ACCROISSEMENT DU CRISTALLIN
Le cristallin embryonnaire se distingue du cristallin développé, par sa orme sphérique (comp. fig. 254, a et b). Le diamètre sagittal (l'axe) du cristallin acquiert déjà avant la naissance son développement définitif (Sappey et Jœger) ; par contre, le diamètre du plan équatorial augmente encore successivement dans la vie post-embryonnaire. Il mesure, sur le fœtus de sept mois, 6 millimètres; chez le nouveau-né, 7 millimètres; entre dix et douze ans, 8 millimètres, et acquiert à l'âge de dix-sept ou dix-huit ans, 9 millimètres. Il résulte, de l'arrêt de croissance dans le sens de l'axe et de l'accroissement en sens équatorial, que l'aplatissement du cristallin doit provenir d'une superposition de nouvelles couches sur la zone équatoriale, ce que confirment du reste les recherches histologiques. Le cristallin de l'embryon correspond alors au noyau de l'adulte; l'accroissement a été appositionnel.
D'après Henle et 0. Becker, on rencontrerait une division de noyaux en des endroits épars de l'épithéliiim, le long de toute la face interne de la cristalloïde antérieure (dans le cristallin de l'embryon du veau, de jeunes porcs et d'enfants). Grâce à cette augmentation de cellules intra-épithéliales, les cellules correspondantes au bord du cristallin seraient successivement poussées en arrière et se trouveraient, en quelque sorte, moulées en fibres du cristallin, les nouvelles fibres se superposant alors successivement aux anciennes. Toutefois, Harting ayant trouvé que le cristallin du nouveau-né ne renferme pas plus de fibres que celui d'un fœtus de quatre mois, et que les fibres ont seulement doublé de largeur et d'épaisseur, il en résulterait que l'accroissement du cristallin est, pendant la vie embryonnaire, interstitiel et que ce n'est qu'après la naissance que cet accroissement devient appositionnel.
ZONULA CILIARIS (Z. ZlNNll) ET CANALIS PETITI.
La zonula ciliaris (zonule, zonula Zinnii) est la continuation de la membrane hyaloïde qui, disposée en plis radiés, se rend à la cristalloïde. Elle entoure, comme une collerette élégamment plissée (fig. 263), le bord du cristallin et s'insère à la cristalloïde, de façon que ses parties constituantes se fondent sans limites bien sensibles avec la cristalloïde. La largeur de l'anneau zonulaire correspond, bien entendu, à l'écart entre Yora serrata et le bord du cristallin, et mesure par conséquent à peu près 6 millimètres. La majeure partie de la zonule, allant de Yora serrata jusqu'aux crêtes des procès ciliaires, est réunie d'une manière particulière avec le corps ciliaire (partie adhérente de la zonule). Comme les crêtes des procès ciliaires n'atteignent pas le bord du cristallin, il se trouve encore, entre elles et le bord du cristallin, une partie étroite où la zonule est dirigée vers la chambre postérieure : c'est la partie libre ou flottante de la zonule (fig. 263, b).
La portion adhérente de la zonule se trouve, à l'état frais, solidement attachée aux parties correspondantes du corps ciliaire, mais, après macération, on réussit aisément à laisser échapper en bloc, de la coque oculaire, le cristallin, le corps vitré et la zonule. La partie adhérente de la zonule apparaît alors avec des plis radiés (fig. 263). La striation est fine dans la zone périphérique, celle qui est située entre Yora serrata et le point de soulèvement des procès ciliaires, mais elle s'accuse fortement dans la région des procès mêmes, parce qu'ici, à la striation radiée déterminée par les fibres de la zonule, se joignent encore des plis radiés qui s'accentuent près du bord cristallinien.
Ces plis radiés n'atteignent pas, dans l'œil de l'adulte, la hauteur des replis du corps ciliaire et ne remplissent donc pas complètement les vallées laissées entre les procès ciliaires. Au contraire, il reste entre un monticule zonulaire et une vallée correspondante formée par le corps ciliaire, un interstice d'une largeur variable qui aboutit dans la chambre
postérieure, dont il constitue un diverticule. Ces recessus camerœ posterions, découverts par Kuhnt, sont au nombre d'environ soixante-dix, attendu qu'on en compte autant qu'il existe de vallées entre les procès ciliaires.
Le mode d'attache de la zonule au corps ciliaire est différent, suivant qu'il s'agit de la région des procès ou de celle de Yorbicidus ciliaris. Dans cette dernière région, la zonule se trouve solidement réunie en tous points avec la limitante cuticulaire de la pars ciliaris retinse, de façon qu'il ne s'y rencontre nulle part un espace déhiscent ; aussi, lorsque l'on veut isoler la zonule, arrive-t-il que la limitante y reste fixée en bien des endroits. Dans la région des procès ciliaires, les rapports de la zonule avec la limitante sont différents, suivant qu'il s'agit du sommet d'un procès ciliaire, ou de la portion située entre deux crêtes. Les sommets des procès ciliaires, qui s'enfoncent dans les vallées correspondantes de la zonule, s'y rattachent de la même manière que la pars ciliaris retinse avec la zonule, le long de Yorbicidus ciliaris. En détachant la zonule, la limitante reste en général attachée avec toute la pars ciliaris reiinœ, dans ces points de la zonule ; il en résulte que celle-ci présente alors des stries pigmentées, radiées, provenant des sommets des procès ciliaires (lig. 263, c). Telle est aussi la raison pour laquelle, après le détachement de la zonule, les crêtes des procès ciliaires sont généralement dégarnies de pigment. Dans les
FlG. 263. — Cristallin avec la zonule et le corps vitré.
a, cristallin; b, partie libre de la zonule; c. d, partie adhérente; en c, se trouve attaché du pigment provenant de la pars ciliaris rétines.
vallées des procès ciliaires, au contraire, la lamelle zonulaire est séparée de la pars ciliaris et de sa limitante par les espaces de Kuhnt.
