INFLAMMATION DU CORPS VITRE
les globules blancs du sang prennent, pour gagner le point irrité, le chemin ouvert par le traumatisme? Les expériences de Leber et les essais de drainage de de Wecker, n'ont-ils pas amplement prouvé que le séjour, dans le corps vitré, d'un corps absolument indifférent ne provoque aucune migration purulente? Mais les choses se passent tout autrement si, à égales conditions de traumatisme des enveloppes, le corps vulnérant a des qualités infectieuses ou irritantes par sa décomposition chimique. Donc, l'irritation inflammatoire peut partir primitivement du tissu lésé du corps vitré et rayonner dans tous 'es sens, sans se tenir forcément aux voies que le traumatisme a établies.
La nature de l'inflammation sera en rapport avec l'intensité et la durée de l'irritation infectieuse, et se caractérisera par la liquéfaction, la condensation ou la suppuration du tissu enflammé.
Si l'irritation est minime, il n'en résultera dans le corps vitré qu'une simple immigration cellulaire plus active, ayant pour conséquence une destruction lente de la trame délicate du corps vitré, autrement dit sa liquéfaction. Cette hyalitis séreuse, dans laquelle les cellules physaliphores finissent par constituer l'unique élément figuré du corps vitré, ne s'accompagne pas nécessairement de l'apparition d'opacités du corps vitré; cet état représente évidemment le degré le plus faible d'une inflammation et en particulier de celle de ce tissu délicat. Pareille altération lui est le plus fréquemment transmise du voisinage, c'est-à-dire de la matrice nutritive, la choroïde; aussi l'observe-t-on dans les formes de staphylômes progressifs, de choroïdite par traction, etc.
Uhyalitis condensante est aussi une forme chronique d'inflammation, mais dans laquelle une immigration bien plus active des cellules a accru les phénomènes nutritifs et a permis aux cellules immigrées (au lieu d'une existence éphémère comme dans l'hyalitis séreuse) de se développer et d'acquérir peu à peu les qualités de corpuscules du tissu connectif. Il en résulte une production d'opacités plus ou moins étendues, la transformation du corps vitré en tissu cellulaire, et sa condensation partielle par rétraction cicatricielle. Ces phénomènes de l'hyalite condensante peuvent souvent être étudiés à l'entour d'un corps étranger, n'ayant pas provoqué une irritation trop marquée, et aboutissent alors à l'enkystement.
L'hyalitis suppurative est, des diverses formes, la plus aiguë et celle où l'irritation infectieuse partant du corps vitré a acquis le plus d'intensité. Ici l'appel à la diapédèse et à l'immigration a été tel, que le tissu propre s'est trouvé rapidement détruit, étouffé par l'invasion, nécrosé, comme le produit pour la cornée, une invasion avec entassement de leucocytes autour d'un point infecté. Cette hyalite sera parfois plus ou moins circonscrite et, le pus se résorbant, les parois de l'abcès, formées par hyalitis condensante, pourront se rapprocher, en n'entraînant que des détachements des membranes avoisinantes et une phthisie partielle du globe oculaire (Iwanoff). Lorsque au contraire l'irritation a rayonné sur toute l'étendue occupée par la vitrina, alors la suppuration ne s'arrête pas au corps vitré qui abcède en totalité, mais se transforme en panophthalmie.
La liquéfaction, la condensation et la suppuration seront donc les trois caractères essentiels de ces diverses intlammalions du corps vitré, qui peuvent servir de prototype pour ce qui se passe dans d'autres régions, où l'étude de l'inflammation présente des conditions bien plus complexes et moins faciles à analyser.
La symptomatologie de l'hyalitis est fort difficile à établir au point de vue clinique, et cela surtout en ce qui regarde la forme la plus aiguë, l'hyalitis suppurative, qui se confond promptement avec la suppuration de la choroïde. Les conditions
favorables, pour étudier l'hyalitis, sont surtout réalisées dans les cas de pénétration d'un corps étranger dans l'œil, ou lorsqu'une partie de corps vitré fait hernie à travers une plaie.
Si le corps étranger occupant le corps vitré n'a déterminé qu'une irritation peu intense, nous voyons, avec l'ophthalmoscope, se développer une opacité le long du trajet suivi par le corps vulnérant et qui s'accuse surtout autour de celui-ci. Cette opacité est tout d'abord poussiéreuse; peu à peu, on y différencie des agglomérations qui se condensent en membranes, enveloppent le corps vulnérant et le soustraient au regard de l'observateur. Dans les cas où le corps étranger ne s'est arrêté dans l'humeur vitrée qu'après avoir ricoché en un point de la coque de l'œil, on peut voir, partant de la membrane enkystante, un cordon celluleux qui se réfléchit sur les membranes oculaires pour revenir au point de pénétration. Ce sont ces cordons d'attache qui, par leur mouvement de rétraction, peuvent à la fois donner lieu à de nouveaux déplacements du corps étranger ou à des détachements des membranes sur lesquelles ils prennent insertion.
L'irritation que le corps étranger a provoquée est-elle intense, alors on voit avec beaucoup de rapidité s'accroître l'opacité dans son voisinage, et le trouble s'irradier plus ou moins vite vers le cristallin. L'apparition d'une coloration jaunâtre, dans ce point, indique la formation d'un abcès et l'imminence de la panophthalmie.
Les recherches anatomiques démontrent, ainsi que cela ressort des expériences de Pagenstecher, que le trouble, que nous révèle l'ophthalmoscope, se rapporte à la présence de nombreuses cellules qui, suivant leur date d'immigration, se trouvent plus ou moins en voie de transformation en tissu cellulaire, ainsi que le montre la ligure 241 (c'). Peu à peu ces cellules immigrées peuvent amener, par leur organisation, la transformation du corps vitré en un tissu connectif aussi dense que le représente la figure 242.
Une autre occasion d'étudier l'hyalitis peut se présenter lorsque, après une blessure (une opération), il persiste un prolapsus du corps vitré, sans que les lèvres de la plaie soient elles-mêmes le siège d'une irritation infectieuse. Peu de temps après le traumatisme, les parties prolabées du corps vitré se troublent à la suite d'une immigration cellulaire, ainsi que le démontre l'examen microscopique. Cette immigration peut provenir, non seulement des vaisseaux avoisinants de la choroïde, mais aussi de la conjonctive irritée. Le prolapsus peut abcéder, et si cette inflammation a été déterminée très rapidement par une substance infectieuse (le pus d'une dacryocystite que recèle le sac conjonctival), l'hyalitis suppurative gagne l'intérieur de l'œil et détermine la panophthalmie.
Le prolapsus du corps vitré, heureusement, n'est pas souvent le siège d'un abcès; ordinairement il s'y développe une forme lente d'hyalite, conduisant à l'élimination des parties prolabées, par liquéfaction, et à la condensation du pédicule du prolapsus, qui se transforme en un cordon cicatriciel s'étalant vers l'intérieur de l'œil.
En dehors de ces hyalitis traumatiques, nous ne possédons pas, au point de vue clinique, de symptômes qui nous permettraient de différencier la forme idiopathique de la forme transmise du tractus uvéal. Dans les formes chroniques, l'apparition de troubles de transparence du corps vitré précède souvent tout autre symptôme appréciable du côté des membranes enveloppantes de l'œil; mais il ne faudra pas oublier, surtout pour ce qui regarde les troubles occupant le segment antérieur du corps vitré, que la partie la plus importante pour la nutrition des milieux transparents malades, le corps ciliaire, est soustraite à notre inspection directe. Si les trouble