L. de Wecker
Juin, 1889.
On peut considérer chaque paupière comme formée par un repli du tégument externe, et par conséquent composée de deux feuillets : un feuillet superficiel cutané, un feuillet profond (conjonctive), ayant revêtu dans les couches les plus internes, à partir du bord libre en contact avec le bulbe, le caractère des muqueuses. L'espace compris entre ces deux feuillets sert de gaine à un muscle peaucîer à fibres striées. C'est le muscle orbiculaire des paupières. L'étude des paupières comprend donc celle de la peau, de son repli muqueux et des muscles, le soi-disant cartilage tarse n'étant qu'une modification spéciale du tissu sous-conjonctival.
De la peau de la paupière. — La peau de la paupière présente une structure différente suivant qu'on l'étudié à la face dorsale ou dans cette partie qui, limitant la fente palpébrale, a reçu en raison de sa conformation le nom de bord tranchant.
A la paupière le derme peu épais est constitué par des faisceaux ondulés et extensibles de tissu conjonctif : il contient des papilles peu développées, lesquelles sont sans exception des papilles vasculaires (Waldeyer). A la région du bord libre, ces deux éléments se modifient d'une façon remarquable : ici, en effet, le derme composé de tissu conjonctif compact renferme des papilles bien développées, dans les sinus desquelles s'enfoncent à la manière ordinaire les cônes épidermiques. Ces papilles renferment en partie des corpuscules du tact.
L'épiderme de la face dorsale est mince; mais ses trois couches sont parfaitement visibles, à savoir : la couche cornée, la couche moyenne avec ses cellules dentelées, ainsi que la plus profonde, composée de cellules cylindriques. A la région du bord libre, l'épiderme est plus épais, parce que les sinus sont plus profonds et les papilles plus grosses.
Les poils, en assez grand nombre, courts, fins, très peu profondément implantés, présentent des directions variées. Les glandes sébacées qui s'ouvrent dans leur follicule sont petites, mais développées avec une grande régularité. Les glandes sudoripares sont aussi remarquables, tant par leur grand nombre que par leur petit volume. Un fait à signaler parce qu'il se répète du reste dans tous les tissus analogues, c'est que toutes les productions implantées dans la peau, là où elle présente une densité relative, telles que les poils, les glandes sébacées de leurs follicules, les glandes sudoripares, sont enveloppées de petits tractus de tissu conjonctif adventitiel plus lâche. Ces tractus lâches se poursuivent jusque dans le tissu conjonctif sous-cutané, si abondamment développé. Dans aucune autre région, ce dernier ne saurait mieux mériter le nom de tissu conjonctif lâche. L'épaisseur de la couche qu'il forme, la largeur de ses mailles, sont éminemment propres à toutes sortes de distorsions et d'allongements et, par suite, entièrement favorables aux infiltrations.
Portion tarsale, cils et glandes. — La charpente du cartilage tarse de la paupière est formée par un tissu conjonctif extrêmement compact et résistant. Ce dernier, comme celui de la cornée et de la sclérotique, est creusé d'un système de lacunes et de canaux remplis de lymphe. Si le stroma du tarse n'était point traversé par des réseaux vasculaires et nerveux, eux-mêmes entourés d'un tissu conjonctif plus lâche, il apparaîtrait comme presque complètement homogène.
(1) Résumé d'après Waldeyer (voy. Traité complet d'ophthalmologie, t. I, p. 1).
DE YVECKEK ET MASSELON. 1
Le tarse est séparé du muscle palpébral par une mince couche de tissu cellulaire lâche en avant il s'épuise dans le tissu conjonctif compact du bord libre. À la paupière supérieure, les fibres tendineuses du muscle élévateur, largement aplati, s'implantent directement à la partie moyenne de sa circonférence. Les fibres lisses de Millier s'insèrent en arrière, vers le cul-de-sac conjonctival, pendant que le tissu connectif compact qui compose le tarse se perd peu à peu, sans limites précises, dans le tissu sous-conjonctival à larges mailles.
