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FORMATION DE VAISSEAUX DANS LE CORPS VITRÉ

les paillettes d'un voile (Cocciits); mais le plus souvent les cristaux se meuvent, librement clans une très grande étendue du corps vitré, particulièrement dans les couches les plus voisines du cristallin et du corps ciliaire, de façon qu'en dilatant la pupille, on peut voir voltiger ces cristaux même à l'inspection directe avec l'éclairage du jour. La plus belle image ophthalmoseopique s'obtient en observant le corps vitré, à l'image renversée, avec un fort verre convexe (-j- 18 ou -f- 20), et en éloignant progressivement l'oculaire de l'œil examiné, de façon à parcourir les différentes couches du corps vitré. On peut ainsi reconnaître deux genres de cristaux: certains très petits, d'un aspect d'argent pur, sont représentés par la lyrosine; les plaques plus volumineuses, ayant un chatoiement coloré et se trouvant souvent réunies en masses, sont les cristaux de cholestérine. S'il est assez exceptionnel de rencontrer des cristaux dans les couches postérieures de l'humeur vitrée, on observe parfois des dépôts de cholestérine dans les anciens foyers de choroïdite et, plus fréquemment, dans des cas de dégénérescence graisseuse delà rétine.

M. Poncet, ayant eu l'occasion, assez rare, d'examiner les yeux d'un sujet atteint d'un double synchysis scintillant, a trouvé des cristaux de cholestérine en nombre relativement peu considérable (fig. 213, 1 , 3, 4) ; des groupes de lyrosine, partie en cristaux, partie sous la forme de corps sphériques garnis d'étoiles (2); enfin, des masses sphériques volumineuses de phosphates (9). Les cristaux phosphatiques s'étaientaussi, en partie, déposés sur les cellules du corps vitré, atteintes de prolifération (8). M. Poncet attribue la genèse de ces éléments cellulaires (5, 6, 7) à une altération sénile de la choroïde de la région ciliaire, et pense qu'il s'agit d'éléments immigrés, autour desquels se sont ultérieurement déposées les masses phosphatiques.

Bien que l'on ne doive guère se flatter d'obtenir une modification sensible d'un processus régressif du corps vitré, tel que le synchysis étincelant, on pourra néanmoins tenter l'emploi du succinate de fer, tant vanté, dans l'Amérique du Nord, comme résolutif des concrétions analogues des voies biliaires. Nous avons, à diverses reprises, fait prendre, deux fois par jour, vingt gouttes d'une solution de succinate de fer dans du chloroforme.

formation de vaisseaux dans le corps vitré (canal du corps vitré persistant, artère hyaloïdienne persistante)

Dans la description des formations de vaisseaux dans le corps vitré, nous ne pouvons avoir en vue que les cas où l'inspection de ce milieu est rendue possible, par une conservation parfaite de sa transparence ; il ne peut être nullement question de la vascularisalion d'un corps vitré désorganisé, consécutivement à des inflammations prolongées et violentes. Nous ne mentionnons pas non plus les formations de vaisseaux sur des membranes affectant la disposition de tentes qui, à la suite d'hémorrhagies, s'élèvent de la papille dans le corps vitré. Dailleurs, dans ce dernier cas, le corps vitré, refoulé en avant, ne prend pas part au développement des vaisseaux.

Une variété assez curieuse de vascularité du corps vitré consiste dans la persistance de l'artère hyaloïde. Celle-ci, comme on le sait, traverse, pendant la vie fœtale, la partie médiane du corps vitré, gagne la fossette hyaloïde et forme, entre le corps vitré et le cristallin, un réseau qui embrasse la cristalloïde postérieure. Des

DE WECKER ET MASSELON . 25

mailles périphériques de ce réseau, partent de fins rameaux qui se recourbent sur la cristalloïde antérieure, pour se joindre à la membrane capsulo-pupillaire, tandis que d'autres se portent vers la zonule de Zinn. Ce n'est qu'à la fin de la vie foetale que ces vaisseaux s'oblitèrent, à partir de la membrane pupillaire, et le dernier qui disparaisse est l'artère hyaloïde. Chez le veau et le poulain, cette artère s'observe même encore un certain temps après la naissance.

