AMPUTATION DES DEUX DERNIERES PKTALANGES DES DOIGTS
(Planche XV.)
On se sert pour les pratiquer d'un bistouri à lame très-étroite. On peut employer les méthodes circulaire ou à lambeaux; quelle que soit la méthode mise en usage, excepté quand il s'agit du procédé de Texier, le poignet en pronation doit être soutenu par un aide qui maintient en outre tous les doigts fléchis dans la paume de la main, sauf celui que Ton va amputer, et que le chirurgien tient étendu avec le pouce et l'index de sa main gauche.
Dans l'amputation circulaire, le bistouri étant tenu à pleine main, on coupe circulairement la peau et le tissu cellulaire à sept ou huit millimètres en avant de l'article. L'aide en retractant fortement les téguments peut quelquefois les faire remonter au niveau de l'articulation, mais presque toujours il est nécessaire de les disséquer, ce que l'on fait en insinuant ia pointe du bistouri entre l'os et la peau. Le chirurgien fléchit alors fortement la phalange, coupe le tendon extenseur et les ligaments latéraux, pénètre dans l'article, redresse le doigt et sort en coupant les tendons fléchisseurs.
Méthode à lambeaux. — Cette méthode compte pour l'amputation qui nous occupe d'assez nombreux procédés.
Je signalerai ici, comme transition entre la méthode circulaire et la méthode à lambeaux, l'application que fit Garengeot à la désarticulation des phalanges du procédé de Ravatori. 11 combinait deux incisions latérales et la section circulaire faite comme ci-dessus, et une dissection dès lors facile lui donnait deux lambeaux carrés, l'un dorsal, l'autre palmaire.
Ledran taillait un lambeau latéral ; Maingault, deux lambeaux latéraux. Laroche et Walther ne faisaient qu'un lambeau dorsal; Richerand etGouraud traçaient un lambeau dorsal etun lambeau palmaire, tous deux arrondis en demi-lune.
Lisfraiic faisait un lambeau palmaire, en commençant l'opération par la face dorsale, et taillait le lambeau en sortant. 11 a aussi, le premier, décrit un procédé très-analogue, qui avait été mis en pratique par Texier, et dans lequel on taille le lambeau palmaire par transflexion avant d'attaquer l'article.
Voici Je premier procédé : le doigt étant mis dans la position que nous avons indiquée et la phalange à amputer légèrement fléchie, le chirurgien tenant le bistouri comme un archet, le porte perpendiculairement à Taxe de la phalange au niveau de l'interligne, et le fait couper du talon à la pointe en le promenant de gauche à droite. Il sectionne ainsi successivement la peau, le tissu cellulaire, le tendon extenseur et une portion de la capsule articulaire; puis, pour couper le ligament latéral du côlé de la main qui opère, le chirurgien incline le bistouri de façon que le manche se dirige en bas et vers lui, le tranchant faisant avec l'axe du doigt un angle de 60°. Le ligament latéral et le tissu correspondant sont coupés.
Le bistouri est alors ramené sur la face latérale opposée, et là on le dirige comme ci-dessus, avec cette différence que c'est la pointe qui regarde en bas et vers l'opérateur. Les deux ligaments latéraux sont alors divisés, et la face dorsale ainsi que les parties latérales de l'article ont été circonscrites par une incision semi-lunaire à concavité antérieure. On peut, pour simplifier, commencer l'opération sur la partie latérale du doigt du côté opposé à la main qui opère, de là venir sur le dos, puis sur l'autre côté, et terminer comme précédemment.
Quel que soit celui des deux procédés que l'on ait mis en usage, les surfaces articulaires n'étant plus maintenues que par les liens palmaires, peuvent s'écarter du côté dorsal. L'opérateur saisit entre le pouce et l'index de sa main gauche la phalange à enlever, la prenant par ses faces latérales. Le bistouri en contourne la partie postérieure, glisse au-dessous, de façon qu'une de ses faces s'applique à la face palmaire delà phalange qui est alors saisie transversalement entre le pouce et l'index, placés l'un à la face dorsale, l'autre du côté palmaire, en arrière de la lame du bistouri, qui est promenée d'arrière en avant. Alors qu'on juge le lambeau suffisamment long, ce que Ton peut mesurer directement en l'appliquant sur la surface à recouvrir, on termine par une section arrondie, en évitant de tailler la peau en biseau .
Voici maintenant, pour finir, le procédé de Texier : la main est tenue en supination; tous les doigts sont fléchis, hormis celui sur lequel on va opérer. Le chirurgien tient l'extrémité de ce doigt entre le pouce et l'index de sa main gauche, enfonce à plat au niveau de l'interligne la pointe du bistouri tenu comme un archet en raclant l'os. Le lambeau taillé, Texier et Lisfranc attaquaient l'articulation par la
Planche XVI.
Amputation de la totalité d'un doigt
Fig. 1. — A. Amputation ovalaire.
Fig. 1. — B. Amputation à deux lambeaux latéraux.
Fig. 4. — C. Amputation du pouce à lambeau externe.
Fig. '2 — Lambeau externe de l'amputation du pouce.