Les cils sont de forts poils qui s'enracinent profondément et affectent une direction déterminée. Ils présentent un intérêt spécial eu égard à leur direction précise et à leur rapide régénération persistant jusqu'à l'âge le plus avancé. D'après les recherches de Moll et Donders, chaque cil a une durée d'évolution d'environ cent jours. A la paupière supérieure, les cils forment une concavité qui regarde en haut; à la paupière inférieure, une concavité qui regarde en bas, et celte direction est déjà déterminée par une inflexion correspondante de leur portion implantée dans le bord palpébral ; situés toujours au-dessus ou au-dessous des glandes de Meibomius, suivant qu'on les considère à l'une ou à l'autre paupière, ils n'ont rien à faire avec ces dernières et possèdent des glandes propres. Les cils trouvent en outre, dans le tissu compact du bord libre, un point d'appui solide, renforcé encore par les fibres de l'orbiculaire qui rampent dans ce bord.
Les différentes variétés de glandes qui entrent dans la composition des paupières et de la conjonctive sont : 1° les glandes de Meibomius ; 2° les glandes sudoripares normales, déjà citées à propos de la peau des paupières; 3° les glandes sudoripares modifiées du bord libre et de la caroncule lacrymale; 4° les glandes de Krause ou acino-lubuleuses; 5° les glandes de la conjonctive, connues sous le nom de glandes de Man%.
Bien que les glandes de Meibomius soient enfouies dans l'épaisseur du tarse, elles appartiennent, par leur développement et leur structure histologique, à la peau de la paupière. Elles se forment de l'épithélium du bord libre, pour autant qu'il comporte les caractères d'un véritable épiderme. Leur conduit excréteur, très large, est tapissé, sur une vaste étendue, d'un épithéliutn possédant, comme à l'ordinaire, ses trois couches, la couche moyenne ayant ici ses cellules dentelées bien développées. Sur les parties latérales du conduit excréteur s'élèvent perpendiculairement de tous côtés des appendices courts, rendes en massue, qui, pour la plupart, se ramifient une ou deux fois. La surface interne des acini est recouverte d'un épithélium cubique qui, vers le centre, passe dans la masse sébacée.
Nous trouvons des formations bien remarquables dans les glandes sudoripares modifiées ou glandes tubuleuses du bord libre (glandes de Moll). Une coupe transversale de la paupière atteint presque constamment quelques-unes de ces glandes entre les cils et la portion cutanée du muscle ciliaire de Riolan. Leur canal excréteur débouche en dehors dans un follicule sébacé, en dedans dans un long cul-de-sac très large et peu sinueux, qui produit sur la coupe l'apparence d'une large vésicule ronde. Ce cul-de-sac est revêtu d'une simple couche de cellules cylindriques.
Les glandes de Krause occupent chez l'homme une place déterminée. On les rencontre dans le tissu sous-conjonctival du fornix et dans ses environs, mais de préférence du côté interne (nasal). On les trouve là, aussi bien le long du tarse qu'en partie même dans son tissu propre. Elles sont plus nombreuses à la paupière supérieure qu'à l'inférieure ; leur nombre oscillerait entre 12 et 18 à la paupière supérieure, et entre 2 et 6 à l'inférieure. Le nombre des éléments glandulaires qui appartiennent à un même conduit excréteur est relativement grand, et les éléments sont composés de courtes cavités utriculaires, auxquelles tiennent fréquemment des appendices sacciformes. Le nom de glandes acinotubulcuses s'applique donc aussi bien à ces formations qu'aux glandes intestinales de Brunner.
Manz a mentionné des variétés de glandes connues sous le nom de glandes de Mann D'après l'opinion actuelle, elles consisteraient en un petit sac présentant une fine ouverture, des cellules épithéliales, des noyaux libres, de petites cellules rondes et un détritus finement granuleux. Ces productions se rencontrent de préférence tout près du bord de la cornée.
Conjonctive. — La face palpébrale tournée vers le bulbe, et la face antérieure de celuici, sont recouvertes par une membrane muqueuse connue sous le nom de conjonctive. Cette dernière passe sur la cornée, en modifiant sa structure, et forme ainsi un sac ouvert du côté île la fente palpébrale, qui communique avec les cavités nasales, au moyen des voies lacrymales.
Sur une coupe verticale, la conjonctive montre trois couches distinctes : Vépithélium, la tunica propria conjunctivx et le tissu cellulaire lâche sous-conjonctival. Elle comprend, en outre, des vaisseaux sanguins et lymphatiques, et un riche réseau nerveux. La portion palpébrale ou tarsale de la conjonctive commence à l'angle postérieur du bord libre, e s'étend aussi loin que le tarse, c'est-à-dire jusqu'à l'insertion des fibres lisses de Millier. Sa structure histologique- de même, d'ailleurs, que sa constitution macroscopique, permet de la partager en deux parties, une antérieure, l'autre postérieure. La portion postérieure se distingue par la disposition festonnée que présente l'épithélium, comme par la grande quantité de corpuscules lymphatiques infiltrés dans son tissu. La portion antérieure est moins épaisse et ne montre qu'un petit nombre de sinuosités aplaties. L'infiltration lymphatique y est également moins prononcée.
