IV. — Pityriasis et psoriasis conjonctival (herpès iris
.M. Blazy (de Bayonne) a attiré l'attention sur une certaine forme de conjonctivite, très tenace, qui éclate chez des personnes soumises à l'influence dartreuse et atteintes de pityriasis de la face, principalement des paupières, du cuir chevelu ou d'autres régions du corps. La conjonctive pityriasique se caractériserait par une desquamation très active de l'épithélium conjonctival. De la présence de ces produits de desquamation au-devant de la pupille, résultent, pour le malade, des scotomes gênants et qui sont susceptibles de se déplacer par les mouvements des paupières. La rougeur de la conjonctive enflammée prédomine, comme symptôme, sur la sécrétion. M. Blazy recommande ici l'usage de l'arsenic à l'intérieur et des fomentations arsenicales.
Le psoriasis a déjà été mentionné à l'occasion de l'article xérosis. Des exemples irréfutables de localisation de psoriasis sur la conjonctive, sous forme de papules plates, de couleur cuivrée, tranchant nettement sur la conjonctive voisine, et offrant la grosseur d'une lentille, ont été signalés, et nous ne saurions trop appeler l'attention sur cette forme d'inflammation de la conjonctive, dans laquelle il se développe rapidement un rapetissement du cul-de-sac conjonctival et des adhérences morbides des paupières avec le globe oculaire (symblépharon), pour donner lieu à la phthisie essentielle de la conjonctive.
Comme éruption rare de la conjonctive, signalons encore un cas d'herpès iris, observé à la clinique de de Arlt et relaté par M. Fuchs.
Il paraît que, très exceptionnellement, la conjonctive est susceptible de devenir le siège de tubercules, comme le démontre une observation de véritable éruption tuberculeuse conjonctivale relatée par M. Hock, ou que le tissu bourgeonnant de la conjonctive peut subir une phase régressive de tuberculisation. Ainsi, M. Walb insiste sur la disposition de la conjonctive à bourgeonner autour d'un corps étranger,
Il IX MALADIES DE LA CONJONCTIVE.
à la suite du frottement d'une pièce artificielle, consécutivement à des lésions, à l'action de corps chimiques et de brûlures. Cette disposition donnée, la diathèse d'un individu, sur lequel pareil bourgeonnement de la conjonctive a eu lieu, peut faire que la manière de voir des anciens auteurs se réalise, c'est-à-dire que ces masses nouvellement formées se tuberculisent. Les observations de tuberculose conjonctivale se sont multipliées dans ces derniers temps. D'après M. Rhein (Archiv. f. Ophthalm., XXXIV, 3, p. 68), la tuberculose conjonctivale se présenterait sous forme de production folliculaire <?. qui, ni comme image clinique, ni comme structure histologique, ne se différencierait du soi-disant trachome, dont le diagnostic ne pourrait ainsi être établi que par la démonstration du micro-organisme afférent à l'affection ». Une série d'observations publiées pour soutenir cette thèse, engage vivement à rechercher, dans toutes les affections tenaces et bourgeonnantes de la conjonctive, surtout chez les enfants à aspect scrofuleux et à prédisposition héréditaire, si la maladie chronique de la conjonctive n'est pas de nature tuberculeuse. Le traitement doit consister en excisions, avec cautérisations galvaniques, badigeonnages et pansements au sublimé.
ARTICLE XVIII
Le cysticerque est l'entozoaire que l'on trouve le plus souvent sous la conjonctive. Toutefois, les cas de cysticerque sous-conjonctival sont très rares; Siebel père, qui a particulièrement eu occasion de rencontrer cette affection, bien qu'en France le cysticerque intra-oculaire ne s'observe que très exceptionnellement, en donne la description suivante :
« On pourra se prononcer sans hésitation sur la présence d'un cysticerque sous la conjonctive toutes les fois qu'on trouvera vers l'un des angles, et plus ou moins rapprochée du diamètre transversal de l'hémisphère antérieur de l'œil, une tumeur recouverte par la conjonctive, arrondie, rose pâle, semi-diaphane, où l'on reconnaîtra presque toujours au centre un disque blanchâtre ou jaunâtre, circonscrit ; que cette tumeur sera d'un rouge plus foncé et plus vascularisée à sa circonférence, élastique, mais dure, se déplaçant latéralement dans une certaine étendue, quoique adhérente par le centre de sa face postérieure à la sclérotique. Il n'existe aucune douleur spontanée ; quelquefois seulement le malade accuse la sensation d'une légère pression ou d'une gêne lorsque les paupières se rapprochent. »
Sichel père a publié un cas dans lequel le cysticerque se trouvait sous la conjonctive palpébrale. Un fait analogue a été relaté par son fils.
Chez les sujets, presque tous jeunes, atteints de cysticerque sous-conjonctival, il n'existait pas une disposition particulière à cette affection. L'animalcule n'avait pas produit de phénomènes inflammatoires bien prononcés, et la guérison fut facilement obtenue par l'opération en énucléant le petit kyste.
L'n autre entozoaire qu'on rencontre dans le tissu sous-conjonctival, mais seulement dans les climats chauds, c'est la filaire de Médine. On l'a de même observée dans la caroncule lacrymale. Ce ver, qu'on trouve aussi dans le tissu graisseux de l'orbite, peut se transporter, de là, sous la conjonctive, et y causer des inflammations et des douleurs très intenses. Les mouvements de l'animalcule sont très rapides; il est blanc, de 25 à 30 millimètres de longueur, et, à peu près, de 0mm,5 d'épaisseur.