M. Meissner est le premier qui, dans ses recherches anatomo-pathologiques, ait constaté, sur Fhomme, la persistance de l'artère hyaloïde. Après lui, feu H. Mùller a décrit avec beaucoup de soin cette disposition chez le bœuf, et il attribue à la même origine le petit bulbe blanchâtre qu'il avait, à plusieurs reprises, observé chez l'homme, près de l'artère centrale, au point où elle se recourbe sur la rétine. Bientôt après, M. Saemisch eut l'occasion de reconnaître la présence d'une artère hyaloïde, sur un œil qui, d'ailleurs, ne présentait d'autre particularité qu'un certain degré d'hypermétropie. L'artère en question était représentée par un cordon opaque, entouré d'un second contour faiblement grisâtre, et était étendue entre la papille et le pôle postérieur du cristallin. M. Zehender, dans un autre cas, où le cordon présentait des mouvements ondulatoires, put nettement constater, à l'éclairage oblique, une coloration rouge, dans la partie du cordon accessible à ce mode d'examen.

Depuis, les observations se multiplièrent. Parmi celles-ci, quelques-unes présentent des particularités intéressantes. Ainsi de Wecker rencontra un cas de persistance de l'artère hyaloïde (n'offrant qu'un seul contour, sans reflet rougeâtre à l'éclairage latéral), qui s'implantait sur un cristallin cataracte et luxé. Celui-ci était entouré de dépôts irréguliers et d'un blanc intense (masses calcaires?), qui s'adossaient à une membrane translucide occupant en grande partie le champ pupillaire. C'est dans une circonstance analogue d'organisation antérieure de l'artère hyaloïdienne persistante, qu'une confusion a pu être faite avec un gliome de la rétine (Panas).

Citons encore le fait relaté par M. Unterharnscheidt, qui a vu une artère hyaloïdienne persistante se déchirer, sous l'influence de la distension que subit un œil atteint de myopie progressive. A la suite d'une semblable rupture, on rencontrera une sorte d'appendice filamenteux ou en champignon sur la papille, et, du côté de la cristalloïde postérieure, un vestige de cordon simulant une cataracte polaire postérieure.

Nous devons, ici, faire encore mention de la persistance congénitale, non d'un vaisseau, mais du canal qui, pendant la vie intra-utérine, a livré passage à l'artère hyaloïdienne. Le canal de Cloquet, enveloppant l'artère, a été représenté par M.Manz sur un dessin très amplifié. La préparation avait été recueillie chez une jeune fille de vingt-quatre ans qui, pendant la vie, ne pouvait être soumise à l'examen ophthalmoscopique, à cause d'un leucome très étendu de cet œil; « un manteau cylindrique et transparent entoure le vaisseau (partant d'un appendice conique de la papille). Cette enveloppe parcourt, à peu près, la partie centrale du corps vitré et s'insère, par un disque à contour net et de forme ovalaire, à la capsule postérieure, un peu au-dessous de son centre ».

La persistance du canal de Cloquet a été signalée par Flarcr et par de Wecker . Cette anomalie se révèle par la transparence du cordon qui traverse le corps vitré, mais ce caractère, pour être constaté, exige parfois que l'on fasse varier les conditions de l'examen. Ainsi, dans le cas rapporté par de Wecker, on voyait tout d'abord à l'ophllialmoscope, sur les deux yeux, un cordon noirâtre qui se dirigeait du pôle postérieur du cristallin vers la papille du nerf optique. Ce cordon offrait, des deux

côtés, une insertion arrondie à la crislalloïde postérieure, était courbée eu S et flottait manifestement pendant les mouvements des yeux. Après dilatation de la pupille et en procédant à l'examen à l'image droite, on voyait que le cordon, d'une largeur uniforme et égale à celle d'une première branche de l'artère centrale, montrait une transparence parfaite, que son contour était très délicat, mais aussi très distinct. Sa transparence ressortait surtout lorsqu'on s'adaptait pour les couches postérieures du corps vitré et que le cordon en question se trouvait placé devant la section plus claire du nerf optique. Il semblait alors que le corps vitré était traversé par un tube de verre tordu et très mince. Au contraire, si la ligne visuelle de l'observateur concordait davantage avec l'axe du cordon, et si l'œil s'adaptait en même temps pour les couches antérieures du corps vitré, on recevait l'impression d'un ruban noirâtre aplati.

