‹ Manuel d'ophthalmologieChapitre 120 sur 316 · DÉCOLLEMENT DU CORPS VITRÉ · texte numérisé non relu

DÉCOLLEMENT DU CORPS VITRÉ

terme de décollement hyaloïdien, comme équivalent à celui de détachement du corps vitré. Chaque fois que l'hyaloïde est restée attachée aux membranes enveloppantes, même lorsqu'une grande collection de liquide sera sus-jacente à la rétine, et que le corps vitré se montrera nettement délimité par des masses condensées et rétractées, on fera bien de se tenir aux expressions de liquéfaction, de condensation et de rétraction du corps vitré.

Le véritable décollement du corps vitré, c'est-à-dire le décollement hyaloïdien, s'observe chaque fois qu'une partie du contenu (humeur aqueuse, cristallin ou corps vitré) s'échappe brusquement de la coque oculaire, en changeant ainsi tout à coup les conditions normales de tension et de circulation intra-oculaire. A ce moment, un vide ne pouvant se faire, et la coque rigide de l'œil ne comblant pas par son plissement la perte du contenu oculaire, il se produit une exsudation abondante de sérosité qui s'étale au-devant des vastes troncs vasculaires, entre la margo limitons rétinienne et l'hyaloïde qu'elle soulève. Ce fait pathologique a la plus grande importance pour le clinicien, il lui révèle pourquoi des pertes brusques d'une partie du contenu de l'œil ne sont pas accompagnées, mais suivies, après un temps variable, de décollement de la rétine, et, par suite, d'une perte de la vision ; il nous donne l'explication de ce redoutable accident, survenant longtemps après une opération de cataracte exécutée avec brusquerie ou suivie de perte du corps vitré. D'après la théorie émise par de Weckersurle décollement de la rétine, celui-ci, préparé par le décollement hyaloïdien, se produirait par déchirure de la trame si délicate de la membrane nerveuse et l'invasion brusque, sous la rétine, du liquide qui lui était superposé.

Le décollement hyaloïdien, qui doit forcément se produire lorsqu'on entame la partie postérieure de l'œil, en laissant échapper brusquement une partie du corps vitré, est la raison qui rend particulièrement grave toute opération attaquant le globe oculaire de ce côté, pour l'extraction de corps étrangers. Les suites de pareilles tentatives se révéleront aisément sous forme de décollements rétiniens, de troubles nutritifs du cristallin et de phthisie essentielle de l'œil. Le décollement hyaloïdien doit avoir, en effet, au point de vue de l'intégrité de la rétine, delà fixité du cristallin, de la perméabilité plus grande du cercle de filtration de Leber, une tout autre importance que les divers étals nutritifs du corps vitré même, qu'on peut désigner sous les noms de ramollissement ou rétraction du corps vitré.

En opposition avec l'explication du mécanisme du décollement rétinien, donnée par de YVecker, Iwanoff veut que, l'hyaloïde étant restée en place et l'humeur vitrée, seule, ayant été refoulée et condensée, le décollement se produise par suite d'une déchirure intéressant l'hyaloïde et la rétine, dans le point (voy. fig. 244, g') où adhérerait le corps vitré. Mais, dans le cas où pareille adhérence existerait, elle rencontrerait dans la rétine doublée de l'hyoïde une certaine résistance, et la progression même du décollement du corps vitré démontre combien celui-ci adhère peu à sa membrane enveloppante.

Si, au contraire, on admet le décollement hyaloïdien comme phénomène précurseur du décollement de la rétine, on a une explication aisée [de la façon variée dont se comporte cette dernière affection. Il suffit, pour cela, de jeter un coup d'œil sur les rapports de la membrane hyaloïdienne avec le corps ciliaire, ainsi qu'avec le ligament suspenseur du cristallin, qui n'en est que la continuation. Ainsi se conçoivent les décollements qui restent stationnaires pendant des années et sont postérieurs, et ceux qui, antérieurs, tendent, par un décollement hyaloïdien progressif, à se compléter en avant, et, non seulement, à amener un détachement de

MALADIES Dl CORPS VITRE.

la réline jusque vers l'ora serrata, mais à se compliquer tout de suite de troubles nutritifs du cristallin, de phénomènes irritatifs de la partie antérieure du tractus uvéal et de fluctuations très marquées dans la tension inlra-oculaire.

Le décollement hyaloïdien et la liquéfaction partielle du corps vitré, avec rétraction, peuvent se rencontrer dans l'affection prédisposant le plus au décollement de la rétine, c'est-à-dire dans le cas destaphylôme postérieur progressif. Qu'il s'agisse de l'une ou l'autre altération, dont le pronostic est si différent, nous trouverons des symptômes ophthalmoscopiques identiques; la membrane hyaloïdienne, absolument diaphane et exactement tendue, qu'elle adhère à la rétine ou au corps vitré rétracté, ne peut nous révéler sa présence par des reflets. Ce ne serait que les opacités

Fig. 244.

renfermées dans les parties liquides qui, par leur déplacement rapide et la délimitation de leurs excursions, pourraient nous renseigner sur le changement de consistance des parties de la vitrina sus-jacentes à la rétine. Nous nous rendrons ainsi facilement compte, par la présence d'une simple liquéfaction du corps vitré ou d'un véritable décollement hyaloïdien, pourquoi nous voyons, sur des malades à image ophthalmoscopique identique, une marche si différente dans les conséquences qu'entraîne une maladie se révélant à nous comme semblable.

Il est donc très fâcheux que ces deux états si distincts du corps vitré, ne puissent pas être objectivement reconnus et que le diagnostic doive seulement être fait par intuition. Ainsi, nous serons amené à supposer la présence d'un décollement hyaloïdien : !• après une perte brusque d'une partie du contenu de la coque oculaire; 2° à la suite de lésions des enveloppes de l'œil ayant intéressé la rétine, surtout lorsqu'il s'agit de plaies d'une certaine étendue; 3° dans les cas de distension notable de la coque oculaire, par suite d'un allongement progressif de l'axe antéropostérieur de l'oeil; 4° dans les affections graves du corps vitré, qui se sont compliquées de rétraction de la vitrina, ainsi que cela se présente dans certaines formes d'irido-choroïdite exsudative.

Page 1