CHAPITRE I
TUMEURS BÉNIGNES 1° — TUMEURS DU PAVILLON A. — Fibromes
Les fîbrômes se développent en général sur le lobule de l’oreille et par exception sur la partie cartilagineuse du pavillon. Abandonnés à eux-mêmes ils augmentent de volume, lentement, sans douleur marquée, et peuvent devenir considérables.
Traitement. — L’ablation doit être pratiquée le plus tôt possible, lorsque la tumeur est encore de petites dimensions; on évite ainsi les larges cicatrices, et la déformation de l’organe.
B. — Tumeurs érectiles
Les tumeurs érectiles, veineuses ou artérielles, ne diffèrent pas de celles qui existent sur d’autres téguments. Je serai donc bref sur ce sujet. Les tumeurs
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érectiles artérielles peuvent être localisées, circonscrites, sur un point du pavillon. Mais, on rencontre parfois, en même temps, une dilatation des vaisseaux du cuir chevelu, dans les régions voisines. J’ai observé un seul cas de ce genre, il y a une dizaine d’années, à ma clinique. Je n’ai vu le malade qu’une seule fois.
Traitement. — Le traitement qui convient le mieux aux petites tumeurs localisées, est l’ablation complète. Mais, on peut obtenir d’excellents résultats avec le Paquelin, le galvanocaustie, l’électrolyse. Quant aux tumeurs plus larges, accompagnées dé varices artérielles dans le voisinage, on cite des cas où il a été nécessaire de faire la ligature de l’auriculaire postérieure, et même de Ip carotide.
OTHÉMATOME
HÉMATOME. - HÉMATOCÈLE DU PAVILLON.
L’othématôme est une tumeur formée par un épanchement de sang entre les lamelles du cartilage, pour certains auteurs, et pour d’autres, entre le cartilage et le péricliondre.
Étiologie. — Le siège le plus ordinaire, presque constant, est la partie supérieure et antérieure du pavillon. On a cru pendant longtemps que l’othématôme ne se rencontrait que chez les aliénés. Mais il est démontré que ces tumeurs peuvent être spontanées ou traumatiques. D’après les expériences de Brown-Séquard, de Mathias Duval, et d’autres physiologistes, les lésions de certaines parties des centres nerveux, cervelet, plancher du quatrième ventricule, produisent des troubles dans la circulation et la nutrition du pavillon. Dans ces conditions, on comprend qu’un traumatisme léger, une con-
OTHÉMATOME.
tusion, un froissement, puissent causer un épanchement sanguin chez des sujets pour ainsi dire prédisposés* (aliénés, déments).
Pour une autre catégorie d’individus, il est aussi rationnel d’admettre et de comprendre les causes d’épanchements chez les lutteurs, les boxeurs, dont les pavillons sont soumis à des froissements, à des contusions, et à des violences qui amènent une congestion chronique de l’organe.
Sur 27 cas observés par Chimani, 21 étaient spontanés, et 6 traumatiques.
J’en ai vu 4 pour ma part; tous étaient d’origine traumatique.
symptomatologie. — Au début, la tumeur rougeâtre, ou bleuâtre, occupe la fossette de l’hélix, ainsi que je l’ai dit plus haut. La forme et la consistance sont variables. L’othématome spontané est de dimensions restreintes, s’étend assez peu, et ne présente de douleurs vives, que s’il survient plus tard une poussée inflammatoire.
L’othématôme traumatique, est beaucoup plus considérable, peut envahir toute la surface du pavillon, et être le siège de douleurs violentes, avec tension,' chaleur, auxquelles se joint un état fébrile.
La tumeur sanguine peut se développer rapidement; mais, d’en d’autres cas, d’abord limitée, elle ne s’étend que progressivement. La fluctuation se fait sentir au centre, mais rarement à la périphérie.
marche, durée, terminaison. — La «marche et la durée de la maladie, dépendent des lésions du cartilage. Si ces lésions sont légères, la guérison s’obtient assez facilement. Dans le cas contraire, soit qu’il y ait suppurat : on (ce qui est assez rare), soit qu’il y ait ouverture spontanée ou chirurgicale, l’inflammation envahit le cartilage, et la
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perte d’une partie du pavillon peut être la suite de ces
désordres.
