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HYPÉRÉMIE DE LA RÉTINE

Une rétine hypérémiée, par congestion active ou passive, ne se différenciera d'une rétine à vascularisation normale que par les changements de coloration que subit la papille. Ce changement de couleur, dû à une plus forte injection des capillaires, n'implique aucun défaut de transparence du tissu de la papille et concorde, par conséquent, avec une netteté parfaite des contours de l'entrée du nerf dans l'œil. Vu le grossissement faible sous lequel nous examinons à l'ophthalmoscope (et qui ne dépasse pas 24 diamètres), les capillaires de la papille et de la rétine échappent, en général, à l'inspection, leur augmentation en nombre et leur plus grande réplétion ne peuvent donc nous donner que l'impression d'un changement de couleur.

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La section du nerf prend une teinte uniformément plus rouge, qui a pour résultat d'abolir, en partie, le contraste de couleur que forme la papille avec le restant du fond de l'œil et de rehausser ce contraste avec une excavation physiologique, lorsque celle-ci occupe les parties centrales de la papille.

Ce simple changement de coloration est difficile à définir lorsqu'on n'a pas de point de comparaison d'un œil à l'autre, attendu que les variations physiologiques, comme injection papillaire et comme différence plus ou moins marquée entre la coloration papillaire et celle du fond de l'œil, sont très sensibles. De même que la coloration de la peau du visage, celle du fond de l'œil, et, par suite aussi, l'injection de la rétine sont très variables. En outre, il faut tenir compte de l'âge du sujet, car il est connu que les jeunes gens présentent une vascularisation bien plus riche de l'entrée du nerf que les sujets avancés en âge, chez lesquels, avec l'affaissement sénile de la papille, concordent un certain degré de pâleur papillaire et une réduction sensible du calibre de tous les gros troncs vasculaires rétiniens.

Une ressource capitale, pour le diagnostic, est l'exploration des vaisseaux visibles dans la rétine et les changements qu'ils subissent, comme largeur et comme parcours. On sait que la proportion des artères, comme diamètre, est de deux tiers ou trois quarts, comparativement aux veines. L'hypérémie active égalise le calibre des artère et des veines et leur fait dépasser en largeur le calibre normal ; l'hypérémie passive a pour effet de modifier sensiblement cette proportion, de façon que les veines élargies peuvent mesurer plus que la moitié du calibre des artères. La comparaison est surtout aisée sur la papille et près de son voisinage, mais les différences de calibre se maintiennent aussi jusque vers la périphérie.

Le parcours des artères et des veines élargies change, surtout pour les veines, et leur tortuosité s'accentue. Toutefois la simple tortuosité ne suffit pas pour déclarer un vaisseau anormalement gorgé de sang; il est indispensable que le vaisseau présente des incurvations anormales, quant au plan antéro -postérieur de la rétine, incurvations qui se révèlent par l'accentuation de la coloration de la colonne sanguine dans les points où le vaisseau plonge dans la rétine.

Parmi les divers états d'hypérémie de la rétine, nous avons à distinguer la forme active de la forme passive.

A. L'hypérémie active s'observe après le surmenage de la rétine, particulièrement s'il existe un vice de réfraction. L'exposition des yeux à une très vive lumière (telle que la lumière électrique) peut aussi provoquer pareille hypérémie. En outre, on rencontre fréquemment l'hypérémie de la rétine chez les sujets atteints de blépharite chronique, de conjonctivite intense, surtout si ces malades se livrent à une application de leurs yeux irritables.

B. L'hypérémie passive de la rétine, avec prédominance du calibre des veines sur celui des artères, se rencontre, soit lorsqu'un obstacle circulatoire réside dans l'œil même (glaucome), soit lorsqu'une entrave à la circulation générale, le plus souvent par suite d'un vice cardiaque, s'étend à la circulation oculaire. A cet égard, il faut citer la persistance du trou de Botal, les sténoses valvulaires, l'emphysème pulmonaire très étendu, etc. Toutefois, dans les cas d'anévrysme de l'aorte, dans le goitre exophthalmique, les troubles circulatoires intra-oculaires font fréquemment défaut.

Quant à la pulsation artérielle, elle a été constatée dans les cas d'insuffisance des valvules semi-lunaires de l'aorte; mais c'est certainement un symptôme inconstant et souvent très peu accusé. Dans les cas d'hypertrophie simple du cœur

gauche, sans altération des valvules, ainsi qu'on la rencontre chezles brightiques, on ne trouve pas de pouls artériel.

La dilatation permanente des vaisseaux de la rétine, avec une augmentation très notable de leur nombre, devrait être classée dans les vices congénitaux de la rétine, car les cas exceptionnellement rares qu'on a rapportés doivent être regardés comme un vice de conformation. Chez un jeune garçon de douze ans, nous avons eu occasion de voir la papille gauche et son voisinage recouverts en entier d'un enchevêtrement de veines et d'artères, qui présentaient un diamètre double de celui des vaisseaux centraux du côté opposé. L'acuité visuelle était parfaite.

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