L'épithélium de la conjonctive palpébrale se compose de deux couches de cellules. La couche supérieure est formée de cellules cylindriques au-dessous desquelles on remarque une seule assise de cellules rondes aplaties. Cette disposition n'est cependaut pas aussi parfaitement indiquée dans toutes les parties. La portion postérieure de la conjonctive tarsale comprend une zone transversale de plis et de sillons plus ou moins profonds, formant entre eux un réseau de mailles rondes qui renferme les éminences de différentes grandeurs du tissu conjonctival, aplaties à leur surface supérieure. Sur une coupe perpendiculaire, ces sillons donnent l'image trompeuse d'une simple glande utriculaire; dans leur profondeur l'épithélium change quelque peu de caractère. Comme il est dit plus haut, l'épithélium présente ici, en général, les mêmes couches, savoir: des cellules cylindriques à la superficie, de petites cellules rondes dans la profondeur. Cependant les cellules cylindriques situées dans la profondeur du sinus sont plus longues et mieux formées que celles comprises entre les sillons. M. Krause parle de papilles existant dans cette région de la paupière; mais, tout en admettant qu'à cause de l'irrégularité des éléments anatomiques de cette région on pourrait rencontrer çà et là des formations d'apparence de papilles, on trouve toujours, sur des coupes parallèles à la surface, la disposition en crêtes et en sillons.
La tunique propre de LA conjonctive, support de l'épithélium, se compose de l'unique couche que la conjonctive possède encore à sa portion tarsale ; il n'existe pas, dans le sens ordinaire du mot, de couche sous-muqueuse dans la portion de la membrane correspondant au tarse. La charpente de la tunique propre ne contient que peu de fibres élastiques, du moins dans la portion de la muqueuse sous-jacente aux paupières.
Toute la portion de tissu conjonctival contiguë au tarse est infiltrée de corpuscules lymphoïdes jusqu'au fornix. Cette infiltration est surtout considérable à la région qui correspond aux sillons. La tunique propre revêt tout à fait l'aspect du tissu adénoïde, tel que nous le rencontrons à la muqueuse du canal intestinal. Si, avec un pinceau, on racle légèrement une fine coupe horizontale du tissu conjonctival de cette région, il reste un réseau de fibres à fines mailles au point d'intersection desquelles sont de nombreux noyaux ; de plus, on reconnaît facilement, au milieu de cet entrelacement de fibres, surtout chez les jeunes individus, des cellules anastomosées. Les espaces compris entre ces réseaux de libres ou de cellules sont remplis d'une assez grande quantité de corpuscules lymphatiques, on y trouve aussi de grosses cellules isolées et des cellules pigmentées.
La conjonctive du fornix, qui se délimite nettement de celle du tarse, passe insensiblement sur la portion sclérale. Elle est remarquable par la grande quantité de fibres élastiques qui traversent le tissu sous-conjonctival. La couche sous-épithéliale est ici plus lâchement tissée, sans séparation bien précise avec le tissu sous-muqueux, et plus riche en fibres élastiques qu'à la conjonctive des paupières. L'épithélium est formé de plusieurs couches; tout en haut se trouvent de courtes cellules cylindriques; au-dessous, deux, jusqu'à trois assises de cellules irrégulièrement rondes, acheminement à la transformation en cellules pavimenteuses de l'épithélium du bulbe.
La conjonctive du bulbe conserve, jusqu'au limbe, les mêmes caractères que celle du cul-de-sac, du moins en ce qui concerne la tunique propre et le tissu sous-conjonctival. Elle possède en plus, ici, une circulation bien plus complète, notamment des veines relativement larges, un plus riche développement lymphatique et des groupes de cellules graisseuses que l'on voit aussi dans la conjonctive du fornix. Les fibres du tissu sous-conjonctival s'unissent avec celles de la sclérotique; quelques fibres isolées de la tunique propre et de cette couche sous-conjonctivale s'attachent aux tendons des muscles de l'œil. Cette dernière disposition s'oppose à un plissement trop considérable de la membrane pendant les excursions du bulbe. L'épithélium qui, en arrière, présente la même structure que celui du culde-sac, revêt en avant, de plus eu plus, les caractères de l'épithélium cornéen. L'anneau
conjonctival est remarquable par les attaches solides que le tissu sous-conjonctival contracte avec les fibres ascendantes qui viennent de la sclérotique et passent presque à angle droit dans la tunique propre.
