‹ Manuel d'opérations chirurgicalesChapitre 82 sur 107 · D1 CHARLES MAURIAC · texte numérisé non relu

D1 CHARLES MAURIAC

MÉDECIN DE i/ll OPITAL DE LOURCINE

I iort volume in-8, de 875 pages, cartonné en toile anglaise Prix : 14 francs

M. le docteur Charles West, médecin de l'hôpital Middlesex, puis de l'hôpital Saint-Barthélemi, à Londres, professe depuis vingt-cinq ans, des cours publics sur les accouchements et les maladies des femmes, Il s'est fait à Londres une brillante réputation comme [accoucheur et gynécologiste. Sa compétence pour écrire ce livre dont une traduction est offerte au public médical est donc incontestable. Aussi pouvonsnous dire hardiment: voici un bon livre.

M. West s'est posé en antagoniste convaincu de la doctrine de M. H. Bennett et Ta combattue, non sans succès, dans ce qu'il lui trouvait de trop exclusif, soit dans le processus invoqué, inflammation, soit dans la localisation, le col utérin. Suivant M. West, la thérapeutique des maladies utérines, modifiée par une conception pathogénique plus vaste, doit se montrer moins inpatiente que ne le veut M. Bennett de guérir à tout prix sa lésion locale, plus désireuse de modifier les conditions morbides générales de l'économie. En d'autres termes,

l'intervention chirurgicale doit, en ces maladies, se montrer beaucoup plus rare et surtout moins turbulente, tandis que l'intervention méicale doit y occuper la principale place.

L'ouvrage de M. West, non conçu dans des vues spéciales, car l'auteur n'est nullement systématique, représente un traité fort complet. Après une préface du traducteur largement traitée le docteur ÂVest débute par passer en revue les troubles delà menstruation. Il faut signaler comme des plus savantes et des plus judicieuses, l'étude des rapports de l'aménorrhée avec la chlorose. L'aménorrhée et la ménorrhagie sont étudiées de même, et contre cette dernière l'auteur rappelle les bons effets qu'on obtient de la digitale employée à haute dose; enfin, la dysménorrhée et ses diverses formes névralgique, congestive et mécanique, y compris la dysménorrhée membraneuse, dont on se préoccupe beaucoup depuis peu.

L'auteur aborde alors les maladies de l'utérus proprement dites, passe ensuite à l'étude des polypes et des tumeurs fibreuses, polypes muqueux, polypes fibro-celluleux, polypes glandulaires, telles sont les principales variétés admises par l'auteur. 11 faut y joindre les kystes muqueux, dus à l'hypertrophie des follicules du col, et qu'il appelle du nom de polype fibrineux analogues au-x épanchements chroniques du sang.

Viennent alors les tumeurs fibreuses, leurs caractères, leurs transformations diverses, l'influence qu'elles exercent sur l'utérus, le mode suivant lequel agit cet organe pour les expulser, leurs symptômes, leur diagnostic et enfin leur traitement.

Comme corollaire de cette étude, suit celle des polypes, des tumeurs singulières appelées fibroïdes récurrentes, à cause de leur composition anatomique qui les rapproche des fibromes, et de la facilité qu'elles montrent à se reproduire après l'ablation même la plus complète en apparence; enfin, des tumeurs graisseuses et des tubercules. Quant au cancer, sa description est non moins largement traitée : trois grandes leçons lui sont consacrées.

Dans les formes symptomatiques sont .décrites les variétés les plus anormales, depuis le cancer latent jusqu'au cancer aigu; et le diagnostic, si difficile quelquefois, entre le cancer et l'induration inflammatoire est traité avec le plus grand soin.

Au chapitre du traitement, *sont examinés, après tous les palliatifs, les moyens chirurgicaux qui permettent, dans certains cas, de tenter une véritable guérison.

Après les maladies de l'utérus celles des annexes. Et d'abord, l'inflammation des annexes de l'utérus. Ici sont étudiés à fond le phlegmon pelvien et la péritonite pelvienne localisée. Après le phlegmon vient fhématocèle.

Je ne dirai rien, du chapitre consacré à Povarite; mais comment

passer sous silence les six leçons que l'auteur consacre aux tumeurs et à Thydropisie de l'ovaire, et dont les kystes font les principaux frais?

Le volume se termine par une leçon sur les affections de là vessie chez la femme, par une autre leçon sur les maladies de l'urèthre et du vagin, et enfin par une dernière sur les maladies des organes extérieurs de la génération. 11 y a, dans ces dernières pages, la description de beaucoup de petites infirmités qui souvent tourmentent beaucoup les femmes qui en sont affectées, et qu'il est assez facile cependant de faire disparaître. Tels sont certains ténesmes vésicaux, le singulier malaise que Ton a attribué à la congestion de l'urèthre, les tumeurs vasculaires de l'orifice uréthral, les diverses formes d'inflammation vague, les eczéma, prurigo ou prurit simple, le vaginisme, si souvent invoqué depuis quelque temps; enfin, les ulcérations de toute nature qui peuvent se présenter dans cette région.

