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I. — Anomalies fonctionnelles de la glande lacrymale

Tandis que la conjonctive a pour fonction de sécréter un mucus qui lubrifie l'œil, le rôle des larmes est de nettoyer cet organe, de laver la cornée. Il est probable que, dans les conditions pbysiologiques, autant de larmes sont amenées par l'occlusion des paupières sur le globe oculaire, autant il s'en élimine par l'ouverture de ces voiles membraneux. Nous battons, à notre insu, des paupières, chaque fois que l'irritation produite, par le dépôt, sur la cornée, des corps suspendus dans l'air, nécessite un nettoyage, ou que ce lavage est réclamé par l'élimination des cellules épithéliales, à la surface de la cornée. Tandis que ce clignotement est rare dans un air pur, il s'accélère à mesure que l'air est plus chargé de poussières; il peut se faire aussi que l'appel de larmes soit plus considérable, que le mouvement répété d'ouverture des paupières peut en éliminer, et qu'alors l'œil pleure. Mais, avant que cet excès de larmes soit déversé en dehors de la fente palpébrale, le nez commence à couler; de même, un spectateur ému se mouche d'abord fréquemment, avant de ne plus pouvoir retenir ses larmes.

Nous avons vu, dans l'article précédent, qu'il existe deux glandes lacrymales. D'après ce que nous enseignent le fonctionnement normal des yeux, les états patho logiques et l'anatomie comparée, il est à présumer qu'à ces deux glandes sont aussi réservées des attributions différentes. Nous pensons que la r/lande orbitaire sert aux usages d'humectation de l'œil, dans les conditions ordinaires, tandis que la sécrétion de la glande palpébrale n'intervient que lorsqu'il y a un clignotement inusité, qu'il s'agit de procéder à un plus ample lavage du globe oculaire, ou que des sollicitations psychiques excitent, non à la simple aspersion du globe par les larmes, mais à pleurer véritablement, faculté dont l'homme, seul, a été gratifié parmi les animaux.

Nos connaissances sur les variations, dans la composition chimique de la sécrétion des deux glandes, sont encore fort peu avancées, et cela, surtout, parce qu'il n'est guère possible de bien séparer la sécrétion conjonctivale, muqueuse, de celle des larmes. Aussi n'acceptons-nous qu'avec la plus grande réserve les opinions émises jusqu'ici, sur certaines modifications morbides des larmes (l).Si le contact prolongé

(1) De Arlt (Archiv fur Ophthalmologie, t. II, A. 2, p. 137) a pu recueillir la sécrétion pure de la glande lacrymale, chez un jeune homme atteint d'une fistule de la glande, à la suite d'un lupus, qui avait détruit la conjonctive en majeure partie. Voici les résultats de l'analyse de ce liquide, faite par M. Lerch :

Eau "J8.223

Chlorure de sodium 1 .257

Albumine. , 0. 504

Parties salines 0.016

Quelques traces de graisse

1ÛU.00O

de sécrétions lacrymales provoque, chez quelques enfants, plutôt que chez d'autres, des excoriations du tégument externe, cela tient, non aux changements de nature du liquide sécrété, mais à ce que la résistance de la couche épidermique et du derme est très variable. Dans quelques formes intenses d'ictère, on a signalé la coloration jaunâtre des larmes. De même, une couleur rouge a été notée dans quelques cas de scorbut; mais, peut-être, faudrait-il rapporter cette coloration à l'extravasation dans le sac conjonctival, d'une petite quantité de sang, provenant de légères excoriations de la muqueuse (Hasner).

Les troubles qu'on signale le plus communément, dans la sécrétion des larmes, portent sur l'augmentation ou la diminution de la quantité de ce liquide, normalement fournie par la glande, et cela, bien que l'on ne sache encore rien de précis sur la quantité de larmes qui est sécrétée, dans des conditions normales, et sur les écarts physiologiques qui peuvent se présenter.

Lorsque, en dehors de toute incitation morale ou réflexe, il existe une abondance de larmes telle, que les voies naturelles d'élimination deviennent insuffisantes, quoique leur disposition et leur perméabilité n'offrent aucune anomalie, est-on en droit d'affirmer qu'il existe une hypersécrétion lacrymale? Nous ne le croyons pas; car il peut exister, dans le jeu des parties de l'orbiculaire qui président à l'élimination des larmes, des troubles capables d'entraver cette fonction délicate, troubles qui échappent encore à nos moyens d'investigation.

Un fait connu, c'est l'accroissement de volume de la glande palpébrale, qui succède à un larmoiement très prolongé, provoqué par des inflammations chroniques de la cornée ou de la conjonctive, ainsi que de Graefe l'avait déjà observé. Dans ce cas, la moindre traction exercée sur la paupière supérieure, pour là relever, a pour effet de faire saillir la glande; parfois, la glande palpébrale fait même saillie à travers la peau.»

On se trouve encore dans l'embarras, lorsqu'il s'agit de constater, d'une manière évidente, une diminution de la sécrétion lacrymale. C'est qu'en effet l'extirpation de la glande lacrymale a démontré que les larmes ne sont pas indispensables aux fonctions de l'œil, et que la sécrétion conjonctivale, unie à la transsudation qui s'opère au travers des membranes de l'œil, joue le rôle principal dans la lubrifaction de cet organe. On comprend donc que de faibles diminutions de la sécrétion lacrymale se soustraient à l'observation et que l'idée de Schmidt, que la xérophthalmie se rapporterait à une oblitération des conduits excréteurs de la glande, soit depuis longtemps abandonnée. D'un autre côté, lorsque la partie du cul-de-sac conjonctival, qui correspond aux conduits excréteurs de la glande, a subi, dans sa totalité, la transformation inodulaire, ce fait rend parfaitement compte de la suppression absolue des larmes; aussi, sommes-nous bien loin de nier qu'à la suite de brûlures étendues, d'une conjonctivite granuleuse généralisée, ou d'une conjonctivite diphthéritique, le xéroma lacrymal puisse compléter la xérophthalmie.

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