SUR LA PASSION DE NOTRE SEIGNEUR J. G
(&EMIBB1 PAinX.
Saint Matthieu, cb. XXVl, v. i.
Hiiv ce tempi là, Jésus dit à ses disciples : Vous savez que la Pâqae se fera dans deux jours , et que le fils de l'homme sera livra pour être crucifié. Au même temps les princes des prêtres et' les anciens du peuple s'assemblèrent dans la salle du gmitd<f rêtre , appelé Gaïphe, et tinrent conseil ensemble poar trouver le moyen de se saisir adroitement de Jësus et de le faire mourir ; et ils disaient : Il ne faut point que ce soit pendant la fête , de peur qu'il ne s'excite quelque tumulte parmi le peuple. Or, comme Jésus était en Bétbanie, en la maison de Simon le lépreux, une femHe vint à lui avec un vase d'albâtre plein 'd'une huile de parfum de grand prix qu'elle lai répandit sur la tète, lorsqu'il était à table. Ce que voyant ses disciples, ils s'en f&chèrent, et dirent : A quoi bon eeiUffro fusion «t cette perle f On aurait pu vendre ce parfum bien cher, et en donner l'argent aux pauvres. Mais Jésus, sachant ce qu'ils disaient, leur dit : Pourquoi tourmentesvous cette femme f Ce qu'elle vient de fa^ envers moi est nne bonne œuvre; car vous aurez toujours des pauvres parmi vous ; mais , pour moi, vous ne m'aurez pas toujours; et lors^ qu'elle a répandu ce parfum sur mon corps , elle Ta fait pour m'ensevelir par avance. Je vous dis, en vérité, que partout où sera prêché cet évangile, qui U éoit itre d<ins tout le
I9B INSTEQCriOirB SVB 128 éplT&tS
jOkonde f on raoonteni , à U loiaiQ||^ 4e cette femme, ee qti'eHe vient de faire envers moi. Alors l'un des -dousc» appelé Judas Iscariote , s'en alla trouver les princes des prêtres» et leur dit : Que voulez-vous me donner , et je vous le mettrai entre les mains f Et ils convinrent de lui donner trente pièces d'argent. Depuis ce teihps-là, il ne cherchait plus qu\ine occasion favorable pour le Kvser entre lenrs mains. Or» le premier des jours où l'on mangeait des pains sans levain , les disciples vinrent trouver Jésuf , et lui dirent : Où voules-vous que noas préparions ce qu'il faut pour manger la Pâquef Jésus leur répondit : Ailes dans la vfHe , ches un te) , et lui dites : Le maître vous envoie dire : Mon temps est proche, je viens faire la Pâque chez vous avec mes disciples. Les disciples firent ce que Jésus leur avait commandé , et préparèrent ee fu'ii faUaii ftour la Pâque, Le soir donc étant venu , il se mit à tahie avec ses douze disciples ; et lorsqu'ils mangeaient , il leur dit : Je vous dis , en vérité., que Tiin de vous doit me trahir. Cette parole leur ayant causé nne grande tristesse, chacun d'eus commença à lui dire : Serutn^ moi, Sejgn«ur f II iear répoaéj^ : Celui qui met la aaatn aiiec moi dans le plat doit w» trahir. Pour ce qui est du fils de l'homme, il s*en va , selon ce qui a été écrit de lui ; mais malheur è l'homme par qui le fils de Phomnae sera trahi ; il vaudrait mieux pour lui qu'il ne itï jamais venu au monde. Judas, qui fut celui qui le trahit , commença alors à lui dite : £st-oe moi, mon maitsef U lui répondit : C'est vous-même. Qr, pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain, et l'ayant hiéni , il le rompit, et le donna à ses disciples, en disant : Prenez, et maagea, ceci est mon eorps; et, prenant le calice, apnès avoir rendu grâces, il le leur donna en disant : Buvez en tous, car eeoî est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qni sera répandu pour plusieurs , pour la rémission des péchés. Or , je vous dis que je ne boirai plus désormais de ce fruit de la vsgne jusqu'à ce jour auquel je le boirai de nouveau avec vous dans le royaume de mon père; et ayant chanté le cantique d'actions de grâces , ils s'en allèrent sur la montagne des Oliviers. Alors Jésus leur dit : Je tous serai à tous cette nuit une occasion de
BT LBS.BVÀirOILi». l^Q
scandale et de chute ; car il est écrit : Je frapperai le pastear^ «t les brebU du troupeau aeront dbpersées. Mais , sprùs que je sent ressuscité, j'irai vous attendre en Galilée. Pierre lut répondit : Quand vous séries poifr tous les autrea un lajet'ds icandale , voua ne le serez jamais pour moi. Jésna lut repartit c Je voua dis, en vérité, qu'en cette même noit» avant q»e le toq chante, vous me renoncerez trois fois. Mais Pierre lui Mt t Quand il me faudrait moaidr avec vods^ j« ne toub renoncerai point ; et tons les autres disciplet dirent aussi la même «choses Après cela, Jésus s'«n vint avec eux en un Keu appelé ^ctfaBé«> maai; et ayant dit à ses disciples, asseyez- vous là pendant que je m'en irai prier id près , il prit avec lui Pierre et lea deux fik de Zébédée, et il eonuBtença à être saisi de tnstesae et à avoir le cœur pressé d'une «Ktrême affliction. Alors il leur dît : Mon âme est tmstt jusqu'à la mort , demeurea ici ^ et veillez avec moi ; et 8'«SI allant un peu plut loin , il 9e pvo<* •tema le visage contre terre, priant, et disant : Mon Mpe, s'il est possible, foites que oe calioe passe et s'éloigne loin de moi; maïs néanmoins que voire volonté s'aecomplisse , et non pas la mieme. 11 vint ensuite vers ses disciples, et les ayant trouvés dormans, il dit à Pierre : Quoi ! vous n'avez pu veiller une heure avec moi ! Veillez et priez, afin que vous ne tombiez point dans la tentation. L'esprit est prompt , mais la chair est faible. Il s'en alla leficore prier une aeeonda fois , en disant : Mon Père , si ce calice ne peut passer sans que je le bœve, que votre volonté soit faite. Il retourna en^ suite vers eux, et les trouva encore endormis, parce que leurs yeux étaient appesantis de somrncH ; et les quît\|int , il s'en alla encore prier pour la troisièaM fois* disant les mètties paroles. Après il vint trouver ses disciples , et leur dit : Dormez maintenant, et vous reposez; voici l'heure qui est proche , £t le fils de l'homme va être livré entré les mains des pécheurs. Levez- vous, allons; celui qui doit me trahir est bien près d'ici. II n'avait pas encore achevé ces mots, que Judas, un des douze , arriva , et \avec lui une grande troupe de gens armés d'épées et de bâtons, qui avaient été envoyés parles princes des prêtres et par les anciens du peuple juif. Or, le
aOO IRSTBFCnOlW 8VE LES ipllBES
**disciple qui le trahiuait leur avait donné ce signal : Celui que je baiserai , c'est celui que 9omt eheroksz ; saisissez-vous
âe lui. AuKsitdt donc il s'approcha de Jésus, et lui dit : Je
TOUS salue , mon maître, et le baisa. Jésus lui répondit : Mod ami , qu'étes-vous venu faire ici f Et en même temps tous les autres , s'avançant^ se fêlèrent sur Jésus , et se saisirent de lui.
