TUMEURS DU CONDUIT AUDITIF
A. — Tumeurs osseuses Exostoses. — Hyperostoses
Les auteurs sont loin d’être d’accord, sur les différences qui peuvent exister entre l’exostose et l’hyperoslose. Je n’entrerai donc pas dans la discussion des diverses opinions émises par J. P. Casstds,, ïïedinger, de Trœltsh Schwartze. On peut dire, d’une façon générale, que l’exostose est une hypertrophie limitée à un point restreint de l’os, sorte d’hyperplasie toute locale ayant la même structuré que l’os.
J’appellerai don o, exostoses, les tumeurs osseuses de forme variable, mais assez nettement limitées, en réservant le nom d’ hyperostoses, comme de Trœltsch, aux tumeurs osseuses diffuses.
Anatomie pathologique. — Les tumeurs OSSeUSGS Sont formées soit de tissu spongieux recouvert d’une lamelle de tissu compact, soit uniquement de tissu compact, différences qui tiennent au développement plus ou moins avancé de la tumeur. D’après J. P. Cassels, l’exostose serait une tumeur toujours unique et produite le plus sou-, vent par L'ossification de granulations polypeuses.
Étiologie. — Il est rare de pouvoir observer cliniquement le début des tumeurs osseuses. Comme l’indique très bien Politzer, quatre causes principales peuvent être invoquées :
1° Les hyperplasies partielles pendant la période d’ossification du conduit auditif osseux. (Exostoses bilatérales, symétriques.)
2° Les périostites chroniques, circonscrites.
TUMEURS BÉNIGNES
3° Les inflammations diffuses du conduit auditif, primitives ou secondaires.
4° Les dispositions héréditaires.
Il n’est pas démontré, comme on l’admettait autrefois, que la syphilis et la goutte puissent être comptées au nombre des causes efficientes.
Symptomatologie. — Symptômes objectifs. — Les exostoses se montrent sous des formes variées, tantôsphériques, tantôt convexes, avec une base large ou circonscrite, ayant leur siège dans un point quelconque
ocec
Figures schématiques.
Fis. 91. Fis. 92 Fig. 93. Fis. 94.
Exostose Exostose Exostoses Exostoses
symétrique. simple. doubles. multiples.
du conduit, mais le plus souvent à la jonction de la portion fibrocartilagineuse avec la portion osseuse, et surtout à la paroi postérieure de cette dernière. La couleur en est généralement blanchâtre ou un peu jaunâtre, et la surface lisse. Parfois l’exostose croît dans des proportions telles, qu’elle se soude avec la paroi qui lui fait face ; parfois aussi, deux exostoses venant de deux parois différentes se rapprochent, se confondent et oblitèrent le conduit presque complètement (fig. -91, 92, 93, 94).
Symptômes subjectifs. — Les exostoses de petit volume ne donnent pas lieu à des phénomènes généraux. Mais il n’en est pas de même si la tumeur gêne ou arrête la' sortie du pus, que l’otite moyenne soit récente, ou qu’il s’agisse d’une otorrhée chronique ancienne.
PATHOLOGIE
Marche; durée; terminaison. — La marche des exOS-
toses est très lente ; arrivées à un certain volume, elles restent souvent stationnaires. (Exostoses symétriques). J’ai va quelques malades conserver ces tumeurs sans inconvénients. Lorsqu’il se produit un accroissement, la soudure avec les parties voisines ou avec une autre exostose peut se faire ainsi que je l’ai indiqué plus haut. Mais s’il y a des phénomènes de rétention purulente, les complications qui sont à craindre, rendent urgente l’intervention opératoire rapide.
Diagnostic. — L’exploration avec le stylet permet de se renseigner avec exactitude, et le diagnostic est facile. Il est important est de se rendre compte du degré de rétrécissement du conduit, et de la gêne que ce rétrécissement entraîne avec lui, pour la sortie des sécrétions.
Pronostic. — Il n’a pas de gravité à moins qu’il n’y ait rétention de pus en arrière de l’exostose. Âu point de vue fonctionnel, l’oblitération complète du conduit par une exostose, entraîne à sa suite une très forte surdité, à laquelle on peut remédier par une opération.
Traitement. — Les applications répétées de teinture d’iode sur les exostoses, vantées autrefois donnent de bons effets, mais sont insuffisantes. La dilatation est souvent douloureuse, et réussit peu. Le traitement chirurgical est le seul ayant de la valeur.