Dans le cas de Flarer, on observait, simultanément avec le cordon transparent qui traversait le corps vitré, une persistance partielle de la membrane pupillaire.

Les quelques observations qu'on a pu recueillir jusqu'à présent, montrent que la persistance du canal se rencontre constamment sur les deux yeux, tandis que jusqu'ici on n'a observé généralement la persistance de l'artère hyaloïde que sur un seul oeil (le cas de M. Knappfait exception).

Les corps étrangers, qu'on rencontre le plus fréquemment dans l'humeur vitrée, sont des éclats métalliques (des morceaux de capsule), des grains de plomb et des fragments de pierre.

D'après les recherches de M. Berlin, le corps étranger n'est pas, en général, parvenu de prime abord à l'endroit où nous le trouvons à l'examen ophthalmoscopique, pratiqué après l'accident, mais il a été projeté, par ricochet, de la surface postérieure du globe oculaire. Il existe donc un double trajet creusé dans la substance gélatineuse du corps vitré. De plus, il faut prendre en considération, pour ce qui regarde l'emplacement occupé par le corps vulnérant, son poids, qui, lorsqu'il est quelque peu accusé, entraîne ce corps dans les parties déclives du segment inférieur de l'œil. En dernier lieu, il ne faut pas oublier que des secousses violentes imprimées au globe oculaire soit directement, soit indirectement, peuvent faire changer de position un corps étranger, et cela à tel point qu'on a vu des grains de plomb quitter leur poche, où ils s'étaient enkystés, pour se porter en avant et en bas, de façon à faire renaître tous les phénomènes irritatifs de la blessure première.

Ce qui doit nous intéresser tout particulièrement, c'est de connaître le degré d'irritation que présentera l'œil suivant la nature chimique du corps vulnérant, question qui, effleurée par de Ammon, a été soigneusement étudiée par Leber. Cet expérimentateur est arrivé aux conclusions suivantes :

1° La simple présence d'un corps étranger indifférent à la décomposition chimique, corps étranger auquel ne se trouve attaché aucun germe d'organisme inférieur, ne provoque, dans l'intérieur de l'œil, aucune inflammation. (La confirmation clinique de ce fait, Leber la trouve dans les essais de drainage qui ont été faits par de Wecker, au moyen de fils d'or pur.)

2° Des corps étrangers aseptiques, composés de métaux soumis à l'oxydation, ne

déterminent pas une inflammation suppurative, mais peuvent néanmoins entraîner des conséquences graves (décollement de la rétine, atrophie aiguë). Toutefois, il faut faire exception pour le cuivre et le vif-argent, ces métaux étant susceptibles de provoquer la suppuration.

3° Il survient constamment une inflammation suppurative de l'œil, après des lésions accompagnées de l'introduction de germes d'organismes inférieurs.

Quelles sont les déductions cliniques que nous avons à tirer de ces travaux importants? c'est que nous avons à nous occuper, non seulement de la composition chimique d'un corps étranger qui a pénétré dans l'œil, mais surtout de la question de savoir s'il y est entré plus ou moins vierge de germes et, principalement, si la plaie et le canal, que le corps étranger a parcourus, ne sont pas devenus, après la blessure, le lieu d'une infection septique. Un point qui doit encore nous inquiéter lorsqu'on peut supposer que des germes de micro-organismes ont pénétré dans l'œil, c'est de reconnaître si ceux-ci ont été transportés dans un lieu particulièrement propice à leur culture, comme le constitue surtout la masse cristallinienne. Le sac capsulaire, par sa position anatomique et ses conditions de nutrition endoexosmotiques, paraît être, en effet, un lieu de culture de prédilection, d'où rayonne alors l'action infectante dans toute la région voisine, la plus riche en vaisseaux, en entraînant une diapédèse généralisée.