iUors.un de ceux qui étaient avec Jésus, portant la main à ton épée, et la tirant, en frappa un des gens du grand-prêtre* #t lui coupa une oreille ; mais Jésus lui dit : Remettez votre épée en son lieu ; car tous ceux qui se serviront de l'ëpée périront par l'épée. Croyez- vous que je ne puisse pas prier mon père, et qu'il ne m'enverrait pas ici en même temps plus de douze légions d'anges f Cenament s'accompliront donc )es Écritures, gui déeitweni que cela doit se faire ainsi f.En même temps Jésus, s'adressant à cette troupe , leur dit : Vous êtes venus ici armés d'épées et de bêtonsi pour me prendre , comme si J'étais un voleur; j'étais tous les jours assis an milieu de vous, enseignant dans le temple, et vous ne m'avei pomt pris ; uiais tout ceci s'est fait afin que les paroles des proj>bàtes soient accomplies. Alors les disciples, l'abandonnant, s'enfuirent tous.
Si quelque âme naturellement pieuse, qui peutêtre ne se serait point autant occupée du soin de son salut qu'une affaire aussi importante l'exige , me demandait comment elle doit s'y prendre pour s'animer à des sentimens plus chrétiens , je croirais ne pouvoir mieux £ciire que de lui conseiller de lire la passion du Sauveur, de la méditer, de se pénétrer des circonstances diverses qui ont accompagné cette œuvre de notre rédemption. Tout est leçon dans ce récit touchant ; tout y est sujet d'admiration , de reconnaissance, de douleur profonde , et pourtant de joie pure et vive. Leçons de douceur, leçons de résignation prises de l'admirable patience du Sauveur. Sujet d^admtration ! Quoi
BT LBS EVANGILES. 201
4e plus admirable dans les desseins de Dieu que celte belle ceuvre de rédemption commencée dès le péché de nos premiers pères 9 annoncée par les prophètes , et accomplie au temps déterminé ! Sujet de reconnaissance! £t comment pourrait- on en manquer quand on considère tous les biens qui <lécoulent pour les hommes de la passion du Saur veur, et tous les mau3L dont elle nous a délivrés ? Sujet de douleur profonde I qui pourrait ne pas s'attendrir à la vue des outrages , du supplice soulferts par Thomme-Dieu à cause des péchés commis par sa créature 9 et pour la réconcilier avec le •Créateur P Sujet pourtant d'une joie vive et pure pour Texaltation de Jésus-Christ près de son père, pour la grande victoire remportée sur la mort et le péché, pour les heureux résultats de ce grand sacrifice. Suivons donc tous les pas de Jésus depuis le commencement de la nuit funeste qui précéda le jour de sa mort jusqu'au moment où il expira , et pesons pour notre instruction toutes les circonstances qui oat accompagné cet événement mémorable. Pour mieux les graver dans notre mémoire , j'en partagerai le récit en trois parties. La première comprendra les préliminaires de la passion , c'est-à-dire tout ce qui se passa dans la soirée du jeudi, jusqu'à l'instant où Jésus fut saisi par les soldats. La seconde exposera tout ce que Jésus a souffert pendant cette horrible niiit , et jusqu'au moment où il fut condamné. Dans la troisième enfm , je vous mettrai sous les yeux sa route dou* lourcuse au Calvaire, son cruciftement et sa mort*
2oa iKSTnucTioirs BVfL Les ipIlHES
Il y avait long-temps que les Juifs cherchaient à faire périr Jésus. Immédiatement après la résurrection de Lazare, les princes des prêtres s'étaient assemblés à ce sujet. L*éclat des miracles de Jésus et les progrès de sa doctrine les offusquaient. Ils y voyaient leur crédit compromis > et ils commençaient à craindre que tout le peuple ne crût au nouvel évangile. C'est alors que <iaïphe , non de lui - même , mais par une sorte de prophétie , comme le remarque l'évangéliste (i) ^déclara qu'il était utile qu'un homme mourût pour que toute la nation ne pérît point. Ainsi Dieu se servait de la méchanceté même des ennemis du Sauveur pour Taccomplissement de ses desseins et des anciennes prédictions.
