‹ Manuel d'ophthalmologieChapitre 282 sur 316 · MYOPIE PROGRESSIVE · texte numérisé non relu

MYOPIE PROGRESSIVE

d'accommodation et sans qu'à un âge avancé les effets de la presbytie se fassent sentir. Au contraire, lorsque la myopie atteint un haut degré, de graves complications (antérieurement étudiées) se montrent aisément dans les parties profondes de l'œil, et ce qui n'était qu'une simple anomalie de réfraction, avantageuse même dans certains cas, devient une maladie redoutable de l'œil.

En général, on ne naît pas myope, mais on apporte en naissant, le plus souvent sous l'influence de l'hérédité, une prédisposition à la myopie. Cette prédisposition consiste en un défaut de résistance de l'enveloppe scléroticale dans la région postérieure de l'œil, jointe à une insertion vicieuse du nerf optique, d'une longueur insuffisante, ayant pour effet de permettre un tiraillement suivi d'une lente distension de cette partie de l'organe, celui-ci tendant à prendre insensiblement, par l'élongation de son axe antéro-postérieur, une forme ovoïde. Les causes occasionnelles qui, grâce à cette disposition congénitale, favorisent le développement de la myopie sont assez nombreuses (voy. Scléro-clioroidite postérieure, p. 320).

Il nous faut d'abord signaler l'application prolongée des yeux sur de petits objets, nécessitant des efforts exagérés <ï accommodation, qui impriment à la choroïde une traction et un déplacement en avant, ce tiraillement étant favorisé par la structure spéciale que prend progressivement, chez le myope, le muscle ciliaire, dans lequel dominent les fibres longitudinales (voy. fig. 153, p. 253). Tout ce qui tend à diminuer la netteté des images, et, par suite, sollicite une vision à une plus courte distance, devient, chez un sujet prédisposé, une cause de développement de la myopie, en l'obligeant à abuser de son muscle accommodateur et en provoquant même un spasme de V accommodation, c'est-à-dire une myopie dynamique qui précède la myopie statique. C'est ainsi que nous devons signaler le défaut d'éclairage, l'application des yeux sur des livres mal imprimés, ou à impression trop fine (les dictionnaires en particulier), les altérations de la cornée, ayant entraîné la formation de taies ou le développement d'un astigmatisme, etc.

Un état congestif de l'œil, provoqué par une mauvaise attitude pendant le travail, lorsque la table trop basse oblige à incliner la tète en avant, surtout si un col trop étroit vient, en outre, contribuer à entraver la circulation, doit aussi être considéré, par suite de l'accroissement de tension intra-oculaire qui en résulte, comme une cause favorisant la distension de l'œil et l'accroissement de la myopie.

Un important facteur, dans le développement de la myopie, résulte des efforts de convergence, dont les fâcheux effets se font d'autant plus sentir que la vue est devenue plus courte et que les centres optiques des yeux présentent, entre eux, un plus grand écart, disposition naturellement défavorable pour la convergence. L'action des muscles droits internes, déjà gênée par l'allongement du globe oculaire, devenu moins mobile dans l'orbite, est, en outre, rendue moins efficace par le peu d'étendue de l'angle 7 (1), qui chez certains myopes devient même négatif. Dans ces conditions, on conçoit que les droits internes, frappés à' insuffisance, devront être soumis à des contractions plus énergiques, que cela n'a lieu dans l'état normal, pour

(1) La figure 551, d'après Donders, représente un œil emmétrope, la figure 552 un œil myope et la figure 553 un œil hypermétrope « Ces trois figures ont pour objet de montrer la signification de cet angle et, en même temps, la position du centre de mouvement d. Toutes trois représentent une section horizontale passant par le nerf optique n. I est donc le côté interne de l*œil, et E l'externe : l'axe de la cornée ga traverse cette dernière en son milieu, auquel correspond, en réalité, le sommet de l'ellipsoïde cornéen. Par contre, cet axe n'est nullement dirigé sur l'objet fixé, lequel forme image, dans la fossette centrale en /, sur la tache jaune. Une ligne droite II', tirée entre une image rétinienne, située dans la

Page 1