FIBRES CRISTALLINIKNNES
Les fibres du cristallin sont des rubans hexagonaux, prismatiques, dont la longueur diminue à mesure qu'on va des couches périphériques vers le centre du cristallin. Tandis que, dans les parties centrales, leur longueur correspond à peu près à celle de l'axe du cristallin, les fibres des couches périphériques mesurent 8 millimètres, c'est-à-dire environ un tiers de moins que la longueur d'un méridien s'étendant d'un pôle à l'autre. La configuration hexagonale des fibres (tîg. 259, R) est telle que deux côtes plus larges sont tournées en dehors el en dedans, et que les côtés étroits s'aiguisent en angles, dirigés dans le sens de lignes concentriques, par rapport au centre du cristallin. La largeur et l'épaisseur des fibres diminuent, dans les diverses couches du cristallin, à mesure qu'on va de la périphérie vers le centre cristallinien. Les fibres les plus périphériques ont une largeur de 10 à 12 [a et une épaisseur de 4,5 à 5,5 jx.
De la forme des fibres crislalliniennes, il résulte que, vues de face, elles se présentent comme des rubans (fig. 259, A); tandis que, de côté, sur la crête, ce sont d'étroites fibres, qui montrent seulement un léger renflement dans le point où se trouve le noyau (fig. 259, C, 1) . Ce noyau est ovale, grand, muni de nucléoles, et correspond au milieu de la longueur de la fibre. Les fibres centrales seules sont dépourvues de noyau.
Les fibres du cristallin ne possèdent pas une membrane chimiquement différente du contenu, très riche en albumine. Ce qui a été décrit comme une membrane (tube lenticulaire) est une couche corticale un peu plus condensée, se perdant peu à peu dans la masse centrale, plus mollasse, susceptible de s'échapper aisément par pression. Les fibres périphériques sont plus riches en eau, plus mollasses que les fibres centrales.
Les fibres du noyau et des couches moyennes du cristallin se différencient encore des fibres périphériques par leurs prolongements. Ceux-ci peuvent partir aussi bien des arêtes aiguës que des arêtes obtuses, et constituent généralement des pointes très fines, donnant aux bords de la fibre un aspect dentelé (comp. fig. 259, A). Les prolongements de deux fibres voisines ne s'engrènent pas à la manière de dents (comme chez les poissons), mais se touchent seulement par leurs pointes, à l'exemple des cellules à piques ou en brosse de l'épiderme. Ce qui rattache surtout les fibres, c'est un ciment mollasse, accumulé en moindre quantité entre les côtés plats des fibres que le long de leurs arêtes étroites. Ce cimeut peut être désagrégé par certains procédés de macération, en particulier par les acides ou l'alcool dilué, qui permettent d'isoler les fibres, dont la séparation s'effectue principalement suivant leurs faces. Il en résulte que le cristallin se dissocie en lamelles concentriques, imbriquées à la façon des feuillets d'un oignon; mais le noyau oppose à cette déniscence un obstacle plus considérable (fig. 260).
Par ces procédés de macération, il se produit constamment, chez le nouveau-né, à partir des pôles du cristallin, des fentes qui, d'ordinaire, représentent une figure à trois rayons, c'est l'étoile du cristallin (fig. 261). Ces trois rayons (radii lentis) forment entre eux un angle de 120 degrés, et sur la face antérieure du cristallin l'un de ces rayons est dirigé verticalement en haut (fig. 261, B), tandis que sur la face postérieure, par suite d'une rotation de 60 degrés, le rayon vertical se trouve tourné en bas (fig. 261, A). Chez l'adulte, on reconnaît encore, dans l'intérieur du cristallin même, l'étoile à trois rayons de l'enfant; mais, dans les couches externes, il s'est ajouté de nouveaux rayons qui transforment l'étoile pn une constellation de six rayons et même plus (fig. 262).
Les fissures des pôles du cristallin, produites par la macération, et qui mettent en évidence la figure à soudure ou à ciment, se remplissent en partie d'une masse graisseuse, masse désignée sous la dénomination de substance stellaire, laquelle, à part les résidus du
ciment, se compose de globules albuminoïdes (globules cristalliniens), échappés des extrémités des fibres.
