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C. ALTÉRATIONS MORBIDES DES CILS

Il est connu que la persistance des cils, destinés à tomber et à être remplacés par de nouveaux cils, peut amener un état de congestion de la peau qui, chez certaines personnes, va même jusqu'à produire la formation réitérée de petits furoncles (orgelets). En outre, à cette chute tardive peut s'adjoindre une altération de la constitution anatomique de la racine du cil, qui devient le siège d'une pigmentation foncée très intense. Il est vrai que, physiologiquement, en épilant les cils, on en rencontre presque constamment un certain nombre dont la racine est foncée; mais ces cils sont rares, tondis que chez les personnes atteintes d'hypérémie du bord palpébral, qui peut leur occasionner une véritable asthénopie, on observe ces cils en nombre disproportionné relativement aux conditions normales, et l'enlèvement de ces cils fait cesser parfois instantanément les symptômes asthénopiques (sensibilité pour la lumière, fatigue rapide à chaque application).

L'état inverse s'observe sur les cils, à savoir que ceux-ci perdent leur pigment. La canitie ow. poliosis peut être répandue sur tous les cils d'un seul côté, ou même seulement sur la moitié ou un tiers d'une paupière. Chez certains malades on voit même des portions, ou la totalité du sourcil, atteintes de poliosis. On sait que la coloration des cils et des sourcils persiste bien plus longtemps dans un âge avancé que cela n'a lieu pour les cheveux et la barbe.

Il paraîtrait que cette dépigmentation peut être le résultat d'une innervation morbide (poliosis nervotica, Michel); on a observé que les cils se décoloraient sur des yeux qui devenaient le siège d'une ophthalmie sympathique. L'influence nerveuse sur la nutrition des cils peut aussi être observée, à la suite d'une commotion violente de la région sourcilière; les cils et les poils du sourcil, ainsi qu'une partie de ceux du cuir chevelu du côté correspondant, ont grisonné et sont tombés (Rayer).

Une pareille alopécie de la région du bord palpébral et du sourcil peut être congénitale; bien plus fréquemment elle est acquise et s'observe comme un signe du pityriasis rubrum, ou concorde avec le defluvium capillorum des manifestations secondaires de la syphilis, ou enfin est en rapport avec l'alopécie areata.

Un accroissement exagéré du nombre des cils s'observe aussi comme anomalie congénitale, de manière qu'une double rangée de cils garnit le bord palpébral ou qu'une triple rangée s'y trouve implantée (distichiasis ettétrastichiasis congénital). Ce qui distingue cette conformation congénitale, c'est que l'implantation de la rangée supplémentaire est absolument rectiligne.

L'hypertrophie des cils s'observe quelquefois exceptionnellement sur une partie circonscrite du bord de la paupière, si celle-ci a été le siège d'une ulcération n'ayant pas intéressé et détruit le support des follicules.

L'atrophie des cils concorde presque constamment avec un déplacement et une déviation qu'on désigne sous le nom de trichiasis. Le trichiasis ne doit être décrit

ici qu'au point de vue des altérations que les causes occasionnelles ont fait subir aux cils, altérations dont nous empruntons la description microscopique à M. Michel,

Chez des personnes âgées, à peau très fine, fortement ridée, on peut observer une déviation des cils (trichiasis partiel) qui se rencontre sur divers points, principalement à la paupière supérieure. Les cils, incurvés vers la fente, sont très fins et souvent décolorés dans toute leur étendue. « L'examen microscopique démontre une altération particulière du cil consistant dans un épaississement uniforme de la racine qui se termine au col du poil, pour donner ainsi à celui-ci une conformation qu'on ne peut mieux comparer qu'à une baguette de fusil (fig. 7, a). La racine du cil est uniformément relâchée, la tige elle-même, çà et là épaissie, offre sur un point

Fig. 7. — Épaississement uniforme de la racine, le léger épaississement en bouton n'occupant guère qu'une petite étendue de la eaine.

Fig. 8. — Cil épilé d'un trachome (trichiasis).

