DISTENSION CYSTIQUE DES PAROIS DE L'ORBITE. — RÉTRÉCISSEMENT ORBITAIRE
Lorsqu'on rencontre une exophthalmie sur la nature de laquelle on a quelque peine à se renseigner, par suite de l'impossibilité où l'on est de constater la présence d'une tumeur, il faut aussitôt rechercher si la cavité orbitaire n'est pas rétrécie, consécutivement à l'augmentation de volume d'une des cavités voisines, ayant amené une distension cystique de la paroi orbitaire correspondante, distension
qui peut aller jusqu'à l'usure complète de la substance osseuse. Nous passerons successivement en revue les altérations des cavités voisines de l'orbite, pouvant entraîner un rétrécissement orbitaire.
Le sinus maxillaire peut augmenter de volume, lorsqu'il est dilaté par des produits solides ou liquides, qu'il est le siège d'une hydropisie, d'une collection purulente ou d'une tumeur. Dans l'un et l'autre cas, toutes les parois, qui circonscrivent cptte cavité, sont plus ou moins sensiblement déviées; le plancher de l'orbite est soulevé, l'œil refoulé en haut et le rebord orbitaire distendu d'une manière anormale. L'accumulation de liquide, muco-pus ou pus, peut être telle, par suite de l'oblitération de l'orifice qui fait communiquer le sinus maxillaire avec le méat moyen, que la sensation de parchemin froissé, qui dénote habituellement l'amincissement des parois du sinus dilaté, fait défaut ; de même, la fluctuation, si la paroi inférieure de l'orbite a été en grande partie usée, peut devenir obscure. Une ponction exploratrice sera alors nécessaire, pour différencier ces collections liquides des tumeurs solides, qui, dans cette région, consistent en tumeurs osseuses, polypes fibreux ou cancers de diverse nature.
L'orbite peut encore être rétrécie par la dilatation des fosses nasales. Ici, la dilatation, à cause de la large communication de ces cavités, ne sera qu'exceptionnellement due à une rétention de liquide, mais résultera, d'ordinaire, de productions solides, exosloses, polypes, affections cancéreuses.
Les sinus frontaux, qui, par l'intermédiaire des cellules ethmoïdales antérieures, communiquent avec le méat moyen, peuvent, à la façon du sinus maxillaire, être distendus par une collection de pus ou de muco-pus. La disposition topographique de ces sinus, si bien indiquée par le professeur Merkel, offre un intérêt particulier pour l'ophthalmologiste, car c'est à la distension de ces cavités qu'il a, encore, le plus souvent affaire.
Les sinus frontaux sont au nombre de deux. Ils sont séparés par une cloison médiane, qui se trouve plus ou moins incurvée d'un côté ou de l'autre. Cette cloison osseuse est d'une épaisseur variable, mais, ordinairement, elle ne mesure pas plus que 1 millimètre (fig. 524,*). Parfois, elle est plus mince et manque même par places, ou elle devient membraneuse. De même, l'étendue de ces sinus offre des variations notables. Tandis que, surtout sur des crânes sclérosés, ils ne sont représentés, sur le bord inférieur du frontal, que par de petites fossettes, on les voit, dans d'autres cas, remonter jusque vers la moitié de la pars perpendicularis du frontal, s'insinuer, au loin, entre l'orbite et la base du crâne et même arriver jusqu'à la sutura zygomatico-frontalis ; on a même déjà vu que le proc. zggomatico du frontal se trouvait renflé en ampoule.
Dans l'intérieur des sinus frontaux, se trouvent ordinairement des arêtes en saillies tranchantes, qui délimitent des compartiments en forme de diverticules. On rencontre, en outre, dans la plupart des cas, des cellules ethmoïdales qui font saillie en bas, sous forme de vésicules ou de coupoles, rapetissant plus ou moins la capacité des sinus frontaux (fig. 524**).
Le revêtement membraneux des sinus frontaux ne dépasse pas, comme épaisseur, 0mm,5, mais il est facile de différencier, sur des coupes, les deux couches : la muqueuse et le périoste. La première est fournie de glandes muqueuses en nombre restreint, dont la sécrétion, lors d'une entrave à l'écoulement, peut distendre toute la cavité. Les nerfs de la muqueuse proviennent des r. ethmoïdales nerv. nasociliaris. Le nombre de ces nerfs explique facilement l'intensité que les maux de tête acquièrent parfois, ainsi que les phénomènes réflexes que les corps étrangers des sinus peuvent provoquer. Les vaisseaux sanguins sont nombreux et se trouvent, de même que les lymphatiques, en communication avec ceux du nez.
L'ouverture des sinus frontaux, dans le nez, est ordinairement large et se trouve cachée au-dessous de l'insertion du cornet moyen, près de son extrémité antérieure. Cette ouverture est située, à peu près, dans un même plan horizontal que celui occupé par la fente palpébrale.