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OPÉRATIONS PRATIQUÉES SUR LA GLANDE LACRYMALE

à éviter la section du releveur de la. paupière supérieure, car il en résulterait un ptosis, auquel on ne remédierait que difficilement.

Quoique les moyens antiseptiques et hémostatiques, dont nous disposons actuellement, rendent l'extirpation de la glande lacrymale en quelque sorte inoffensive, une opération aussi radicale ne devait que difficilement être acceptée par les malades, pour remédier à un simple larmoiement. Aussi, avons-nous songé à circonscrire l'extirpation, à la portion palpébrale de la glande, en sectionnant ainsi forcément les conduits excréteurs de la portion orbitaire. Nous avons déjà exposé (p. 862) qu'il existe deux glandes lacrymales isolées (1) et qui offrent, en effet, ceci de particulier, que les conduits éliminateurs de la glande orbitaire passent derrière l'arc tendineux, qui sépare les deux glandes, pour arriver à la glande inférieure (fig. 537),

Fig. 537. — Parties palpébrale et orbitaire et conduits excréteurs de la glande lacrymale (Henle) .

ces conduits pouvant se terminer isolément, ou prendre un certain nombre de petits conduits de la glande inférieure. Avec l'ablation de la glande des usages extraordinaires (2), on devait donc obtenir, par oblitération cicatricielle, la réduction de la sécrétion orbitaire, ce que Szokalski voulait atteindre en liant en masse les conduits excréteurs de la glande lacrymale. Nos prévisions ont été pleinement justifiées par les faits, lorsqu'on réussit à enlever la totalité de la glande palpébrale et à diviser tous les conduits excréteurs.

(1) M. Tillaux, qui, dans sa thèse de doctorat, Des conduits excréteurs des glandes sublinguale et lacrymale, a apporté, comme professeur de la Faculté de Paris, un soin tout particulier dans la reclierche de ces conduits, disait déjà en 1862 : « On sait qne la glande lacrymale est divisée en deux portions parfaitement distinctes, quant à leur siège et leurs rapports, l'une, la plus volumineuse, qui forme le corps proprement dit, située dans la cavité de l'orbite; l'autre, étalée, aplatie, logée dans l'épaisseur de la paupière supérieure, à la partie externe et dans un dédoublement de l'aponévrose orbitaire. » (Consultez aussi page 862 et voyez figure 537.)

(2) La physiologie assimile le mode de fonction de la glande lacrymale, fort peu connu d'ailleurs, à celui de la glande parotidienne, la sécrétion de ces glandes présentant même des analogies au point de vue chimique; mais elle est absolument muette sur la question de savoir quand l'une ou l'autre des deux glandes fonctionne, ou si elles fonctionnent constamment ensemble. L'analomie comparée nous apprend que l'homme, seul, possède une glande palpébrale; les animaux, qui ne pleurent pas, mais larmoient seulement, n'ont qu'une unique glande. Toutefois, chez le chien, le plus affectueux des animaux, l'on rencontre parfois ce deux petites glandules, rudiments de la portion palpébrale » (Tillaux). Peut-être ne serait-il pas trop hasardé, en considérant que l'homme, seul, parmi les animaux, peut verser des larmes sous l'influence d'une vive émotion, de penser que la glande lacrymale palpébrale est celle qui intervient dans ce cas, qu'ici, comme pour d'autres glandes, c'est autour des conduits excréteurs que s'effectue la principale sécrétion, et que la glande orbitaire ne sert que pour le simple nettoyage de l'œil. L'anatomie topographique nous dit clairement que, si nous supprimons la glande lacrymale palpébrale, en l'extirpant, nous sectionnons nécessairement, en même temps, à cause de leur juxtaposition au tégument, des conduits excréteurs de la glande orbitaire, qui doit finir par s'atrophier elle aussi, lorsqu'on obtient, ainsi, l'oblitération de tous les conduits excréteurs. C'est ce fait qui m'a paru pouvoir être utilisé pour la thérapeutique.

L'ablation de la glande palpébrale s'exécute de la façon suivante : après une irrigation soigneuse du sac conjonctival, avec une solution de sublimé à 1/4000', on place un simple écarteur étroit pour relever la paupière supérieure, principalement vers sa partie externe. Si le malade regarde fortement en bas et en dedans, la glande palpébrale fait tout de suite saillie, dès qu'on exerce une légère traction sur la commissure externe, vers la tempe. La glande n'apparaît-elle pas, sous forme

Fig. 538. — Alvéoles de la partie palpébrale de la glande lacrymale, composés de cellules épithéliales, d'une forme normale et à protoplasma granulé (Haensell).

d'une fève aplatie et bosselée, alors, on la fait certainement jaillir, en appliquant la pince à fixation au-dessus du bord supérieur de la cornée et en tirant l'œil en bas et légèrement en dedans. Du reste, c'est dans celte position que l'assistant fixe le globe oculaire, en même temps qu'il tend légèrement la commissure externe. On incise alors la conjonctive au-dessus et au milieu de l'élévation produite par la glande, et on dégage soigneusement, dans son tiers externe, le fornix conjonctival qui adhère solidement à la glande. A mesure que s'effectue ce dégagement, les lobules glandulaires font saillie, et il est très facile, après quelques coups de ciseaux, de détacher la glande. C'est ordinairement avec le dernier coup de ciseaux, qu'on coupe une artériole qui, pendant quelques instants, donne du sang en assez grande quantité. On peut d'ailleurs, pour faire cesser tout de suite cet écoulement, se servir d'une petite pince hémostatique, qu'on laisse en place pendant quelques instants. Le plus souvent, l'hémorrhagie s'arrête instantanément sous la compression ou l'irrigation nouvelle de sublimé, qui termine l'opération.

Lors de nos premières opérations, les parties enlevées ont été remises à

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