A, racine avec gaine du poil : a, gaine interne ; b, inflexions du cil; e, épaississement irrégulier delà racine; d, épaississement en bouton de la tige. — B, pointe du poil : a, pointe fendillée; b, cassée; c, partagée. — Préparation à la glycérine. Grossissement, Hartnack, VIII. Oculaire, 3.

ou un autre de son étendue une incurvation (fig. 7, b). Cette altération morbide, dont la cause est encore inconnue, finit par la chute du poil malade et semble être ainsi une forme transitoire. »

A la suite de bléphari tes ulcéreuses prolongées ou d'un trachome invétéré, l'état suivant peut se présenter : les cils sont rares, mal développés, chétifs, et, au lieu de prendre une direction normale, ils se recourbent vers la fente, c'est-à-dire qu'ils affectent une disposition inverse à leur état ordinaire. « La structure microscopique montre diverses altérations. Les pointes semblent pour ainsi dire cassées et l'on voit fréquemment des cils offrant un fendillement qui s'étend assez loin, de façon qu'une moitié du cil l'emporte en épaisseur sur l'autre (fig. 8, B, a, b et c). Sur la tige du poil, moins souvent sur la racine, se rencontrent des épaississements en

HYPERTROPHIE ET ATROPHIE

forme de boutons qui se succèdent en nombre assez considérable (fig. 8, A, d). La racine du cil ne paraît ordinairement épaissie que d'un côté (fig. 8, A, c). Dans la majorité des cas, elle est atrophiée et il n'est plus possible d'y apercevoir de noyaux. Ce qu'on appelle d'habitude le col du poil manque ordinairement tout à fait (fig. 8, A, b), en ce sens qu'il existe une transition insensible avec amincissement progressif de la racine vers la tige. Souvent la racine se montre fortement pigmentée, mais toute pigmentation peut aussi faire défaut. En épilant le cil, la gaine interne de la racine accompagne le poil (comme le montre la figure 8, A); elle est de même atrophiée ou encore comme gonflée sur divers points. Il est à remarquer que la tige (fig. 8, A, b) aussi bien que la racine (fig. 8, A, b) présentent des inflexions qui portent souvent même sur la gaine interne (fig. 8, A, b). Le terme de pareilles altérations est l'atrophie du poil.

Parmi les parasites végétaux qu'on ren- Fig. 9. contre sur les paupières, et particulièrement

près des Cils, Citons la présence de Croûtes a> Acarus follieulorum; b, cellules lymphoïdes r r accumulées dans le tissu sous-cutano (abcès

de favus qui ne se différencient guère de microscopiques). Hartnack, VII. Oculaire, 3.

celles des autres régions. M. Schiess a trouvé

qu'en pareil cas les éléments caractéristiques du favus ne pénétraient que jusqu'à

la gaine interne de la racine, mais non dans le cil même.

Il est d'un médiocre intérêt de s'arrêter aux parasites animaux qui peuvent être observés aux paupières, comme, d'ailleurs, sur les autres régions du corps. La figure 9, représentant une coupe pratiquée par le professeur Sattler sur une paupière atteinte d'engorgement chronique (scrofuleux), nous montre dans un poil du derme de la paupière un acarus folliculorum, ainsi que cela se rencontre, chez des sujets absolument sains, dans la région de l'aile du nez et de la joue.

Coupe perpendiculaire à travers un pli de la paupière supérieure.

D. — Hypertrophie et atrophie.

Hypertrophie. — 1° On peut regarder comme une hypertrophie partielle de la peau des paupières, portant de préférence sur le corps papillaire et la couche épidermique, la formation a. de verrues, b. de papillomes, c. de télangiectasies et d. d'excroissances cornées.

a. Les verrues sont presque toujours le résultat de l'hyperplasie du tissu connectif constituant des papilles, dans une partie circonscrite de la peau. Les papilles s'hypertrophient, se ramifient, et il peut même s'en développer de nouvelles dans

l'intervalle de celles qui existaient primitivement. La préexistence de papilles dermiques n'a rien à faire avec ce genre de productions.

