de tous les ins^ ni toutes les occasions , comme elle se mètre faiblesse, pour procurer notre sanctificaa conversion de nos cœurs ! U n'y a pas un un seul instant dans notre vie qui ne pût ce bonheur, si nous étions plus dociles et wts ! Grand Dieu ! vous n'êtes qu'amour et pour nous; ah! que votre miséricorde reet multiplie en faveur des pauvres pécheurs 9 émotions, ces vives impressions par lestas convertissez les cœurs !

cours du mois de septembre dernier, une k)n-Secours (garde-malade) vient nous trouheures et demie du soir ; elle venait du haut Qtagne Sainte-Geneviève, et avait ainsi partiers de Paris. C'est celle dont il a déjà été sieurs fois. Nous fûmes surpris de la voir ire si tardive , et nous ne devions pas l'être , n'avions pas oublié que cette charitable fille ae nous trouver le dimanche 13 mai 1838, la dernière sédition armée a éclaté à Paris; rait parcouru à huit heures du soir des quar«

tiers agités; qu'elle s'était exposée à la ftinllade venir recommander aux prières un malade en danger^i Cette fille, en nous abordant, se met à genoux devu^ nous. C'est nous qui aurions dû le foire devait eU^ car c'était la charité personnifiée qui nous Tisita2f: U s'établit entre nous ce colloque: « Ma fille, q;u0 « faites-vous là? relevez-vous. — C'est une âme qtw « je viens vous demander. Oh ! sauvez-la ; je ne dm « relèverai pas que vous ne m'ayez promis de la buh « ver. — Ma bonne fille, votre lèle vous égare; je ns « puis rien que prier ; mais relevez-vous et dite»HDoi « de quoi il s'agit. — 11 est à l'extrémité, il ne va pis « passer la nuit , et elle versait des larmes. Cest m « jeune homme de vingt-sept ans. 11 n'a pas approdrf « des sacrements, ni de l'égUse, il n'a pas prié te a bon Dieu depuis sa première communion, fl éfail ft orphelin de bonne heure ; c'est un libertin , il meiK^ « d'épuisement. 11 le voit bien ; il est furieux , déses^ a péré ; il ne veut pas entendre parler du bon Die0-« tt quand je lui en parle, il jure , il s'emporte. Au n»0^ « ment de partir, j'ai voulu lui faire faire une peti^* « prière, il m'a rebutée; il m'a dit de le laisser <c quille , qu'il ne voulait pas qu'on l'ennuie de « bêtise-là, et il va mourir cette nuit. Quand j'ai (t cela, j'ai dit : il faut que j'aille à TArchiconfrérie, a j'ai pris une voiture. Ah ça ! voyons , il faut le « ver , il va mourir cette nuit ; et, si vous saviez, ii « bon comme le bon pain, il fait tout ce que je veux, :^ <( n'y a que cela que je ne peux pas obtenir de lu^ tt Allons, donnez-moi quelques bonnes paroles, que j^ tt m'en retourne vite auprès de lui. N'est-ce pas qu'< a va prier pour lui? — Mais, ma chère fiUe, e\ <t aujourd'hui jeudi , je ne réunirai l'Archiconfrérie^ « que dimanche , on ne peut le recommander au plot^

Di l'àrchiconfrérie. i8i

lot que samedi à la messe. — Oh! c'est trop tard, il sst à rextrëmité, il n'ira pas jusqu'à samedi. 11 faut e sauver ; on en a sauvé bien d'autres. — Tout le que je puis faire dans ce moment , c'est de lui appliquer le mérile de toutes les prières et bonnes Euvres qui se font dans l'Archiconfrérie, et je les iffre au très-saint et immaculé Cœur de Marie pour ibtenir sa conTcrsion. Je prierai demain pour lui au laint sacriûce, et je le recommanderai samedi et limanche. — Oh! je suis contente; la sainte Vierge ra le convertir. Donnez-moi , je vous en prie , votre iiénédiction pour lui. — Ma sœur, je ne donne de bédëdictions qu'à l'autel , dans la chaire et au confesdonnal. — Pourquoi donc? — C'est que je suis là le lÛDistre de Dieu ; partout ailleurs je ne suis qu'un pauvre homme et un misérable pécheur. — Ça n'y ikit rien , vous êtes toujours le ministre de Dieu ; fest à lui que je la demande, et c'est par vous qu'il Fa me la doimer. Vous ne pouvc:: pas me la refuser. Cette pauvre âme est en danger, songez donc qu'il est bien malheureux et bien coupable. » Nous lui DDÂmes la bénédiction , et nous avions de la peine de voir si tard éloignée de son gtte. « 11 est plus d'onze heures; vous avez plus d'une lieue à faire; c'est une heure dangereuse dans Paris. — Oh! je n'ai point de peur ; le bon Dieu sait pourquoi je suis en route à cette heure; il me protégera. Je vais dire mon chapelet dans la voilure ; je serai avec la sainte Vierge, ina bonne Mère me gardera. » Kous n'avons pas besoin de faire remarquer à nos iteurs la simplicité, la vivacité de la foi, l'ardeur de charité de cette bonne fille ; mais nous les prierons se souvenir que notre divin Jésus nous a dit que, nous avions une foi vive et brûlante comme le grain

182 lUMcn

de sénevé , rien ne nous serait impossible et pourrions transporter les montagnes ; qii saint Jacques recommande aux fidèles de une conflance sans bornes dans la misëricoi bëralité du Seigneur; qu'il enseigne que fiance est le caractère essentiel à la prière exaucée. Qu'ils se rappellent les magnilO messes que le Dieu de vérité a faites à la prii les richesses de puissance et de vertu qu'il chécs. Elle a prié, cette bonne fille, elle a elle a excellemment prié. Elle a prié par ses toutes ses pensées, par toutes ses démarcb prié avec une foi vive , avec une ardente ch tous les battements de son cœur. Nous alloi triomphe de safoi et de sa charité. EUeagagnc Huit jours après elle nous écrit : « Mon « vous me donnerez votre bénédiction quai « la demanderai pour des malades. Celle qi « vouliez pas me donner a porté bonheur à « vre jeune homme. Quand je rentrai, je m' « de lui, je lui dis comme si je ne m'étais pas tt de ce qu'il m'avait dit avant de partir: « mon fils , vouiez-vous que je vous fasse dii c< tile prière? Je veux bien, qu'il me dit, doi <i un agneau. Quand je vis cela, je lui dis: « vre enfant, vous sou lirez bien, vous n'av» « forces; vous savez que vous ne pouvez p8 « de là, et vous n'êtes point raisonnable; vous « point revenir an bon Dieu. Qu'est-ce que « votre pauvre àrae? Vous l'avez bien ofl< « vous me faites de peine! Vous savez pou « je vous aime bien. Vous devriez vous coi « m'a répondu comme un enfant : Je le vi <( Tai été lui chercher un prêtre tout de suit

DE l'àuchiConfrérie. ili

cnal. n s^est bien confessé. Et puis il est devenu ènt, doux, patient; il parlait du bon Dieu; il 3 plaignait plus. Le matin , il me dit qu'il allait voir le bon Dieu, que son confesseur lui avait ais. Je ne le croyais pas, parce qu'il avait du «• Mais quand le confesseur est venu, il n'a

eu de ddlire ; il s'est souvenu de tout ; il s'est ire confessé et il a reçu les sacrements avec bien l foi et de la dévotion. Oh ! qu'il était content I lis ce moment il n'a plus pensé qu'au bon Dieu; i se plaignait plus ; il remerciait le bon Dieu de frir, et il le lui offrait pour ses péchés. 11 est t avant-hier, en disant : Mon Dieu , je vous offre

souffrances pour mes péchés, prenez pitié de i âme. ^11 a été enterré hier à Saint-Étienne. i vous demander votre bénédiction pour tous mes ides ; vous ne me la refuserez pas , mon père : nis la ferai bien donner. »

3 bonne fille semble dans sa simplicité nous ter une part dans cette conversion ; mais , il ne is nous y tromper, c'est sa foi qui a appelé la et c'est sa charité qui l'a obtenue. Toute-puisît bénigne Marie , votre cœur tendre et misériix les avait recueillis ces désirs , ces vœux , ces udes qu'enfantait la charité de cette pieuse âme ; »mptiez tous ses pas. Et quand pour rendre âge à votre puissance , à votre miséricorde déjà i fois si solennellement, si authentiquement téées, elle venait demander l'intervention de votre onfrérie auprès de votre Cœur immaculé ; vous, m ne peut rien demander en vain, vous prépa- . récompense promise à la foi et à la charité, endant cette course nocturne qui avait ses dannais que votre servante ne craignait pas, parce

484 KAKUBL

qu'elle avait la confiance que vous étiez avec élli et que vous la garderiez de tout danger; c'est pendan qu'elle tous offrait cette belle prière qui raconte Totn gloire et Famour de votre Fils pour nous, que voui envoyiez Fange du bon conseil à cette âme si profonde ment égarée pour la rappeler doucement au bercail di divin Pasteur.

0 Marie , ô bonne et la plus excellente des mères , comment vous témoigner notre reconnaissance? Noiii n'avons qu'un moyen , c'est de nous livrer sans relâche et de plus en plus au saint attrait que vous avez daigna nous donner, d'intéresser votre cœur en faveur de noi frères coupables. Oh! qu'il est grand le nombre dei pécheurs qui ont besoin de votre miséricorde ! Donner nous-les, tendre et compatissante Marie, donnez-nouS' les , pour que nous puissions avec eux vous bénir dam les siècles des siècles.

Mais ce ne sont pas seulement des conversions , dei guérisons corporelles que Marie nous octroie , quand nous invoquons sa puissance. Celle qui est le refuge des pécheurs est aussi la consolation des affligés , la force des faibles et le secours tout-puissant des chrétiens. Toutes les misères, toutes les faiblesses, toutes les infirmités de notre nature sont du ressort de sa charité compatissante. On ne l'invoque point en vain dans ces cas si importants et souvent si déterminants pour le salut. Nous pourrions citer en preuve une foule de traits. Nous en donnons un comme exemple.

Une novice , dans une des maisons de religieuses trappistines , sur le point de faire ses vœux, est attaquée de tentations qui paraissent insurmontables : elle est sur le point de renoncer à sa vocation. Ses supérieures qui la jugent appelée à Fétat religieux, ont essayé en vain de calmer cette tempête. Tout est inutile,

DB L'ÀRCHIGOimiÉRIE. 185

elles se voient arec douleur forcées de la rendre bientôt au inonde où elle se perdra , puisqu'elle y sera hors la voie oii Dieu l'appelle. La maîtresse des novices prie au commencement d'octobre de la recommander aux prières. Nous prions, et voici la lettre que cette jeune religieuse nous écrit en date du 2 janvier

« Mon père, je croirais être ingrate envci'sla sainte « Vierge, si je ne publiais à sa gloire le double bien- « fait qu^ellc vient de m'accorder. C'est au très-saint « et immaculé Cœur de M6u:ie que je dois le bonlicur « que je goûte aujourd'hui d'être consacrée à Dieu. « C'est moi qui fus malheureusement tentée de renon- « cer à ma vocation, et qui vous fus recommandée « par mon excellente maltresse il y a environ deux « mois. Vos saintes prières au tout aimable Cœur de « Marie ont été exaucées. Mes difficultés ont diminué, •^ et enfin ma volonté s'est soumise avec un grand dé- « sir de me donner à Dieu , ce que j'ai eu le bonheur <( de faire le 20 novembre dernier dans la jubilation « de mon cœur. Et mon bonheur est si grand à pré- * sent que je ne pourrais trouver d'expressions pour « TOUS le peindre, ni témoigner ma reconnaissance à « ma divine libératrice. Car ses bienfaits pour moi <( sont immenses.