C'est ainsi que s'explique la gravité des blessures du cristallin, simultanément avec la pénétration de corps étrangers contaminés (indifférents même, comme composition chimique) ; c'est pourquoi aussi nous redoutons tant les blessures qui se compliquent de lésions du cristallin, car ce sont principalement celles qui menacent de destruction, par panophthalmie, l'œil blessé. L'action vulnérante, même quand le corps étranger est chimiquement irritant, reste, ainsi que cela arrive pour un globule de mercure métallique, plus ou moins circonscrite, lorsqu'il séjourne dans les chambres de l'œil, et son élimination est même facilitée par une suppuration circonscrite, s'il occupe la chambre antérieure.

Ces questions ont infiniment plus d'importance, pour nous, que la discussion théorique, consistant à rechercher jusqu'à quel point le corps vitré participe directement à la réaction inflammatoire, provoquée par la présence d'un corps étranger (H. Pagenstecher).

Les expériences de Leber nous expliquent comment, dans certains cas, la présence de corps étrangers a été supportée pendant fort longtemps, sans irritation bien apparente des milieux ambiants. Il en est ainsi lorsqu'il y a eu pénétration (sans infection) d'un corps métallique non oxydable. Ici, nous pouvons le voir briller, avec son éclat particulier, pendant des années. S'agit-il de corps métalliques susceptibles de s'oxyder? alors un processus d'enkystement s'opère avec une lenteur d'autant plus grande que la blessure, pour l'introduction du corps vulnérant, a été moins considérable.

Au début, il se forme à l'entour du fragment de capsule (car c'est ordinairement de pareils corps étrangers qu'il s'agit) un trouble nuageux, qui se continue dans la direction du canal à travers lequel le corps vulnérant est passé. Parfois ce nuage forme un halo autour du fragment vulnérant, situé, lui-même, dans une portion restée transparente du corps vitré; bientôt la condensation des opacités le soustrait complètement au regard et ne permet plus de reconnaître que le sac kystique, qui se forme et se continue, à la fois, dans le sens du canal d'introduction et celui produit par le ricochet.

Le pronostic des blessures du corps vitré est des plus graves, même si la com-

position chimique du corps étranger ne complique pas la situation, et en dépit des résultats brillants immédiats que fournit, parfois, l'application des nouvelles ressources opératoires, qu'on a mises récemment en pratique avec plus de persévérance.

Gomme il s'agit souvent de fragments d'acier qui ont pénétré dans l'humeur vitrée, on a fait construire des instruments aimantés et des électro-aimants (Hirschberg) pour attirer ces éclats et les enlever. Lorsque la transparence des milieux de l'œil permettra de se renseigner sur le siège du corps métallique, on rendra l'intervention moins blessante, en faisant parcourir à l'aimant un chemin aussi direct que possible. Sans vouloir nier la possibilité de guérisons définitives, il ne faut pas oublier qu'en général ces yeux se perdent ultérieurement, par suite de la rétraction cicatricielle des membranes incisées pour livrer passage à l'aimant, et que les désordres ultérieurs seront d'autant plus accusés, que l'opération a été faite avec une lésion plus grande du corps vitré ou une perte plus notable de sa substance.

L'époque à laquelle on opère influe aussi très sensiblemeut sur les chances à courir. Un corps étranger a-t-il séjourné pendant plusieurs semaines déjà dans l'humeur vitrée? il est à présumer que sa présence a altéré notablement la consistance du milieu où il a pénétré, ou, pour mieux dire, qu'il s'est formé aussi un décollement plus ou moins étendu du corps vitré. Aussi une tentative opératoire aura-t-elle aussitôt pour effet un écoulement considérable de liquide et un affaissement de l'organe.

Trois conditions essentielles sont donc indispensables, pour le succès des extractions de corps étrangers de l'humeur vitrée; il faut : 1° que la transparence des milieux soit telle qu'on puisse, avec l'ophthalmoscope, localiser exactement l'emplacement du corps vulnérant, surtout si celui-ci n'est pas de nature à être attiré par un électro-aimant; t° que l'emplacement qu'il occupe et ses dimensions ne réclament pas une incision trop étendue de la coque oculaire, ni une introduction trop profonde des instruments (aimantés ou non) qui doivent l'amener en dehors; 3° que ces tentatives d'extraction soient faites peu de temps après la blessure. Du reste, plus on est éloigné du traumatisme, l'œil ayant conservé ses conditions de transparence, plus une temporisation sera indiquée, car on sera davantage en droit de compter sur la tolérance définitive de l'œil pour conserver le corps vulnérant.

