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APOPLEXIES ET PIGMENTATION DU NERF OPTIQUE

laisser de côté, pour passer entre la choroïde et la rétine, ou, encore, pour s'épancher dans l'intérieur de l'œil, après déchirure de l'implantation de la rétine et de la couche des libres nerveuses.

Nous admettons, et la clinique le démontre surabondamment, qu'à la suite d'une hémorrhagie abondante dans les gaines, le sang, accumulé de préférence dans la coupole de l'espace intervaginal, peut produire, en ce point, des phénomènes de compression dans les vaisseaux centraux (la formation de caillots) et simuler, à s'y méprendre, une embolie de l'artère centrale. L'image ophthalmoscopique ne diffère en rien de celle de l'embolie de l'artère centrale, si ce n'est que les vaisseaux ne sont ordinairement pas aussi exsangues, et que, plusieurs jours après que la cécité est survenue, on voit apparaître une ou plusieurs flammèches hémorrhagiques contiguës au bord de la papille. Dans certains cas, une véritable flaque de sang s'étale vers la macula, ou fait irruption dans l'œil. Il faut surtout songer à la présence d'une hémorrhagie vaginale, lorsque rien, dans la circulation du sujet, ne laisse présumer qu'une embolie ait pu se former, et que la circulation rétinienne ne se trouve pas complètement interrompue (Magnus). Il en doit être de même si l'on voit se produire un relèvement prompt de la vision, ce que la présence d'un embolus, dans une artère terminale, ne permet guère d'admettre.

Avec l'atrophie de la papille, on rencontre, consécutivement à d'anciennes hémorrhagies, des dépôts de pigment occupant la papille même, de préférence le long des émanations de la lame criblée; il ne faut pas les confondre avec les traînées pigmentées, que l'on observe congénitalement autour de la papille, et qui suivent l'anneau sclérotical. Toutefois, la pigmentation de la papille, démontrant l'insinuation du sang vers l'entrée du nerf optique, est loin de se produire d'une façon constante. Sur une pièce recueillie par Leber, toute la gaine du nerf se trouvait distendue par un tissu interstitiel pullulé et pigmenté (fig. 465), mais les papilles blanchâtres, avec

Fig. 465. — Atrophie du nerf optique, avec forte distension de l'espace intervaginal, résultant d'une pullulation du tissu connectif, probablement à la suite d'une hémorrhagie.

vaisseaux très amincis, étaient dépourvues de pigmentation. Lorsque de vastes épanchements, provenant de la papille, font irruption dans le corps vitré, ce sont habituellement des productions de tissu connectif, recouvrant la papille en forme de tente (rétinite proliférante de Manz), que l'on observe consécutivement à ceshémorrhagies. Ici la transformation en un tissu pigmenté est absolument inusitée, et les caillots s'organisent en se décolorant.

La papille peut encore se pigmenter, ainsi que le nerf optique sur son trajet, dans des cas de sarcome, siégeant au voisinage, et ayant envahi les gaines du nerf; une infiltration de pigment mélanique se dessine autour des cellules (Poncet) et

dans les noyaux neurogliens. Rappelons encore les empiétements de pigment qui envahissent assez fréquemment la papille, dans la dégénérescence pigmentaire. Enfin, il faut savoir que de petits dépôts pigmentés peuvent, par exceptionn, se rencontrer congénitalement dans la papille, près de son bord, dans des cas où la fonction est absolument normale.

A part les épanchemenls sanguins qui peuvent se produire dans les gaines ou s'y insinuer, nous pouvons observer des déchirures, des arrachements, ainsi que des blessures directes et des sections plus ou moins complètes du nerf. Ces traumatismes s'opèrent près du globe oculaire, sur le trajet intra-orbitaire ou intracrânien du nerf; mais le véritable locus minoris resistentiœ du nerf est situé dans le canal orbitaire même, où il se trouve solidement attaché à l'os, sa gaine externe faisant, ici, fonction de périoste et de gaine à la fois.

L'excédent de longueur de 1 centimètre environ, que présente, dans la cavité orbitaire, le nerf optique, dont le trajet est recourbé, le garantit, dans une certaine mesure, contre les violences qui l'atteignent directement. Pour que le nerf se trouve détaché de son insertion oculaire, il est nécessaire que la violence ait été exercée avec un corps contondant, qui, à la fois, fixe le globe de l'œil, contre les parois de l'orbite, et refoule le nerf optique en arrière, en le chargeant sur un plan d'une largeur suffisante pour qu'il ne puisse s'échapper, ou en l'emboîtant dans un instrument en forme de fourche ou de simple crochet. Pareil arrachement a été rencontré à la suite d'un coup porté avec l'extrémité métallique d'un parapluie, ou de coups de corne. Un arrachement du nerf optique s'opère beaucoup plus aisément près de son entrée dans l'orbite. Ici, le globe oculaire et le nerf ont été violemment attirés, ou projetés en avant. La violence du traumatisme peut être, en pareil cas, assez forte pour que les muscles droits soient simultanément arrachés et entraînés avec le globe oculaire, en dehors de l'orbite, l'œil restant parfois pendu sur la joue et retenu seulement par la conjonctive et les muscles obliques. Un semblable arrachement fut observé chez un ivrogne, qui était tombé sur la clef de sa porte, en s'engageant le globe oculaire dans l'anneau de la clef. L'œil, auquel se trouvait fixé, une longueur de nerf optique correspondante à son trajet orbitaire (soit 29 millimètres), fut retrouvé sur le plancher (Verhaege). Grâce à l'attache solide de la gaine externe du nerf aux parois osseuses du canal optique, la traction qui détermine l'arrachement du nerf, se produisant parfois, comme dans le cas précédent, suivant une section très nette, ne se communique guère, d'une façon fâcheuse, au cerveau et à ses enveloppes. A deux reprises, le nerf optique a d'ailleurs été arraché, en pratiquant la distension, sans qu'il en résulte de complication (Pamard).

Une arme pointue, à moins de pénétrer jusqu'au voisinage du trou optique, glisse généralement sur le nerf, qui se dévie ; mais des corps, non effilés, peuvent charger le nerf et l'arracher, ou parfois même le couper. Les blessures du nerf optique par des grains de plomb sont bien plus aptes à donner lieu à des coupures du nerf. Des grains de plomb peuvent aussi contourner le globe oculaire et s'insinuer dans le canal optique, pour s'y fixer et comprimer le nerf; un simple grain de plomb peut

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