CORPS VITRÉ
une substance centrale condensée, celle-ci présente, chez l'homme, une trame lâche et facilement destructible.
Canal central du corps vitré. — Dans l'œil développé des mammifères et de l'homme, le corps vitré est traversé par un canal, rempli d'un liquide transparent, qui se dirige de la papille du nerf optique vers la surface postérieure du cristallin; ce canal est désigné sous le nom de canal hyaloidien. Il commence à la papille par une partie, faiblement dilatée, mesurant environ le diamètre de celle-ci (area Martegiani), se rapetisse alors en un canal cylindrique de 2 millimètres d'ouverture (chez le porc et l'homme), et se termine finalement derrière la crislalloïde postérieure. Comme l'entrée du nerf a une position excentrique, forcément le canal central doit aussi courir excentriquement.
La démonstration de l'existence de ce canal ressort clairement des expériences de Stilling (p. 370). Par des injections, pratiquées sous la gaine piale du nerf optique, Schwalbe a aussi réussi à obtenir un remplissage du canal central, démontrant en même temps la connexion du canal hyaloidien avec les voies lymphatiques du nerf optique. Ce qui n'est pas encore bien établi, c'est le mode de terminaison du canal, derrière le cristallin. Sur les préparations de Schwalbe, la masse injectée s'arrondissait en ce point, en montrant parfois un léger renflement en massue. Suivant Stilling, le canal aboutissant, non au centre, mais en un point excentrique de la face postérieure du cristallin, passerait dans la fente située entre le corps vitré et le cristallin (fig. 237, p. 271).
Le canal central est garni d'une membrane vitreuse apparente. Çà et là, on rencontre à sa surface des cellules granuleuses aplaties, qui rappellent les cellules subhyaloïdiennes. Cette membrane paraît, dans Y area Martegiani, se continuer directement dans l'hyaloïde, et correspond évidemment à cette partie de l'hyaloïde des oiseaux qui recouvre le pecten.
Le canal hyaloidien des anciens anatomistes, que Cloquet a le premier mentionné, ne correspond pas au canal central du corps vitré développé, que Stilling a découvert. Cloquet n'entendait par son canal que l'espace que traverse, chez l'embryon, l'artère hyaloïdienne, andis que, chez l'adulte, pareil canal fait défaut et ne persiste, avec l'artère qu'il contient, que fort exceptionnellement. Toutefois, chez l'embryon, le canal central renferme l'artère hyaloïdienne, qui s'étale ensuite dans la. fossa patellaris en un réseau, et Lieberkiihn a décrit, comme délimitant l'espace qui renferme cette artère, une membrane semblable à celle du canal central.
Chez le bœuf, se rencontre constamment, comme contenu area Martegiani, une procidence blanchâtre en cône, partant de la papille et se continuant, par un prolongement filiforme, vers le cristallin. Ce cône renferme une très grande quantité de noyaux entassés. Une semblable accumulation de noyaux, appartenant à de petites cellules rondes, a été décrite par Rlebs dans l'excavation physiologique du nerf optique humain.
Fibres et cellules du corps vitré. — A l'état frais, on ne reconnaît ordinairement pas traces d'éléments [ibrillaires dans la gélatine du corps vitré. Toutefois, Schwalbe a pu, dans un cas, démontrer la présence de traînées fibrillaires sur un corps vitré humain, préalablement placé dans le sac lymphatique dorsal de la grenouille, où il avait perdu par absorption une grande quantité d'eau. Lieberkiihn fait encore mention d'un autre genre de fibrilles dans le corps vitré : ce sont les résidus de vaisseaux embryonnaires qui ne se rencontrent qu'isolés et parfois, en certains endroits, décomposés en grains fins. Enfin, d'après les recherches d'Iwanoff, il se trouve d'une façon constante, dans la région de Yora serrata, des faisceaux de fines fibrilles qui se rendent, en cet endroit, à la surface du corps vitré et parcourent, une fois en contact avec la membrane limitante, comme fibres zonulaires, la zonule en avant.
Les fibrilles, à l'exception de celles de la région de Yora serrata, constituent donc des éléments excessivement peu répandus dans le corps vitré de l'adulte. Elles se rencontrent en plus grande quantité dans le corps vitré de l'embryon, voici pourquoi sa substance paraît finement striée et plus résistante que celle de l'adulte.
