III. — MALADIES MUSCULAIRES
Auatomie topographique (I). — Les muscles des paupières, qui ont particulièrement été étudiés par M. Merkel, ont pour effet d'élargir et de rapetisser la fente palpébrale.
Pour l'élargissement de cette fente, la paupière supérieure doit être relevée, l'inférieure abaissée. Le relèvement de la paupière supérieure s'obtient par action musculaire, grâce à l'intervention du muscle releveur. L'abaissement de la paupière inférieure est sollicité par la pesanteur.
Le muscle orbiculaire, dont l'action est de fermer les paupières, représente une couche musculaire plate, circulaire, très mince dans la plus grande partie de son étendue, et d'apparence pâle. Il dépasse, comme étendue, l'ouverture osseuse de l'orbite; d'autre part, le centre du cercle, que ses faisceaux circonscrivent, n'est pas situé au milieu de la fente, mais un peu latéralement en dehors; en d'autres termes, le muscle dépasse le bord orbitaire externe un peu plus que le bord médian. Les faisceaux les plus externes ne continuent pas leur parcours circulaire, mais se détachent en prenant une direction centrifuge pour se réunir avec les muscles voisins ou se perdre dans la peau ou les fascias(fig. 36).
On peut distinguer dans le muscle orbiculaire trois portions différentes qui ont été désignées par Henle, sous les noms de M. palpébral (supérieur et inférieur), M. orbitaire et M. malaire.
Les faisceaux périphériques de l'orbiculaire naissent, pour la plupart, de l'os au voisinage du rebord orbitaire médian (interne), et, après un circuit circulaire plus ou moins complet, s'insèrent aussi au rebord osseux ou dans la peau^ ou enfin se replient, comme il a été dit, vers d'autres muscles. Les faisceaux qui sont placés plus au centre, plus près de la fente, et qui circonscrivent un cercle plus étroit que le rebord osseux de l'orbite, se servent, pour leur insertion, d'un ligament d'un brillant tendineux près de l'angle médian, et adhèrent, après un parcours en demi-cercle, à une masse de tissu cellulaire enfeutré, qui part de l'angle palpébral latéral pour s'étendre vers le rebord orbitaire latéral (externe).
Le ligament palpébral médian (fig. 36, L?n) forme un arc tendineux, qui naît du processus frontal du maxillaire (à un peu plus de 1 centimètre au-dessous de son extrémité frontale), court en décrivant un arc au-devant de l'extrémité supérieure du sac lacrymal vers l'intérieur de l'orbite, et s'insère ici à la crête lacrymale postérieure. L'insertion (l'origine), ou faisceau antérieur de ce ligament, a une longueur de 3 à & millimètres. Le faisceau postérieur s'élargit et acquiert une étendue double en s'étalant sous forme d'éventail. Le faisceau antérieur se voit aisément, même sur le vivant, surtout si la personne est maigre. Chez une personne présentant plus d'embonpoint, il faut, pour le voir, saisir la paupière latéralement et l'attirer en haut et en dehors. Par son bord supérieur, ce faisceau touche la coupole du sac lacrymal, dont le tissu se confond avec lui.
Le ligament palpébral latéral (externe), représenté seulement par une masse de tissu cellulaire enfeutré, un peu plus résistante, naît à l'angle palpébral externe et s'insère au rebord orbitaire latéral, souvent aussi immédiatement en arrière de ce bord, sur la paroi latérale de l'orbite. Les trois portions du muscle orbiculaire peuvent être ainsi décrites :
Les parties du muscle, placées le plus au centre, les deux muscles palpébraux qui reposent sur les paupières mêmes, naissent du ligament palpébral médian dans toute son étendue. Dans leur parcours, ces muscles se divisent en deux couches, une superficielle et une profonde. La première prend naissance du faisceau antérieur du ligament palpébral médian. Arrivés, après un parcours plus ou moins arqué, à l'angle externe, les deux muscles palpébraux, en venant à la rencontre l'un de l'autre, aboutissent au ligament palpébral latéral.
La couche profonde du muscle palpébral, qui affecte un parcours semblable à la portion superficielle, naît par deux arcs superposés qui, dans leur étendue, s'adossent comme deux
M) Résumé d"après MerUel (Traité complet d'Oi'hthalmologie, I, p 13fi).
branches d'un éventail déplié, et de telle sorte que les faisceaux qui partent plus en avant sont situés plus loin du bord palpébral que ceux partis de points plus en arrière. Les fibres postérieures, qui sont en plus grand nombre, ont aussi le plus d'importance (M. de Horncr, M. sacci lacrymalis, M. tensor tarsi de Merkel, M. lacrymalis post. de Henke), attendu que certaines de ces fibres entourent les conduits lacrymaux (fig. 37, P/) et ne sont pas sans action sur la marche des larmes.
A la paupière inférieure, certains faisceaux de la couche superficielle s'irradient, sous forme d'éventail, en dehors et en bas dans la peau de la joue (fig. 38,*). Cette portion du muscle des paupières entre principalement en fonction pendant les mouvements de clignotement. Pendant cet acte, la paupière inférieure est sensiblement soulevée, et la partie
EP
Fig. 36. — M. orbiculaire gauche préparé avec les muscles voisins.
Lffl, ligament palpébral médian; EF, M épicranius frontalis; Qls, M. quadratus labii superioris Z, M. zigoinaticus.
de la peau à laquelle se rendent ces faisceaux musculaires est enfoncée en plis crépus, qui, à un âge avancé, ne disparaissent plus.
Le M. orbitalis, qui s'adosse immédiatement au il/, palpebrulis. s'insère, d'une part, au frontal et au processus frontalis du maxillaire et d'autre part, au rebord orbitaire qui appartient au corps du maxillaire supérieur.