Indications et contre-indications. — S’il existe une ou plusieurs exostoses fermant le conduit auditif de façon à produire la surdité, l’intervention est nettement indiquée, lorsqu’on s’est assuré de l’intégrité des appareils de transmission et de réception. Il en sera de même dans le cas ou une ou plusieurs exostoses gênent ou arrêtent un écoulement chronique. On doit faire com-
TUMEURS BÉNIGNES
prendre au malade que la rétention du pus en arrière d’un néoplasme osseux peut amener de graves complications. Il est donc préférable d’opérer avant que ces complications se soient produites.
Lorsque les exostoses ne sont pas d’un volume trop considérable et que le sujet n’en ressent aucune gêne, qu’il n’y a pas d’olorrhée chronique, et pas de surdité, l’intervention opératoire est inutile.
Technique opératoire. — Pour pratiquer l’ablation des tumeurs osseuses, on emploie presque exclusivement la gouge fine et le maillet. Les petites exostoses symétriques, bilatérales, sont faciles à enlever. J’ai opéré trois cas de ce genre, et j’ai été assez heureux pour faire sauter chaque exostose d’un seul coup.
Les tumeurs osseuses un peu grosses, oblitérant en partie le conduit, demandent plus de soins et de temps. Le chirurgien doit chercher à n’enlever qu’une mince couche d’os à chaque fois, car ces tumeurs sont fort dures, et on ne peut compter réussir rapidement.
Lorsque l’exostose est considérable, on peut employer le trépan perforatif, qui permet d’ouvrir une espèce de tunnel, facilitant ensuite l’enlèvement de la tumeur avec la gouge. J’ai vu aussi Duplay se servir une fois avec succès d’une petite fraise mue par un tour volant qu’un aide faisait marcher. Mais ces instruments sont délicats à manier, et je conseille de faire souder un petit anneau métallique à 1 centimètre environ de la pointe du perforateur. Il servira de point d’arrêt pour éviter un mouvement exagéré de propulsion en dedans, qu’il est quelquefois difficile de modérer à sa guise. L’écoulement de sang, pendant l’opération, est assez persistant, (sans être considérable) pour gêner les manœuvre du chirurgien opérant dans un conduit si étroit.
PATHOLOGIE
Quelques otologistes remplacent le trépan par un galvano-cautère très pointu, Je n’emploie le galvano-eautère que pour tracer un sillon à la base ou à la moitié de l’exostose; je détruis ainsi la peau et le périoste, ce qui facilite le placement de la gouge. Il me semble en effet bien long de se servir du galvano pour traverser de part en part une exostose un peu considérable.
En résumé le trépan perforatif manié avec prudence a bien des avantages. J’ai dû opérer d’urgence, il y a quelques années, un malade habitant une campagne éloignée de tout centre. Il m’a fallu plus d'une heure pour enlever une exostose assez considérable; avec un trépan ou une mèche adaptée au vrill des dentistes, le résultat eût été obtenu en beaucoup moins de temps, comme dans le cas de Duplay.
Complications. — J’ai observé deux fois de la paralysie faciale à la suite de l’enlèvement d’exostoses assez considérables.
Cette complication ne peut être attribuée qu’à la propagation de l’inflammation au névrilème.
La paralysie est survenue dans un cas 6 jours après l’opération, et dans l’autre cas le 11 e jour. Cette complication a mis, dans les deux cas, plus de six mois à disparaître.
B- — Tumeurs sébacées.
, Les tumeurs sébacées décrites pour la première fois par Toynbee ne sont pas admises par beaucoup d’auteurs. Abandonnées à elles-mêmes, elles peuvent à la longue déterminer la mort ainsi que Toynbee et Hinton l’ont constaté. Je n’ai observé cette affection qu’une fois, et, le malade n’étant pas revenu à la clinique, je n’ai pu instituer aucun traitement.
Ces tumeurs sont formées par des cellules épidermi-
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ques aplaties, de volume considérable, semblables à celles qui constituent l’épiderme, disposées par couches et renfermées dans une enveloppe membraneuse distincte, formée de tissu aréolaire. Les tumeurs sébacées sont ordinairement sphériques, et se développent autant du côté du conduit que du côîé du point d’attache. Les dimensions varient de la grosseur d’un grain de millet à celle de la noisette. Elles provoquent la résorption de l’os sur une grande étendue, résorption qui peut amener une communication entre le conduit et les cavités mastoïdiennes et cérébrales (Hinton).
Quant au diagnostic, la consistance molle facile à percevoir à l’aide d’un slylet, suffit à différencier ces tumeurs avec les exostoses.
Le traitement consiste en une incision cruciale destinée à ouvrir la tumeur. On emploiera ensuite les injections antiseptiques pour ramollir et entraîner les débris épidermiques; puis, avec une pince, on cherchera à extraire, en totalité, l’enveloppe résistante qui entoure la tumeur. Les caustiques liquides rendent des services.