Peu de temps avant la Pàque , les plus considérables d'entre les Juifs reprirent le même projet. Ils s'assemblèrent chez le grand prêtre Gaiphe, et il fut convenu qu'on ferait arrêter Jésus. La fête de Pàque leur en offrait un moyen facile. Ils pensaient bien que Jésus , suivant son usage , viendrait à Jérusalem pour la célébrer. Us n'étaient pas sans crainte néanmoins que cet attentat sur un innocent ne soulevât le peuple^et ils décidèrent que l'arrestation ne se ferait point le jour de la fête. Us délibéraient encore lorsqu'un traître vint ^ les tirer de peine. Ce traître était Judbs, disciple, de Jésus ; et même l'un de ses apôtres, âme basse et intéressée. Il était un de ceux qui avaient témoigné le plus de peine lorsqu'une femme pieuse
0) s. J«n, XYIU. i4-
ET tES ivAKGILES. 2o5
était venue i^pandre des parfums sur la tète et tes pieds de Jésus (i) , regrettant que cette essence prédeuse n'eût pas été vendue pour en soulager les pauvres, non , comme le remarque Tévaugéliste 9 qu*il se souciât beaucoup des pauvres, mais parce que tenant la bourse destinée aux charités, il aurait pu faire sur cette vente quelque gaia à son profit.
Cet homme vil et perfide proposa donc aux princes des prêtres de leur livrer Jésus. On convînt du prix de la trahison* Trente pièces d'argent furent employées à Tachât du sang d^un juste v somme , suivant dom Calmet, d'un peu moins de cinquante francs, et, suivant d'autres ^ de moindre valeur encore.
Cependant Jésus s'occupait des grands objets qui devaient terminer sa mission. Le moment approchait où la nouvelle église allait succéder à la synagogue. Jésus devait à celle-ci un dernier hommage. Pour lier ensemble Tancien et le nouveau testament, il fait, avec ses disciples, la cène des Juifs, repas destiné à rappeler la mémoire de la sortie d'Egypte; mais, avant d'y joindre une autre cène, dont la première n'est qu'une faible image, comme la délivrance de la servitude de Pharaan n'était aussi qu'une figure faible de la délivrance du péché et de la mort, Jésus veut donner à ses disciples un exemple signalé de cette vertu d'humilité, inconnue jusque-là , et qui devait être un des principaux fondemeus du christianisme. II.
(i) Miirc. , XIV. 5.
9o4 issTAircrriOHS sui les épîtass
s'abaisse jusqu'à laver les pieds de ses disciples ; il se met aux genoux de ses serviteurs pour leur faire comprendre cette doctrine qu'il leur avait souvent préchée y que celui-là était le plus grand qui était le plus humble , et que tous les hommes doivent se servir et s'entr'aider. i Je vous ai montré l'exemple ( i ), dit-il , a On que , vous souvenant de la manière dont je me suis comporté envers vous, ce soit de la même manière que vous vous comportiez les uns envers les autres. » Leçon touchante de charité 9 pourquoi ètes-vous si souvent oubliée ?
L'homme -Dieu s'était humilié devant sa créa* ture. L'homme-Dieu va lui donner le plus touchant témoignage de son amour en instituant un sacrement au moyen duquel il s'unira avec les hommes par les liens les plus intimes. Il deviendra la nourriture de leur âme; il se rendra présent sur nos autels; il s'y fera journellement victime pour nos péchés ; il y renouvellera d'une manière non-sanglante le grand sacrifice offert sur la croix avec rcifiision de son sang. O amour! ô charité l à divine condescendance ! au moment où vous brillez d'un si grand éclat , le traître est assis à la table de celui qu'il doit livrer; il participe à ses bienfaits ; il a l'audace de lui demander si c'est lui qui doit le trahir! £t Jésus souffre tout cela ayec patience. Hélas! comblés chaque jour de ses bienfaits , nous offensons aussi Dieu chaque jour, et sa patience ne se lasse pas! et les sources de sa bonté ne tarissent point !
(i) s. Jean,XllI. j5.
St Lits éVAirCILES. Ïi05
Continuant de s*cnlretenîr avec ses disciples , Jésus leur prédit qu'ils l'abandonneront ; car, ditil , il est écrit : Frappez le pasteur, et les brebis se disperseront (i). Pierre assure que jamais il n'abandonnera son maître. Pierre l'assure avec serment. Je vous déclare, répond Jésus, que le coq ne chantera point aujourd'hui que vous n'ayez nié trois fois que vous me connaissez (a). Ces paroles avaient attristé les disciples. Jésus relève leur courage. S'il les quitte , dît-il , c'est pour aller leur préparer une place dans le royaume de son père. Ils auront, il est vrai , des persécutions à souffrir; miais il leur enverra l'esprit de force et de consolation. Mais ce temps d'épreuves sera suivi d'une joie qui ne finira point. Jésus termine ce discours touchant par des prières adressées à son père pour ses disciples chéris. Je vous prie pour eux , dit-il ; car c'est vous qui me les avez donnés; sanctifiezles 9 afin qu'ils soient un avec vous et moi.
Alors Jésus sortit, carie temps approchait. Il se rendit avec ses disciples dans le jardin bb 11 avait coutume d'alJter prier. Lorsqu'il y fut arrivé, il fit arrêter ceux qui l'accompagnaient , et , après leur avoir recommandé de prier , il prit avec lui Pierre , Jacques et Jean , et s'avança dans le jardin. « Mon âme 9 leur dit-il , est saisie d'une tristesse mortelle , veillez ici avec moi. > S'étant ensuite un peu éloigné f il se mit à genoux , et , saisi d'angoisses , il s'écria : « Mon père que ce calice passe loin de moi. » Ce vœu était celui de l'humanité souffrante.
(0 Zacharic , XIII. 7. <a) Lucy XXH. 34. *
ftoS IHSTRUGTlOirS StfA LES ÉPITRE8
Bientôt la. résig;nation le corrigea. « Cependant , ajouta le Sauveur ^ que votre volonté soit faite. » Modèle admirable de ce que nous devrions faire dans nos afflictions ! Hais l'homme^Dieu se ré* signe y et nous 5 qui ne sommes que poussière y nous nous révoltons contre la main puissante qui ne nous frappe peut-être que trop justement I Pendant cette cruelle agonie, accompagnée d'une sueiir de sang , les disciples dormaient. Jésus les trouve jusqu'à trois fois ensevelis dans le sommeil 9 et se contente de le leur reprocher tendrement. Enfin il leur annonce que le fils de Thomme va être livré.