< Mais une nouvelle faveur que la Mère de miséri- ^ corde vient de m'accorder et qui met le comble à V ma joie est celle que je vais vous rapporter en dé- «((aU.

't Ma mère est venue a ma profession ; elle me fit ^ part de la douleur que lui causait mon père qui, n malade depuis neuf mois d'une maladie de poitrine, « touchait à sa tin, au dire des médecins, et ne vou- < lait entendre parler des sacrements , ni de religion,

IM mmiu

« et que ce malheureux père devenait fiirieuz pwr « Texcès de ses souffrances. 11 jurait, tempêtait; c^d^ « tait effrayant de le voir et de l'entendre : un homiQH « qui depuis sa première communion n'avait peut-étn^ (c jamais été à confesse. Jugez de Fcxcès de ma peines « mon père ; cependant ma coniiance au saint Cœur « de Marie me consola un peu.

c< Je donnai à ma mère la médaille miraculeuse que « je portais , et qui a été bénite par vous sur Tautel « de notre auguste Mère, afm qu'elle la mette diina « ses vêtements sans qu'il le sache. Nous convenonf (( que nous allons beaucoup prier. Ma mère partil a promptement pour se rendre auprès du mourant « Elle trouva toute notre famille auprès de mon père « comme elle l'en avait priée. Elle leur parle du pro- « jet de la médaille ; ils conviennent ensemble qu*|. « faudrait la lui offrir. Après les premiers bonjours « on parle de moi , on fait voir les petits objets di « piété que ma mère apportait de la Trappe, et enfiq « on lui offre la médaille.

a Oh! triomphe de la protection de Marie! il li « prend avec reconnaissance ; on la lui met au cou a il se calme , passe des imprécations à la prière qu*i. « n'interrompit que pour faire de pieuses lectures- « Trois jours se passèrent ainsi, au bout desquels i . « demanda un prêtre qui arrive à Tinstant. Il fait uns (( confession générale avec les sentiments d'une grands a componction et témoigne bien de la joie d'être rë- « concilié avec son Dieu qu'il eut le bonheur de re- « cevoir avec les sentiments de la plus tendre défo- « tion ; puis il ne cesse de parler de Dieu ; toute la « famille fondant en larmes causées par la satisfaction tt d'un tel changement. Le quatrième jour il se trouva « plus mal, il reçut les derniers sacrements, Ut g4ii^

DB l'àichigonfbébie. 187

c nasement à Dieu le sacrifice d'une vie qu'il regretta « de n^avoir employée qu'à roffenser. 11 fit venir près « de lui mon frère, enfant de treize ans, à qui il fit « une exhortation très-touchante, lui recommanda de ■ vivre en bon chrétien , lui traça un plan de con- « duite comme un bon père, puis lui donna sa béné- « diction et expira en finissant.

c Aides-nous , mon bon père , à rendre grâces à la « Mère de toute miséricorde. Voilà son ouvrage. La « conversion d'nn homme dont on croyait , pour bien « des motifs , devoir désespérer. »

Go malade avait été recommandé aux prières quel- ^ines semaines auparavant.

La Confrérie du saint Cœur de Marie a été érigée a.11 diocèse de Châlons, dans la paroisse de Vincelles, le 24 novembre dernier, et dans la ville de Montmirail le 8 décembre, fête de Tlmmaculée Conception. Ces 4eux localités étaient loin d'être religieuses. La pa« v^isse de Vincelles , malgré les efforts d'un pasteur %élé, ne comptait pas chaque année plus de dix com- Knonions à Pâques. L'érection de la dévotion au saint Cœur de Marie y a déjà opéré un changement remar- «juable. Le chapelet qu'on récite à la réunion, les inirtractions que le curé y fait sont fort suivis , et même jpBT les hommes. Et cette paroisse , où il n'y avait antérieurement que dix communions par an, en a compté quatre-vingts depuis le 24 novembre 1839 jusqu'au 6 janvier suivant. Mais c'est surtout à Montmirail que la puissance de la miséricorde de Marie a éclaté d'une manière miraculeuse. L'établissement de la Confrérie s'y fit avec une pompe, un enthousiasme qu'on n'eût pu attendre d'une population dont la masse était froide, indiCTérente et même irréligieuse. On fit dans Tintérieur de la ville une procession ^lennelle dand laquelle

i88 MÀKUEL

on porta en triomphe Fimage de Marie immaculée Toute la Yille y prit part. Tous les visages rayonnaier d'une joie pieuse. Il semblait que tous les chrétien avaient attendu ce moment, cette circonstance pou répai'er par leur zèle , par les témoignageis de leur vë nération , de leur dévotion pour Marie tant d^année passées dans Findifférence et Foubli de leurs devoin Marie ne se montra pas indifférente à ces témoignage de retour ; elle accorda des grâces , elle opéra des mi racles. Nous Favions entendu dire , nous demandâmc des détails, et nous nous adressâmes à une persona d'uA esprit élevé , droit et judicieux. Voici sa répons en date du 10 janvier :

« Malgré toute la bonne volonté que j'avais de nr K rendre à vos désirs, il m'a été impossible de yob « répondre par le courrier d'hier , comme on me I « demandait de votre part. Je ne connaissais pas la « détails, et je voulais être parfaitement exacte. « c( les ai fait demander à M. le vicaire, qui n'a pi <c venir me voir que dans Faprès-dîner avec M. 1 €L doyen. Voici textuellement ce qu'ils m'ont dit Fu « et l'autre. Dans une paroisse aux environs de Moni « mirail , deux familles assez riches et des plus consi- «( dérables du village , qui se connaissent , mais ne si « sont point communiqué leurs démarches , ont foi V recommander leurs enfants aux prières de la Con « frérie , le jour même de son établissement ici , 8 dé « cembre dernier.

a C'est le père lui^-même , affligé des débordement <c de son fils, qui, âgé de vingt-deux ans» ayant fait « « première communion avec ferveur, étant resté fidèle « jusqu'à Fâge de quinze ans , a, depuis cette époque « tout abandonné et est tombé dans un excès d'incré- « dulité et de libertinage vraiment effrayant; c'est U

DS L*àRCHIC01YPRËRIE. 189

« père qui vint le recommander aux prières de la Gon- « frérie de Montmirail, le jour de son établissement, « pour obtenir sa conversion.

« Le soir même de ce jour, dimanche 8 décembre ,

« ce jeune homme qui ne se doutait de rien , car le

« père avait gardé le plus profond secret sur sa dc-

« marche , ce jeune homme sortit comme à Fordi-

« naire, mais avec un air si triste et en même temps

« si agité , que son père en fut inquiet. 11 rentra très-

«c promptement, contre sa coutume qui était de passer

«c hors de la maison la plus grande partie des nuits du

m dimanche au lundi. Il ne se montra pas dans sa fa-

«c mille et fut se coucher. Le lendemain matin son

« père fut eflrayé de l'altération de ses traits et de son

« air hagard , il lui ût toutes sortes de questions sur sa

«c santé et sur les causes de Tétat où il le voyait. 11

«c paraît qu'il n'avait pas même Vidée que ce fût déjà

«c un mouvement de la grâce. La journée se passa ainsi

« sans qu'on pût en obtenir une parole , sans qu'on

« pût lui faire prendre aucune nourriture. 11 fut se

«c coucher de bonne heure. Le père ne savait que pen-

« ser et conunençait à être très-effrayé , lorsque le

« mardi matin 10, de bonne heure , le jeune homme

•c Tint trouver son père , et lui dit d'une voLx ef-

« fhiyante : Mon père j je suis bien malheureuXj si vous

•s taviez totU ce que je souffre; voilà trente-six heures

^ (fiteje n'ai pu ni dormir, ni manger. Je suis comme un

^ enragé. Puis sa voix s'adoucissant un peu, il se jeta

« dans les bras de son père en pleurant , et ajouta : 0

* vion père, que j'ai été heureux '»usquà quinze ans !

^mais depuis sept ans, qtiellevie! Je n'ai pas eu un

^ moment de tranquillité depuis dimanche soir,.. Je ne

^ puis plus y tenir; il faut que j'aille trouver M, le curé.

< C'est le même qui lui a fiait fiedre sa première com-

IM vàwuel

« mnnion , et qui depuis quinze ans dirige cette p| « roisse. Il fut le trouTer en effet , et lui dit à peu pr c( la même chose et avec la même expression de dëM « poir qu'à son père.

« Le curé le reçut avec beaucoup de bonté , mais « trouva dans un tel état d'agitation et d'exaltatioi « qu'après avoir fait beaucoup d'efforts pour le calme « il tâcha de lui persuader de différer sa confessîoi « qu'il demandait avec instance, jusqu'au lendema « après la messe. Le jeune homme lui dit alors av « énergie, mais avec plus de calme : Non, je vom « prie, M. le Curé, confesse:^moi tout de suite, je- « puis plus vivre comme je suis. Le curé céda alors, 1 « dit de rester quelques instants seul à prier Dieu da « sa chambre, qu'il reviendrait dans un quart d'hau « le confesser ; ce qu'il ne manqua pas de faire , coo « me vous le pensez bien. Ici il n'y a plus rien à bqI « connaissance ; tout ce que nous savons de plus, eV « que le jeune homme retourna chez lui dans un ë1 « de calme et de bonheur difficile à décrire. Il en «t brassa son père en fondant en larmes , lui dit jusqu « quel point il était heureux ; que le poids qui récrasi « était entièrement dissipé, qu'il ne se reconnaisse « pas. Puis quelque temps après il parla sérieuseme « à son père de la nécessité où il croyait être < a parler à ses amis , de leur dire franchement ce qu « avait fait , et le bien qu'il en éprouvait ; qu'il san « bien, et que c'était la plus grande peine qui lui resté c( qu'il était la cause de la perte de plusieurs qu « avait entraînés comme malgré eux ; qu'il voulait îei « apprendre que les cinq heures qui s'étaient écoulé « depuis sa confession étaient les plus heureuses de « vie. 11 le fit en effet et sur-le-champ. Aucun r « encore suivi son exemple, mais aucun ne s'est po

M L^ÀICHICONFBÉRIE. 10!

mis la moindre plaisanterie môme jusqu*à présent. Le jeune homme a poursuivi sa grande affaire, et a conununié à Noël.