b. Le papillome, nœvus folliculeux, qui n'est autre chose qu'une production hypertrophiée isolée d'un nombre très restreint de papilles qui prennent un développement considérable, siège de préférence entre la rangée des cils et le bord tranchant des paupières. Les papillomes se différencient des verrues ordinaires, en ce que celles-ci montrent une base bien plus large et sont recouvertes d'une couche épidermique non fendillée. Ils peuvent acquérir un développement énorme et montrer un aspect fibreux, avec un revêtement épithélial très peu considérable (lîg. 10). Mais on voit aisément la diversité de structure que peut présenter ce genre de production, en se reportant à la coupe faite par M. Michel (fig.ll), sur laquelle

FiG. 10. — Papillome palpébral.

d, revêtement épithélial ; 2, réseau fibreux en faisceau; 3, vaisseaux peu abondants; 4, diamètre grandeur naturelle, delà verrue. — Gross. 30. Dessin de M. Poncet.

FiG. 11. — Verrue du rebord externe de la paupière inférieure.

Section transversale; a, vaisseaux. Hartnack, Vil. Oculaire, 3.

on est déjà assez embarrassé d'établir la différence avec un épithéliome commençant.

On ne devra pas aussi oublier que la formation, chez des personnes âgées, de pareilles productions dénote une certaine tendance aux hypertrophies épidermiques et en particulier aux épithéliomes.

c. Nous nous contenterons d'arrêter l'attention sur l'une de ces espèces de verrues, à cause de l'intérêt pratique qu'elle présente : nous voulons parler des nxvi materni vasculaires ou tumeurs érecliles , suivant quelques auteurs. Elles sont, comme les autres verrues, le résultat de la prolifération des papilles cutanées; mais, à mesure qu'une papille augmente isolément de volume, le vaisseau qui la traverse se développe et se dilate, de façon qu'il ne subsiste qu'une mince couche du tissu cellulaire hyperplasié, doublé luimême , lorsque la verrue est superficielle, d'un stratum épidermique très peu épais.

Les caractères des nœvi materni vasculaires subissent des variations très sensibles, suivant que des vaisseaux artériels ou veineux y prédominent. Les premiers forment des verrues proéminentes, d'un rouge écarlate, devenant manifestement turgescentes toutes les fois que la face est congestionnée. Elles ont plus de ten-

HYPERTROPHIE ET ATROPHIE

dance à s'accroître avec rapidité que celles dont la constitution est plus particulièrement veineuse.

Ces tumeurs érectiles sont fréquemment congénitales (un de leurs sièges de prédilection est l'angle externe de la paupière supérieure ou du sourcil correspondant); elles sont susceptibles de changer brusquement d'aspect et de passer rapidement d'un état en apparence stationnaire à un accroissement des plus rapides. Elles peuvent ainsi envahir toute l'étendue de la paupière, en largeur et en épaisseur, proéminer, sous la conjonctive, se porter dans l'orbite et recouvrir une portion notable du visage.

Il faut distinguer de ces tumeurs télangiectasiques, les simples naevi rouges qui ne proéminent pas, ne font que gagner les paupières, et dont le siège principal est sur la joue ou le front {nsevi vaso-moteurs).

Le traitement consiste à provoquer l'oblitération des vaisseaux, et le moyen le plus efficace pour atteindre ce but est l'électrolyse. La galvanocaustique, pratiquée avec un fil de platine dont on traverse la tumeur en plusieurs points, peut aussi donner de bons résultats.

Les injections de liquides coagulants (perchlorure de fer), après avoir, bien entendu, isolé la partie sur laquelle on agit avec une pince de Desmares, ne sont pas dépourvues de danger ; il en est de même de la ligature exécutée en traversant la base du naevus avec une aiguille courbe munie d'un fil solide et double, au moyen duquel on lie séparément chaque moitié de la tumeur.

d. Une hypertrophie portant essentiellement sur la couche épidermique, et moins sur les papilles, donne lieu aux excroissances cornées, cornua cutanea, qu'on rencontre parfois sur les paupières.