Les entozoaires qu'on rencontre dans le corps vitré sont presque exclusivement représentés par le scolex du ténia, le cysticercus cellulosœ. Suivant la coutume des divers pays de consommer la viande crue, ou fort peu rôtie, on rencontre plus ou moins fréquemment la présence de cet entozoaire dans l'organe de la vision. C'est principalement dans le nord de l'Allemagne que cette lésion grave s'observe; tandis qu'en France, et en particulier à Paris, de pareils cas sont excessivement rares. Une particularité digne d'être notée, c'est que, suivant les pays, nous trouvons la localisation du cysticerque dans l'œil ou dans ses annexes, à l'exception de tout autre point du corps; tandis qu'au contraire, dans d'autres contrées, on peut voir des malades farcis, en quelque sorte, de pareils parasites sans que l'organe de la vision donne asile à aucun. Des conditions particulières de structure du scolex, suivant sa provenance, doivent expliquer pareil fait étrange.

La première observation, relative à la présence d'un corps vésiculaire (vraisemblablement un cysticerque) dans les milieux postérieurs de l'œil, a été rapportée par M. Coccius et publiée deux années après la découverte de l'ophthalmoscope. L'année suivante (1854-), de Graefe décrivit le premier cas authentique de l'affection qui nous occupe. Pour ce qui regarde la proportion des cysticerques qu'on rencontre

;j«JO MALADIES DU CORPS VITRÉ.

libres dans le corps vitré, relativement à ceux qui séjournent dans la rétine, elle serait, d'après de Graefe, comme 1 est à 2. On ne rencontre que fort exceptionnellement dans un œil deux cysticerques.

Sans nous arrêter aux détails de structure du cysticerque, connus de tous (voy. du reste p. 307, fig. 187 et 188), il importe surtout, au point de vue clinique, d'établir nettement le diagnotic différentiel, entre la présence de cet entozaire dans l'œil et l'existence d'un décollement partiel de la rétine, ou de paquets d'opacités agglomérées dans le corps vitré. Les difficultés ne surgiront que lorsque l'inspection de l'œil sera rendue difficile par la présence d'un trouble des milieux, tandis qu'un cysticerque, se mouvant dans un milieu absolument transparent, ne pourra guère être confondu avec aucune autre altération morbide.

La forme d'un cysticerque, parfaitement libre et mobile, est absolument sphérique, et cela à tel point que, même lorsque la vésicule (le malade tenant la tête droite et immobile) se met en contact avec les parties déclives de l'œil, on ne saurait guère songer au décollement partiel de la rétine. Veut-on alors dissiper tout doute? On n'a qu'à renverser la tête du patient en arrière, la tenir immobile pendant quelque temps, pour pouvoir se rendre compte du déplacement de la vésicule et de la possibilité d'éclairer la partie du fond de l'œil sur laquelle elle reposait auparavant. Donc, même en l'absence de la constation des détails anatomiques de l'animalcule, cette mobilité du corps vésiculaire, absolument sphérique, suffirait pour le diagnostic.

Bien entendu, tout doute se dissipe lorsque, en explorant directement pareille vésicule, on peut tout d'abord apercevoir un reflet brillant, mal délimité, qui occupe une partie du corps sphérique, et lorsque, en s'adaptant bien pour cette partie claire, on la voit s'effiler en un prolongement en museau qui, à mesure qu'il sort du corps vésiculaire, laisse nettement apercevoir la tête carrée, poussée distinctement en dehors, une fois qu'une assez grande partie du cou a sailli du corps de l'animal. Ainsi étendu, on voit que le cou se trouve étranglé près de son point d'insertion au corps. A ce moment, on aperçoit aussi fréquemment des mouvements de rotation et d'oscillation de la tête, dont les appendices en crochets (rostellum) ressortent par saccades.

Ces investigations sont surtout facilitées, lorsque les nombreux filaments opaques qui se développent, par suite de la présence du cysticerque, n'entravent pas la liberté de ses mouvements et ne viennent pas troubler la transparence de l'humeur vitrée. C'est sur pareil animalcule, fraîchement immigré dans un milieu sain, qu'on aperçoit aisément sur la vésicule de petites taches arrondies, ou un tacheté en points, rappelant absolument les dépôts de l'iritis séreuse.