Muscles. La disposition qu'affectent les fibres de l'orbiculaire des paupières (dont la
description sera donnée plus loin, à propos des maladies musculaires) est très remarquable. La portion depuis longtemps connue sous le nom de muscle de Riolan, muscle ciliaire, est presque complètement séparée de la masse principale, insérée entre le tarse et la trame souscutanée, parles cils et les glandes sudoripares modifiées, décrites plus haut. Cette portion, en rapport immédiat avec les glandes sudoripares, les cils et les glandes de Meibomius, se subdivise en de nombreux faisceaux isolés. Ces faisceaux parallèles au bord libre rasent la racine des cils, les éléments glandulaires, principalement les canaux excréteurs des glandes de Meibomius et paraissent avoir une action particulière, soit sur la direction des cils pendant le clignement, soit sur l'évacuation des produits sécrétés par ces glandes.
Le muscle à fibres lisses découvert par H. Mùller, muscle palpébral supérieur (fig. 1) ET inférieur, s'étend à l'une et l'autre paupière, de la partie postérieure du tarse au cul-de-sac conjonctival. Son expansion membraneuse aplatie occupe toute la longueur de la paupière de droite à gauche, et ses fibres marchent dans leur principale direction d'avant en arrière, par conséquent dans le sens des glandes de Meibomius; les plus postérieures sont situées immédiatement sous la peau de la paupière. Elles s'insèrent au tarse par des tendons qui se fondent avec la substance conjonctive de celui-ci.
Fig. 1. —Fragment du muscle palpébral supérieur aveede grosses cellules à contours gr umeux foncés (Hartnack, Système VIII, tube rentré).
Membrane clignotante. Caroncule lacrymale. — A l'angle interne sont deux productions, dont nous toucherons ici un mot : nous voulons parler de la troisième paupière et de la caroncule lacrymale située du côte interne de celle-ci.
La membrane clignotante, ou troisième paupière, est un repli de la conjonctive très peu développé chez l'homme, qui contient des vaisseaux et une trame cellulaire un peu plus forte que dans les autres parties de la membrane. Cette troisième paupière présente latéralement un bord libre légèrement concave, immédiatement à côté de la caroncule lacrymale. Çà et là dans son tissu conjonctif fondamental sont d'assez nombreux agglomérats de corpuscules lymphathiques.
La caroncule lacrymale, exactement située dans l'angle interne, est un petit îlot conique, dépendance du tégument externe. Sa situation est déterminée par le fait qu'à l'angle interne, la fente des paupières diverge légèrement en deux branches et que ces branches circonscrivent de tous les côtés, chez l'homme, une petite parcelle de peau située dans le lac lacrymal. Presque tous les éléments signalés dans la paupière sont ici contenus dans un bien plus petit espace. On distingue : 1° un épithélium; 2° un corps papillaire ramifié, dans les sinuosités duquel s'enfonce l'épithéliuui ; 3° quelques fibres lisses isolées (de H. Miiller); 4° vers son bord médian, et jusque sur sa surface, des fibres de l'orbiculaire; 5° dans la dépression qui existe entre la caroncule et le bulbe, un sillon profond, à partir duquel l'épithélium s'enfonce à la façon d'un cul-de-sac glandulaire; 6° plusieurs poils fins, avec des gaines relativement grandes et des glandes pileuses; enfin, 7° quelques grosses glandes sudoripares modifiées, qui présentent la même structure qu'au bord libre.
La richesse vasculaire de la caroncule est considérable; tout près des vaisseaux, immédiatement sous l'épithélium, se trouvent de nombreux corpuscules lymphatiques. Le tissu cellulaire sous-conjonctival présente ici de petites grappes graisseuses isolées. Située au milieu de l'angle interne, la caroncule, constamment huilée par les sécrétions de ses glandes, s'oppose complètement à ce que les larmes s'écoulent par l'angle interne.