Comme il prononçait ces paroles , Judas parut. Ce traître connaissait le jardin , et savait qu'il y trouverait Jésus» qu'il y avait souvent accompagné. Il s'approche de Jésus 5 et le baisant , il lui dit ; Mattre , je vous salue. Il fait ainsi dé la plus douce marque de Tanoûtié un signal de trahison. Que fer a Jésus? Un mot suffisait pour anéantir le perfide, et Jésus se contenlé de lui répondre avec bonté : « Mon ami , qu'ôtes-vous venu faire ici ? y venez* vous trahir le fils de l'homme par un baiser ? » M.on ami ! que les chrétiens pèsent ces paroles de paix du Sauveur à l'égard d'un traître , et qu'ils osent encore nourrir de la haine dans leurs cœurs » Jésus donne le doux nom d'ami à celui qui le trahit ; et nous , pour le moindre intérêt , pour la moindre offense faite à notre amour-firopre , souvent même par d'injustes préventions , nous nous livrons à la haine et It^ ressentiment.
liK)ilà donc Jésus livrfi à ses ennemis. On le saî-
ET I.BS ÉVAK61LIS. 207
Mt , on l€ garrotte ; ses disciples s'enfuient ; il reste seul à la merci des méchans, et ici commence la longue ànîte d'ignominies qu'il lui faudra endurer pendant cette nuit désastreuse.
3,»., DEUXIEME PAanE*
Saint Xfatthieu , ch. XXVI , v. 5? j XXVII , t. i .
Cm gens s*étaDt donc saisis de Jésus^ l'emmenèrent chei Gaî^e, qui éUitgiMuoUpiètre, où ie* doeteliis de la loi et les a^ciena itaieat teâPeinbSésv Vièrtele sitWit de loin jmqn'à la cour de< itt maison du gcand-prètre ; et y étant entrée il s'assit avec Icf gcB^pour Toir la fin de toiit ceci. Cependant les princes d^t piètre* et loot le conseil cberciuiient on €aux témoignage contre Jèsua pour le faire mourir, et ils n'en trouvaient point çus fùtffopr» â Uwdeiaein^ quoique plosteur» faux témoi na sel lussent présentés. Enfin il vint deux faux témoins qui direntlf €elui-ei a dit : Xe puis déirutre le temple de Dieu , et le rebâtir en trois .jours. Alors lé grand-prêtre , se levant , lui dit : Vous oc répondez rien à ce qu'ils déposent contre vous ? Mais Jésus demeurait dans le silence* £t le grao^-prêtre lui ' dit : le vous commande j parie Dieu vivant, dé nous dire si ▼0119 éteç le Christ , fils de Dieu. Jësus lui répondit $ Vous l'avez dit, J6 i& suis; mais je vous déclare que vous verres un ^our le fils de Thommc asais à la droite de la majesté de Dieu , qui viendra sur les nuées du ciel. Le gramd<prêtre, entendant ceci, dëcbira .ses vétemons en diàant : II a blasphémé ; qu'avons-nous plus beswn de témoins ? Vous vencz^ vous>mèmc de l'entendre bbaphémer^ qu^n jugcx'-vous? i{s>iépdadirent : il a mérfté la mort. Aussitôt' on lui cracha au vidage , on le frappa à coups de poing, et quelques-uns lui donnèrent desaoufflets en disant : Christ, prophéiise^notts-quf est cdui qui t'a frappé. Pierre cepen<iant était au-dehors assiV dans la cour, et une servante , s'approchant , lui dit : Vous ëtiex aussi avec Jésus de Galilée r Mais ii le nia devant tout le peuple, eo disant : Je
108 INSTRVGTIOKS 8VE LES EPtl&ES
ne sais ce que vous dîtes ; et comme il sortait dû ia câurpour §mtrer dans ie vestUfuicy une autre servante, l'ayant vu, dit à ceux qui se trouvèrent là : Gelui-ei était aussi avec Jésus de lîazaretb. Pierre le nia une seconde fois , en disant avec serment : Je ne connais point cet homme. Peu après, ceux qui étaient là, s'avançant, dirent à Pierre : Vous êtes certainement de ces gens-là , car votre langage vous fuit assez connaître, li se mit alors à faire des sermens exécrables , et à direfn jurant : Je ne connais point cet homme, et aussitôt le coq chanta. Alors Pierre se ressouvint de la parole que Jésus lui avait dite ; Avant que le coq chante, vous me renoncerez trois fois ; et étant sorti dehors, il pleura amèrement. Le matin étant venu, tous les princes des prêtres et les sénateun du peuple Juif tinrent conseil contre Jésus pour ie/ÎKtre mourir; et l'ayant lié, ils l'emmenèrent et le mirent entre les mains de Ponce Pilate, leur gouverneur. Cependant Judas ^ qui l'avait trahi » voyant qu'il était condamné , se repentit de ce qu'il avait fait : et reportant les trente pièces d'argent aux princes des prêtres et aux sénateurs, il leur dit : J'ai péohé, parce que j'ai trahi le sang innocent. Ils lui répondirent : Que nous importe , c'est votre affaire. Alors Judas jeta cet argent dans le Temple, et s'étant retiré, il se pendit. Mais les princes des prêtres, ayant pris l'argent, dirent : Il ne nous est pas permis de le mettre dans le trésor, parce que c'est le prix do sang; et ayant délibéré là'dessus , ils en achetèrent le champ d'un potier pour ia sépulture des étrangers. C'est pour cola que ce champ est appelé encore aujourd'hui Haceldama, c'est-à-dire ie ùhamp du sanff. Ainsi fut accomplie cette parole du prophète Jéréraie : Ils ont reçu les trente pièces d'urgent, qui était le prix de celui qui a été mis à priï, et dont ils avaient fait le marché avec les enfans d'Israël , et ils les ont données pour en acheter le champ d'un potier, comme le Seigneur me l'a ordonné. Or, Jésus fut présenté devant le gouverneur, et le gouverneur l'interrogea en ces termes : Êtes vous le roi des Juifs ? Jésus lui répondit : Vous le dites, J0 le suis ; et étant accusé par les princes des prêtres et les sénateurs, il ne répondit rien. Alors Pilate lui dit : j^'entendê^vous pas de combien de choses ces
