DU RETENTISSEMENT DES AFFECTIONS DE L’OREILLE SUR L’ENCÉPHALE
Cette question de pathologie, si importante, a été traitée par Albert Robin (thèse d’agrégation, 1883) avec beaucoup de méthode et une grande netteté de jugement. Depuis cette époque, les recherches nouvelles n’ont pas sensibLement modifié les grandes lignes du travail d’Albert Robin. Ne croyant pouvoir mieux faire, j’en donne un résumé qui sera utile aux élèves.
Il ne me paraît pas nécessaire d’indiquer à nouveau les rapports anatomiques de l’oreille moyenne et du rocher, qui ont déjà été étudiés dans la première partie de ce manuel. Je crois devoir seulement rappeler que le retentissement encéphalique des otites s’effectue, soit par l’intermédiaire des rapports de contiguïté existant entre le rocher et la dure-mère, soit par la voie vasculaire, soit par la voie nerveuse.
Lésions de l’appareil auditif et du rocher pouvant engendrer des affections cérébrales
D’une façon générale, on peut dire que toutes les inflammations de l’oreiile sont susceptibles de produire un retentissement encéphalique. Parmi ces inflammations, il faut citer surtout l’otite moyenne purulente aiguë ou chronique, avec le cortège des complications habi-
PATHOLOGIE
tuelles, poussées périostiques, polypes, cholestéatômes, tumeurs malignes, etc. La phlegmasiede l’oreille externe peut amener parfois de semblables résultats. Quant aux lésions du rocher, presque toujours secondaires, elles peuvent être circonscrites ou envahissantes. Parmi les premières, je citerai la carie, la nécrose, et parmi les secondes, les tumeurs malignes, cancer, sarcome, etc. L’oreille interne peut être frappée primitivement, mais bien pliis souvent consécutivement à une affection de la caisse, ou à la suite de maladies générales (typhus, syphilis, leucémie). On observe encore l’hémorrhagie et la congestion du labyrinthe. L’oblitération complète ou incomplète de la trompe produit parfois un retentissement marqué sur l’encéphale.
Affections cérébrales causées par les
maladies de l’appareil auditif et du rocher
Parmi les affections cérébrales les plus fréquentes, se trouvent la méningite, et la méningo-encéphalile. Au début il se fait de la pachyméningite externe qui produit la compression ou d’irritation du cerveau.
Les abcès d’origine méningienne ou tympanique pénètrent jusqu’à l’encéphale par des ulcérations de la duremère.
L’augmentation du liquide encéphalique peut aller jusqu’à l’hydrocéphalie.
Le ramollissement du cerveau est assez fréquent, ainsi que les abcès du cerveau et du cervelet.
D’après Toynbee, les phlegmasies du conduit auditif externe se propagent au cervelet, celles de la caisse, au cerveau, et celles de l’oreille interne, au bulbe.
On trouve souvent les abcès voisins de la lésion osseuse, mais quelquefois aussi du côté opposé à la lésion.
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La phlébite et la thrombose du sinus de la caisse peuvent se propager aux sinus voisins (sinus latéral, veine jugulaire, sinus pétreux inférieur et supérieur), même en l’absence de toute lésion osseuse. On a remarqué que les phlébites du sinus latéral s’observent plus souvent dans les affections de l’apophyse mastoïde. Ces diverses altérations se rencontrent très fréquemment associées dans les proportions les plus variables. La méningite est de beaucoup la plus fréquente; elle ne manque presque jamais.
Mécanisme des lésions encéphaliques
Le mode de propagation est parfois difficile à déterminer. Les lésions matérielles se propagent :
a. Par continuité . — Le pus se fait jour par la paroi supérieure de la caisse, ou par la voûte de l’antre mastoïdien ; par la fissure du muscle interne du marteau ; à la paroi postérieure, à travers les espaces pneumatiques; par le méat auditif interne et par le canal de Fallope.
b. Par contiguïté. — Lorsqu’il y a ostéite, ou carie du rocher, irritation de la dure-mère, pachyméningite externe et interne, une poussée aiguë survenant, l’inflammation gagne l’arachnoïde, les sinus, le cerveau.
c. Lésions à distance. — Leur mécanisme n’est pas toujours facile à préciser. L’inflammation se propage : par la voie veineuse, en remontant le courant sanguin (Budd) ; le long des tractus cellulaires et des vaisseaux (Urbantschitsch) ; par inflammation réflexe (Brown-Sequard) ; la théorie microbienne de Loewenberg a des partisans. Du reste, dans ces derniers temps, Haberman et d’autres auteurs ont trouvé le streptocoque dans l’intérieur de l’oreille interne.
Effets des tumeurs. — Par suite de leur marche exten-
PATHOLOGIE
sive, les tumeurs envahissent les parois osseuses et produisent la carie et la nécrose. Elles ont encore pour effet, dans la cavité crânienne, de comprimer et d’enflammer les vaisseaux et d’irriter les méninges. Elles agissent de plus, à distance, par action réflexe.
Mécanisme des troubles fonctionnels, vertiges,
crises épileptiformes, troubles intellectuels
Le mode de retentissement se fait suivant les trois conditions suivantes :
a. Altérations matérielles, des dernières .ramifications du nerf auditif.
b. Modification de pression dans la caisse,' amenant une réaction de même nature sur la pression du liquide intra-labyrinthiqüe ; d’où excitation du nerf de l’espace ou du nerf auditif.
c. L’excitation du plexus tympa nique.
11 serait trop long de développer les différentes théories, au moyen desquelles on cherche à expliquer ces phénomènes. En résumé, les symptômes cérébraux d’origine inflammatoire, doivent prendre place à côté des troubles fonctionnels d’ordre simplement réflexe. Ces derniers ne sont pas liés à des troubles purement fonctionnels de l’oreille, et leur existence peut vouloir dire aussi bien lésion auriculaire grave, que lésion superficielle de l’oreille moyenne, ou hémorrhagie du labyrinthe (A. Robin). •
Ces troubles appartiennent donc à toutes les affections auriculaires ou pétreuses.
Étiologie. — Les causes prédisposantes sont surtout une question de terrain. L’otorrhée purulente chronique est d’une grande fréquence, en particulier chez les tuberculeux et les. scrofuleux. Lorsque prédomine un état