Ces cornes cylindriques, à surface rugueuse et fendillée, d'une coloration grisâtre ou jaune brunâtre, ont une dureté cornée et se montrent, sous le microscope, composées de masses épithéliales juxtaposées et de ramifications vasculaires qui ne dépassent pas beaucoup leur point d'implantation (fig. 12). On peut les regarder comme une variété de verrue sur lesquelles elles se développent du reste aisément.

Ces cornes atteignent parfois un développement tel que, lorsqu'elles sont implantées sur le milieu de la paupière inférieure (comme cela a habituellement lieu), elles peuvent, ainsi que le démontrent les figures 13 et 14, empruntées à Schaw et à Sœlberg Wells, produire un ectropion. Dans le premier cas, la corne mesurait un pouce et demi de longueur, dans le second un pouce.

Lorsqu'on pratique l'ablation de ces excroissances cornées, il faut avoir soin d'en circonscrire la base avec le bistouri et d'enlever la partie du derme qui leur avait donné naissance.

2° Comme hypertrophie cutanée intéressant la totalité du tégument de la pau-

Fig. 12.

1, partie formée d'épi thélium pavimenteux, souvent disposé en globes épidermiques ; 2, centre de la corne formé par des cellules embryonnaires, devenant très rapidement épidermiques ; 3, vaisseaux ; ht, élément épithélial denlclé, constituant le revêtement. — Dessin de M. Poncet.

(Cette corne, enlevée à la clinique, avait 15 millimètres de longueur sur 6 millimètres de diamètre.)

pière, nous avons à nous occuper ici : a. du lymphangiome, b. des diverses variétés A'élépkantiasis, c. des fibromes et d. des xanthomes.

a. M. Michel a décrit une forme de lymphangiome circonscrit qui se développe principalement sur la crête de la paupière, vers l'angle interne, formant très lentement de petites tumeurs de la grosseur de la moitié ou de la totalité d'un pois, à

Fig. 14.

surface lisse et de couleur rouge sale. En certains points, la procidence paraît un peu transparente. Lorsqu'on enlève ces petites tumeurs, il s'écoule un liquide clair. Des préparations, sous le microscope, montrent un tissu cellulaire fibrillaire, contenant des espaces libres plus ou moins grands et. qui ont acquis sur certains points un développement considérable. Dans ces espaces, se trouve une masse finement

granulée contenant des corpuscules lymphoïdes (fig. 15, b), tandis que les parois sont garnies de plaques d'endothélium (fig. 15, a' et a"). 11 faut donc regarder ces tumeurs comme des lymphangiomes caverneux.

Le lymphangiome, œdème lymphatique de Virchow, peut dans certains cas rares s'étendre sur la totalité des paupières et déterminer Fig. 15. — Lymphangiome de la crête externe de alors une difformité très choquante, la paupière inférieure coupe frontale. Colora- Les paupières prennent l'aspect de lion a I lieinaloxylinc. Préparation au baume du in -j- i-

Canada. Hartnack, Objcct. VIII. Pochcs flasques non pediculees, res-

a, espaces caverneux; a, vide; a', avec une plaque cel- Semblant aSSeZ aux paupières ffidé-

luleuse ; a", avec deux plaques ; b, corpuscules lymphoïdes. mateuses, mais offrant un empâtement bien plus dense ; par une pression continue, on déplace le liquide, mais il persiste un épaississement du derme plus considérable que dans la distension par un simple œdème. La peau est lisse et pâle.

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Rroca a, eu pareil cas, essayé l'emploi d'injections de perchlorure de fer, mais, là encore l'électrolyse nous paraît préférable et nous a donné de bons résultats.

b. Ces sortes de lymphangiomes ne sont évidemment qu'une variété de ce qu'on est convenu d'appeler éléphantiasis arabum et qui prend, suivant que la dilatation et l'hypergenèse du système vasculaire ont de préférence porté sur les vaisseaux lymphatiques ou sanguins, le nom d'éléphantiasis lymphangoïdc ou télangiectoïde.