Pour ce qui regarde les cellules, on réussit moins aisément à en démontrer la présence dans le corps vitré développé que dans celui de l'embryon, mais il est incontestable que le corps vitré de l'adulte en renferme. En examinant attentivement, on les reconnaît, quoique très pâles, principalement dans les couches périphériques, sans l'addition d'aucun réactif. L'acide chroiniquc et le liquide de Muller les rendent plus apparentes, et l'emploi du carmin on de l'aniline les fait ressortir nettement. Suivant Iwanoff, on peut distinguer dans la substance du corps vitré trois formes principales de cellules :
1° Des cellules rondes, parsemées dans le corps vitré, avec un ou plusieurs noyaux, sont absolument de mémo nature que les cellules subhyaloïdiennes susdécrites (p. 369) ;
2° La seconde forme, qui est représentée par des cellules fusiformes ou étoilées, se rencontre principalement dans la couche corticale. Ces cellules (fig. 210, a et d) affectent les formes les plus irrégulières, montrent des contours incurvés et ordinairement plusieurs longs prolongements protoplasmatiques qui portent çà et là de petits renflements sphériques, susceptibles de se détacher;
3° La troisième, forme de cellules du corps vitré se caractérise par la présence de vésicules claires que contient le corps cellulaire. D'après Schwalbc, ces dernières cellules ne sont que très rarement simplement celluleuses; la plupart possèdent un (fig. 240, c, e, /') ou plusieurs (g) prolongements semblables à ceux déjà signalés. Les vésicules sont, ou nettement délimitées, ou aussi indistinctement contournées, de manière qu'on reçoit l'impression comme s'il s'agissait d'un gonflement par imbibition de la substance cellulaire (fig. 240, e).
Iwauoff veut considérer les cellules rondes comme des « cellules en formation », donnant
Fig. 240.
naissance aux autres formes de cellules ; et les cellules munies de vésicules, auxquelles il attribue la formation du mucus, sont comparées par lui aux physaliphores de Virchow.
Les nombreuses formes intermédiaires entre ces trois types cellulaires, que l'on observe dans le corps vitré, démontrent incontestablement, suivant Schwalbe, leur identité. Cette opinion acquiert une nouvelle confirmation par la découverte d'Iwanoff, d'après laquelle ces trois genres de cellules montrent des phénomènes de mouvements propres. Pagcnstecher a d'ailleurs réussi, sur des corps vitrés de lapins âgés de peu de jours, à voir, sur la table de l'objectif chauffée, les diverses formes de cellules d'Iwanoff se développer de la première catégorie. De même que Schwalbc, Pagenstecher appuie sur la grande concordance de ces cellules rondes avec les corpuscules blancs du sang. Toutes les cellules qu'on rencontre dans le corps vitré, quelque variée que puisse être leur forme, ne seraient autre chose que des corpuscules lymphatiques immigrés, qui doivent la diversité de leur aspect à la qualité variable du milieu dans lequel ils se meuvent.
C'est ainsi que, tandis qu'on rencontre les cellules étoilées et fusiformes de préférence dans la masse corticale du corps vitré, et notamment chez les enfants, on trouve surtout les cellules à vésicule chez des personnes âgées, dont le corps vitré est plus abondamment fourni d'eau, et ici, particulièrement, dans les parties centrales du corps vitré.
Quant aux petits globules protoplasmatiques, dont on peut suivre la provenance par étranglement des filets protoplasmatiques (fig. 240, d, c), on les rencontre constamment en nombre varié dans le corps vitré et dans ses diverses parties. En teintant avec le carmin ou l'aniline, on peut presque partout démontrer, dans la gélatine du corps vitré, l'existence de pareils globules, soit isolés, soit rangés en séries et écartés, à grande distance des cellules mères.
D'après ce qui précède, la provenance des cellules de pus, dans les cas d'inflammation, doit être rapportée aux vaisseaux avoisinants. Ce sont des globules incolores du sang qui immigrent dans le corps vitré, et cette immigration s'effectue essentiellement des vaisseaux du corps ciliaire et de la papille du nerf optique.
Les éléments formés, que l'on rencontre physiologiquement dans le corps vitré, donnent
',m MALADIES DU CORPS V1TKÉ.
l'explication des phénomènes entoptiques. Doncan trouva, comme correspondant aux anneaux qu'on rencontre isolés dans le champ visuel, avec un centre clair, les cellules susdécrites munies d'une vésicule; il démontra, en outre, que les groupes de globules, qu'on voit par la méthode entoptique, sont de la même manière visibles au microscope. Les fibres, garnies de grains ou de globules, sont invoquées par lui pour interpréter l'image des chapelets en perles des mouches volantes.
Si nous nous demandons comment il faut classer le tissu qui compose le corps vitré, nous devons tout d'abord insister sur sa provenance du tissu connectif embryonnaire, provenance que l'embryologie met hors de contestation. Aussi, plus tard, le tissu du corps vitré se rapproche surtout du tissu connectif, mais se différencie de tous les autres genres de tissu semblables par l'absence de cellules fixes (cellules endothéliales), ainsi que par la rétrogradation des fibrilles, en comparaison de l'accroissement en masse de la substance interfibrillaire. Celle-ci se différencie de son côté, par son excessive abondance d'eau, de la substance de ciment des autres tissus fibrillaires du genre du tissu connectif (Schwalbe).
ARTICLE PREMIER