STRABISME
expérience, le zéro du périmètre, pendant que l'on déplace la bougie le long de l'arc, de manière à amener le reflet de la flamme au centre de la cornée. Le point de l'arc qu'occupe alors la bougie représente l'angle 7, qui est positif si, comme cela se présente ordinairement, on a dû transporter la bougie le long du segment de l'arc situé en dehors, par rapport à l'œil observé, et négatif dans le cas contraire. Cet angle serait nul, si la position delà bougie coïncidait avec le zéro du périmètre.
Dans notre pratique, nous nous servons, pour la mensuration du strabisme, de l'instrument que nous désignons sous le nom d'arc kératoscopique (voy. fig. 490). C'est un petit périmètre de 15 centimètres de rayon, que nous employons également à la mesure de la déformation de la cornée dans le kératocone et qui nous sert aussi de pupillomètre ; mais c'est, surtout comme strabomètre, que notre arc kératoscopique nous rend journellement des services. Pour cet usage, une bande de carton noirci est superposée à l'instrument, dans l'intérieur de l'arc. Cette bandelette est mobile et peut glisser, à l'aide d'une crémaillère, dans une rainure, en suivant la concavité de l'arc. Au centre de la bandelette, est fixé un disque blanc de 25 millimètres de diamètre, au-dessus duquel se trouve une encoche; vers les extrémités de cette bande noire, se trouve aussi, de chaque côté, un disque blanc, semblable au disque central, et placé à une distance telle de celui-ci, que son bord externe corresponde à un arc de 70 degrés, à partir du centre. Enfin le long de l'arc, et à une distance de 6 centimètres, par rapport à l'axe de l'instrument (représenté par une barrette de 14,5 millimètres, destinée à être appuyée sur le rebord orbitaire inférieur de l'œil que l'on explore), se trouve, de chaque côté, une douille pouvant recevoir la tige d'un miroir plan carré, de 2 centimètres de côté.
Lorsque nous voulons mesurer la déviation d'un œil atteint de strabisme, nous plaçons devant cet œil, en appuyant l'extrémité de la barrette sur le rebord orbitaire, l'arc kératoscopique, et nous engageons le sujet, tournant le dos à une fenêtre bien éclairée, à fixer, avec son œil sain, un objet situé au loin (derrière lui) en regardant dans le petit miroir, incliné à cet effet, que porte l'arc dans sa concavité. On fera alors mouvoir, à l'aide d'une vis adaptée à l'instrument, la bandelette noire portant les trois disques blancs, en observant, par l'encoche placée au-dessus du disque central, les reflets produits sur la cornée de l'œil strabique, sous forme de petits points blancs. Le point central devra être amené, par le déplacement de la bandelette, dans une position telle qu'il occupe le centre de la cornée. Le nombre de degrés, correspondant sur l'arc à cette position, indiquera la déviation de l'œil strabique.
La cornée occupe une certaine étendue, et il est bien difficile d'amener le reflet d'un disque blanc à se trouver sûrement au centre de cette membrane. Ce qui est facile pour des points très rapprochés, devient incertain lorsqu'il s'agit d'un espace de 12 millimètres, diamètre habituel de la cornée. C'est pour faciliter ce centrage, que nous avons adjoint, sur la bandelette mobile de notre arc, deux autres disques blancs qui en occupent les extrémités, ces disques devant former, au voisinage du bord de la cornée, chacun une image, lorsque le disque central donne un reflet précisément au centre de la cornée.
Fig. 490.
Si l'on a affaire à un strabisme divergent, on observera à la fois les reflets des trois disques blancs de la bandelette; mais, si le strabisme est convergent, l'œil s'enfonçant du côté du nez, un des disques latéral ne pourra donner d'image ; dans ce dernier cas, cependant, le centrage sera assuré grâce à l'indication fournie par l'autre point latéral.
Ge que nous obtenons par cette mensuration ainsi pratiquée n'est, bien entendu, que le strabisme apparent; pour avoir le strabisme réel, il faut encore tenir compte de l'angle 7. Cet angle se mesure de la façon suivante : le sujet fixe, avec l'œil en expérience, un point situé dans la direction du zéro de l'arc. Un disque coloré de 2 millimètres de diamètre, placé derrière le petit miroir, que l'on retourne et que l'on fixe dans une douille centrale, dont est muni l'instrument, remplit parfaitement l'office de point de mire. On fait alors mouvoir la bandelette noire qui porte les trois disques blancs, pendant que l'on observe les reflets par l'encoche centrale, de façon à amener les points latéraux réfléchis, à égale distance du bord de la cornée. Le reflet du disque central correspond ainsi très exactement au centre de la cornée. 11 ne reste plus qu'à lire, le long de l'arc, le déplacement en degrés imprimé à la bandelette. Si la vision de l'œil sfrabique était trop imparfaite, on pourrait se servir de l'œil sain pour mesurer l'angle 7.
Nous nous hâtons d'ajouter qu'une mensuration aussi exacte du strabisme est, dans la pratique, le plus souvent inutile. Aussi nous contentons-nous, d'ordinaire, d'un procédé beaucoup plus simple, donnant une suffisante approximation, dans la majorité des cas. Au lieu de chercher à placer le reflet du disque central de la bandelette mobile exactement au centre de la cornée, nous l'amenons à se trouver au centre de la pupille, qui, comme on le sait, ne correspond pas exactement au milieu de la cornée, mais se trouve quelque peu en dedans, du côté où a lieu le passage de la ligne visuelle. Quand on prend pour point de visée le centre pupillaire, on n'a pas à se préoccuper des images formées par les disques latéraux, et on arrive aisément au but à cause des dimensions, en général, très restreintes du diamètre delà pupille, que l'on observe d'ailleurs à courte distance (15 centimètres). La déviation d'un œil strabique étant ainsi mesurée, d'après la position occupée, non plus par le centre cornéen, mais par le centre pupillaire, nous négligeons l'angle 7, le résultat étant alors peu différent de celui que nous aurions obtenu si nous avions opéré plus rigoureusement.
Nous n'avons pas besoin de faire ressortir les avantages de ce procédé de strabométrie, avantages qui seront surtout appréciés dans les cliniques, où le nombre des malades fait que l'on devient nécessairement très économe de son temps. L'arc kératoscopique, que l'on tient à la main, et qui donne, en un instant, la mesure du strabisme, est toujours prêt à fonctionner, sans qu'il soit nécessaire de conduire son malade vers le périmètre et de recourir à' une bougie, et sans adaptation préalable de l'instrument vers un point de mire.
Notons encore, en terminant, que le même instrument nous sert aussi à déterminer, objectivement, le pouvoir d'adduction et d'abduction de l'œil, en engageant le sujet, l'arc kératoscopique étant tenu devant l'œil en expérience, à diriger fortement le regard en dedans, ou en dehors, et en observant quel déplacement il faut imprimer à la bandelette mobile, pour amener le reflet du disque central au milieu de la pupille.