Un des symptômes les plus précieux, pour le diagnostic, est de pouvoir constater la mobilité de ce corps vésiculaire, symptôme qui est surtout important lorsque, par la position de l'entozoaire, l'observation, en ce qui concerne la présence du cou et de la tête, est rendue impossible. A cet effet, on fera regarder fixement le malade en bas, de manière qu'un petit segment de la vésicule émerge dans le champ de la pupille éclairé à l'oplithalmoscope. On verra bientôt que ce segment exécute un mouvement ondulatoire, ou par saccades, de façon qu'une portion plus volumineuse jaillit dans le champ éclairé de l'observation. Il est moins aisé de contrôler cette mobilité en fixant la vésicule dans sa totalité; pourtant, en s'adaptant bien pour les taches en pointillé déjà signalées, on peut apercevoir un déplacement ondulatoire des parois de la vésicule, semblable au mouvement péristaltique.

Souvent on constate, indépendamment de ces particularités propres à l'animal-

cule, des altérations dans le fond de l'œil résultant de son intrusion dans l'organe visuel. Ainsi, l'on rencontre parfois une plaque blanchâtre brillante, rassemblant à un foyer exsudatif récent, et qui se rapporte au passage de l'animalcule à travers la rétine. A l'entour de cette plaque jaune bleuâtre, se voient quelquefois, lorsque la transparence de l'humeur vitrée le permet, des taches pigmentaires foncées, qu'on rapporte aux tentatives de perforation préalablement faites (Otto Recker). Ce qu'on reconnaît plus aisément, c'est qu'il se trouve, tout près du passage du scolex, une partie décollée de la rétine; dans d'autres cas, on voit des opacités filamenteuses suivre, en quelque sorte, l'animalcule vers le point où il a pris de nouveau domicile.

Pour ce qui concerne les dimensions du cyslieerque, elles sont difficiles à indiquer à cause de l'emplacement variable qu'occupe l'animalcule. S'il se trouve voisin de la surface postérieure du cristallin, il nous parait à peine avoir l'étendue de la papille ; mais, s'il occupe les régions équatoriales, où le retiennent les opacités filamenteuses, il nous semble offrir un diamètre quadruple du disque optique.

Le séjour prolongé des cysticerques provoque, dans la majorité des cas, des phénomènes semblables à ceux qui suivent la pénétration d'un corps étranger non aseptique. Il se forme progressivement des opacités du corps vitré de plus en plus nombreuses, qui contournent le scolex et finissent par le soustraire entièrement à l'observation; c'est à ce moment que la vue baisse d'une manière marquée et brusque, par suite d'un décollement étendu de la rétine. Ce n'est que dans des cas tout à fait exceptionnels que l'animalcule, peut-être incomplètement dégagé de la rétine, finit par s'enkyster, en permettant la conservation d'une faible portion de la vision. Au contraire, le plus souvent après décollement plus ou moins complet de la rétine, il se développe une irido-choroïdite traînante, qui se termine par une phthisie de l'œil. Cette irido-choroïdite peut être interrompue par des poussées glaucomateuses, et, lorsqu'elle affecte plus ou moins le caractère de la lymphangite, elle est susceptible de se compliquer d'une ophthalmie migratrice, par propagation de cette lymphangite sur l'autre œil, et cela à un moment où le cysticerque a déjà passé par les phases régressives de l'infarctation calcaire.

Ces diverses phases évoluent habituellement dans l'espace de quelques mois; et la phthisie, plus ou moins prononcée, d'un œil, dans lequel a pénétré un cysticerque, se développe en général dans le courant d'une année.

11 est donc nettement indiqué d'intervenir, par une opération, pour débarrasser l'œil de cet hôte dangereux, et cette indication se pose avec d'autant plus d'urgence que l'on assiste au début de l'invasion et que les désordres produits n'ont encore guère diminué sensiblement la vision. Ce qu'il ne faut pas cependant perdre de vue, c'est que l'extraction d'un cysticerque, occupant le corps vitré, ne peut s'effectuer que par une section plus ou moins étendue de la sclérotique, avec issue variable de l'humeur vitrée, conditions des plus fâcheuses pour l'avenir d'un organe qu'on veut conserver. Aussi doit-on forcément distinguer entre le résultat immédiat de l'opération et celui qu'on constatera deux ou trois ans plus tard, époque où la rétraction cicatricielle de la plaie scléroticale a pu produire tous ses effets fâcheux, en tant que traction sur les parties avoisinantes de la rétine.