« Voici la seconde conversion. Une mère vraiment bonne et pieuse a reconmiandé aux prières , et toujours en prenant les précautions du secret, sa fille âgée d^environ 19 ans qu'elle avait élevée très-chrétiennement , qui , jusqu'à 1 5 ou 1 6 ans , avait été fort régulière, retirée et modeste. La jeune personne commença à cette époque à se livrer à la dissipation et aux plaisirs dangereux qui perdent la jeunesse, et avait uni par abandonner tout devoir religieux. Le dimanche 22 décembre, pour la première fois depuis plus de trois ans, cette jeune fille dit à sa mère qu'elle ne sortirait pas, et voulait passer la soirée avec elle. La mère surprise et contente ne fit aucune réfiexion, et accueillit cette proposition comme elle devait Fètre. Malgré tous ses efforts, la jeune personne pa^ rut fort triste et parla très-peu. Avant l'heure du souper, elle dit qu'elle ne mangerait pas et voulait K coucher. La mère y consentit sans réflexion , mai9 non sans quelque inquiétude. Quand elle fut libre , ^ euTiron deux heures après , elle monta dans la cham- >K bre de sa fille pour voir si elle dormait ou si ells ■K était malade. Elle la trouva tout habillée, appuyée « sur une table, sur laquelle elle était presque cou« « ebée, qu'elle avait inondée de larmes et pleurant ^ encore beaucoup. Elle lui demande avec la tendresse ^ et l'inquiétude d'une mère ce qu'elle a, ce qu'elle «MMiffire. Je ne suis pas malade , lui répondit-elle, ^ mais je suis bien malheureuse! Il y a trois ans seule^ ^ menl , oh! quelle différence ! et je n'ai pas euunmo^ n meiU de bonheur depuis ! Que j'ai fait de mal et que « fm ai fait faire! Je ne puis pas le cacher, j^ai gâté et

i92 MANUEL

« perdu plusieurs de mes compagnes qui étaient honnê9i « et qui sont maintenant , j'ose le dire, plus corrompues, « et sont allées plus loin que moi, Mamère, conduis-moi « demain chez M. le curé, je ne puis pas tenir au troublé c( et aux remords de ma conscience, La mère au comce ble de ses vœux Ta conduite à M. le curé, où tout « s'est fait, par la grâce de Dieu , comme on pouvait « le désirer. Elle a maintenant conmiunic , et est bien a heureuse et bien contente , ainsi que sa mère. >»

Considérons un moment les circonstances de ces deux conversions, remarquons d'abord qu'on ne peut supposer ici Tintervention d'aucune influence ; ni Tiui ni l'autre n'habitent Monlmirail ; ils n'ont point pai>— tagé l'élan religieux des habitants de cette Tille; lis n'ont peut-être pas même su ce qui ce qui s'y passaif* S'ils ont connu le but de la fête , il est naturel de croira qu'ils s'en seront moques, car l'un est un libertin qii S fait profession d'impiété, et l'autre est une jeune per— — sonne possédée de l'esprit mondain , livrée à une extrême dissipation , qui lui ont fait mépriser, abandoit— — ner tout devoir religieux , et nous savons, par une tro^B commune expérience, que ces funestes disposition n'engendrent rien autre chose que les désordres le — plus affreux du cœur. D'ailleurs, tous les deux ont M -M le métier de corrupteurs ; c'est le cri de leur con — science qui nous le révèle. C'est en secret qu'on les ^* recommandés à la miséricorde du Cœur de Marie. AinsE^-^ sous aucun rapport leur esprit n'a pu être frappé, leut^ cœur n'a pu être préparé.

Cependant le jour même où l'on prie, l'un est abattu, ^ il résiste trente-six heures, mais il cède, car il n'y peut ^ plus tenir; l'autre n'est visitée par la grâce de la con- version que quinze jours après, mais ses coups sont aussi sûrs. Elle ne peut plus tenir aux troubies et aua>

m L^ÀRCHICONFRËBIE. 193

rmofds de #a canscience. Et tous les deux rendent les annes, et tous les deux vont chercher et trouver dans VK salntaire confession le remède aux maux affreux (joi les dévorent, la paix, la consolation dont leurs ptorres cœurs ont besoin. Ce double changement mincoleux est Teffet de la grâce divine qui n'a pas voulu ODployer dans cette double circonstance Fintervention ieimoyeng humains, dont Dieu daigne ordinairement « servir dans l'œuvre de la conversion des hommes. Ce double prodige s'opère dans un pays dont Tirrélipua est rhabitude, au moins quant à la masse de ses tibitants. Et ne voyez-vous pas que la divine bonté ^t ouvrir à tous une voie large, douce et facile à leur aversion, en leur apprenant comment le Cœur de brie est tendre , puissant et miséricordieux , et comfen ont de vertu , de puissance , les vœux , les hommages qu'on lui adresse en faveur des pécheui*s? Oui, orieuse llarie, voilà votre ouvrage ; gloire vous soit !X)due dans les siècles des siècles ! 0 très-sainte Mère! ïinnettez-nous de vous conjurer de ne pas abandonner !« deux enfants que votre miséricorde vient de rameix au port. Gardez-les pour votre divin Fils, et pour lia serrez-les de plus en plus dans les liens de votre LÂnt amour.

U faut que y aille trouver M, le curé, Mamère^con- LMez-mo» demain chez M, le curé. Voilà le sceau ^\aae véritable et sincère conversion ; voilà le cri de la H. Cest qu'il n'y a pas d'autre médecin des âmes que ^ prêtres, ministres de Jésus-Christ , auxquels seuls Q divin Sauveur a confié le soin de continuer sa misi.on sur la terre, en leur disant : « Toute puissance c m'a été donnée dans le ciel et sur la terre. Comme * mon Père m'a envoyé, je vous envoie. Allez , enseiic gnes toutes les nations, apprenez*leur à observer

194 MÀNCEL

« toutes les choses que je tous ai prescrites ; celui qui « vous écoute, m'écoute; celui qui tous méprise, ine a méprise, et celui qui me méprise, méprise mon Père « qui m'a envoyé. Baptisez-les au nom du Père et du a Fils et du Saint-Esprit. Celui qui croira et sera bap* « tisé, sera sauvé; et celui qui ne croira point sera « condamné ; il est déjà jugé. Les péchés sont pardon- « nés à ceux à qui vous les pardonnerez, ils sont rete- « nus à ceux à qui vous les retiendrez. »

Que je suis malheureux! si vous saviez tout ce que je souffre! Depuis sept ans, quelle vie! Oh! mon père^ qm j'ai été heureux jusqu'à quinze ans! — Je suis bien malr heureuse! depuis trois ans seulement , oh! quelle différence! et je n'ai pas eu un moment de bonheur depui$. Jeunes lecteurs, jeunes lectrices, lisez, relises cm aveux. Oh ! mes enfants, qu'il est important pour voqi de les bien comprendre et de les méditer ! Yotfe bonheur sur cette terre, votre félicité éternelle y sont attachés. Le monde, ses charmes, ses faux plaisirs, kl passions, leurs fantaisies, leurs excès, celte dissipation qui enivre, ne font donc pas le bonheur, ne rendept donc pas heureux. Cependant ils semblaient jouir, un rire continuel était sur leurs lèvres, ils couraient, ib haletaient sans cesse après les plaisirs. Masque, déception, fourberie que tout cela. Us s'étourdissaient, ils cherchaient à se fuir, parce qu'ils étaient à charge i eux-mêmes.

Le monde, nous dit l'apotre saint Jean, est tout OB' tier sous l'empire du démon. 11 ne respire que le msor songe et la fourberie. Sa prétendue sagesse est l'ennemie de la sagesse divine, nous dit saint Paul. C'est un maître exigeant, impérieux, qui use ses esclaves, et qui les jette à l'écart avec mépris, quand il ne s'en flût Ait plus besoin. Les pa;&&\om «ouV àA& X\c^£& \

DB l'àhchiconfrêbie. I9S

ta qu*aucun sacrifice ne peut assouvir. Leur effet est

le BOUS dégrader, de nous avilir à nos propres yeux.

EDes nous traînent d'excès en excès jusqu'à Tabtme

étarnel. La dissipation nous enivre, nous dénature, en

Mii priyant de Texercicc de deux des plus beaux dons

fue le Créateur nous ait accordés ; elle éteint en nous

k réflexion et le jugement. Le bonheur n'est point là.

L'irrèt étemel est prononcé, l'esprit de Dieu nous l'a

iMié dans les divines Ecritures. Il n'y a point de paix,

Hn^yapoint de bonheur pour les impies.

Le bonheur est en nous, chers enfants; il ne faut fBint Faller chercher ailleurs. 11 consiste dans la paix k la conscience, la joie du cœur et le calme de Tes- Jirit; et ces précieuses impressions ne peuvent être induites que par l'amour, la crainte filiale de Dieu et k fidélité à son service. 0 vous, jeunes gens, qui avez iêjjk eu le malheur de boire et peut-être devons enivrer k cette coupe empoisonnée, tout n est pas encore perdu iQur tous! Rentrez dans vous-mêmes ; comparez la 4ite, la honteuse situation de vos cœurs avec les Nurs de votre innocence, ces beaux jours où tout était Ht et serein en vous. Faites un appel à la miséricorleuse compassion du Cœur immaculé de Marie, il sera Hlendu. Venez à vos pères, à vos meilleurs, à vos plus Lncères amis; venez à nous; nos bras, nos cœurs cms sont ouverts. Nous répandrons dans vos âmes le laume de la miséricorde divine; il en purifiera les Oaillures, il en guérira les plaies. Nous vous commuyquerons cette force divine qui peut seule vous armer kt ▼DUS rendre victorieux dans les combats qu'il nous hui livrer dans cette vie. 0 mes bien-aimés ! souffrez |ne je vous presse, que je vous conjure de ne pas tarder ( tnivre ces conseils salutaires. Rappeleziirous ces cris léekinnts que vous venez d'entendre. Vous les pousse-

106 MAiniEL

rez un jour, et peut-être inutilement; et qu'ils seir cruels si vous refusiez d'entendre la voix de la mi corde divine qui vous appelle aujourd'hui !

Et vous que le souffle impur du monde et des sions n'a pas flétris, chers enfants, notre joie, i consolation, notre espérance, rappelez-vous ces cri chirants ; épargnez-vous le malheur de les produir jour ; marchez d'un pas ferme dans la voie où la g vous a maintenus. Pour cela, mettez votre innoo sous la garde de Marie ; accourez dans Fasile de Coeur très-saint et immaculé, c'est là votre reft vous puiserez, dans ce trésor des richesses et des n ricordes divines, toutes les grâces dont vous avei soin. Considérez souvent, chers enfants, qu'il y a voie large et très-fréquentée ; ses bords sont coai de fleurs qui cachent des précipices ; mais n'oubliei que Jésus-Christ vous avertit dans son Evangile qu conduit à la mort et à la mort éternelle.

Le curé d'une paroisse du diocèse du Puy a éfab Confrérie dans son église ; il nous a recommandé j pécheurs. Quelques semaines après il nous écri lettre suivante :

<c Je voudrais être tout cœur pour remercier di| « ment le Seigneur qui, du haut des cieux, a daigi K souvenir de nous et jeter un regard miséricord a sur notre grande misère. 11 a fait de grandes d « en moi le Tout-Puissant, s'écria, dans les traniq (( de sa reconnaissance, la Vierge immaculée, i a bonne mère. Ses enfants répètent : Par elle il a a des merveilles en notre faveur. Et moi je joi] m ma voix à la leur pour publier les miséricorde « vines et la puissance de Marie.

« Des trcûs malades que j'ai recommandés i « prières, 1 un a reçu le saint viatique avec den

DE l'àRCHICONFRÊRIE. 197

« monstrations de sentiments d'amour et de recon-

■ naissance auxquels je ne m'attendais guère. L'autre I s'est déjà confesse , et le troisième m'a témoigné le I désir de se réconcilier arec Dieu. Jamais je n'ai été i a pressé de porter le bon Dieu aux malades ; on me « rend responsable du moindre délai , et avant l'im- < maculée Conception on ne m'en parlait pas. Ëcou- « tez encore pour la gloire de Marie et pour votre joie. I Le jour que j'érigeai la Confrérie du saint et imma- I culé Cœur de Marie, la danse, autrefois la vie de ma I paroisse, a entièrement cessé. Le joueur de violon, I (pï avait tenu bon jusque-là contre toutes mes re- I présentations, est réduit à aller chercher des prati- I ques dans un hameau voisin qui n'est pas de ma pa- I roisse. Je ne compte dans mon village que quatre ou « cinq demoiselles qui ne se sont point encore rendues * à Dieu. Toutes les autres sont, par leur piété et leur I conduite , l'édification des habitants. »

Le curé d'une ville du diocèse d'Agen , où la Confie n'est pas encore érigée , nous écrit en date du 6 lUiTier :

« Cest assez vous exprimer le bonheur des habitants

■ de *** que de vous dire : Ici se réalise à la lettre ce ' qui a eu lieu dans tous les endroits où l'Archicon-

frérie a été connue. Depuis le 1 6 décembre que je Vous écrivis pour vous prier de m'inscrire sur j votre Registre avec sept ou huit autres noms, des choses {nrodigieuses ont été remarquées ici. Et les postulants dont je vous envoie les noms ci-dessous inscrits éprouvent déjà par avance les faveurs de Marie et tiennent le même langage. Je ne sais, m'ont dit plusieurs personnes, quel changement s'est opéré en moi. J^éiais impatient, colère, troublé, froid, languisumJt, tl aujourd'hui on me passerait sur le ventre.