Les prolongements en recessus de la chambre postérieure se trouvent donc placés entre la limitante et la lamelle zonulaire. Mais ces espaces ne sont pas absolument libres; ils sont réduits, par places, par des monticules s'élevant de la surface interne du corps ciliaire, autrement dit des procès ciliaires de second ordre (pliese ciliares), dont les sommets s'attachent intimement aux monticules zonulaires, en sorte que les espaces de Kuhnt se trouvent ainsi subdivisés. En outre, il existe dans ces espaces, entre la zonule et la limitante, des fibres fines qui, arrivées à la zonule, se perdent dans ses fibres radiées : ce sont les fibres tendues de Berger, que celui-ci divise en simples fibres d'attache et en fibres originaires, pouvant être poursuivies le long de la zonule jusqu'au bord du cristallin même.
Kuhnt décrit encore, comme garnissant les espaces découverts par lui, une pellicule endothéliale. Schwalbe n'a pu s'assurer de l'existence de pareil endotbélium, qui, suivant Kuhnt, se trouverait aussi sur la partie des procès ciliaires dirigée vers l'iris.
La partie adhérente de la zonule représente une membrane hyaline, offrant une striation due aux fibres zonulaires. Celles-ci naissent par des pointes fines près de Yora serrata et augmentent rapidement, en nombre et en force, vers les procès ciliaires. Par l'adossement et la fusion des fibres tendues, qui s'élèvent des vallées ciliaires, la lamelle zonulaire reçoit de nouveaux renforcements. Après avoir dépassé la pointe des procès ciliaires, les fibres se réunissent en faisceaux isolés, qui bientôt, dans la partie libre de la zonule, se fondent en une masse homogène. Ces faisceaux correspondent, l'un, plus important, à un monticule zonulaire, l'autre, à une vallée de la zonule. Dans la partie adhérente de la zonule, toutes les fibres zonulaires sont réunies entre elles par une masse vitreuse continue et identique à la substance des fibres mêmes.
Tout autre est la disposition dans la partie libre de la zonule. Ici, les faisceaux deviennent libres et se rendent dans un parcours particulier au bord du cristallin, de façon que les faisceaux de fibres, qui viennent des vallées ciliaires, s'insèrent à la face antérieure de la
cristalloïde ; ceux qui viennent des crêtes se rendent au bord cristallinien même, ou à une étroite zone avoisinante de la capsule postérieure. Les faisceaux divergent donc près du bord lenticulaire, en embrassant une plus grande étendue de la surface antérieure que de la face postérieure de la cristalloïde, et donnent ainsi l'image d'un ruban triangulaire (Merkel), vers le sommet duquel doit se produire un croisement des faisceaux (Gerlach). Dans cetle portion libre de la zonule, se trouvent entre les faisceaux de fines fentes radiées, qui contournent en auréole le bord cristallinien et font communiquer la chambre postérieure avec le canal de Petit, placé derrière la zonule. La réunion des faisceaux avec la cristalloïde s'opère de telle manière que, tout d'abord, les faisceaux plus gros se dissocient de nouveau en libres très ténues, qui rayonnent alors à la surface de la cristalloïde et se perdent insensiblement dans la capsule en s'effilant.
Relativement à la nature des fibres zonulaires, elles constituent un tissu très résistant qui ressemble surtout, comme constitution chimique, aux libres élastiques.
Canalis Petiti. — Derrière la zonule se trouve le Canaiis Petiti (fig. 253, p. 451), limité en arrière par le corps vitré. Vers la périphérie de la zonule, ce canal ne représente qu'une fente capillaire, mais il s'élargit déjà dans le rayon des procès ciliaires et acquiert sa plus grande profondeur près du bord cristallinien, sans oublier, toutefois, que son espace subit des réductions alternatives par les faisceaux de la zonule qui se rendent vers le bord du cristallin. Donc, sa profondeur est, bien entendu, alternativement plus accusée au-dessous d'un monticule de la zonule et moindre sous une vallée zonulaire. Des injections avec le bleu de Prusse montrent nettement le canal dans toute son étendue. On se rend alors compte qu'il s'insinue plus ou moins loin entre la périphérie de la face postérieure du cristallin et le corps vitré même. L'existence de fines fissures dans la partie libre de la zonule est clairement démontrée par ce fait qu'en ponctionnant la chambre antérieure et en injectant de ce côté, on remplit aisément le canal de Petit dans toute sa circonférence (Schwalbe).
ARTICLE PREMIER