PARALYSIE DE L'ORBICULAIRE
Ce traitement pacifique n'ayant pas abouti, on aura recours à l'opération; c'est le plus souvent à la section du nerf sus-orbitaire, d'après la méthode recommandée par Romberg, qu'on s'adresse. 11 est bien difficile de s'expliquer l'influence que la section d'une branche nerveuse qui préside à la sensibilité exerce sur les nerfs moteurs du muscle qu'elle traverse; mais ce n'en est pas moins un fait acquis.
Pour pratiquer la section du nerf sus-orbitaire, il faut prendre soin de tendre la peau du sourcil en haut et en dehors, afin d'éprouver moins de difficultés pour faire glisser le ténotome qu'on enfonce sous la peau de dehors en dedans. On tourne le tranchant de l'instrument vers le rebord orbitaire supérieur, en incisant avec une certaine force le périoste, à la réunion du tiers moyen et du tiers interne de cette saillie osseuse. Aussitôt après l'opération, on applique un bandeau compressif, pour prévenir la formation de larges ecchymoses. L'anesthésie cutanée qu'on obtient ainsi n'occupe généralement, après la section du nerf, qu'une partie assez restreinte du front; mais quelques heures ou, au plus tard, un jour après, elle gagne en étendue.
Nous devons avouer que, sur quelques malades, les simples sections nerveuses sans excision n'ont donné qu'un résultat tout à fait passager. C'est surtout le blépharospasme qui accompagne le tic convulsif de la moitié ou de la totalité de la face qui se montre le plus rebelle. Parmi les points de compression les plus habituels révélant l'indication de la névrotomie, nous citerons le point d'immergence du nerf sus-orbitaire, qu'on peut comprimer contre l'os frontal ; celui du filet malaire qui repose, à sa sortie, sur l'os de ce nom, et celui du nerf dentaire inférieur qu'on peut comprimer dans la bouche, contre la branche montante de l'os maxillaire inférieur. La distension du tronc du facial est certainement un moyen excellent pour arrêter le blépharospasme invétéré, mais elle est d'une exécution quelque peu périlleuse. Nous avons récemment tenté d'obtenir pareille distension au moyen de la suspension répétée journellement pendant deux ou trois minutes.
ARTICLE IV paralysie de l'orbiculaire (lagophthalmos),
La paralysie de la septième paire entraîne dans la coaptation des paupières une certaine difficulté, caractérisée tantôt, dans les cas légers, par du larmoiement, tantôt, dans les cas extrêmes, par une coaptation incomplète des paupières et par la chute de la paupière inférieure. Si la paralysie porte sur les paupières supérieure et inférieure à la fois, la fente palpébrale reste constamment béante de 2 à 4 millimètres. La paupière supérieure, n'obéissant plus qu'à l'action de son muscle propre, le releveur, peut s'élever outre mesure; toutefois, il faut le dire, on n'observe cette prépondérance d'action du releveur que quand le malade regarde en haut. Le défaut qui survient dans la coaptation des paupières, quand l'orbiculaire est paralysé, a été désigné sous le nom de lagophthalmos paralytique.
Comme la paralysie faciale est le plus souvent bornée à un côté, on trouve dans cette circonstance quelques symptômes propres à la maladie qui nous occupe. Ainsi, le sourcil est relevé, la joue affaissée de même que l'aile du nez, et la bouche attirée du côté sain. Lorsque la cause du mal siège dans l'intérieur du crâne, près de l'origine du nerf facial, il survient le plus souvent un trouble dans les fonctions du nerf uaditif correspondant. Si la cause paralysante est sur le trajet du nerf et si le voile
du palais montre des symptômes de paralysie, cette cause réside au-dessus du ganglion génieulé, situé, on le sait, au genou ou à la première courbure du canal de Fallope, ganglion qui reçoit le grand nerf pélreux superficiel. Lorsque, au contraire, le voile du palais est intact, on pense que ia cause de la maladie est au-dessous du ganglion ci-dessus désigné.
Le plus souvent, on observe des paralysies du facial où la cause de la maladie siège tout près du trou stylo-mastoïdien et n'affecte que les branches qui composent le pes anserinas major. Dans ces cas, le nerf peut être comprimé par des ganglions engorgés, des tumeurs, un gonflement inflammatoire de la glande parotide, etc. On voit encore la paralysie du facial survenir à la suite de refroidissements brusques (jui ont amené une périostite par laquelle le nerf est comprimé, ou enfin consécutivement à un traumatisme qui a porté directement sur le trajet du nerf ou intéressé la caisse du tympan. L'otite interne (syphilitique) peut ne pas intéresser ou comprendre la septième paire, mais porter sur la totalité ou une partie des fibres de l'orbiculaire.
Le traitement doit nécessairement se baser sur la connaissance de l'origine du mal. Lorsqu'on soupçonne une cause inflammatoire ayant amené une compression du nerf, on peut diriger contre elle un traitement antiphlogistique, consistant en déplétions sanguines locales, frictions mercurielles, calomel à l'intérieur, etc. Une fois la paralysie établie d'une manière permanente, il sera indiqué d'exciter directement les filets du nerf paralysé par des injections sous-cutanées de strychnine. Dans le même but on fera usage des courants continus.
On songera à un traitement chirurgical, notamment à la tarsorrhaphie, soit dans les cas où la difformité de la paupière inférieure, renversée en dehors, est arrivée à un degré tel, que la guérison de la paralysie doive laisser après elle un vice de conformation choquant, soit dans les cas où la coaptation des paupières est assez défectueuse pour que le globe de l'œil coure quelques dangers.