ET LES éVAN€IIE9. 209
personnes tous accusent P Maïs il ne répondît rien à tout ce qit'ii'^t'lui d»e,4e sorte ^ue le gouverneur en était tout étoi^né. Or le gouverneur avait accoutumé, à toutes les fêtes *^*tâgûe^ 4e délivrer celui des prisonniers que le peuple liii j^ânandait; et il y avait^.alors un imigne vokûr, nommé Kd^bas. iCbmme ils «ftaiejit ,doac tbtts assettK^és, Pilate lenr df|»»Lequçi^;Vou{éz-:TOU9>(|ité je T<ms d^ivre^ de Barrabasou dy^âsus, qHiest appelé I«.£Mat,f car U.0avait bvea^que c'étnt pli» envie ^U'ik l'avaient lûi'ré etUre 9et tnavas. Cependant» lO^qu'il était assis dans so]|' siège , sa femme lui envoya dire : I|è.^VQUS embahrasset point dans Taffaire de ce juste , car j'ai èi^ aojourcfhuî étrangement 4ourmentée dans un songe à cause de-lutw Mms le* princes dès prêtres et les sénateurs persuadèrent au peuple de demander Barrabas, et de fake périr Jésus. Le gouverneur doiio leur disant » I^equel des deux Tou^2-vous que je vous délivre, de Barrabas . ou de Jésus « ^Vw appelle le Gbrist? ils lui répondirent tous : Barrabas. Filal^ leur dit : Que youlez-vous que je fasse de Jésus f Ils lui répondirent : Qu'il soit crucifié; Ijc gouverneur leur dit : Maitf quel mal a-t-il fait f Et ils: se mirent k crier encore plut fort : Qu'il «oit crucifié. Filate^ Voyant qu'il d'y gagnait rien» iliais que. le tumulte s'excitait toujours de. plus en plus, se fit olonr apporter de l'eau; et, lavant ses mains devant tout le peuple, il leur dit : Je suis inliocent du sang de ce juste; et aéra à «ous i en répondre* Et tout le peuple lui répondit : Que ionsang retombe sur nous et sur -nos enfiuis. Alors il leur délivra Barrabas ; et ayant fait fouetter Jésus , il le remit entre Ijeurs mains pour être cruicifié. Les soldats du gouverneur menèrent Jésus dans le Prétoire : et là , ayattt assemblé autour de lui toute la compagnie, ila lui dtèreot 'ses habits, et le revêtirent d'un manteau d'éoarlate; puis, ayaui fait nue couronne d'épines entrelacées > ils la lui mirent sur la tête , avec un roseau i la niain droite ; et se mettant à genoux devant lui , ils se moquaient de lui en disant : Salut au roi des Juifs ; et lui crachant au visage, ils prenaient le roseau ^u'iV Unai$i et lui en frappaient la tête,
210 IIVSTRUCTIOIIS SVB US iptTRES
Le grand mystère de notre rédemption com« menée. Jésus , lié de cordes comme un vil criminel , marche au milieu des satellites qui l'avaient arrêté 5 semblable à la brebis innocente que Ton mène à la boucherie (i) , ou plutôt victime dévouée, et dévouée volontairement depuis Torigine du monde pour le salut des hommes. Il s'avance courageusement vers l'autel oii doit se consommer le sacrifice, a La piété des fidèles , dît l'auteur d'un célèbre ouvrage (2), s'attendrit à ce Spectacle, et Jésus tratné par des impies paraîtra toujours à des cœurs chrétiens un objet digne de toute la compassion ; mais il faut en même temps que la foi se nourrisse et que la religion s'éditie. JésuB pris de la sorte, accomplissani les oracles des prophètes, prédisant lui même, et réglant en maître tout ce qui se passe à son égard, commence à se montrer le fils de Dieu dans les ignominies de la passion , et plus Dieu , si on ose le dire, que quand il ressuscitait les morts de quatre jours. Depuis ce moment douloureux, suivi sans interruption de tout ce qu'on peut imaginer de plus horrible , Jésus ne dira pas une parole , ne fera pas une démarche qui n'exige tout à la fois nos hommages et nos larmes. Toujours nous verrons réunis dans sa personne les extrêmes douleurs d'un juste qui sMmmole au salut de ses frères > avec les grandeurs adorables d'un homme-Dieu, qui souffre et meurt eu Dieu, n
(i) Isaïe , LIII. 7. Dieu , denxièine partie , tome V ,
(i) Le père Berruyer, Peuple de livre Xill, page v-j5.
Le Sauveur est d*abord conduit chez Amte » Tun des princes des prêtres , dont Gaiphe, rev^ètu cette année du souverain sacerdoce , avait épousé la -fille. C'était sans doute une déférence du gendre envers son beau-père et son ancien. Anne ne s^en prévalut point, et renvoya Jésus àCaiphe. On s*y «ttendait ; car les docteurs dé la lui et les anciens du peuple y étaient déjà rassendUés en conseil. Pierre, un peu rassuré, s'était introduit chez Gaïphe; mêlé avec les gens du grand-prètre au moyeu d'un disciple qui y avait des oMuiaissaDees ; -et assis dans lé vestibule oà Von avait établi un {;rand brasier à cause du froid de la nuit, il voulait voir comKient cela finirait.