A la suite d'eczémas très tenaces du tégument de la paupière on peut observer un gonflement persistant, porté parfois à un très haut degré, et qui, anatomiquement parlant, n'est qu'une ébauche des altérations hypertrophiques de la peau. Ce qui différencie ces hyperplasies dermiques, aussi bien que les lymphangiomes,

FiG. 16. — Gravé d'après une photographie.

du véritable éléphantiasis, c'est qu'elles n'acquièrent jamais un développement capable de constituer de véritables tumeurs, comme dans le cas représenté ci-dessus (fig. 16) et qui se rapporte à une femme d'une soixantaine d'années, d'une santé parfaite, dont les paupières s'étaient progressivement développées, sans qu'elles eussent jamais été le siège de douleurs ou d'une inflammation quelconque.

Toutefois la pachydermie a, en général, pour point de départ une succession d'inflammations érysipélaleuses réitérées, comme on le voit dans d'autres parties du corps (scrotum, grandes lèvres), ou bien l'hypertrophie du tégument, particulièrement dans la forme télangiectasique, est un vice congénital capable de s'accroître ultérieurement jusqu'au point d'amener une véritable monstruosité.

Le microscope ne décèle aucune autre altération que l'hyperplasie du tissu cellulaire préexistant, qui se trouve infiltré d'une sérosité claire tenant en suspension un nombre considérable de cellules lymphoïdes. Les muscles et les autres

éléments de la paupière peuvent paraître intacts, ou au contraire visiblement atrophiés. Le mode de développement de la tumeur et la mollesse de sa consistance empêchent de la confondre avec des productions morbides de nature maligne.

L'ablation de ces tumeurs est surtout indiquée, lorsque, par suite de leur pesanteur, elles se sont pédiculées et que leur enlèvement peut s'effectuer sans causer des déviations morbides des paupières.

c. Les fibromes sont constitués par une hyperplasie du tissu connectif moins généralisée que dans la forme précédente, et succédant moins manifestement à des altérations de nature inflammatoire. Ce sont des tumeurs presque toujours nettement circonscrites, variables dans leur consistance et dans leur configuration. Elles se composent essentiellement de tissu cellulaire et se développent parfois particu-

Fig. 17.

lièrement aux dépens de la gaine des nerfs. Pour ce qui regarde les paupières, elles prennent ordinairement leur point de départ dans celle des couches du tégument qui offre le plus de solidité, dans le corps papillaire.

Certaines de ces tumeurs, très souvent congénitales, se font remarquer par une excessive sensibilité au toucher, ce sont alors des fibro-névr ornes, se présentant ordinairement sous forme de nodosités ou de cordons ramifiés, dans lesquels on peut reconnaître des vestiges de fibres nerveuses. Mais on rencontre aussi aux paupières le simple fibrome, auquel on a assigné le nom de fibroma molluscum. Lorsque de très nombreuses tumeurs, datant pour la plupart de la naissance, recouvrent tout le corps, ces tumeurs forment, surtout là où le tissu sous-cutané est lâche, comme aux paupières, des poches qui se pédiculisent et acquièrent parfois des dimensions considérables, comme dans le cas relaté par Horner et repré-

HYPERTROPHIE ET ATROPHIE

sente par Michel (lig. 17). Le fibrome occupait la paupière supérieure gauche et avait presque la grosseur d'un œuf. Tout le tronc était parsemé de petites tumeurs du volume d'un pois ou d'un noyau de cerise. La tumeur palpébrale existait déjà à la naissance, elle augmenta de volume jusqu'à l'âge de sept ans, resta alors stationnaire, mais deux ans après elle prit de nouveau un accroissement rapide. Les petites tumeurs éparpillées sur le corps ne se seraient développées que pendant la deuxième année. L'examen hislologique permit de constater la composition de la tumeur palpébrale, formée par un tissu cellulaire mollasse avec fibrilles fines renfermant peu de cellules.

