SPASME DU MUSCLE ORBICULAIRE
variétés principales, qu'on pourrait désigner sous les noms de blépharospasme intermittent et continu. Dans le blépharospasme intermittent qui, le plus souvent, occupe les deux paupières à la fois, les contractions toniques apparaissent à des intervalles plus ou moins éloignés, et ne durent souvent que quelques instants. Bien que le temps durant lequel' les malades sont privés de la vue soit extrêmement court , ils ont beaucoup de peine à supporter cet état; car, ne pouvant pressentir le spasme, ils sont toujours sous le coup d'une cécité complète, quoique très passagère.
Toute excitation morale, toute privation de sommeil contribue à abréger les intervalles de repos, et il n'est pas rare que celte forme intermittente de blépharospasme se transforme peu à peu en une forme continue, parle rapprochement des attaques. Le blépharospasme ne diminue ou ne cesse alors que pendant le sommeil.
Nous rangerons les différentes variétés connues de blépharospasme en trois groupes distincts, d'après la cause à laquelle on les attribue :
A. Blépharospasme traumatique ;
B. Blépharospasme coïncidant avec certaines inflammations de la conjonctive et de la cornée, ou consécutif à ces maladies ;
C. Blépharospasme qui n'est que le symptôme d'une névrose générale du facial.
A. Le blépharospasme traumatique s'observe ordinairement dans les cas où un corps étranger a pénétré dans le sac eonjonctival, et y a séjourné un certain temps. La lésion que produit sa présence, plus ou moins passagère, est quelquefois insignifiante. Le spasme, d'abord intermittent, devient graduellement continu et peut, à mesure qu'il gagne en intensité, s'étendre aux muscles voisins. Généralement le blépharospasme débute par l'œil où se trouve la lésion, puis il gagne l'autre, et les parties musculaires, qui sont prises de convulsions du côté sain, correspondent exactement à celles que la maladie a successivement atteintes du côté de la blessure.
B. Le blépharospasme coïncidant avec des altérations siégeant dans l'œil, ou consécutif à ces lésions, est surtout fréquent dans la conjonctive phlycténulaire, et principalement dans la variété où les phlyctènes gagnent de proche en proche les parties centrales de la cornée et qu'on désigne sous le nom de kératite en forme de bandelette. Cette forme de blépharospasme (pholophobie) existe encore dans les cas où les phlyctènes siègent d'emblée au voisinage du centre de la cornée et où la couche épilhéliale est altérée en différents points. Un autre blépharospasme fort tenace peut accompagner le développement d'un ulcère ou d'un abcès, lorsque le mal s'est produit avec rapidité, et les contractions forcées des paupières alors retardent souvent la guérison.
C. Le blépharospasme s'observe encore comme symptôme d'un tic convulsif de la face, et l'on peut dire que, dans un nombre assez imposant de faits observés, les contractions des muscles faciaux ont débuté par l'orbiculaire. De plus, on a signalé une hyperesthésie ou des névralgies intenses des parties correspondantes de la peau , comme ayant précédé les contractions spasmodiques. Ainsi on a vu le blépharospasme succéder à une névralgie sus-orbitaire. Ce qui doit surtout nous intéresser ici, c'est la corrélation qui existe entre ces névralgies de la cinquième paire et le tic convulsif, corrélation importante au point de vue éliologique et surtout au point de vue thérapeutique. Dans la majorité des cas, ce sont les femmes anémiées et principalement les personnes hystériques qui sont atteintes de blépharospasme.
D'après des observations nombreuses, on est en droit de considérer les troubles fonctionnels qui se montrent dans les muscles innervés par le nerf facial, comme une névrose réflexe de la cinquième paire, et l'on y est d'autant plus autorisé qu'on
a vu les contractions spasmodiques céder à la compression exercée sur le rameau principal de la cinquième paire qui se répandait dans les parties où l'irritation des libres sensitives avait siégé primitivement. Ainsi, chez certains malades atteints de tic convulsif, particulièrement de blépharospasme, on a remarqué qu'il existait dans les parties innervées par la cinquième paire, un ou plusieurs points précis où la compression du nerf contre un plan résistant suffisait pour arrêter les mouvements convulsifs, points que les malades eux-mêmes connaissent quelquefois, pour s'être observés avec soin.
Notons que l'on peut aussi, dans certains cas, modérer ou même arrêter le blépharospasme, en comprimant directement le nerf facial, à son point d'émergence par le trou stylo-mastoïdien, entre l'angle du maxillaire inférieur et l'apophyse mastoïde.
Le tic convulsif provient rarement d'une affection cérébrale, sauf les cas où il coïncide avec des attaques d'épilepsie. Il semble, suivant Romberg, qu'on n'ait pas encore observé des affections spasmodiques des muscles de la face résultant d'une lésion du facial siégeant à la base du crâne ; mais il faut explorer avec le plus grand soin toutes les parties auxquelles la cinquième paire se distribue, car il peut arriver qu'une branche de ce tronc soit comprimée dans les parois osseuses qu'elle traverse, et que cette compression donne lieu à une action réflexe capable de déterminer le blépharospasme. L'attention du médecin doit encore se porter sur des blessures anciennes et sur les cicatrices qui peuvent, en comprimant des filets de la cinquième paire, provoquer un blépharospasme que l'excision de la cicatrice fait cesser.
Pour terminer l'étiologie du blépharospasme, nous rappellerons qu'on a invoqué le rhumatisme pour expliquer le tic convulsif, après avoir vu cette affection se développer brusquement, dans certains cas, à la suite d'un refroidissement rapide de la figure chez des personnes surprises par un courant d'air froid au milieu d'une transpiration abondante. Les irritations provoquées dans le tube digestif par des vers intes'inaux, les spasmes hystériques, survenus sous l'influence d'un trouble des fonctions génitales de la femme, doivent encore trouver une mention.
Le pronostic du blépharospasme est, en général, grave, si l'on excepte les cas où l'affection spasmodique accompagne ou suit des maladies inflammatoires de loeil.
Le traitement de cette singulière affection dépendra des données étiologiques propres à chaque cas, et l'on n'aura véritablement de chance de succès qu'à la condition de préciser avec exactitude le point de départ de la maladie. Par exemple, on recherchera minutieusement si le blépharospasme ne tient pas à une action réflexe exercée sur le facial par la cinquième paire et s'il n'est pas causé par un ulcère de la bouche, du voile du palais (de Graefe), une dent cariée, une cicatrice, ou par la présence d'un corps étranger dans le sac conjonclival. Si le blépharospasme est sous la dépendance d'une affection de la conjonctive ou de la cornée, toute l'attention du médecin se portera sur cet état.
En l'absence d'indications fournies par l'étiologie, on peut avoir recours aux injections de morphine et à l'emploi des courants continus. Suivant Remak, on applique le pôle négatif sur les muscles atteints de spasmes et le positif sur l'apopbyse transverse de la cinquième vertèbre cervicale (ganglion moyen de la portion cervicale du grand sympathique). Ce traitement pourra être combiné aux instillations répétées de la cocaïne et à une cure d'ésérine (1 à 4- milligrammes par jour en solution), ce dernier médicament contribuant à diminuer la tendance aux transmissions réflexes.