Vaisseaux. Nerfs. Lymphatiques. — Les vaisseaux de la conjonctive sont plus ou moins développés, suivant les régions. Tels sont ceux qui forment l'anneau conjonctival, ceux de la caroncule et de ses environs, enfin ceux qui rampent dans la zone des sillons de la conjonctive tarsale. Abstraction faite du cercle vasculaire péri-cornéen, ils ne présentent rien de particulier.
Jusqu'à présent, les nerfs de la paupière n'ont guère été l'objet de recherches particulières, du moins en ce qui concerne la manière dont ils se comportent dans la peau de la paupière, et par rapport aux éléments glandulaires de celle-ci. Pour les nerfs de la conjonctive, au contraire, il s'inaugure, parles travaux de Krause et de Cohnheim, une nouvelle série de recherches touchant ce point spécial. Parmi ces ramifications nerveuses, les unes appartiennent exclusivement à la conjonctive, les autres ne font que traverser cette membrane pour gagner les tissus voisins, en particulier celui de la cornée. Les nerfs de la conjonctive, qui tirent leur origine des nerfs lacrymal, infra-trochléaire, en partie aussi des nerfs ciliaires, pénètrent à l'angle externe et à l'angle interne, et se ramifient principalement sur la portion scléroticale de la membrane.
Krause a récemment démontré, dans la conjonctive palpébrale, particulièrement dans celle qui avoisine le bord ciliaire, l'existence de papilles vasculaires et nerveuses; ces dernières, contenant de véritables corpuscules du tact, appartiennent à la plus petite espèce. La plupart des petits troncs nerveux de la conjonctive, composés de cinq à six fibres nerveuses primitives, se ramifient dichotomiquement d'une façon assez rapide en filets simples isolés qui s'avancent de plus en plus vers l'épithélium. De ceux-ci, un certain nombre se répandent isolément sur la surface conjonctivale. D'autres, pendant ce trajet, subissent trois à quatre divisions dichotomiques sans se dépouiller de leur moelle. Sur des coupes fraîches, on voit les nerfs complètement intacts courir à peu de distance de l'épithélium, et on reconnaît facilement, dans les espaces réguliers, les anneaux constricteurs de Ranvier qui, fréquemment, se trouvent immédiatement aux points de ramification. Après un trajet quelquefois court, quelquefois long, les fibres nerveuses perdent tout à coup leur myéline et continuent leur marche comme cylindre d'axe, cependant encore entourées de la gaine de Schwann. Les fibres dépourvues de moelle forment, immédiatement au-dessous de l'épithélium, un réseau à larges mailles d'où rayonnent, dans l'épithélium lui-même (principalement au niveau de l'anneau conjonctival), d'autres fibres peu nombreuses qui, s'entremêlant entre les cellules épithéliales en un réseau plus serré, semblent se terminer par des extrémités libres effilées. Une portion des nerfs conjonctivaux enlace de fines fibrilles les vaisseaux de la conjonctive.
La terminaison la plus remarquable des nerfs , dans la conjonctive, est celle que W. Krause a découverte en 1858. Il donne à ces terminaisons le nom d'Endkolben. D'après cet auteur, ces derniers représentent de petits corps ellipsoïdes, presque ronds, ayant chez l'homme et chez le singe, en moyenne de 0,03 à 0,05 de millimètre de long sur 0,03 à 0,045 de millimètre de large. Les nerfs se divisent et se replient plusieurs fois sur euxmêmes au moment où ils arrivent aux corpuscules de Krause, dans lesquels ils pénètrent, ayant encore conservé leur substance médullaire. Souvent ils se divisent encore au moment d'entrer dans le corpuscule. Ces corpuscules sphériques sont entourés d'une double capsule, dans laquelle on observe des noyaux. La plus interne paraît être la continuation delà membrane de Schwann; la plus externe, celle du névrilème; et entre les deux il existe un espace lymphatique. Ces éléments contiennent dans leur enveloppe une masse finement granulée, dans laquelle apparaissent (après addition de soude) des corpuscules brillants et des noyaux ; ces derniers, du reste, se présentent aussi sur l'enveloppe. Les corpuscules terminaux sphériques de l'homme et du singe reçoivent plusieurs fibres nerveuses terminales, pâles. Mais, en dernière analyse, Krause reste dans l'incertitude au sujet de la fine structure du contenu des corpuscules, et de la façon exacte dont s'y terminent les fibres nerveuses. Waldeyer donne comme un résultat parfaitement certain de ses recherches la composition cellulaire du contenu de ces corpuscules sphériques. Il tient aussi pour sûr que les fibres nerveuses terminales pâles passent, en dernier lieu, clans ces cellules, que l'on doit considérer comme des cellules ganglionnaires terminales.