11 est évident que ces tumeurs, de nature bénigne, ne méritent un traitement

Fig. 18. — Xanthélasma, d'après Geber et Simon.

a, rete Malpig-lii; b, tissu cellulaire du derme; c, glande sébacée à très larges cellules (Enchyrazellen) ; d, plaque de cellules sébacées repullulées.

que lorsqu'elles augmentent progressivement de volume, de manière à gêner les mouvements des paupières ou à défigurer les malades. Il peut exister de sérieuses difficultés pour leur ablation, à cause de l'impossibilité de conserver la peau qui, souvent, sur une grande étendue, adhère intimement aux fibromes et à cause des hémorrhagies auxquelles on s'expose en poursuivant ces tumeurs, pour les enlever complètement, dans la profondeur des régions qu'elles occupent.

d. Comme fibromes lipomatodes, a longtemps figuré une dégénérescence hypertrophique de la peau qu'on désigne actuellement sous le nom de xanthome ou de xanthélasma (taches jaunes). Jl ne faut pas confondre avec le vrai xanthélasma, xanthoma planum, une forme de milium confluent à laquelle on a assigné le nom

DE WECK.ER ET 11ASSELON. 3

de xanthoma tuUcrosum, et qui n'a absolument rien de commun avec la maladie qui nous occupe, sinon une ressemblance peu accusée.

Le xanthelasina, ou xanthoma planum, apparaît presque toujours sous forme d'une plaque ovalaire ou irrégulière siégeant au-dessus du ligament palpébral interne (plus souvent à gauche qu'à droite). Celte plaque isolée a une coloration jaunâtre, argileuse, et sa surface est parfaitement lisse ou légèrement plissée, si la plaque a une étendue considérable. Il se forme après un certain temps plusieurs taches autour de la plaque primitive, qui, au toucher, donnent une sensation veloutée. Dès qu'un groupe considérable de taches s'est développé sur la paupière supérieure, il en apparaît une au-dessous du ligament palpébral interne, et, après un temps plus ou moins long, un cercle de ces groupes de taches a longé les paupières. Habituellement il se trouve sur les paupières, du côté opposé, un cercle semblable, mais moins étendu.

Fig. 19. — Xanthélasma (Waldeyer).

A, parcelle d'un foyer de xanthélasma à un grossissement de 200 à peu près. Bulbe pileux avec poil se présentant sur une coupe longitudinale, entouré d'un nombre considérable de cellules dégénérées. — B, quelques cellules du tissu cellulaire avec dégénérescence graisseuse, vues à un fort grossissement

Le xanthélasma tuberosum se présente sous forme de petites plaques arrondies d'un jaune plus clair, constituées par un cercle de petites élevures entourant l'orifice d'une glande sébacée et sillonnées de très fins vaisseaux. En réalité, il s'agit d'un milium confluent. C'est ce que l'on peut voir sur la figure 18, démontrant que l'on a eu affaire à un faux xanihélasma, le xanthélasma tuberostim, qui ne consiste en rien autre chose qu'en un développement hyperplasique des glandes sébacées, en partie oblitérées, en partie élargies. Ces glandes montrent une grandeur excessive, ainsi que les éléments épithéliaux qu'elles renferment (fig. 18, c). Des agglomérations de semblables cellules se trouvent réparties dans le voisinage des glandes (fig. 18, cl).

La figure 19, empruntée à Waldeyer, révèle le vrai caractère du xanthélasma planum, qui réside dans une dégénérescence des corpuscules du tissu cellulaire hyperplasiés. Ces corpuscules de tissu cellulaire ont augmenté autour des bulbes pileux, des glandes, des vaisseaux et des nerfs, mais les glandes sont hors de cause.

HYPERTROPHIE ET ATROPHIE

La prolifération du tissu cellulaire et sa dégénérescence graisseuse consécutive (fig. 19, B) s'opèrent suivant des groupes situés entre les bulbes pileux et les glandes sébacées (lig. 19, A).

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