Non content de nous traduire, correctement toujours et souvent heureusement, la pensée de son auteur, M. Mauriac a voulu compléter son travail en comblant les quelques lacunes qui se rencontrent dans le livre anglais; et changeant ainsi à notre grand avantage le caractère primitif de ce travail, il a joint à l'œuvre originale du docteur West les observations que son expérience personnelle lui permettait de formuler et les analyses des travaux les plus récents qui aient paru sur la matière, soit en France, soit à l'étranger. Conservant à ces notes le double cachet de science consommée et d'application féconde qui convient à tout l'ouvrage, il en a fait ainsi une sorte de compendium de gynécologie que tous, savants et praticiens, pourront consulter avec fruit Parmi les principaux travaux que le docteur Mauriac a analysés ainsi, nous citerons certains articles de Scanzoni, de Bennett, d'Aran, de Raciborski, de Lagneau, etc.

On trouve, là aussi, l'analyse du mémoire de M. Huguier, sur l'allongement hypertrophique du col de l'utérus ; celle de la thèse de M. Tillot, sur la lésion et la maladie dans les affections chroniques du système utérin; celle du mémoire de M. Guéniot, sur l'acupuncture, moyen de diagnostic différentiel entre certains polypes fibreux de la matrice et le renversement partiel de cet organe ; celle de la thèse du docteur Brouardel, sur la tuberculisation des organes génitaux ; les essais de M. Greenhalgh, sur l'empli de l'iodoforme pour combattre les douleurs du cancer utérin ; les expériences de M. Broadbent, sur les injections dacide acétique dilué contre cette même affection; les études anatomiques de M. Cornil, sur les tumeurs épithéliales du col utérin; les statistiques de M. Boinet, sur les injections iodées dans les kystes de l'ovaire, et l'analyse du rapport de M. Barth à l'Académie à ce sujet; enfin, les travaux de M. Kœberlé et de M. Péan sur l'ovariotomie, etc., etc.

Outre ces traits empruntés aux auteurs les plus autorisés, M. Mauriac a rédigé plusieurs appendices volumineux, qui, modestement cachés par lui sous le titre de Notes et insérés en tout petits caractères, n'en constituent pas moins, pour la plupart, de remarquables résumés monographiques. Telles sont d'abord: la note sur la médication eminénagogue ; celle, qui a trait à la menstruation dans ses rapports avec les maladies aiguës et chroniques; celle où il décrit rhystéralgie et ses formes diverses ; celle, plus importante, dans laquelle sont étudiées les hypérémies et les inflammations de la matrice, avec les fongosités, les ulcérations et toutes leurs variétés; enfin, la leucorrhée qui en est une des principales conséquences.

Signalons encore les pages où M. Mauriac décrit les affections inflammatoires de l'ovaire et de la trompe ; l'ovarite commune, inflammatoire ou catarrhale : l'ovarite puerpérale ; l'ovarite blennorrhagique ; l'ovarite rhumatismale; l'ovarite ourleuse (consécutive aux oreillons) ; les ovarites tuberculeuses ou strumeuses, variolique ou syphilitique.

En praticien consommé, notre annotateur ajoute encore aux conseils donnés par l'auteur au sujet des maladies de la vessie, de l'urèthre, de la vulve et du vagin ; les cystites surtout sont approfondies et détaillées, ainsi que les affections delà vulve: inflammations, végétations, tumeurs, etc.

A tous les points de vue, on peut faire l'éloge de ce livre : la partie thérapeutique y est traitée avec un esprit de sagesse et de. modération dont on a de trop rares exemples dans le domaine de la pathologie utérine. M. West ne s'écarte pas des grandes traditions pathologiques et thérapeutiques.

M. le docteur Mauriac, médecin de l'hôpital du Midi, ancien interne d'Aran, a consacré, comme nous l'avons déjà dit, des notes et commentaires à tous les points qui lui ont paru obscurs ou controversés. — Ces notes forment près d'un tiers de l'ouvragé.

Les Leçons sur les maladies des femmes ont eu trois éditions en An gleterre, trois éditions en Amérique. Un pareil succès, qui grandit au lieu de se ralentir, ne prouverait-il pas à lui seul que ce livre possède des qualités classiques qui le placent au-dessus des engouements éphémères, et que le temps n'a point de prise sur. lui.

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