Les vaisseaux lymphatiques des paupières présentent, suivant Sappey, un réseau externe et un interne. Les lymphatiques profonds accompagneraient ceux qui courent le long de la veine faciale, et se jetteraient avec ceux-ci dans les glandes sous-maxillaires; les lymphatiques superficiels se joindraient aux vaisseaux qui accompagnent la veine temporale ou déboucheraient dans les glandes parolidiennes, avec les lymphatiques de la joue.
Sur ce qui concerne les voies lymphatiques des parties profondes de la paupière et de la conjonctive des paupières, nous avons les publications de Schmidt et de Colasanti. Le premier a réussi à injecter, à partir du limbe conjonctival, dans toute la conjonctive, aussi bien celle du bulbe que des paupières, un double réseau superficiel et profond. A l'anneau conjonctival, il a vu sortir des vaisseaux lymphatiques des prolongements effilés. Colasanti mentionne, dans une courte notice, un réseau lymphatique à larges mailles dans les environs des srlandes de Meibomius.
Les lymphatiques de la conjonctive du bulbe ont été, pour la première fois, exactement déerits par Teichmann. Il distingue ceux de la conjonctive cornéenne de ceux de la conjonctive sclérale. Les premiers forment, autour du bord cornéen, un élégant réseau large de 1 millimètre. Leur diamètre est très variable, et leur dilatation infundibuliforme à leurs points d'anastomose leur donne une apparence qui rappelle celle des cellules éloilées. Vers la cornée, les vaisseaux forment des arcs fermés. Les capillaires lymphatiques de la conjonctive sclérale constituent un réseau composé de branches plus fortes, marchant parallèlement au rebord cornéen, dont ils sont distants de 4-5 millimètres; ils gagnent de plus fortes dimensions et débouchent dans des troncs pourvus de valvules, lesquels se dirigent vers l'angle interne et l'angle externe. Ils sont situés au-dessous des plus fins capillaires sanguins. Leur union avec le réseau lymphatique cornéen a lieu directement ou indirectement, ou par un vaisseau limite plus volumineux ayant un cours
FiG. 2. — Vaisseaux lymphatiques de la conjonctive sclérale et cornéenne injectés par la cornée (Hartnack, Système IV, tube rentré).
A, cornée. — B, sclérotique. — a, b, ligne qui limite approximativement la sclérotique et la cornée. — l, 1, espaces lacunaires de la cornée remplis par l'injection. — % vaisseaux lymphatiques. — 3, lacunes unies entre elles et, à l'origine d'un vaisseau lymphatique, par un prolongement.
circulaire et intercalé entre les deux réseaux. Waldeyer a pu, en général, confirmer les descriptions de Teichmann ; seulement, il ne trouve au bord cornéen aucune espèce de réseau, mais des prolongements effilés (voy. fig. 2).
De nombreuses injections ont démontré (Waldeyer) les communications directes qui existent entre les lymphatiques de la conjonctive et le système de canaux et de lacunes de la cornée et de la sclérotique. Déjà, de Recklinghausen et Leber avaient réussi à injecter, par la cornée, les lymphatiques de la conjonctive du bulbe. Le premier a vu même, une fois, la masse injectée pénétrer dans les vaisseaux sanguins; mais on doit considérer comme exceptionnelle toute communication entre les lymphatiques de la conjonctive et les vaisseaux sanguins. Une injection poussée sous une faible pression suffit non seulement à remplir toujours les voies lymphatiques, mais même les espaces lacunaires de cette partie de la sclérotique la plus voisine de la cornée. La figure 2 montre les connexions entre les espaces et les vaisseaux lymphatiques.
La division des différentes affections morbides ayant pour siège les paupières sera aisément indiquée, si l'on se reporte à la constitution anatomique de ces voiles membraneux : la peau, le tarse et les muscles s'offriront successivement à notre étude, ainsi que les altérations consécutives de ces diverses parties portant particulièrement sur la conformation et la position des paupières. Une description des difformités congénitales terminera ce chapitre, et renfermera en même temps quelques données embryologiques. Nous aurons donc à nous occuper :