Le Sauveur comparait devant le tr&unal des fogesqui déjà l'avaient •condamné, et qui s'étaient «Eiuuis de feux témoins pour déposer contre lui. On l'interroge sur sa doctrine, sur ses disciples. • J'ai , répond Jésus , prêché en public et dans vos syna-gogues. A quoi bon m'iuterroger ? Demandez à ceux qui m'ont entendu ce que J'ai enseigné.
Cette réponse était mesurée et sage* Mais Jésus était là pour soufirir et pour être outragé. Un des officiers de Gaiphe , pour faire sans doute la cour à son maître , décharge un souiHet sur la foue du juste en lui disant : Est-ce ainsi que tu réponds au grand-prêtre ? > Si j'ai mal parlé , dit Jésus avec la fermeté et la sécurité de l'innocence , formez plainte contre moi ; mais si je n'ai rien dit de déplacé, pourquoi me frappez- vous ? L'iAsulte était dans rintenlion de ces juges iniques. Elle resta impunie.
ftia iHSTavCtioirê sve les AptTREé
.Cependant on entendait les témuins; et, niàt^ gré toutes les machinations qui avaient précédé rinterrogatoire, il ne se trouvait point de motif suffisant pour la condamnation. Enfin deux té-^ moins se présentent : ils accusent Jésus d^avotr dit : Je puis détruire le temple de Dieu et le reconstruire en trois jours. Chacun des deux néanmoins rapportait le propos d*une manière différente , et Jésus gardait le silence. Le grand-prétre, dont ces témoignages contradictoires servaient mal la haine > impatient de trouver Jésus coupable, sentit qu'en faisant au Sauveur une question précise sur la qualité de messie qu'il se donnait , la nécessité de rendre hommage à la vérité sur sa mission le forcerait de s'expliquer. Il l'adjura au nom du Dieu vivant de lui dire s'il était le Christ. Jésus lui répondit ^je h suis. C'est cette parole qu'attendait le pontife haineux et hypocrite. Vous l'avez entendu, dit-il aux assistans, il a blasphémé. Que vous-en semble ? Et en signe de douleur et d'indignation , il déchira ses vétemens , comme il était d'usage chez les Juifs dans les événemens funestes. Il était sûr de la réponse de ses complices. Il est digne de mort, cria-t-ou de tous c6tés d'une voix unanime. Jésus ne dit rien pour sa justification.
Cependant Pierre était toujours dans le vestibule , et bientôt devait commencer son épreuve. Une des servantes du grand-prétre, le considérant, le reconnut , el lui dit : Vous êtes un des disciples de l'homme qu'on vient d'arrêter ; je vous ai vu
n LVS ÉViHGlLES. AlS
avec ce Galiléen. Vous vous trompez , répond Pierre, je ne le connais point. A peine Tapôtre inOdèle à 8on maître avait -il prononcé ce mensonge t qu'un de ceux qui étaient dans le vestibule lui dit : Certainement vouh étiez avec Jésus de Nazareth. Pierre le nia encore ; et , pour donner plus de poids à la dénégation , il la confirma avec serment. Je vous ai vu , lui dit un troiisième, avec Jésus dans le jardin; d'ailleurs votre langage vous trahit, et à votre prononciation on ne peut dou** ter'que vous ne soyez Galiléen. Pierre nia de nouveau, et nia avec d^exécrables sermens, que jamais U eût connu Jésus. Le chant du coq qu*il entend lui rappelle les paroles de son maître , et un regard de Jésus , qu'on amenait dans le vestibule , fut pour lui un coup de foudre. U sent Ténormité de sa faute, et d'amères larmes coulent de ses yeux.
Jésus, après Tinique jugement prononcé contre lui , avait été livré aux soldats et aux valets. Ces derniers, sûrs de plaire à ceux dont ils dépendaient en tourmentant le juste , et en l'abreuvant d'outrages, se disputent à qui lui fera souffrir les plu9 cruelles insultes. Les uns couvrent de crachats sa face adorable ; les autres l'accablent de coups ; quelques-uns , joignant le sarcasme à la barbarie » lui bandent les yeux , le frappent au visage , et , par une allusion dérisoire àr sa qualité de prophète , ils lui disent à chaque coup : Dis- nous. Christ, qui t'a frappé? Ils vomissent contre lui plusieurs autres blasphèmes. Jésus souffre tout sans se plaindre, saps dire mot. Sa pa-
îi4 ivsTBVcnoKa sob les iptTBts
iîence est inaltérable , et aucun ^proche ne sort de sa bouche divine. Aux premiers rayons de Pau* rore, lies princes des prêtres et lies anciens se rassemblent de nouveau. Us avaient condamné Jésus; mais ils savaient qu'ils n'avaient point le pouvoir de le faire mourir. Depuis que la Judée était devenue province romaine, le droit du glaive» c'est* à-dire le pouvoir de vie et de mort appartenait aux ofiQciers de César. Les princes des prêtres furent donc obligés de faire conduire Jésus au Prétoire. On appelait ainsi le lieu oii le gouverneur pour les Romains avait établi son tribunal. Ce gouverneur était Ponce Pilate. Les princes des prêtres lui livrèrent Jésus. Pilate leur demanda ce qu'ils imputaient à cet homme. Nous avons une loi, leur répondirentils, et selon cette loi il doit mourir. Si ce n'était point un malfaiteur, nous ne vous le livrerions pas ; mais nous Tavons trouvé soulevant le peuple. Il se donne le titre de roi , prêche la révolte , et dit qu'on ne doit point payer te tribut à César. Pilate, étant monté sur son tribunal, fit venir Jésus devant lui, et lui demanda si en effet il était roi des Juifs. Jésus l'avoua ; mai» en même temps il expliqua dans quel sens il se disait roi. Son royaume , dit-il , n'était point de ce monde. Ce n'était pas une autorité politique qu'il exerçait ; il n'av«iît ni gardes , ni armée , ni ministres ; sans cela , ajoutait*il, ils seraient ici pour me défendre; mais je suis roi pour établir une doctrine sainte qui ne regarde que la conscience , qui n'a rien à démêler avec lès intérêts temporeU des princes de la terre.