Diagnostic. —11 est facile, quand on est en présence d’un othématôme traumatique. S’il s’agit d’un othématôme spontané, la rapidité relative du développement, suffit à le différencier avec les autres tumeurs du pavillon.
Pronostic. — Le pronostic n’a de gravité qu’au point de vue des difformités sérieuses de l’organe, survenant à la suite des lésions profondes du cartilage, qui se rencontrent dans les othématômes traumatiques.
Traitement. — Lorsque la tumeur est de petit volume, et indolore, je conseille l’expectation qui réussit bien. La résorption se fait seule, lentement. Dès qu’il existe des douleurs vives, les compresses d’eau boriquée froide renouvelées souvent, sont un bon moyen calmant. Dans les cas plus graves, si les phénomènes inflammatoires sont marqués, il faut ponctionner, évacuer le contenu de la poche, et appliquer un bandage compressif, qui ne met pas toujours à l’abri d’un nouvel épanchement.
Enfin, on peut encore fendre la tumeur dans toute la longueur et tamponner la cavité avec de la gaze antiseptique. Dans les 4 cas que j’ai observés, j’ai dû pratiquer l’incision. Chez un de mes malades qui n’avait subi qu’une simple ponction, l’épanchement sanguin et le gonflement reparaissaient dès que le pansement compressif se relâchait.
Je vais donner la relation d’une observation intéressante que je dois au D r Émery-Desbrousses, médecin-major à Saint-Cyr, avec qui j’avais vu le malade en consultation.
(Observation n° 14, résumée).
« M. de X..., élève Saint-Cyrien, 22 ans, lymphatique, entre à l'infirmerie le 6 février pour un othématôme. Le malade ne s’est
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aperçu de ce gonflement que depuis 4 jours, et l’attribue à la mauvaise habitude qu’il a contractée, de retourner dans la conque le pavillon de l’oreille et de s’endormir dans cette position. La veille de son entrée à l’infirmerie il s’amusait à comprimer fortement la tumeur qui n’existait qu’à la partie antérieure du pavillon, quand, tout à coup, il perçut un craquement très net et presque aussitôt, le gonflement se produisit des deux côtés du cartilage.
« Etat a la visite. — Tumeur arrondie de tout le pavillon de l’oreille droite ; fluctuation très manifeste aussi bien en avant qu’en arrière. On voit que l’épanchement existe sur les -deux faces du cartilage. L’ouverture de la conque est en partie obstruée, et la peau est rouge, lisse et luisante.
« Une ponction fut faite, qui donna issue à un demi-verre à liqueur d’un liquide séreux, roussàtre. La tumeur s’affaissa et on mit du collodion sur les deux faces. Même pansement jusqu’au 10 février.
« 10 février. — Le gonflement a reparu; 3 mouchetures, compression.
« 12 février. — Gonflement considérable. On place un séton composé de fils de soie, dans la tumeur.
« 13 février. — Le liquide est devenu purulent; le gonflement, énorme, gagne le cuir chevelu. Fièvre, état général mauvais. — Cataplasme avec l’eau phéniquée. Pansement avec tarlatane antiseptique; compression.
« 28 février. — Liquide séro-purulent, mais très peu abondant. Injection iodée, déterminant une vive inflammation; qui disparaît le troisième jour.
« 10 mars. — Il ne reste plus qu’un peu de gonflement de l’anlliélix, mais peu de fluctuation.
, « 13 mars. — L’oreille est redevenue énorme depuis la veille. Incision et sortie d’un liquide purulent. Les pulvérisations phéniquées sont reprises.
« 17 mars. —^ Amélioration sensible. - -
« 22 mars. — M. X quitte l’infirmerie et part en congé.
« 2 avril. — L’oreille a.repris son volume normal; mais il existe un peu d’induration aux points occupés par la tumeur, et une légère déformation.
« 11 avril.' — Les contours de l’oreille se dessinent de plus en plus. La guérison est complète. »
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