L'origine de la portion qui se rend à la paupière supérieure commence aussitôt au-dessus du ligament palpébral médian; d'autres faisceaux ont leur insertion dans un champ triangulaire, limité en haut par l'éminence sourcilière du frontal et, à l'intérieur de l'orbite, par une saillie rugueuse formée par l'extrémité du rebord orbitaire supérieur et qui se recourbe assez près de la trochlée en arrière vers l'os lacrymal. Tout ce champ d'implantation sert aussi aux libres du M. frontalis.
ANATOMIE TOPOGRAPHIQUE
Pour ce qui regarde le parcours ultérieur des fibres du M. orbilalis supérieur, qui dépasse 1res notablement le reboni orbitaire supérieur, les faisceaux s'arrangent de telle façon que plus ils naissent de l'intérieur de l'orbite, plus ils s'adossent aux faisceaux supérieurs du M. palpebralis superior (fig. 38). Quelques faisceaux se terminent après un parcours peu étendu dans la peau de la moitié médiane du sourcil (fig. 38). Si ces faisceaux se contractent, ils indiquent manifestement leurs points d'insertion par de petites fossettes, comme on l'observe dans l'action de froncer les sourcils.
Le M. orbitalis de la paupière intérieure naît du côté inférieur du ligamenium palpebrale médiate, du sac lacrymal et, dans une courte étendue, du rebord orbitaire inférieur. Du côté de la tempe les deux moitiés du M. orbitalis se rencontrent, échangent des faisceaux et se confondent.
Le .]/. malaris est composé de deux faisceaux musculaires qui embrassent sous forme de V, à pointe dirigée en bas, le M. orbitalis inferior. La portion médiane du M. malaris naît
Fig. 37. ■ — Les paupières sont divisées dans leur milieu par une coupe verticale; la supérieure est attirée en haut, l'inférieure en bas, de façon à laisser voir leur côté interne; la conjonctive, le fascia et le tissu cellulaire sont enlevés jusque derrière la crête lacrymale postérieure, afin de montrer l'insertion postérieure du M. palpebralis.
ilp, origine du M. palpebralis; PI, points lacrymaux garnis de fibres musculaires; T, paupière supérieure.
tarse de la
du côté inférieur et médian du M. orbitalis inferior. La dentelure la plus médiane n'a pas d'insertion séparée à l'os, mais n'est qu'une continuation d'un fort faisceau du M. frontalis qui, se repliant sur le dos du nez, vient se joindre au M. malaris (fig. 36, 38). Les faisceaux courent alors en bas et latéralement, en partie ils forment un arc peu courbé en rayonnant dans la seconde portion du M. malaris, en partie ils se dirigent vers l'angle de la bouche et la joue pour se perdre dans la peau de cette région.
La portion latérale naît en partie du fascia tout près du côté latéral du M. orbitalis et en partie se complète par une assez grande quantité de faisceaux du M. orbilalis qui, sur son côté le plus périphérique, se bifurquent en bas. Le parcours ultérieur de cette portion latérale est la répétition de celui de la portion médiane.
Il est rare que toutes les parties du muscle orbiculaire se contractent à la fois. Cela ne se rencontre qu'en deux circonstances : d'abord lorsqu'on serre violemment les paupières, et, d'autre part, à l'occasion de l'expression que l'on prend lorsqu'une vive lumière frappe l'œil et amène un grand éblouissement.
Des portions isolées de l'orbiculaire entrent en jeu suivant les attitudes et les expressions du visage. Ainsi les deux MM. palpebrales agissent isolément pendant certains mouvements du globe oculaire. Regarde-t-on en bas, celui de la paupière supérieure se contracte; relève-t-on le regard, celui de l'inférieure entre en action. Lorsque les deux muscles agissent, l'expression est celle que prennent les myopes lorsqu'ils veulent distinguer quelque
Fig. 38. — Muscles situés autour de l'angle palpébral médian. La peau de la région du sourcil et de la joue est renversée.
Lpm, ligament palpébral médian; Oo, M. orbicularis orbitalis de la paupière supérieure; il se continue sous la peau renversée de la joue sur la paupière inférieure; Op, M. orbicularis palpebralis de la paupière inférieure ; * faisceaux musculaires qui quittent le parcours circulaire pour s'insérer dans la peau. En haut, ce sont des faisceaux du M. orbicularis orbitalis qui s'irradient dans le sourcil; en bas, ce sont ceux du M. orbicularis palpebralis infer. qui vont à la peau de la joue; F?', faisceaux les plus internes (médians) du M. frontalis.
chose au loin. Dans l'expression du dédain les deux MM. palpebrales de Y orbicularis seuls entrent aussi en action. Dans le clignement, nous avons dit plus haut que les fibres du M. palpebralis inferior se rendant à la peau de la joue, intervenaient. Le M. orbitalis ne paraît jamais se contracter isolément. Il se contracte en commun avec le M. malaris et alors l'œil prend l'expression du dégoût ou de l'horreur, ou bien ce n'est que la moitié médiane de son arc supérieur qui agit et l'expression revêt alors le sérieux le plus profond. Si au contraire, comme cela se peut, la portion latérale du muscle se contracte en commun avec le M. malaris, alors naît l'expression de la gaieté et du rire. Au contraire, dans l'expression de la douleur, ce sont les parties du muscle situées du côté médian et supérieur de l'ouverture orbitaire, c'est-à-dire ce qu'on appelle le corrugator supercilii, ainsi que les parties médianes du M. frontalis qui se contractent. Si à ce mouvement s'adjoint encore celui qui a été décrit pour le rire, on arrive à l'expression des pleurs. Les muscles à fibres lisses des paupières ont déjà été décrits plus haut (voy. p. 4).