198 MAKUEL

« que je prierais pour mes ennemis. Tout me ooiUmi « Et moi, me disait une dame, j'éprouve un ehem{ ic ment en moi; je suis plus patiente, plus douoe, M « mari, qui n^ était pas trop dévot, va à présent è « messe tous les matins ; mes enfants me paraissent pi « dociles, plus obéissants, d

« Et moi-même, à qui pourraLvje attribuer, sinon a Marie, le changement qui s'est opéré en moi ! Depn «( que je suis membre de l'Archiconfrérie, je ne recoi m nais plus en moi cette impétuosité, cette impatianc d naturelles dont je gémissais et que j'apportais toi « jours là où il ne faut employer que la douceur. Qq « de personnes qui m'inquiétaient par leur iiiQOi « stance, me Tiennent aujourd'hui édifier par len « larmes, et me forcent doucement par leur condqil « à leur ouvrir les portes du ciel , à leur donner I <c pain des anges. 0 la sainte invention ! 0 la pulswl « ressource que l'Archiconfrérie ! 11 suffit d'en pBih « pour allumer dans des cœurs glacés un feu coiONi « mant. Deux demoiselles me priaient de les insolrQ a Pour leur faire apprécier ce bonheur, je leur diMi « qu'il fallait se convertir pour se mettre en étatdi « demander la conversion des autres, que plus tard..* « En même temps je leur développais ce que j'avais t c( dans le Manuel. Réellement, comme ces discij^ « d'Emmaûs, leurs cœurs s'enfiammaient en m'éooi» « tant, leurs paroles étaient des désirs ardents. Oui « je me corrigerai, je vous le promets. Elles ont teO c( parole toutes deux, et ont eu le bonheur de commi « nier dimanche.

« Je viens de faire le catéchisme, j'y ai parlé de l'A. <f chiconfrérie. Les enfants écoutaient et étaieat toi a de feu. Quand il a été fini, un jeune homme de \ te ans à couru après moV d^^ loi tue et m'a 4it qu'

DE l'abchiconfrérie. 199

iiKur, et qu*il me priait de Tinscrire pour que me Vierge lui fasse la grâce de bien se converm ingénuité, sa sincérité avaient quelque chose rissant à voir. )>

le du serpent d'airain dans le désert sufQsaii ërir les Israélites des plaies que leur avait faites are des serpents. Et le seul désir de se consatfarie, la douce pensée de son très-saint et im- Cœur suffisent pour changer les cœurs, pour iner la force nécessaire pour combattre et metlite le serpent infernal. 0 Marie , que vous êtes te!

les recommandations hebdomadaires que nous

noos comprenons souvent des paroisses pour es leurs pasteui*s , et quelquefois des personnes et charitables , nous demandent de prier. Marie S souvent exaucer nos vœux. Le curé d'un des ( de la Lorraine nous écrivait le 29 octobre 1 839 :

suffit d'être malheureux pour avoir part aux » que votre Confrérie adresse au saiut Cœur de , je puis vous les demander avec confiance. La sse dont je suis curé depuis dix ans , ayant été s de tout secours religieux pendant quarante itait tombée dans un tel état d'indifférence qu'on t le mal avec autant de simplicité et de bonne fon peut en mettre à Faction la plus indiffé* . Comme ces bonnes gens n'avaient pas de haine e la religion, je croyais qu'il serait facile, en les iaant, de leur faire quitter leurs mauvaises haïs. La grâce , il est vrai , y a déjà fait diverses lêtes, mais le grand nombre reste toujours. J'ai compté sans doute sur les moyens naturels. [ue depuis quelques années on assiste exacteaux oîùces, on écoute avec intérèl k& vu^Vemc.-

200 XAiruEL

a tioDS , rien n^est capable de faire tomber le bandav <K fatal. Cependant ils ne sont pas méchants ; oh ! non, « ils ne sont que malheureux. Ils sont dignes, <nii,ij||' « sont dignes de la compassion de Marie; d^autantplqp- « dignes que Marie, en faisant la conquête de maft» ic roisse, ne ferait que rentrer dans ses droits, carUj^ c( a une centaine d'années elle n'était connue que soijj^ « le nom de Village de la Vierge. » y {

Nous remplissons les vues de ce vénérable pasteur, di le i 6 décembre suivant il nous écrit une seconde lettnç i

(( Par le changement que je remarque dans les diir c( positions de mes paroissiens, je ne doute pas quevoiif *. a ne m'ayez accordé la grâce que je vous ai demandée:; « vers la fête de tous les saints, de faire prier pour noof i c< le saint Cœur de Marie. Elle a eu pitié de nous. Uij « grâce remue les consciences, mais elle n'a pasencciiB ; « remporté la victoire. Comme la persévérance dansk K prière est sûre de triompher, et que d'ailleurs I9 « jours qui précéderont la fête de Noël doivent être dé- « cisifs, je viens vous supplier de renouveler vos prita « dimanche prochain. »

Par ces traits , et des milliers d'autres que nous ne rapportons pas, qui arrivent dans toutes les localité! où l'Archiconfrérie est établie, et aussi dans les aatni lieux d'où on l'invoque , il est évident que toutes nui misères spirituelles et corporelles sont du ressort de Ift charité de cette Mère de grâces et de bénédictions,^ qu'il suffit d'implorer son secours pour en ressentir tout aussitôt la bénigne et salutaire influencé.

Eh bien ! si on ne savait que ce que nous venons de rapporter, et tous les autres faits du même genre etçâ leur sont analogues , on ne connaîtrait encore qu'iffl^ parfaitement les précieux effets qu'ont produits et 1* dévotion au saint et immaculé Cœur de Marie, et Fétr

DB L'àRCHIGONFRÉRIE. ^01

hUnement de rArchiconfrérie qui la propage. Nous huions parler des sentiments vertueux qu'elles insjnent et dont nous sommes le confident par la correspondance qui nous met en rapport et nous lie avec tous -leimembres de cette sainte association. Que de douces Innés nous a souvent fait verser cette correspondance ! (M de tendres, de pieux sentiments elle a excités dans Botre cœur! Gomme elle dilatait en nous la cbaritc, la esmpassion pour les maux, les chagrins de nos frères ! S die nous mettait en partage de leurs souffrances, de km douleurs, en nous identifiant avec eux, Tespfrsnce, la douce confiance que Marie les regarderait

0 pitié , les soulagerait , était un baume consolateur tet il nous semblait que leurs cœurs malades ressenttieot déjà la salutaire impression. Quelle vive et douce joie remplissait notre cœur, et comme il était tendre rhonimage de notre reconnaissance offert à Dieu et à Ihrie, quand une heureuse lettre venait nous apprenne la guérison d'un malade , la conversion d'un pécheur! A quelles sublimes pensées notre esprit s'élerait sur la grandeur, la gloire et la sainteté de la idigion divine qui peut seule présenter de tels remèdes Âx maux de l'humanité et sur la dignité du saint miflirtère qui seul peut en faire l'application !

lious allons mettre nos lecteurs dans le cas de goûter Mqnes-unes de ces saintes jouissances, en mettant •DOS leurs yeux des extraits de cette correspondance, fcos y avons bien réfléchi , et nous ne craignons pas {Ue les esprits les plus difûciles, les plus susceptibles, iQissent nous accuser d'indiscrétion. Nous sommes dans

1 position la plus exceptionnelle, unique même. On ous écrit des quatre parties du monde. Ce n'est pas salement la France, mais l'Amérique, l'Afrique, les t8 de YA$ie et ÏEmope tout entière q\ù àéço?>e,Tv\.^\

iOi HÀHUEL

nos mains leurs hommages, leurs yoèux, leurs sop» pliques au pied de Tautel du trcs-saint et immaculé Cœur de Marie dans Tëglise de Notre-Dame-des-Viotoires. 11 n'y a donc point ici de crainte d'applicatioB possible. D'ailleurs TEsprit saint nous dit dans les divines Écritures, au livre de Tobie, a qu'il y a de rhonneur à découviir et à publier les œuvres de Dieu,* parce que c'est montrer qu'on est Ûdèle à lui en rendn la gloire, et qu'une telle révélation ne peut qu'enco^ rager les forts, fortifier les faibles et convertir les pé* cheurs.

Ce sont des pères, des mères de famille chrétiens qâ gémissent sur l'impiété de leurs enfants, sur Tincofr duite, le libertinage qui en sont les conséquences nécessaires. On pressent tout ce que des pères et mèrei chrétiens peuvent exprimer en pareil cas. Ce sont de pieux jeunes gens, véritables anges gardiens des jeanei gens de leur âge , qu'ils voient avec un religieux eflW se livrer à la dissipation, s'éloigner de leurs devoirs^oa s'enfoncer dans les abîmes du vice ; qui prient qu'on tende une main secourable à ces pauvres avenglcs, qfli demandent qu'on les recommande à la miséricorde do Cœur de Marie. Leurs lettres respirent cette chaleur de la charité et du sentiment chrétien qui n'appartiennent qu'aux cœurs purs que le vice n'a ni glacés, ni flétris. Ce sont des veuves, des mères désolées, à qui on a tont ravi, qui prient pour leurs spoliateurs. « Monsieur, je « recommande à vos charitables prières un homme tt qui m'a fait un mal immense et qu'il ne peut pal « réparer. 11 était l'ami de mon mari dont la mort m'e « rendue veuve avec la charge de quatre petits enfonts. « 11 a abusé de la confiance de mon mari, de ma créer duliié. Mon mari, eu mourant^ lui a confié le soin de « noire fortune q\ù éVoàX eu csi^vVaxn. ^"«fti ^^«dà&^

DB l'ahchigoïïfrérie. 203

« blés pour nous sufGre et placer arantageusement « mes enfants. 11 nous a dépouillés de tout, et a fini par « perdre au jeu notre avoir et le sien. Je suis obligée tt de travailler pour élever mes enfants. Je lui par- « donne tous les jours le mal qu'il m'a fait ; je prie « Dieu pour lui. Il ne peut me rien rendre; mon sacri- « fice est fait. Mais son âme qui a coûté le sang de c Jésus-Christ, ah! qu'elle ne soit pas perdue! de c grâce, recommandez-la au très-saint Cœur dû Mario ; c Tcuillez lui dire que c'est en mon nom, et priez t long-temps pour lui. »

C^esl un militaire, un officier de l'armée française, qui nous écrit : (( Monsieur, je vous prie d'implorer c auprès du Cœur de Marie la grâce de la conversion « d^un jeune officier de 27 ans. Nous avons été enne- « mis. Monsieur, et ennemis acharnés. Notre haine « mutuelle s'est produite par tous les mauvais services t que nous nous sommes mutuellement rendus. Intri- « gués, médisances, calomnies même, rien n'a été « épargné pendant plusieurs années. Ayant eu le bon- « heur de me convertir il y a six mois , j'ai eu le plus t grand désir de réparer l'injure que j'ai faite à Dieu c par ma conduite, et le mal que j'ai fait à mon frère. « Je désire avec ardeur qu'il jouisse de la paix , du « bonheur que je goûte depuis ma conversion. Aidez- « moi , je vous prie , Monsieur, et ayez la charité de « prier et de faire prier beaucoup votre Archiconfréc rie pour lui, car il est dans un grand danger de se fl perdre, n

Ce sont des enfants qui implorent de la bonté, de la tendresse du Cœur de Marie le don de la foi , la grâcii de la pratique de la religion pour un père, pour une mère tendrement chéris; et tout ce que 19l ivA^ \aw piété, le respect et la tendresse àe Vamout ^ev^eo^

inspirer de sentiment, est exprimé dans ces letfrei Un jeune homme de vingt ans, qui termine soq éducation dans une maison ecclésiastique, nous écrit : « Oh ! Monsieur, je bénis la divine bonté de la conso» « laiion qu'elle vient de répandre dans mon cœur. <( Vous avez eu la bouté d'envoyer votre Manuel dam tt notre pensionnat, et nos bons maîtres nous Tout a fait connaître. Je ne pourrais vous exprimer sufflii samment les sentiments d'espoir, de douce coua fiance, de consolation et de joie dont mon cœur a t( été pénétré au récit des traits de FineiTable misérir « corde dont Marie daigne user envers les péchennc( Depuis ce moment je n'ai qu'un désir, qu'une pena sée ; elle me porte à me mettre au nombre des snp- « pliants auprès du Cœur de la tendre Marie. Cal « mon^èrc et le meilleur des pères sur lequel je détt sire appeler la protection l)énigne et toute-puissante « du Cœur de l'incomparable Maiie.

