MYOPIE
Les seuls rayons, qu'un œil myope (tig. 546) puisse réunir sur sa rétine, sont ceux qui pénètrent dans cet œil en divergeant, attendu que des rayons parallèles feraient leur foyer trop tôt, c'est-à-dire en avant de la rétine (en <p", fig. 550). On peut donc dire qu'un œil myope est un œil adapté pour des rayons divergents,
Fig. 550.
autrement dit des rayons émanant d'un point situé en avant de l'œil, à une distance variable (i, fig. 550). Lepunctum remotum, positif, occupe ainsi, en avant de l'œil, un point correspondant à la distance focale de la lentille concave qui corrige la mvopie, en donnant aux rayons parallèles la divergence nécessaire à leur réunion sur la rétine (;', fig. 550). Il en résulte que, chez un myope de cinq dioptries, le punctum remotum est situé à 20 centimètres en avant du point nodal, ou à 19 centimètres et demi, à peu près, en avant de la cornée.
Contrairement à ce qui se passe chez l'hypermétrope, la cause ordinaire de la myopie est un excès de longueur de l'axe anléro-postérieur de l'œil (fig. 546). Mais indépendamment de la myopie axile, on rencontre parfois une myopie de courbure, résultant d'une plus grande convexité de la cornée, dont le rayon est râpe-
tissé. Enfin, la myopie peut encore être la conséquence d'un pouvoir réfringent plus accusé des milieux de l'œil, comme on l'observe, en particulier, lorsque le cristallin commence à subir la transformation cataracteuse.
Il y a myopie chaque fois que l'on constate une amélioration de l'acuité visuelle en superposant à l'œil un verre concave, et le verre concave le plus faible, qui fournit la meilleure acuité visuelle, mesure la myopie. Il est nécessaire, dans la détermination de la myopie, de s'en tenir au verre le plus faible qui donne la meilleure vue, et cela, à cause de l'intervention de l'accommodation, qui peut annuler l'excès de divergence que donne, aux rayons, un verre excédant la myopie.
Les myopes ont constamment besoin de verres pour voir nettement de loin ; mais, si l'on redoute la progression de la myopie, il sera prudent de ne prescrire que des verres inférieurs à la myopie. Pour la vision rapprochée, des verres concaves ne seront nécessaires que si le punctum remotum est inférieur à 33 centimètres, c'est-à-dire si la myopie excède trois dioptries. Dans ce cas, il est de règle de corriger la moitié de la myopie. Toutefois, si l'on voulait adapter un œil myope pour une distance déterminée, la correction devrait être telle qu'on ne laisserait subsister, de la myopie, qu'une partie correspondante à un punctum remotum égal à cette distance. Ainsi un myope de cinq dioptries, ayant besoin de voir nettement à 50 centimètres (pour le piano, par exemple), devra porter un — 3. En outre, l'existence d'un strabisme divergent latent, cause si fréquente, chez les myopes, d'asthénopie musculaire (p. 764), oblige, pour la vision de près, à faire un usage presque constant de verres prismatiques à base interne, que l'on combine aux verres concaves si ceux-ci doivent être simultanément employés (voy. l'article Strabisme latent, p. 764).
Optomètres. — Nous n'avons signalé, comme méthode subjective de détermination de la réfraction, que l'emploi des verres des boîtes d'essai, dont on contrôle l'influence sur le tableau d'acuité visuelle, celle-ci étant simultanément mesurée avec la réfraction. La boîte de verres constitue, en effet, le meilleur optomètre dont nous pouvons disposer. On peut seulement reprocher à cette méthode qu'elle entraîne une certaine perte de temps, pour essayer successivement des verres, que l'on change dans la monture d'essai ; en outre, il faut disposer d'un recul d'au moins 5 mètres, pour la distance réclamée par le tableau d'acuité visuelle. Les optomètres, formés, les uns, par une unique lentille convexe, devant laquelle se meut, dans le même tube, l'objet que l'examiné doit voir nettement ; les autres, par une combinaison de verres analogue à la lunette de Galilée ou à la lunette astronomique, présentent certainement des avantages au point de vue de la rapidité de l'examen, mais ils offrent ce grave inconvénient de solliciter la mise en jeu de l'accommodation; aussi trouve-t-on généralement, avec ces instruments, une réfringence qui dépasse, parfois très notablement, celle de l'œil examiné. Ajoutons encore qu'en général, les optomètres ne sont pas aptes à la mesure de l'acuité visuelle. Malgré ses lenteurs, la méthode, qui repose sur l'essai successif des verres, est donc la seule à laquelle on doit recourir.