B. VOIES LACRYMALES
Les voies lacrymales, qui, dans leurs diverses parties, sont d'une largeur variable, se trouvent garnies, à l'intérieur, de parois lisses, normalement dépourvues de valvules. L'entrée, du côté de la conjonctive, est formée par les points lacrymaux et les canalicules ; puis, viennent le sac lacrymal et le canal nasal, que l'on peut comprendre sous le nom de canal naso-lacrvmal.
) . Canalictles lacrymaux.
Les points lacrymaux sont d'étroites ouvertures cratériformes, placées au sommet de petites élevures coniques, les papilles lacrymales. Ces dernières occupent l'angle médian des deux paupières, et ou doit les rechercher, précisément, à l'endroit où le feuillet cutané se termine en pointe et où la paupière se recourbe vers la circonférence du lac lacrymal (fig. 528). Les points lacrymaux se trouvent dans la continuation directe de la lèvre interne du bord palpébral, de telle sorte que les papilles et les points regardent en arrière et glissent sur la conjonctive (fig. 529). Lorsque l'œil est ouvert et le regard dirigé directement en avant, les deux points touchent la conjonctive bulbaire, et l'on peut se rendre compte que le supérieur est situé plus du côté du nez que l'inférieur. C'est grâce à leur emplacement, au bord du lac lacrymal et sur la conjonctive, que les points lacrymaux accomplissent leur fonction physiologique. Lorsque les yeux se ferment, les papilles lacrymales se trouvent situées de telle façon, à côté l'une de l'autre, qu'elles se touchent presque, et cela, de manière que l'inférieure occupe le côté latéral de la papille supérieure, qui est juxtaposée à la caroncule (fig. 529j.
Les papilles lacrymales se composent, comme les tarses, d'un tissu conneclif, serré et dur, ayant pour effet de maintenir béants les points lacrymaux. A cause de leur pauvreté en vaisseaux, qui se rattache à la structure dense des papilles lacrymales, elles sont plus pâles que leur entourage. Les deux papilles lacrymales présentent des différences notables. La papille inférieure est plus courte, plus large et plus 'ramassée; son point lacrymal, plus large
APPAREIL LACRYMAL
(jusqu'à 0,3 millimètre). La papille supérieure est plus gracile, plus élevée et porte un point lacrymal plus étroit (0mm,2 à 0mm,25 de diamètre).
Les canalicules lacrymaux, qui font suite aux points lacrymaux, sont placés dans le pli cutané qui contourne le lac lacrymal, en le délimitant. Leur parcours est, au début, vertical; après un trajet d'un peu plus de 1 millimètre, ils se recourbent sous un angle droit et se dirigent en sens médian, pour converger graduellement vers l'extrémité de l'angle
Punct. lacr. sup.
Plica semiluu.
Carunc. lacr.
Punct. lacr. inf.
Fig. 528. — Œil ouvert, les paupières écartées par des crochets.
oculaire (fig. 530). Derrière le ligament palpébral médian, les canalicules aboutissent, isolés, dans un espace en diverticule de la paroi du sac lacrymal, ou bien ils se terminent, en se réunissant déjà avant, par un bout court et maigre qui pénètre dans le sac lacrymal. La longueur des canalicules ne dépasse jamais 1 centimètre, souvent elle est moindre.
A leur origine, les canalicules forment un tout petit entonnoir, dans la profondeur duquel se trouve la véritable entrée du canalicule. C'est au fond de cet entonnoir que le
Punct. lacr.
Carunc. lacr.
Fie. 529. ■ — Paupières détachées du fornix conjonctival et vues du côté de leur face
postérieure.
canalicule présente sa plus grande étroitesse, son diamètre étant, dans ce point, d'un dixième de millimètre. Plus loin le canalicule s'élargit et forme un cul-de-sac, pour prendre sa direction horizontale. Suivant Gerlach, un élargissement fusiforme précéderait ce cul-de-sac, dans le trajet vertical du canalicule (fig. 531). La portion horizontale du canalicule mesure 6 millimètres, verticalement; le conduit se trouvant comprimé d'avant en arrière, du moins sur le cadavre. Les canalicules lacrymaux peuvent être distendus jusqu'à un diamètre de lmm,5; ce qui, vu la minceur de leurs parois, ne doit pas étonner. L'entrée des canalicules, dans le sac lacrymal, se trouve dans la direction d'une ligne qui diviserait le ligament palpébral; elle n'est pas exactement située du côté latéral du sac, mais bien un peu en arrière. L'incurvation et la direction brisée des canalicules, qui paraissent être
très défavorables pour l'introduction des instruments, sont néanmoins de peu d'importance, parée que, grâce à une traction exercée sur la paupière, en sens latéral, le trajet des canalicules, munis de parois flexibles, peut être rendu rectiligne. La paroi du canalicule se compose d'un épithélium élevé et pavimeuteux et d'une propria
Fie. 5Î0. — Position des conduits lacrymaux et du sac lacrymal, dessinés en bleu, dans la région intacte du grand angle.
ténue, munie de nombreuses fibres élastiques; elle est enveloppée d'un manteau de fibres musculaires, appartenant au M. palpebralis, qui, au pied de la papille, forme une sorte de sphincter.
Parmi les variétés que l'on peut rencontrer du côté des canalicules, nous citerons, à part
Sare. lacrym. Punct. lacrym.
lie 531. — Coupe à travers les canalicules lacrymaux, d'après Gerlach.
un développement exagéré, ou, au contraire, un effacement des papilles, l'ouverture du point lacrymal vers le côté postérieur, ou antérieur, de la papille. Il est rare que l'on observe un dédoublement des points lacrymaux et des canalicules, le canal accessoire pouvant, alors, se terminer en cul-de-sac.
i. Sac lacrymal et canal nasal.
