COUPS VITRÉ
vitré, qui le différencie chez les divers animaux. Chez certains, Vhumeur vitrée se caractérise par ses qualités visqueuses, filamenteuses (homme, poissons), tandis qu'il représente, chez d'autres, une gélatine gluante et compressible (par exemple, chez le chien, le bœuf). Ces variations doivent se rapporter à la constitution chimique. Le corps vitré de l'homme et dus poissons renferme, en effet, de la mucine, tandis que cette substance paraît faire absolument défaut dans l'humeur vitreuse du chien et du bœuf; de même, chez le mouton, on ne peut rencontrer que de faibles traces de mucine. Par contre, ces corps vitrés, libres de mucine, se caractérisent par une plus grande richesse en albumine.
11 était déjà connu des anciens anatomistes qu'en transportant le corps vitré sur un filtre, la majeure partie en dégouttait, sous forme d'un liquide transparent, tandis qu'il ne restait sur le filtre même, après avoir enlevé Fhyaloïde, qu'un faible résidu d'une substance visqueuse et membraneuse. Il résulte de ce fait qu'il ne faut pas envisager l'humeur vitrée comme un simple liquide, mais qu'on doit lui attribuer une composition complexe. Indubitablement, il faut donc différencier ici une partie consistante et une partie liquide (vitrina ocularis).
En ce qui concerne la répartition de la substance solide dans le liquide du corps vitré, es opinions des auteurs ne concordent guère. Depuis les recherches de Demours, ce qui paraissait le plus simple pour expliquer la consistance particulière de la gélatine du corps vitré, c'était d'admettre la présence de membranes qui traverseraient le corps vitré dans les directions les plus variées, pour y former de nombreux espaces. Voyant que, par une petite piqûre de l'hyaloïde, on pouvait évacuer peu à peu toute la vitrina, on fut forcé d'admettre une communication de tous ces espaces en « cellules ». Zinn attira, le premier, l'attention sur ce fait que le corps vitré congelé montrait, à la périphérie, une cassure écailleuse, qu'il se détachait de sa surface postérieure des écailles qui présentaient un arrangement concentrique, analogue à celles de l'oignon. Mais on n'a pas réussi jusqu'à présent, sauf pour ce qui regarde le canal central, à démontrer dans le corps vitré frais la présence de membranes.
Bien que l'examen microscopique ne permette de discerner aucune substance solide dans le corps vitré, qui affecte une apparence absolument homogène, il faut évidemment, puisqu'il ne s'agit certes pas d'un simple kyste, que la gélatine soit divisée en espaces contenant le liquide. Pour les parties centrales du corps vitré, Doncan a rendu probable la présence de pareils espaces, en se servant des rechercherches entoptiques. D'après lui, des espaces se trouveraient dans la partie postérieure du corps vitré, à un écart de 1/3 à 4 millimètres de la rétine, s'étendant principalement en sens vertical (jusqu'à 3 millimètres). Aussi, derrière le cristallin on rencontrerait, surtout dans une direction oblique, de pareilles lacunes renfermant du liquide. Ces observations concordent avec le fait que les parties du corps vitré humain, voisines de l'axe, sont plus liquides que celles des couches corticales; tandis qu'au contraire le noyau parait précisément, chez certains animaux, plus consistant. Mais, aussi dans les parties périphériques, l'existence de pareils espaces en fente, situés dans la gélatine du corps vitré, est rendue probable. Les faits suivants plaident dans ce sens :
1° Sur des yeux congelé?, le corps vitré qu'on enlève en bloc du globe oculaire peut, dès que la dégélation commence, s'effeuilleter en fines lamelles de glace, qui se détachent de la surface et qui semblent indubitablement se rapporter à des espaces concentriquement disposés ;
2° Stilling a observé que des solutions colorées (bleu de Prusse, carmin), que l'on fait tomber goutte à goutte sur un corps vitré, divisé par moitié dans la région équatoriale, non seulement pénètrent en suivant la direction du canal central, mais remplissent aussi encore un certain nombre de sillons circulaires et concentriques de la substance corticale. En outre, cet observateur a pu voir, sur certaines sections particulièrement réussies, une ligne colorée qui, partant du canal central, se subdivisait, vers le milieu de la coupe, en deux, pour se terminer en se bifurquant (figure en tricorne de Stilling, lig. 236).
Stilling interprète toutes ces lignes comme l'entrée d'espaces en fente qui, dans la périphérie, traversent la gélatine du corps vitré, circonscrivent des espaces concentriques en forme de coquille, et montreraient, par contre, dans le noyau homogène, un arrangement radié, révélé par la figure en tricorne. Il réussit aussi à démontrer les espaces concentriques de la masse corticale, par des coupes dirigées à travers l'axe oculaire; ces espaces paraissaient, au voisinage du pôle postérieur, aboutir tous au canal central, tandis qu'ils se terminaient dans la région de Yora serrata, la partie antérieure du corps vitré étant représentée par le noyau (lig. 237).
Suivant Schwalbc, il faudrait envisager la figure en tricorne de Stilling, comme la con-
séquence d'un fendillement artificiel, qui se produit .sous la pression que nécessite la section du corps vitré ;
3° Iwanoff a aussi réussi à démontrer, sur de fines coupes de corps vitrés durcis dans le liquide de Millier, une déhiscence des couches de la substance périphérique en des lamelles concentriques ;
4° Hannover observa, sur des yeux de mammifères, une structure lamellaire et concen-
Fig. 236. — Section équatorialc du corps vitré d'un mammifère (porc, mouton) (d'après Stilling).
c, canal central avec figure en tricorne. Les lignes concentriques de la périphérie indiquent les sillons qui se sont remplis, après avoir fait tomber du liquide colorant dans la substance corticale. (Dessin schématique.)
FlG. 237. — Coupe à travers l'axe du corps vitré d'un mammifère, d'après Stilling.
c, canal central; l, cristallin. L'écorco est indiquée par des fentes concentriques.
trique toute particulière. Il envisageait les divers feuillets comme des cloisons membraneuses préformées, qui entoureraient des sacs fermés, et qui, se recourbant en avant dans la région du corps ciliaire, prendraient derrière le cristallin une direction parallèle, située dans un même plan (lig. 238). Il s*agit évidemment ici d'un ratatinement des lamelles de la substance corticale, sous l'action de l'acide chromique, dans lequel les yeux avaient été longtemps conservés ;
5* Schwalbe, expérimentant sur des yeux humains longtemps conservés dans la solution de Miiller, a trouvé, sur une section équatoriale, que de nombreuses cloisons radiées partaient d'une couche corticale compacte, pour se terminer dans une masse centrale. A peu de distance de l'écorcc se présentait encore un second anneau concentrique (fig. 239).
Fie. 238.
Fig. 239.
Des résultats analogues, à savoir, une striation concentrique de l'écorce et une disposition radiée des parties centrales, ont aussi été obtenus par d'autres auteurs.
En résumé, nous devons conclure de toutes ces observations qu'il existe en réalité, dans le corps vitré, une écorce à structure concentrique et à fissures correspondantes. Si, chez l'homme, la gélatine du noyau se fendille, sous l'influence de l'acide chromique, en sens radié à partir du canal central, la raison en est que, tandis que, chez les animaux, il existe