V. — Cysticerque sous-rétinien
Ce qui pourrait plutôt faire songer à la présence d'une tumeur rétinienne, ou à l'envahissement de la membrane nerveuse par une tumeur, c'est la présence d'un
scolex, siégeant entre la couche épilhéliale et celle des cellules visuelles de la rétine.
Le diagnostic est facile au début, lorsque la rétine conserve une parfaite translucidité, car même le plus petit cysticerque acquiert promptement des dimensions qui lui font dépasser le triple et le quadruple du diamètre papillaire, et l'image est. tellement caractéristique que la confusion avec une tumeur n'est guère admissible. L'animalcule se présente sous la forme d'un corps nettement circonscrit, blanc bleuâtre, contourné d'un bord jaunâtre et luisant. Sur toute la surface de la proéminence, s'étendent les vaisseaux rétiniens et, de telle façon, qu'il est aisé de se rendre compte qu'ils rampent sur un corps sphéroïde, aplati à sa partie la plus saillante, par suite de l'action de la pression intra-oculaire. Dans cette situation, le cysticerque tient constamment sa tête rentrée; aussi ne pourra-t-on reconnaître l'emplacement du cou et des suçoirs que par une tache claire, d'autant plus accentuée que ces parties se trouvent davantage dirigées vers l'hyaloïde. Ce qui doit lever tout doute sur la présence du cysticerque, c'est la constatation des mouvements ondulatoires de la vésicule, qui s'exécutent en dépit de la position gênée de l'animal.
Deux altérations, consécutives à la présence prolongée du cysticerque dans la trame rétinienne, rendent le diagnostic difficile, et parfois même impossi ble,pour exclure complètement le soupçon d'une tumeur intra-oculaire. Tout d'abord la rétine, perdant sa transparence, devient opaque, laiteuse, de façon que l'animalcule ne donne plus, sous elle, qu'un reflet luisant, parfois jaune doré, ne dessinant qu'imparfaitement le contour de la vésicule. En second lieu, les parties sous-jacentes du corps vitré se troublent, il se forme des opacités particulières, en voiles superposés, avec des plis et des raies foncés.
La marche de l'affection est variable, suivant que le cysticerque reste sédentaire et finit par s'enkyster, en permettant une conservation, sinon de la vision, du moins de la forme de l'œil, ou qu'il file sous la rétine en donnant lieu à un décollement progressif, avec symptômes irritatifs, ou, enfin, qu'il perfore la rétine et se loge dans le corps vitré, où il se comporte comme nous l'avons décrit ailleurs (voy. p. 389).
La vision, qui, au début, peut n'être troublée que par la présence d'un scotome plus ou moins gênant, suivant l'emplacement du scolex, finit, en général, dans l'espace de trois à dix-huit mois (de Graefe), par se perdre complètement; en outre, la forme même de l'œil est menacée, par suite de l'irido-cyclite qu'entraîne le décollement progressif de la rétine. 11 se développe ainsi une phthisie de l'œil, qui souvent reste douloureux, et l'on veut même avoir observé la production d'une ophthalmie migratrice. Tous ces dangers résultent de la longue vitalité de ces animalcules. Heureusement, leur mort peut être constatée dans une série de cas. 11 se forme, alors, de bonne heure un enkystement (voy. fig. 361) et le cysticerque devient lui-même le siège de dépôts calcaires.
Inutile d'insister sur le côté absolument désastreux du pronostic, lorsqu'on n'intervient pas chirurgicalement. Ce qui a, dans ces derniers temps, soulevé des controverses, c'est le pronostic de cette intervention, non seulement au point de vue de la conservation de l'œil, mais encore pour ce qui regarde la vision, et il est, ici, utile de bien différencier les opérations pratiquées sur les yeux à cysticerque libre du corps vitré et à cysticerque sous-rétinien. Dans ce dernier cas, l'opération pouvant, grâce à l'oplithalmoscope à localisation d'Alf. Graefe, être exécutée avec précision et sans perte du corps vitré, le pronostic opératoire est infiniment plus favorable. Ainsi Alf. Graefe et Leber ont relaté des observations où des yeux, opérés dans d'aussi bonnes conditions, ont conservé la vision pendant quatre à huit ans.
CYSTICERQUE SOUS-RÉTINIEN.
D'après M. Alf. Graefe, on procède à l'extraction du cysticerque, après en avoir bien exactement déterminé le siège, de la façon suivante : l'un des muscles droits ayant été chargé sur le douille crochet, on le détache à I millimètre de distance de son insertion sclérale, de façon à laisser à la pince à fixation un moignon bien saisissable et permettant d'exécuter la rotation forcée du globe oculaire. A ce moment on traverse le muscle, derrière le crochet qui le tient, avec une suture munie de deux aiguilles qui, passées près du bord, laissent sur la surface, et près de la partie détachée du tendon, un pont formé par la suture, ainsi que le représente la ligure 362. On peut alors, grâce à ces sutures, renverser le muscle ; puis, on dégage le champ opératoire et on met à jour la sclérotique. La section méridionale ne doit, en aucun cas, être exécutée qu'autant qu'on a réussi, au moyen du compas déjà tenu ouvert, suivant la mesure réclamée par le cas particulier, à atteindre commodément et sûrement la partie de la paroi sclérale sur laquelle doit être placée la section, que l'on exécute par des incisions prudentes, en pénétrant lentement, afin de ne traverser, si possible, que la sclérotique et la choroïde. Après avoir enlevé le parasite, la partie 1, 2 (lîg. 362) de la suture est soulevée et dégagée avec une
Fig. 361. — Cysticerque sous-rétinien enkyste (d'après Leber).
sonde, et, après l'avoir partagée, on a soin, avant de fermer les sutures, que les aiguilles aient bien passé par la portion adhérente du tendon et par la conjonctive avoisinante du bord cornéen.
Lorsque le cysticerque sous-rétinien a déjà entraîné une diminution notable de la vision (par décollement rétinien et désorganisation du corps vitré), et qu'il s'agit plutôt de faire cesser les phénomènes irritât! fs, on peut recourir à la ponction galvanique. Mais, si toute vision a été détruite et s'il persiste un état d'irritation continuelle, le parti le plus sage, en présence de l'infection produite par les microorganismes que la vie végétative du scolex a développés dans l'œil, sera de recourir à l'exentération ou à l'énucléation.
6iîî> . MALADIES DE LA RETINE.
ARTICLE XVIII