On différencie l'espace, dans lequel aboutissent les canalicules lacrymaux, en deux parties : le sac lacrymal, qui en représente la partie orbitaire, et le canal nasal, qui parcourt un canal osseux et aboutit dans le méat inférieur.
Le parcours du sac lacrymal et du canal nasal, ou du canal naso-lacrymal, en rapport avec la direction du canal osseux et de la fossa lacrymalis , peut varier notablement, suivant les individus, et s'écarter d'une quantité différente de la verticale, soit que l'on envisage ce parcours dans le plan frontal, soit qu'on le considère suivant un plan antéropostérieur. Dans le plan frontal, il faut tenir compte de la configuration du nez, en ce qui concerne l'élévation de son dos et la largeur de son ouverture. Ainsi, sur la figure 532, sont indiqués deux cas extrêmes, choisis parmi un nombre considérable de crânes. Ces deux
DE WF.CKER ET M AS SELON. 55
APPAREIL LACRYMAL
Fig. 532. — Direction du canal lacrymal osseux sur deux crânes, indiquée par de petits
rouleaux de papier.
Crâne à ouverture nasale étroite : A, vu de face; B, vu de profil. — Crâne à ouverture nasale large : C, vu de face ; D, vu de profil.
crânes présentent presque la même largeur de nez, comprise entre les cristœ lacrym. poster., mais l'un est muni d'un dos de nez élevé et d'une ouverture étroite, l'autre d'un dos de nez peu élevé et d'une large ouverture. Dans l'un des cas, le canal se dirige en bas et du côté médian; dans l'autre, il est presque vertical. Pour se renseigner sur le vivant, il faudrait, suivant Arlt, comparer l'écart des ailes du nez à celui de deux points situés au milieu des ligaments palpébraux internes, la déclinaison latérale mesurerait la moitié delà différence. Plus simplement, la direction latérale du canal naso-lacrymal est indiquée par une ligne qui, coupant le milieu du ligament palpébral interne, passe tangentiellement à l'aile du nez.
Quant à l'écart, par rapport à la verticale, que présente, suivant un plan antéro-postérieur, le canal naso-lacrymal, il est tel, que le trajet, suivi par ce canal, correspond aune ligne qui, du milieu de la fossette lacrymale, se dirige en bas et en arrière, pour aboutir à la première molaire. Sur le vivant, on se représenterait cette inclinaison, le sujet étant placé de profil, en faisant partir la ligue du grand angle de l'œil.
Le diamètre du canal naso-lacrymal, garni de ses parties molles, est sensiblement moins grand que celui du canal osseux, attendu qu'ils sont séparés par un grand nombre de larges vaisseaux, pour la plupart veineux, qui rampent dans une couche sous-muqueuse intimement réunie au périoste (fig. 533). La muqueuse même est de structure lymphoïde
Coucha.
Duct.naso-lacrym.
Fig. 533. — Coupe à travers le canal naso-lacrymal, au milieu de sa longueur. Face supérieure de la coupe (grossissement 2).
et garnie, dans toute son étendue, d'un épithélium cylindrique élevé, qui porte, en certains endroits, des cils vibratiles. Dans sa partie supérieure, le canal naso-lacrymal est représenté, à l'état normal, par une fente, dont le diamètre transversal mesure 2 à 3 millimètres (fig. 534). Dans les parties entourées d'os, l'ouverture du canal, en s'écartant, est un peu plus large (fig. 533). Si l'on injecte le canal naso-lacrymal, sous une forte pression, il se dilate, alors, sensiblement, surtout dans sa partie supérieure, où il n'est pas entouré d'os de toutes parts. Le sac lacrymal peut ainsi atteindre un diamètre de 8 millimètres, et le canal, de 4 à 4mm,5.
Pour ce qui concerne, en particulier, l'emplacement du sac lacrymal, celui-ci repose sur la fossette lacrymale et est entouré, dans sa partie supérieure, par le ligament palpébral médian, qui s'étend comme un arc tendineux entre les deux crêtes lacrymales. Son union est plus intime avec la face dorsale des faisceaux antérieurs de ce ligament, qu'avec le faisceau postérieur et l'os, dont il se trouve séparé par de nombreux vaisseaux interposés (fig. 534) ; son extrémité supérieure en cul-de-sac (fundus) est en rapport avec le bord supérieur du ligamen palpébral, ouïe dépasse un peu (fig. 535). Entre le bord inférieur du ligament palpébral, fortement tendu, et le commencement du canal osseux, il reste un
APPAREIL LACRYMAL
espace où le sac lacrymal est dépourvu d'une couverture solide, celle-ci étant seulement formée par la peau et quelques fibres faibles de l'orbiculaire. Aussi, sera-ce en ce point qu'une dilatation du sac s'accusera spécialement. C'est encore cette même région que l'on doit choisir pour ouvrir le sac.
Le point où commence le canal osseux est le plus étroit du parcours du canal nasolacrynial (fig. 535,*). Quant à l'orifice nasal du canal, il présente une conformation variable. 11 est très rare qu'il concorde avec la terminaison du canal osseux, en offrant une large ouverture béante. Le plus souvent, le canal court encore obliquement dans la muqueuse, pour se terminer, après un trajet plus ou moins étendu, par une fente de forme ovalaire (fig. 536). Cette fente peut être large et béante, d'autres fois elle est petite et à peine \isib'e.
Comme nous l'avons dit en débutant, les voies lacrymales sont, à proprement parler.
Lig. palp. med. Saccus lacrym.
Os front
Canal, acr.