« Fils unique , privé de ma mère que je n'ai jamais a connue , je n'ai eu rien à regi^etter de cette perte. « J'ai constamment trouvé dans Tamour de mon père « toute la tendresse d'une mère. Il s'est fait ma mère « par les tendres soins dont il a choyé mon enfance tt délicate et maladive ; il m'a donné bien des fois la a vie. Excellent père, il est ami fidèle et dévoue, gé- « néreux , compatissant , bienfaisant ; il va au devant « de tous les besoins , de tous les maux qu'il peut soutt lager. 11 a toutes les vertus humaines; une seule « lui manque, c'est l'essentielle. Mon bon père n'a pas a de foi ; il ne pratique aucune religion ; il ne connaît u pas le Dieu qui l'a fait si bon. Oh ! Monsieur, depuis a que , par une éducation chrétienne , j'ai appris ce a qu'est un père à un fils chrétien ; depuis que la reli- « gion a sanctifié, étendu mon amour filial, je sens

DB L^ÀICHICONFRÉRIE. 20S

lieux ce que je dois à un si excellent pcre. 11 a TV son existence à ma vie et à mon bonheur; lëvoue la mienne ; il a concentre en moi toutes actions, toute sa tendresse, mais je ne puis pas Ire parfaitement heureux, et c'est un bonheur ; que mon cœur veut obtenir et procurer h ère; et ce bonheur, je le sens, et je le sais périence, n'a point d'autre principe que la foi , e trouve que dans la pratique de cette religion , qui seule peut calmer et sanctifier les maux râbles de la vie. Et puis réternité ! ah ! Moncelte pensée me fait frémir; l'éternité , au iir de laquelle ne peuvent prétendre que ceux iront connu , aimé et servi Dieu pendant leur lage ici-bas. Monsieur, recommandez Tâme n père, mettez-la devant le Cœur de Marie, a de faire jaillir de cette mine des miséridivines un rayon de lumière , qui éclaire son ;ence, qui transforme son cœur et le consacre i. Voilà la grande grâce que j'implore de la sordc divine. Sans elle je ne puis être heu- Jc la demande à genoux, prosterné devant par les incfl'ablcs mérites de son très-saint et :ulé Cœur. I^ mère des miséricordes, qui m'a i de la glorieuse qualité de son enfant, ne peut e insensible h mes vœux, surtout si vous vonn , vous s(»n serviteur, les lui présenter vouset les faire appuyer par les prières de toute sainte Archiconfrérie. Je ne vous parle pas de laissance, je ne saurais pas l'exprirner, mais je •rie de me permettre de vous dire que votre votre souvenir seront gravés en caractères inilcs dans mon cœur ; que vous serez nio'i l»ienle pluspuissmly mon ami Le pluâ svume^vîX

206 KÀNUEL

a que je vous regarderai et vous aimerai « second père. »

Quels sont les parents qui pourraient désirer à lenj fils d'autres sentiments ? Ah ! qu'ils pensent hk (jue Féducation chrétienne peut seule les produin Persévérez, vertueux jeune homme, fils religieu persévérez dans ces précieux sentiments, et, apiè Marie, vous serez le sauveur de votre père.

Ce sont encore de petits enfants qui expriment dei sentiments exquis dans un langage naïf et eniluitiiL Une petite fille de douze ans nous écrit : « Uonsieai (( le curé , j'ai fait ma première communion dimaB" « che, je suis bien heureuse et bien contente; maii « j'ai un grand chagrin : papa n'a pas de religion da (( tout; il ne va point à la messe le dimanche; il m « prie point le bon Dieu le matin et le soir. Si vflOi c( saviez comme ça me fait de la peine de le voir « tt lever et se coucher comme ça! Je me dis, il e^ « pourtant l'enfant du bon Dieu, et il ne lui dit janfldi « rien; sûrement qu'il ne l'aime pas. Oh! que f« u grand'peur que le bon Dieu le punisse ! Avec cd c( qu'il n'est pas fort, qu'il est obligé de se fatigue a beaucoup tous les jours par son travail, et qu'il c( quelquefois la fièvre et des faiblesses. S'il mouifl tt comme ça; oh! qu'il serait malheureux et poi c( toujours ! Ces pensées-là me font bien de la peiw tt parce que j'aime bien mon papa et le bon Dieu aus « encore davantage , et que je sais bien qu'il est mt « content quand on n'a pas de religion. J'ai bien pr « le bon Dieu pour lui dimanche ; je lui ai oiTert n « communion ; eh bien ! le soir il n'a pas prié le b( tt Dieu. Quand je vis cela, j'en pleurai dans mon li tt et il n'est pas du tout changé. Je vous dis tout ce « pour que vous vous mVéressvei bien à lui. Je vi

DE L ARCHICOItTRËRIE. 207

« encore prier et toujours. On dit que la sainlc Vierge c Ikit de grands miracles pour les pécheurs par TAr- < chiconfrérie; on m'en a cité des exemples qui m'ont

• Ken rëjouie; c'est pourquoi je vous prie bien de

• prier FArchiconfrérie , pour qu'elle prie le saint I Cœur de JUarie de convertir mon papa ; oh ! que je

• serais contente ! et je vous prie aussi de prier beau-

• coap pour lui, surtout quand vous direz la messe. «f espère que nous le gagnerons, je vous l'écrirai tout

• de suite, i Un petit garçon âgé de douze ans nous écrit de cin-

fiante lieues : a Monsieur le curé, j'ai lu votre Manuel^ «et j'ai vu les conversions que le saint Cœur de Marie

• 1 opérées dans votre église. Je voudrais bien être « dans l'Archiconfrérie , mais je n'ai pas encore fait

• ma première communion ; il faudra sans doute at- « tendre api'ès ; cela ne sera pas long , car j'aurai le «bonheur de la faire dimanche prochain; mais ce

• que je ne peux pas attendre à faire , c'est de recom-

• mander ma boime maman aux prières de l'Archi-

• eonfirérie. Monsieur, elle est bien bonne, elle m'aime

• beaucoup, mais elle n'a pas de religion; elle a ^ ' Coixante-dix-huit ans , elle est infirme , et nous

' avons beaucoup de morts subites dans la ville. Il y a ' cinquante ans qu'elle n'a été à confesse ; on n'ose plus

* lui en parler, parce qu'elle a rebuté de mauvaise

* humeur ceux qui lui en parlaient. Je pense qu'il n'y

* a que la grâce qui puisse la ramener, et la grâce on ne

* ^obtient que par la prière. Je prie depuis près de deux "^ ans; j'ai fait la résolution d'offVir ma première com-

* munion pour elle , et de dire à Notre-Seigneur Jésus-

* Christ, dès qu'il sera entré dans mon cœur : Mon

* Sauveur, convertissez ma bonne maman, et donnez- ^ lui ]àeDtôt le bonheur que vous m'accordei> ^\x\qi\)l\-

208 luiaiiL

(( d'hiii. Il y a quelque chose en moi qui me dit qui c( j'obtiendrai ce jour-là. Tespère ; mais pour être plu a sûr, je TOUS prie, Monsieur, de la recommander aiu (( prières de FArchiconfrérie ; ce sera un peu tard, cai « vous ne faites vos prières qu'à sept heures du soir, (( et j'aurai fait ma première communion le matin. « Ayez toujours la complaisance de faire prier; la « sainte Vierge sait bien quelle est mon intention. »

Nous écrivîmes à ce pieux enfant de se faire inscrin tout de suite dans une Confrérie du saint Cœur éâ Marie, qui venait de s'établir dans sa ville, d'y recom mander sa bonne maman aux prières. Il le fit , et se: vœux furent comblés. Le directeur de la Gonfrérii nous apprit que, le lendemain de la première communion, cette dame fut chercher d'elle-même dans h sacrement de pénitence la grâce dont elle était éloigné* depuis cinquante ans.

Mais ce qu'il y a de plus admirable et de plus édifiant, ce sont des lettres que nous écrivent les p^ cheurs eux-mêmes. Des hommes , des femmes , àa jeunes gens, des jeunes personnes de toutes les classe de la société nous écrivent pour que nous implorioik en leur faveur la protection de IVIarie. Ils nous dépeignent avec une sincérité, une franchise si grande, le plaies de leurs âmes, que nous sommes la plupar du temps obligés de détruire leurs lettres immédiatement après les avoir lues; mais leurs confidenoa restent gi'avées dans notre cœur, et leur souvenir si présente toutes les fois que nous montons au saint au* tel, que nous recommandons les pécheui*s à l'Archiconfrérie , ou que notre cœur s'élève vers Marie. 11 n'i a pas de semaine où la divine bonté ne nous procun ce genre de consolations.

Un lundi du mois de maà^ wo\x& i:e<;OLmes cette lçt«

DE l'ahchico^frérie. 209

. c Monsieur le curd , je vous dois bien des remeriements; car vous m'avez fait échapper au plus jnnd des malheurs. Je suis un artisan , père de faiiiille; j'ai quatre enfants. Je suis bien maliieureux, cir depuis cinq ans je souffre d'une maladie de nerfs qui m'empêche de travailler, me gène dans

* mes affaires et m'a tout à fait changé le caractère. ' Je suis triste ; je rends ma famille malheureuse par t mes humeurs et mes colères ; je voudrais bien être ■atrement; et le combat que je me livre sans cesse

< me porte au désespoir ; j'ai été sur le point plusieurs

< fais de me détruire ; je ne vois point d'autre un à «mes maux. Hier j'étais plus ennuyé, plus tour- «mente qu'à l'ordinaire; je ne pouvais plus y tenir;

* je pris mon parti ; j'allais à la Seine. 11 m'en avait

* coûté de prendre ce parti; j'avais la fièvre; mes 'jimbes tremblaient sous moi, mais j'allais parce

* que je voulais en finir. A sept heures et demie , je

* passais dans la rue Notre-Dame-des-Victoires ;

* Cela m'était bien indiflerent , mais l'idée me vint

* d'y entrer , pas pour prier Dieu , je n'y pensais pas ,

* mais pour me reposer et raffermir mes jambes.