ET lES £VA!TCli.E8. !il5
et |e suis venu pour rendre témoignage à la vérité. Cette réponse mdSiérée et simple confirma Pilate dans l'opinion qu'il avait conçue que Jésus était in-* nocent; mais les Juifs continuaient de Taccuser; c'est pourquoi Pilate, ayant apprië que Jésus était de Galilée, imagina de l'envoyer à Hérode, qui avait cette province dans sa tétrarchie, et qui se trouvait alors à Jérusalem.
Ce prince avait entendu parler de Jésus , et depuis long-temps désirait de le voir. Il fut flatté de la déférence de Pilate : c'était d'ailleurs une occasion de satisfaire sa curiosité ; d'après toutes les merveilles qu'on lui avait racontées de Jésus , il espérait qu'il opérerait quelque prodige en sa présence ; mais ce n'était pas pour flatteries grand» que Jésus usait de ce pouvoir divin , c'était pour l-œuvre de son père et pour l'établissement de sa doctrine^ le coeur d'Hérode lui était trop bien connu pour qu'il pût en rien espérer. JésiJb ne répondit rien aux diverses interrogations d'Hérode. Le prince n'eut pourtant aucun, é^gard aux diverses imputations des Juifs ; mais il regarda Jésus coaune un homme du peuple qui no méritait aucune considération. Par dérision , il le fit revêtir d'une robe blanche , à cause du titre de roi quîil prenait; et, le croyant assez puni par ce traitement, il le renvoya à Pilate^
Ce magistrat fit alors venir les princes des prêtres. Vous m'avez , dit^-il , déncmcé comme auteur de troubles un homme que j'ai interrogé et exa^ m^néavec soin. Je n'ai trouvé eb lui rien de on-
si6 ncsTRVcnoKs sua les épItres
minel. Hérode, à qui je Tai envoyé, en a jugé comme moi. Je le renverrai après Tavoir fait châtier. Il est d'usage, ajouta-t-il, qu'à la fête de Pâque je vous délivre un prisonnier. Voulez-vous que ce soit Jésus , ou Barrabas ? Pilate croyait que le choix ne pouvait être douteux. Ce Barrabas était un' insigne voleur, qui avait déjà été repris pour crime de séditioii. Pilate proposait Talternative , ne pouvant imaginer que Jésus innocent n'eût pas la préférence sur un scélérat. Mais ni ringénieux et louable artifice de Pilate^ ni le message par lequel sa femme envoyait le conjurer de ne point se mêler dans Taffaire d'un juste que les Juifs opprimaient, et pour qui elle avait, disait* elle, été tourmentée pendant la nuit, ne purent profiter au Sauveur. La populace , excitée par les chefs de là nation, s'écrie qu'il iaut que Jésus périsses Crucifiez Jésus, disent mille voix, et délivreznous Barrabas. Il ne restait à Pilate qu'un moyen à tenter. Il était cruel et injuste, il est vrai; mais Pilate crut qu'il pourrait émouvoir la pitié du peuple , et il résolut de l'essayer. Il ordonna qu'on l>attît Jésus de verges , voulant le présenter au peuple dans cet état. Les soldats auxquels Jésus fut livré allèrent bien au-delà de ses ordres ; ils dépouillent le Sauveur , lui jettent sur les épaules un vieux manteau d'écarlate , lui enfoncent sur la tête uue cpuronne d'épines qui fait ruisseler son sang , et lui mettent un roseau à la main en guise de sceptre ; puis, s'agenouillant par moquerie, ib le saluent du nom de roi , lui crachent au visage
ET LBS .ÉVANGILES. Slf
«t Taccablent de coups ; de sorte que son corps n'est plus que plaies et meurtrissures. Isaïe avait prédit qu^il serait couvert de blessures et brisé d% coups pour DOS crimes (i).
Pendant Ces scènes de douleur il s'en était passé une autre dans le Temple. Judas avait appris la condamnation de Jésus, et le désespoir, plutôt qu'un vrai repentir , s'était emparé de son âme. Il alla trouver les prêtres, s^^cusant d'avoir trahi le Juste, et leur rapportant le prix qu'il en avait reçu. Ceux-ci ne voulant pas le recevoir , il jeta l'argent au milieu du temple, sortit et se pendit. Ces gens, qui n'avaient pas craint d'acheter la trahison , eurent du scrupule de reprendre la somme dont, ils l'avalent pa3'ée : ils en achetèrent le champ d'un potier pour la sépulture des étrangers , et ils accomplissaient ainsi la prédiction du prophète Zacharie , qui avait dit plus de cinq cents ans auparavant : € Allez jeter à l'ouvrier en argile cet argent, cette belle somnole qu'ils ont cru que je valais lorsqu'ils m'ont mis à prix » ('2).
Cependant Pilat<» vint retrouver Jésus : il le fit sortir ; et dans l'état déplorable où l'avaient mis les soldats, il le présenta aux Juifis en disant : Voilà VHamme, comme s'il eût voulu dire, quel est donc l'excès de votre fureur, si elle n'est pas assouvie par un traitement aussi cruel ! Mais rien ne touche ces cœurs de pierre. Qu'on le crucifie l qu'on le crucifie ! s'écrient de tous côtés les Juifs. Alors Pilate fait rentrer Jésus , l'interroge encore 9
(1) Zacharic , XI. la et i3. (a) Isaïe , LUI. 4.