En ce qui concerne le parcours des fibres du cristallin dans les diverses couches, des coupes méridionales nous apprennent, tout d'abord, que la plupart des fibres forment des arcs à convexité externe qui, se dirigeant d'un point des faces cimentaires de l'étoile, situé au-devant de l'équateur, se rendent à un point du système lenticulaire placé en arrière du
Fig. 260. — Déhiscence en feuillets d'un cristallin, traité par de l'alcool dilué, d'après Arnold.
1, partie centrale du cristallin {nucleus lentis); 2, 2, lamelles .le la substance corticale.
Fig. 259. — Fibres cristalliniennes, 350/1.
A, fibres cristalliniennes du bœuf, munies de bords dentelés, d'après Kù'lliker; B, section transversale à travers les fibres du cristallin de l'homme, d'après Kôlliker; C, fibres de la région équatoriale du cristallin humain, d'après Henle. La plupart de fisbres se voient sur la crête; seulement, ou 2 et A, elles sont vues de face. — i, noyaux des libres.
plan équatorial (Rg. 261, C). Ces arcs à convexité externe ont, bien entendu, dans les diverses zones du cristallin, une courbure et une longueur différentes. Leur longueur décroît de la périphérie vers le centre du cristallin. Quant à leur courbure, les fibres externes, correspondantes aux méridiens des surfaces, présentent une incurvation [dus accentuée par rapport à l'équateur, incurvation qui s'efface progressivement vers les couches moyennes, de manière que, près de la limite de la région nucléaire, les fibres finissent par circonscrire presque un arc de cercle. Dans le noyau même, ces arcs se
raccourcissent de plus en plus vers l'axe et s'allongent progressivement dans le sens de cet axe. Une disposition différente des fibres se montre seulement vers le bord équatorial du cristallin, où se produit l'allongement progressif des cellules épithéliales, ainsi que nous l'avons indiqué page 454.
Les fibres cristalliniennes affectant, en règle générale, un parcours méridional et pré-
FlG. 261. — Représentation schématique du parcours des fibres du cristallin et de la disposition de l'étoile cristallinienne, chez le foetus et le nouveau-né.
A, aspect de la face postérieure; B, aspect do la face antérieure; C, aspect que présente le côté; C, signifie dans les trois figures le centre de l'étoile, sur le pôle antérieur ou le postérieur. Les chiffres 1-6 représentent six fibres du cristallin, situées à écarts égaux, dont le parcours est indiqué par les trois figures.
sentant, pour une même couche, une égale longueur, on peut dire qu'un seul et unique mode d'attache des fibres, aux étoiles antérieure et postérieure, est possible : de toute nécessité, les fibres qui émanent de la région polaire de la face antérieure du cristallin (fig. 261, B, 6) trouvent leur terminaison aux extrémités libres des rayons de la face opposée du cristallin
F(G. 262. — Figure en étoile de la surface antérieure du cristallin de l'adulte,
d'après Arnold, 6/1.
i, 1, fibres cristalliniennes à parcours méridional, formant entre les rayons de l'étoile les vortices du cristallin; 2,2, rayons de l'étoile ou soudure des fibres; 3, centre de l'étoile rempli de substance stellaire.
(fig. 261, A, 6); les fibres naissant des extrémités libres des rayons (fig. 261, B, 1) doivent, par contre, atteindre leur surface agglutinante près du pôle postérieur (fig. 261, A, 1). Notons encore la tendance que montrent les attaches des fibres à former, tout le long du
rayon stellairc, un angle le plus ouvert possible, presque droit (comp. fig. 261, A et B, 2-5), de telle façon que les extrémités d'une même fibre se recourbent en sens opposé sur les deux faces du cristallin. Bien que leur direction soit surtout méridionale, on peut donc parler d'une courbure en S des libres (fig. 261, C, au-dessous de 6). L'incurvation des fibres, près des surfaces d'agglutination des étoiles, détermine dans le voisinage des régions de l'étoile, un dessin tout particulier qu'on a désigné sous le nom de vortex lenticulaire (fig. 262, 1).
Quant aux voies suivant lesquelles s'opère le transport du liquide nourricier du cristallin, il faut considérer comme telles tous les points où existe le ciment ou l'interposition d'une couche albumineuse (voy. plus haut, Epit hélium du cristallin).