* Vous prêchiez sur les souffrances et la confiance en

* iMeu , j'ai écouté , et je me disais : C'est facile à dire

* quand on ne manque de rien et qu'on ne souffre ^ point. Cependant mes mauvaises idées diminuaient ;

* Jëtms plus tranquille. C'est quand vous avez re- ^ commandé les pécheurs, j'ai été bien étonné; je ^ n'avais jamais entendu une prédication comme ^ celle-là. Je me disais: Comme il les aime, il parle ^ de tout son cœur. L'impression que cela m'a faite ,

* m'a fait croire à votre sermon; j'y ai pensé tout ^ le long du chemin. Je ne vous connais pas, on m'a ^ ^t que TOUS étiez le curé. J'étais nueux qioaxi^ y

210 HÂHUIL

« suis rentré à la maison; je n^ai pas dit à ma femi <c le mauvais coup que je voulais faire. Tai dor « tranquillement cette nuit, il y avait longteiE <c que cela ne m'était arrivé. Puisque vous m*ai <c fait tant de bien, je vous prie de me rendre un gra « service, c'est de me recommander dimanche a <c prières de ces braves gens que j'ai vus prier si déi a tement, aûn qu'ils demandent à Dieu pour moi « soumission et la confiance en Dieu, comme tq <c avez dit. Je vous en serai reconnaissant toute i <c vie, ainsi que du service que vous m'avez A « rendu. »

Le lundi suivant il nous écrivit : c Mon bon pi a teur, ah! que je vous remercie de la bonté, de <c tendresse avec' laquelle vous m'avez recommaa « hier! Que vous m'avez fait de bien! Je me dûtî <t Mais il ne te connaît pas , et il parle de toi, cobu a si tu étais son meilleur ami, son frère, son enfiu ff Ah! je comprends à présent la charité du piél « catholique. Tous les hommes sont frères, pai « qu'ils sont les enfants de Dieu. Savez-vous ce q « vous avez fait? Vous m'avez fait redevenir chi « tien. 11 y a longtemps que je n'y pensais plus. « vais reprendre tous mes devoirs, la famille et n maison n'en iront pas plus mal. J'irai à confesse « semaine prochaine; j'y ai pensé hier en reveni « de vous entendre, c'est décidé. 11 y a une chc « qui me fait de la peine : c'est à vous que je devn « aller, car c'est en vous que j'ai confiance; vo « êtes un vrai prêtre de Dieu. Mais je vous en d « mande excuse , je ne le peux pas ; c'est une bêtii « mais je ne peux pas me mettre au-dessus. Je n*08 « rai jamais paraître devant vous après ce que yû « sâveË; j*irai au cur& de inac ^^«xQ\i«ft\ ^m% t^ i

DE L*ARCHIC0NFRÉRIE. 211

* verres jamais à cause de ma bêtise , mais moi je « TOUS verrai ; je ne passerai jamais auprès de votre c ëglîse sans y entrer pour remercier le bon Dieu et la « sainte Vierge de m'y avoir fait entrer dans ce mal-

• heureux moment; j'y viendrai toutes les fois que

■ ces malheureux chagrins me reprendront ; ah ! j'y ▼fendrai pour entendre encore vos saintes paroles, qui m^ont fait tant de bien que je ne me reconnais plus et que dc^jà on est plus tranquille et plus heureux à la maison. Et je serai encore content en TOUS voyant ; je me dirai : Il prie encore pour moi ; car vous ne m'oublierez pas, je vous en prie. Adieu, mon père; je ne vous donnerai jamais un autre nom. Vous m'avez sauvé d'un abîme; vous avez rendu un père à ses enfants ; je veux aller au ciel avec vous. »

O Marie, conservez, gardez celte âme, et procu- ^s-nous le bonheur de bénir ensemble votre misétcorde dans les siècles des siècles. Oh ! que la gloire t Fexcellence du saint ministère éclatent d'une manière admirable dans ce trait de la miséricorde diixiel

« Monsieur, nous écrit-on, je sens le besoin de me

■ convertir, et je le désire ardenunent. Je viens vous

■ prier d'avoir la charité de faire pour moi publique- ^ ment dans votre église les prières que vous avez ^ coutume d'adresser à la très-sainte Mère de Dieu "^ pour la conversion des pécheurs. J'ose encore vous ^ recommander plusieurs autres personnes. »

Un jeune homme nous écrit : « Témoin de plusieurs ^ grftces vraiment prodigieuses obtenues par les prières

* de l'Archiconfrérie , il me vient en pensée de m'y ^ recommander moi-même pour obtenir une grâce ^ que Je solUciie depuis quelque temps sans e&eX. Ca-

212 KÀNUEL

« lui qui vous écrit est un jeune homme qui, apii a bien des égarements, après avoir abandonné Dk c( pendant de longues années, n'en a pas cependai a été abandonné. Je ne sais aux prières de qui je do « ma conversion ; peut-être est-ce aux prières qi « FArchiconfrérie ne cesse de faire pour la converûo « des pécheurs. Quoi qu'il en soit, que le Seigœi « soit béni, et qu'il bénisse ceux qui ont imploré i a clémence !

(( Mais si j'ai commencé, je suis encore bien pe « avancé. Dieu semble cependant déjà m'abandonik <( à mes propres forces. Je n'éprouve plus ces cod» <K lations qui m'ont fait quitter pour son service 11 « jouissances du siècle; je suis tourmenté par ni <c foule de mauvaises pensées , de souvenirs péniblet K de doutes affreux, qui me poursuivent jusque dai a mes exercices de piété et m'excitent au dégoût. * « suis aussi dans une incertitude pénible au sujet f « ma vocation. Tout cela m'enlève le charme de « piété, me fait quelquefois jeter les yeux en arrière « me donne lieu de craindre pour ma persévéranc « J'ai pensé que FArchiconfrérie qui montre tant i « zèle pour la conversion des pécheurs , n'en montre: « pas moins pour la persévérance d'un pécheur coi « verti ; et dans Fattcnte de la grâce que j'espère cl <( tenir par son intercession, recevez, et qu'elle n « çoive avec vous , le témoignage de ma reconnai «( sance. »

Lettre d'un vieillard, n Mon père , un vieux péchei « qui cependant croit en Dieu , le prie souvent ain « que la sainte Vierge , mais qui n'a pas assez de ré» « lution pour se présenter au tribunal de la pénitenc « se recommande à vos prières et à celles des meo « bres de rArcbicouîiène , ^^xi ^'«nqSs dâ Cervenfa

DE L^RCHICOIIFRÉRIB 243

c prières, pour qu'il puisse prendre une résolution ( qui, il le sent bien, est la seule qui puisse lui ob- I tenir de Dieu la grâce qu'il sollicite depuis si lonç:. t temps et le pardon de toutes ses fautes. Priez, priez i pour lui. »

Lettre d^une jeune personne, a Une jeune personne « Tient réclamer pour elle-même les prières de FAr- > chiconfrérie du très-saint et immaculé Cœur de Ma-

* rie. Quoiqu'au dehors sa vie ne présente pas des dés-

* ordres scandaleux , et qu'elle ait encore conservé la I fia, son salut n'en est pas moins en danger. La

* vivacité des passions , l'amour du monde et de ses

* friYolités endorment dans son cœur cette foi pré-

< cieuse; elle en fait encore les œuvres extérieures;

' mais la routine , le respect humain en sont les seuls

* mobiles. Et ce qui donne le plus d'alarmes sur sa

' position , c'est qu'elle ne laisse pas de s'approcher

* des sacrements fort souvent, et que les grâces que

* Dieu lui a accordées avec profusion dès sou enfance,

* grâces tout à fait paiiiculières, n'ont pu triomplier

* d'elle. Seulement, au milieu de ses écarts, elle a

* toujours eu confiance et recours à la sainte Vierge , ^ ce qui donne quelques lueurs d'espérance. Daignez

* donc, Monsieur, intéresser ces âmes ferventes que ^ ^ous avez réunies dans le cœur de la plus tendre des

* mères en Daveur d'une âme qui honore Marie , qui

* l'invoque , mais qui est retenue dans l'ivresse des "^ passions par des penchants malheureux. Combien ^ cette pauvre âme vous aura-t-elle d'obligations, si •^ par votre moyen elle sort de son esclavage ! Que de ^ Tœux elle fera pour vous ! Que d'actions de grâces à ^ Marie ! Puissent vos prières et celles de l'Archicon-

^ firérie obtenir le changement d'un cœur esclave de

^ roi;^eiJ et du plaiBir ! »

214 màmuel

Lettre d'un homme d'un âge mûr. <c Monsieur le « curé, c'est un pécheur , qui a abusé des grâces de « Dieu, qui se recommande à votre charité et aux « prières de FArchiconfrérie. 11 conçoit toute Texcel- « lence de la fin du chrétien , qui est de vivre de la a vie de Dieu même. 11 conçoit que Dieu Tayant ap-* ce pelé à une fin aussi sublime , il ne saurait être que A malheureux toutes les fois qu'il s'éloignera de Dieu. a 11 conçoit que le plus grand des malheurs sera lors- (c que la mort Faura mis dans Timpossibilité de jamais « atteindre sa fin. Son esprit sent tout cela et mille « autres vérités; il voit bien que les honneurs, lesriii chesses, les plaisirs sont indignes de cet esprit im- « mortel appelé à jouir de Dieu et à vivre de sa vie, ce mais son cœur coupable est de glace. Oh ! si je pouce vais peindre tout ce qui s'est passé dans son âme, c( j'exciterais la commisération de toute l'Archiconfré-^ « rie. Je conçois très-clairement que Dieu est le souve- « rain bien de l'homme, et je me sens éloigné de lui, « et j'ai la crainte d'en être séparé pour jamais, si la « mort me frappe dans cet état , et je me vois presque a dans l'impossibilité de revenir, ayant abusé des dons <( de Dieu et même de la protection de Marie à laquelle a j'appartenais à plusieurs titres. Je m'en suis rendu « indigne. Toutefois j'ose espérer que l'Archiconfrérie et voudra bien faire une sainte violence au ciel, demain <c samedi à la messe et les jours suivants pendant neuf « jours. Oh ! si la charité de l'Archiconfrérie pouvait « faire un miracle, celui de me faire rentrer en grâce le <( jour de l'Assomption , ou au moins pendant l'Octave, « quelle ne serait pas ma joie et ma reconnaissance ! <c Depuis longtemps je désire ce retour sans pouvoir ce l'effectuer. Nouveau paralytique , j'ai besoin d'être « jeté dans la piscine du C^o^xyx d^ Maxi^« De ^lus^ mon

DK L'ARCHIG019FR£RIB. 215

cœur est muet et sourd ; il ne peut entendre parler le langage de la ferveur, ni entendre celui de la grâce. Je me recommande donc à toute votre charité, et vous demande pardon de tout ce langage décousu qu'excuse le malaise dans lequel je me trouve, d Lettre d'un jeune homme. « Monsieur le curé , un jeune homme tourmenté par les remords de sa conscience, et sachant le bien que fait FArchiconfrérie, Tient ici vous solliciter plein de confiance dans la sainte Vierge Marie. 11 voudrait pouvoir se jeter aux pieds de chaque membre pour le supplier de demander son salut à la Mère des pécheurs. 11 a eu le malbeur de faire une mauvaise première communion et de charger sa conscience d'énormes péchés mortels. S'il est aujourd'hui dans des sentiments moins af- *^ freux, c'est uniquement aux prières de plusieurs *^ prêtres qui ont bien voulu s'intéresser à lui qu'il le d<Ht. Lorsqu'il pense à celte série de péchés si graves, il tomberait dans le désespoir , s'il n'était retenu par ^ un reste de sentiment religieux. Ce qui l'encourage •* surtout , c'est la puissance des prières adressées au Cœur immaculé de Marie , et le récit des conversions si admirables qu'il a lu dans le Manuel de l'Archi^ confrérie. 11 demande instamment d'être recommandé d'une manière toute spéciale demain soir, jour de la Nativité. U demande à avoir part à toutes les bonnes œuvres, communions, neuvaines pour les pécheurs qui se feront à l'avenir dans l'Archiconfrérie , afin que cette Vierge si douce pour les pécheurs lui obtienne son pardon et son salut. )) Lettre d'un jeune homme. « Mon père, j'ai déjà imploré près de vous les secours de l' Arcliiconfrérie ; c'est moi qui suis ce malheureux jeune homme que te péché honteux a fait son esclave pewdoxvt^ d<i lou-