Si l'on a affaire à un scolex fixé sous la rétine, ou attaché à la membrane nerveuse par des filaments et membranes du corps vitré, en un point accessible à une intervention directe, on peut remplacer l'extraction par la ponction galvanique. Cet évidement de la vésicule, avec le fil de platine rougi, à travers la sclérotique, nous paraît moins blessant que l'incision qui doit livrer passage à l'animalcule, dont la présence

à l'état de cadavre ne saurait présenter d'inconvénient, comme le prouvent les enkyslements du cysticerque.

Doit-on procéder à une extraction? Il faudra alors suivre les données d'un confrère qui, comme M. Alf. Graefe, a pour ce genre d'opérations une expérience consommée. Cet opérateur a recours à une section méridionale, exécutable même si le parasite occupe le fond le plus reculé de l'œil, et il précise avant l'opération, au moyen de son ophthalmoscope à localisation, exactement L'emplacement de sa section. Si le cysticerque se trouve en un endroit assez voisin du nerf optique, cette méthode devient, à cause du point de repère que nous donne la papille, plus ou moins superflue; mais il n'en est plus ainsi lorsqu'il siège dans les parties équatoriales. Ici, l'emplacement de la section doit au besoin, après le résultat donné par l'exploration avec l'ophthalmoscope à orientation, être fixé par un pointillé fait au moyen d'un tatouage (Foerster). On prépare alors librement la sclérotique, en dégageant la conjonctive et le tissu sous-conjonctival, et l'on pratique une incison méridionale mesurant habituellement 8 millimètres, section qu'on fera avec d'autant plus de lenteur qu'il s'agit d'extraire un cyslicerque sous-rétinien, sans ouvrir la chambre postérieure, ni donner lieu à un écoulement du corps vitré.

M. Alf. Graefe a ainsi obtenu une conservation de l'œil et de la vision, dans un certain nombre de cas où ,1a détermination du siège de l'animalcule était possible, tandis que, lorsque celui-ci se trouve absolument libre dans le corps vitré, se déplaçant à mesure que l'œil ou la tête du malade change de position, les conditions deviennent mauvaises, même pour l'explorateur le plus expérimenté dans ce genre d'opérations.

Parmi les autres entozoaires susceptibles d'occuper l'œil humain, nous avons à mentionner la filaire (filaria spiralis), observée seulement dans un nombre excessivement restreint de cas. Encore est-il permis de se demander si l'on n'a pas souvent confondu, avec cet entozoaire, une persistance de l'artère hyaloïde, surtout si l'on considère qu'il est actuellement connu que, dans des cas de myopie progressive, ou simplement par suite de l'accroissement physiologique de la coque de l'œil, les extrémités de ces formations congénitales peuvent se déchirer ou se détacher, et que la présence d'un corps filiforme, dans la vitrina, se trouve ainsi fort naturellement expliquée.

Il paraît que l'on rencontre assez fréquemment cet entozoaire chez le cheval, et Siebel père dit l'avoir fréquemment vu dans la chambre antérieure des chevaux.

DÉCOLLEMENT DU CORPS VITRÉ, DÉCOLLEMENT HYALOÏDIEN

On conçoit quelle importance acquiert, dans la description de la maladie que nous allons décrire, la définition exacte de l'enveloppe du corps vitré. Pour ceux qui, comme nous, regardent avec Schwalbe (voy. p. 368), en se basant sur des considérations embryologiques, la membrane hyaloïdienne comme appartenant au corps vitré, il ne faudra désigner, comme véritable décollement du corps vitré, que les détachements plus ou moins complets de l'byaloïJe, par l'interposition d'un liquide ou d'une masse solide entre la rétine et la membrane hyaloïde. Iwanoff distingue, sans toutefois les bien préciser, le décollement hyaloïdien et le décollement du corps vitré; mais, au point de vue clinique, il convient de conserver seulement le

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