816 BAHUBL

« gucs années, et qui éprouye encore ses attëinfeê,

« sans que ma volonté y consente. Ce sont les suites « de la corruption qui m'a été enseignée dès mon eit- « fance , que j'ai suivie longtemps sans savoir que je « faisais mal , et que je n'ai pu éteindre entièrement « plus tard quand je me suis connu , parce qu'elle était « déjà trop invétérée en moi. Mon père, moh corps a tout souillé, tout déshonoré qu'il est, renferme une ff âme chréliennc , une âme qui veut être tout à Dieu. ce Pourquoi donc faut-il qu'il l'assiège sans cesse pac « de mauvaises pensées, par des souvenirs et des ima- « ges honteuses, et l'empcche de jouir en paix de « Dieu. C'est une punition de mes fautes passées , j€ « n'en doute pas; et sans doute je dois accepter cette « honteuse épreuve comme une grâce. Priez donc « alors , ô mon père , afin que je reçoive ce châtiraen' « miséricordieux de la main divine a^ ec soumission - « avec patience. Priez pour que mon âme, qui habite « dans ce vase où la corniption est renfermée, reste « intacte de toute souillure , et que du milieu de celte <r coiTuption elle bénisse Dieu avec amour et confiance. « Je vous en écris bien long, et vous n'avez guère le « temps de lire de longues Icllres. Je le sais, moni « père , mais pardonnez à un malheureux que ces « aveux soulagent , et qm dépose avec joie dans votre « cœur paternel le secret de ses misères. Voici l'As- « somption de la sainte Vierge, je communierai pour « la conversion des pécheurs , pécheur moi-mi^me. « Daignez prier vous-même en ce jour, daignez prier tt quelques bonnes âmes d'oifrir leurs communions « pour moi, et pardonnez-moi d'oser demander tant « pour moi seul. »

Autre lettre d'un jeune homme. « iVlon père, le tf même jeune honune , (\ue vous avez recommandé

DB l'archigokfréris. 247

« iFec (ant de bienveillance la dernière fois, et qui a « fut de besoin de la charité des membres de TAr- «ehiconfrérie, vous prie de nouveau d'appeler Fat- • tenlion sur lui. 11 a besoin de tant de secours pour

« assurer sa conversion au milieu de tous les combats

< qu'il a à soutenir ! 11 est très-reconnaissant et vous

• prie de prier vous-même pour lui. »

Autre lettre d'un jeune homme. « Monsieur le curé,

« esclave depuis plus de douze ans de la plus furieuse

* comme de la plus indomptable des passions, à peine « ai-je fait quelques efforts pour me relever, que « Taincu par le poids de ma longue habitude , je re- « tombe aussitôt, et le desespoir s'cmparant de mon

* âme , je ne crois plus à la possibilité de rompre des

* chaînes si pesantes, de vaincre des habitudes si in-

■ vëlerdes. La foi a toujours , gi'ûce à Dieu , conservé

* chez moi son empire ; j'ai toujours eu le désir de me " Convertir; mais ce désir a toujours été sans effet,

■ parce que la force et le courage m'ont toujours man- ' que. Tai essayé de tous les moyens, mais inutile- ' tuent.

«« Le saint prôtre pai- le conseil duquel je prends la ' liberté de vous exposer eu peu de mots le triste état <ie mon âme, m'a dit de m'adresser à vous en toute Oonfiance pour que vous ayez la charité de me recommander aux prières de l'.Vrchiconfrérie. Depuis 1^'àgc de douze ans, et j'en compte vingt-^piatrc , je 1"'aî cessé d'avaler l'iniquité connue l'eau, et je croupis encore dans ma détestable habitude , sans espoir 4'cn sortir, si je ne suis puissamment aidé par votre pieuse Archiconfrérie, à laquelle je inc recommande l>icn instamment, car mes besoins sont extrêmes. Je x^e sais quel état embrasser; les téuèhrcs les plus ^t-iisse» m^cnviroiwent de toutes parVs , el yi ev.N\\\%

« le plus grand risque de perdre le cori:s et Fâme pour « réternité.

« Veuillez donc bien, mon père, solliciter ma con- «( version ; je me repose dans cette bieo douce espé- « rance que m'a fait concevoir le bien inunense que « procure aux pécheurs votre association. Tespère re- « cevoir de cette source des grâces si fortes et si puis^a santés, qu'aidé de la grâce de Dieu et de la protectior: « de Marie, je sortirai enfin de ce malheureux état; e^ « moi aussi, je Fespère, je chanterai étemellemeiL « avec vous les miséricordes du Fils et de la Mère « parce que vous aurez fléchi la divine justice en m^ « faveur, et que par Marie je rentrerai pour jamai (c dans mes droits au céleste héritage. Fiat, fiât, y»

Nous donnâmes lecture de celte lettre , en chaire aux confrères assemblés pour leur faire partager Is sentiments qu'elle nous avait inspirés pour son auteufl Voici celle que nous reçûmes le dimanche suivant :

a M. le cure, dimanche dernier, je réalisai un proj€ (( que j'avais formé depuis longtemps : j'assistai à utm a des réunions de votre sainte Archi confrérie. Quel n* « fut pas mon élonnement en entendant raconter mm a triste histoire dont vous fites la lecture ! Et lorsque « je vous entendis prononcer avec le sincère accent dJ a la plus compatissante charité ces paroles : // es « peut-être dans cette enceinte quelque autre infortuné

(( C'était moi , Monsieur. Oui , il y a aussi douze an^ a et peut-être plus, que je gémis sous le poids de 1^ « plus épouvantable tyrannie. Depuis les années tro| « coupables de mon enfance je traîne une chaîne d'i - « gnominie. Mon péché est à lui-même le plus terriblp (( des vengLMirs.

tt Mille fois plus misérable que ce pécheur qui im— a pJorait le secours de vos prières, je n'ai pas dëse»—

DE L^RCHICOIHFRÉRIE. 219

• pérë de dompter une habitude funeste, devenue « pour moi une seconde nature ; un orgueil plus I indomptable encore me persuadait que je la surmon- « terais quand je le voudrais sérieusement. Au milieu

< des égarements de mon imagination , j'aimais mieux « accuser mes frères que de me reconnaître moi-même (un monstre au milieu d'eux. Et chaque jour de

< cruelles déceptions auraient dû me convaincre de « cette aiïreuse vérité.

« Mais voici ce qui me rend le plus malheureux des « hommes, c'est qu'entouré de tous les moyens de sa- « lut, élevé dans les maisons les plus saintes, et peut- « être privilégié dans les desseins de Dieu, ni les grâ- « ces les plus insignes, ni les compagnies les plus « édifiantes , rien n'a pu changer dans un élan gêné* « reux et durable quelqu'une des velléités de conver- « sien dont l'enfer sera rempli.

« Je n''ai jamais douté de la miséricorde divine, loin « de là« hélas ! mais je lui ai insulté par ma conduite.

« Je m'adresse au Cœur sacré de Marie. 11 y a quel- « ques années que je fis vœu de réciter tous les jours « on acte de consécration et d'amende honorable. J'ai ^ été fidèle à l'accomplissement de ma promesse. La « sainte Vierge m'en récompense en m'amcnant à vos ^ pieds, avant que les ténèbres qui m'entourent de * toutes parts n'aient totalement eflacé les lumières de ^ ma raison.

« Je vous en conjure, M. le curé, par les entrailles "* de la charité de Jésus-Christ, priez pour un mal- ^ heureux jeune homnie. Recommandez-moi instam- ^ ment aux prières de vos associés. Je le leur rendrai, ^ et Dieu les en récompensera. Que cette démarche ^ que je fais ai^ourd'hui ne devienne pas pour moi un ^ «uet de plus de condamnation. »

Lettre d'une dame. « M. le curé, je viens de lire «c Fouvrage que vous avez publié sur FAssociation du « saint Cœur de Marie. J'ai été frappée des conver- « sions dont vous rendez compte. Mon cœur depuis <( longtemps agité et souvent porté au désespoir s'est c( ému de joie et d'espérance, en voyant par des faits « récents que Marie n'abandonne pas les plus grands « pécheurs, et qu'elle ne résiste point aux prières <( que vous lui adressez pour eux. Mon père , je vous « donne ce nom , car vous me semblez avoir un coeur ce paternel pour les grands pécheurs ; vous leur ouvres « vos bras, vous voudriez les y réunir tous, et par « Marie faire pour eux violence au Ciel. Mon père, « ayez donc pitié d'une grande pécheresse qui désire « se convertir et qui sent avec douleur l'impossibilité « de le faire sans des secours puissants, sans des grâces extraordinaires.

<( Arrivée à l'âge où les passions se calment, je « repasse avec amertume les quarante années de naa « vie, et je recule d'effroi à l'idée d'un Dieu irrité « qui, bientôt, peut-être, va me demander compte de « ma criminelle existence.

« Née de parents chrétiens , dans une ville éminem- « ment religieuse, mon éducation s'est faite sous le« « yeux de ma famille et par des maîtres d'une piété « remarquable. J'ai été entourée de bons exemi>lcs, et « j'ai reçu les meilleures leçons. Cependant, dès le « plus bas âge, l'orgueil, la coquetterie et la volupté «ont corrompu mon cœur. Tous les avantages dont <c Dieu m'avait douée au piiysique et au moral, au spi- « rituel et au temporel , je. les ai fait servir à mes « passions, et je me suis livrée à des désordres hon- « teux et continuels, qm, \iO\n: être couverts du voile « de la religion, e\ dVss\m\\\ès^^x mwv^^\^'3Sfc^N.\fis»'

DE l'archiconfrérie. 321

pocrisie, n'en étaient que plus abominables aux IX de Dieu que je ne pouvais tromper. La régulai apparente à laquelle j'étais obligée m'a sans

ite fait commettre bien des sacrilèges Mon

fe, ce dernier crime me fait frémir, et me jette ïsque dans le désespoir. Si vous n'appelez Marie à m secours, je suis perdue.

Dieu m'a frappée de malheurs bien sensibles qui t détruit avant le temps mon bonheur , ma jeuise, ma gaîté, ma santé; qui , en faisant évanouir is douces illusions, ont désenchanté ma vie. Alors i foi s'est réveillée pour mon supplice. Une vive nière m'a fait plus d'une fois apercevoir le danger mon état. Dans ces heures terribles , je m'agite me tourmente; je perds l'appétit et le sommeil. hais la vie, je crains la mort à l'excès , et l'imposilité où je me vois de faire pénitence me jette is un état voisin du désespoir.

Jn orgueil indomptable , un amour-propre sus- >tible, un caractère capricieux, irritable, emdé; un cœur dur, égoïste, rempli d'amertume, nvie, de jalousie; voilà ce qui fait mon malheur tous les instants , et bien souvent celui des permes qui m'entourent. C'est en vain que je veux loncer à la mollesse et à ces soins infinis que prends pour écarter la douleur, la gêne, la fatigue la contrariété ; c'est en vain que je veux m'éloi- 3r du mal et me porter au bien. La force de mes Luvaises habitudes est comme une pente rapide qui entraîne malgré moi dans un abîme de péchés. Je lie dans un cercle de bons désirs et de mauvais itiments, de bonnes résolutions et de mauvaises ions. La Providence, par des coups répétés, a se les chaînes de fer dont je m'étods chax^é^ b\&w

222 MANUBL

« jeune. Mais à quoi me sert, hélas ! puisque les petits < liens dont je me suis enlacée me retiennent aussi « fortement, et que je ne puis les rompre. Je n^ai pas « la force de combattre, comment pourrais-je vaincre? « Vous le voyez, ma conversion serait un mirade. (( J'ai besoin de penser que vous me Tobtiendrex du (( Cœur immaculé de Marie. Pourtant, mon père, je r vous l'avoue , j'ai plus de crainte que d'espoir. J'ai « cependant eu confiance en Marie , même au milieq « de mes plus grands désordres ; et dans plus d'une « circonstance j'ai cru sentir les effets de sa protection. « Mon père, pensez-vous que Marie puisse encore écou* « ter mes vœux et fléchir la justice de son Fils? Pence sez-vous que je puisse espérer encore? Après tant de a crimes, l'abus de tant de grâces, la profanation de « tant de sacrements , les mauvaises dispositions qui « sont en moi ! Âh ! par charité, dites-le moi. Ranimes <( mon courage, prescrivez-moi une règle de conduite, « et pour changer mon cœur, et pour expier mes cri- « mes, et pour devenir enfm une pénitente sincère, « courageuse , persévérante. Sauvez-moi de ma perte « éternelle. Mon père, je croirai que Dieu agit en « vous; si vous m'abandonnez, je penserai qu'il me « rejette ; si vous me donne? vos conseils, je tâcherai « de les suivre, convaincue que je trouverai en Dieu ce les forces qui ne sont point en moi. Ayez pitié de <( moi , parce que je suis une grande pécheresse. Je « vous en conjure à genoux, répondez-moi. Si pour- « tant vous me jugiez tout à fait indigne de cette « faveur, accordez -moi du moins tous les jours le se- « cours de vos prières, et daignez me recommander « particulièrement et avec instance à celles des assoit ciés. »

iVous nous bâtâmes d'écrà^^ ^^Wa^qsox ^S^lss^i

BB l'arghiconfrërie. 223

cette ftme que le Dieu des miséricordes recherche avec Imt d'amour, et qu'il a blessée d'un trait si sensible de a grâce, pour qu'elle vienne chercher dans le Cœur de Marie la guérison de ses maux. Nous lui écrivîmes pour la consoler, l'encourager, la fortifier. Voici sa r^nse : • M. le curé , malgré mes craintes de vous « être importune , je ne puis résister au désir de vous « lemercier de toutes les bontés que vous avez eues « pour moi. Vous ôtes véritablement bien le père des «pécheurs, puisque vous n'avez pas repoussé celle

* dont la vie ciiminelle devait vous faire horreur. Que « Dieu soit éternellement béni d'avoir mis dans votre ( cœur une charité si compatissante ! Cette lettre que < TOUS avez daigné m'écrire , si pleine d'indulgence et «d^encouragement, me semble un gage des misé- « ricordcs divines ; elle m'a rendu la paix , le courage « et le désir de revenir à ce Dieu que j'ai tant ou-

* tragë, qui m'a comblée de tant de biens, qui m'a si ■ longtemps supportée et qui veut me recevoir avec

* tant de bonté. Vous priez pour moi, mon père; mon

* taxe vous est précieuse ; vous m'appliquez toutes les

* bonnes œuvres de l'Archiconfrérie. Que cette idée ^ répand de consolation dans mon âme ! Comme elle

* me rassure ! Oui , je l'espère, Marie se laissera tou-

* cher par tant de saintes œuvres , par tant de prières '^ ferventes. Cependant , mon père , je sens que je ne ** serai point de ces heureux pénitents qui passent

< tout d'un coup des profondeurs du vice au faîte de la

* vertu ; ma conversion ne sera pas l'ouvrage d'un

* jour, mais le travail de toute ma vie. En songeant à H tous les combats qu'il faudra livrer, à toutes les pas- ^ sions qu'il faudra immoler, à tout ce qu'il faudra faire *i et souffrir pour atteindre(^:es trônes que vous me dites « que Dieu réserve au repentir courageux el «mci^v^^

tf je me sens défaillir. Alors je reprends votre lettre; a je m'appuie sur les parties consolantes qu^elle rena ferme ; des larmes d'attendrissement et de reconnais- « sance coulent de mes yeux en abondance. Appuyée (( sur vous et sur toutes les personnes charitables (c auxquelles vous m'avez recommandée, je sens mon « espoir se ranimer. Mon jière , vous avez dit vrai ; le « découragement sera sûrement une de mes fortes a tentations. Ah ! si je pouvais aimer Dieu ! si je pou- « vais mourir de la douleur de l'avoir offensé ! si seulece ment je me trouvais disposée à porter la croix avec « courage, à supporter les humiliations, les chagrins, a les maux de tout genre sans lesquels les grands pé- « cheurs ne peuvent se sauver. Mais, mon père, tout « se révolte en moi à la pensée de beaucoup souffrir. <( Je force mes lèvres à des paroles de soumission, ft Mon Dieu , dis-je , que votre volonté soit faite ; tout « ce que vous voudrez , pourvu que je sois étemeUe- « ment à vous. Mais à la moindre affliction, mon cœur « lâche et pusillanime criera sans cesse : Mon Dieu , a mon Dieu, épargnez ma faiblesse !

« Mon père, je suis résolue à suivre vos conseils, a quoi qu'il m'en puisse coûter. Mais connaissant par « une funeste expérience mon incapacité pour le bien, « et mon penchant presque irrésistible au mal, je vous « conjure, au nom de Jésus et de Marie, de ne pas m'a- « bandonner, de m'accorder le secours de vos prières a tous les jours de votre vie, et de me procurer celles a de l'Archiconfrérie. Si vous me devancez dans la <c bienheureuse éternité, attirez-moi après vous, afin « que je ne reste pas sans appui sur cette terre , où je « serai toujours en grand danger de me perdre. » Vous venez d'entendre, lecteurs chrétiens, les soupirs el les gémissemenVs de no^ lt<iie?., "^wsa ^^\^s&

DE l'archiconfrérie. 225

que la lecture que ^ous venez de faire aura un double effet : votre édification d'abord, qui vous portera à rendre gloire à Dieu et hommage à Marie pour les dons de gi'âce et de miséricorde qui inspirent et produisent de si précieux sentiments, et ensuite votre pieux et votre charitable intérêt pour le salut de ceux ipe vous venez d'entendre. Ils recoment à vous; ils TOUS appellent en aide. Priez pour eux. N'oubliez pas que la prière pour nos frères est l'expression la plus EÎncère de la charité chrétienne, et aussi un des plus doux liens qui nous unissent à Dieu.

Nous nous arrêterons là dans les citations que nous MUS proposions de faire. En voilà assez pour donner à D06 lecteurs une idée des consolations et des jouissances jne nous procure cette sainte œuvre.

A présent, nous le demandons avec confiance : quel Qgement peut-on porter de cette œuvre si faible, si liétiTe dans son principe , et dont le développement si ftpide, si prodigieux cause l'étonnement et excite l'adliration?

Cette œuvre n'a pas encore dix ans d'existence ; elle commencé par une pieuse pensée , que la grâce a inûrée à un prêtre , à un pasteur qui va la confier à son thevêque; il obtient la permission d'essayer de la aliser. Oîi se fait cette tentative? A Paris, qui est delis cinquante ans la métropole européenne de l'imélé. Mais au moins on aura choisi pour l'établir ielqu''un de ces quartiers habités par d'anciennes failles qui ont conservé des traces des habitudes des ceurs anciennes ; une de ces paroisses où la religion t encore respectée, où ses pratiques sont observées? 3n, tous les calculs humains sont ici en défaut; c'est 1 centre de Paris, c'est au milieu de la dissipation, des ^luptés les plus attrayantes et aussi les ^lua cïiuiv-

fifi MANUEL

nelles, c*est dans le foyer de la cupidité et de la pas* sion de l'argent , c'est entre la bourse et les théâtres que se trouve une église paroissiale, abandonnée, déserte, inconnue de la plupart de ceux qui habitent cette paroisse ; cette église est dédiée à la glorieuse et toute-puissante Marie, elle porte le beau titre de Notre- Dame-des-Victoires ; elle est choisie pour donner naissance à cette œuvre , et devenir le premier théâtre des prodiges qu'elle obtiendra. Toutes ces circonstances étaient contre elle, et devaient Fétouffer à sa naissance. Les âmes pieuses, qui admiraient son but et ses moyens, n'osant concevoir aucune espérance, regrettaient presque qu'on eût tenté ce moyen , dont le défaut de succès leur paraissait devoir encore être un échec pour la religion; les impies s'en moquaient avec dédain ; des envieux lui insultèrent et la bafouèrent.

Cependant l'œuvre s'établit, et dès le jour de son ouverture une grâce qui tient du miracle vient la consacrer *. A peine a-t-elle acquis quelques jours d'exercice, que cette paroisse, qui, depuis tant d'années, était devenue comme un cadavre , se ranime et se prépare à devenir ce qu'elle est au bout de neuf ans : une paroisse qui donne tout à la fois de l'édifîcation et de la consolation ; les grâces se répètent, les conversions se multiplient; le bruit s'en répand et appelle les fidèles de toutes les parties de la France à prendre part à nos vœux. Bientôt les royaumes de l'Europe, plusieurs parties du nouveau monde s'adjoignent à nous, et nous fournissent des âmes excitées par la divine charité , des associés fervents, qui implorent avec nous la conversion des pécheurs, par le très-saint et immaculé Cœur de Marie. Une requête humble et fihale est dépo-

' Voir à la page 42 la cou^emontvci^ti^*

BÈ l'archigonfrërie. 227

Êie aux j^eds du yicaire de Jésus-Christ; elle a pour objet d^obtenir de sa paternelle puissance la grâce de Féredion d'une Archiconfrérie en Fiionneur du trèslaint et immaculé Cœur de Marie, pour la France seulement, et le pontife suprême, de son propre mouvement et par sa souveraine puissance, érige en Archiconfrérie , pour le monde entier, la petite association jii9qae4à renfermée dans Venceinte de Téglise de Notre-Dame-de&hVictoires.

Cet acte du souverain Pasteur n'est pas seulement une faveur accordée à une portion de Fimmense famille qu'il préside et gouverne , c'était encore une prophétie des prodiges dont la divine miséricorde devait, à cette occasion, combler l'Église universelle. Le Saint- Père accorde à l' Archiconfrérie la faculté de s'agréger toutes les sociétés pieuses, les confréries qui s'établiront par toute la terre, quand elles auront pour objet la défotion au très-saint et immaculé Cœur, et pour but la conversion des pécheurs; et le monde entier se remplit de Confréries. Le nombre des associés est immense, et s*accr(^t tous les jours; on les compte par millions. Pluteut des grâces signalées et nombreuses sont accordées aux prières des fidèles réunis autour du Cœur de Varie, et partout où l'Archiconfrérie s'établit, la foi se vivifie, la piété se ranime, et les mœurs deviennent plus chrétiennes. Tout est admirable, tout est céleste dans cette œuvre, sa naissance, son établissement, sa prodigieusepropagation, les grâces qu'elle obtient, lesprodiges qu^elle opère, son objet qui est la dévotion la plus douce, la plus religieuse au très-saint et immaculé Cœur de la Reine des cieux, de la Mère de la divine miséricorde; son but, le plus capable de toucher le divin Cœur de Jésus, la conversion des pécheurs ; et le moyen qu'elle emphie, la prière five, ardente et coii&axi\A^ii^^VH\

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