ftl8 IKSTRIîCTIONS BV9l LES ÉpÎTEES
et ne le tronvant coupable d'aucun crime , nott •t essaie de nouveau d'adoucir ce peuple. D'horribles vociférations l'interrompent : t Si vous acquittez cet homme 9 crient ces forcenés 9 vous êtes l'ennemi de César. Quiconque se fait roi 9 est contraire à César. » Soit que Pilote craig^ntt qu'on ne le conipromtt près du prince , soH qu'il voulût se rendre agréable aux Juifs, qu'il voyait poursuivre Jésus avec tant ^acharnement , soit enfin qu'il crût avoir fait 9 pour sauver l'innocence 9 tout ce qui dépendait de lui , il cessa d'insister. Faisant venir Jésus 9 et s'asseyant sur son tribunal 9 il dit aux Juifs eu montrant le Sauveur : Yoilà votre roi. « Faites-le mourir , crie - 1 - on avec fureur : ordonnez qu'on le crucifie. 1 Ferai -je crucifier votre roi ? répond Pîiate. c Nous n'avons pas d'autre roi que César. 1 Mais , continue encore Pilate 9 cet homme n'a commis aucun crime. » Prenant ensuite de l'eau 9 et s'en lavant les mains : « Je suis 9 dit-il 9 innocent du sang de ce fuste. * Eh bien , reprit le peuple 9 que son sang retombe sur nous et sur nos enfans. » Exéerabie imprécation , dont cette nation malheureuse n'a que trop res* senti et ressent encore aujourd'hui les effets t Pilate cède ; il délivre aux Juifs Barrabas 9 convaincu d'homicide et coupable de sédition.
Honunes justes 9 âmes compatissantes, cœurs chrétiens , on vous ferait injore en ajoutant des réflexions, à ce simple ot triste exposé.
ET LBS iVAV€IU8. ^tg
n. T Jt -«s :
TROISIEBIE PÀBTIE.
Saint Matthieu, cb. XXYII, V. 3t.
Apbbs s'être aiosi joués tie lai , ils lui ôtèrent ce natileaU d'ëcarlate, et lui ajaot remis ses habits, ils remmenèrent pour le crucifier. Gomme ils sortaient , ils rencontrèrent un homme de Gjrrène, nomme Simon, c^u'ils contraignirent de porter la croix de Jësus. £t étant arrivés au lieu appelé Gotgotha , c'està 'dire , le lieu du Galvaire , ifs lui donnèrent à boire du via mêlé de fiel; mais, en ayant goûté, il ne voulut point en* boire. Après qu'ils l'eurent crucifié, ils partagèrent entre eux ses vêtemens^ Jes jetant au sort, afin que cette parole du pro phète fût accomplie : \U ont partagé entre eux mes vétemens ' et ont jeté ma robe au sort. Kt s'étant assis près de lui , ils le gardaient. Ils. marquèrent aussi le sujet de ba condamnation par ceMe inscription qu'ils mirent au-dessus de sa tète : c'kst Jésus , L% BOi oxs JUIFS. En même temps on crucifia arec lui deux voleurs, l'un à sa droite ^ et l'autre à sa gauche. Et ceux qui passaient par là le blasphémaient en branlant la tête , e^ lui disant : Toi , qui détruis le temple de Dieu , et qui le rebâtis en trois jours , que ne te sauves-tu toi-même ? Si tu es le fils de Dieu , descends de la croix. Les princes des prêtres se moquaient aussi de lui , avec les docteurs de la loi et les sénateurs, en disant : Il a sauvé les autres, et il ne saurait se sauver lui-même ; s'il est le roi d'Israël , qu'il descende présentement de la croix, et nous croirons en lui. Il met sa confiance en Dieu : si dooc Dieu l'aime , qu'il le délivre , puisqu'il a dit : Je suis le fils de Dieu. Les voleurs qui étaient crucifiés avec lui , lui faisaient aussi les mêmes reproches. Or, depuis la sixième heure du jour jusqu'à la neuvième, toute la terre fut couverte de ténèbres ; et sur la neuvième heure » Jésus jeta un grand cri en disant : Eiy , Eiy, iamma saéae^ thani, c'est à-dire, mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avezvous abandonné f Quelques-uns de ccuif qui étaient prcsea
aaa iHsTBDCTioifs sra lus épItres
l'ayant entendu crier de la sorte , disaient : Il appelle Élie. Ct aussitôt INin d'eux courut emplir une éponge de vinaigre , et l'ayant mise au bout d'un loseau, il. lui présenta à boire. lies autres disaient : Attendez , voyons si Élie viendra le dë« livrer. Mais Jésus , jetant un grand cri pour la seconde fois » rendit l'esprit. En même temps le voile du Temple se déchira en deux depuis le baut Jusqu'en bas» la terre trembla, les pierres ae fendirent j les sépulcres s'ouvrirent, et plusieiûs corps des saints qui étaient dans le sommeil de la mort ressuscitèrent ; et sortant de leurs tombeaux après sa résurrection , ils vinrent en la ville sainte , et furent vus de plusieurs personnes. lie centenieret ceux qui étaient avec lui pour garder Jésus , ayant vu ce tremblement de terre et tout ce qui se passait , furent saisis d'une extrême crainte» et dîcen.t: C«t homme était vraimcut le fils de Dieu. Il y avait là aussi plusieurs femmes qui regardaient de loin , et qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée , ayant soin de l'assister ^ entre les« quelles étaient ^arie Madeleine , Marie mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée. Sur lescnr» ua homme riche de |a ville d'Ajimatbte , n<^mmé Joseph , qui était aussi disciple de Jésus, vint trouver Pilate. Lui ayant demandé le corps de Jésus, Pilate ordonna qu*on le lui donnât. Joseph , ayant donc pris le corps , l'enveloppa dans un linceul blanc , et le mit dans son sépulcre , qui n'avait point encore servi , et qu'il avait fait tailler dans le loc ; et puis ayant roulé une grande pierre 9 l'entrée du sépulcre > il sq retira. Marie Madeleine et l'autre Marié étaient là, se tenant assises auprès du sépulcre. Le lendemain, qui était le jour d'après celui qqi est appelé la préparation d%i, 9ai>bai^ les princes des prêtres et les pharisiens s'étant assemblés, vinrent trouver Pilate, et lui dirent : Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit, lorsqu'il était encore en vie : Je resMisciterai trois jours après ma nwH; commandez donc que le sépulcre soit gardé jusqu'au troisième jour , de peur que ses disciples ne viennent la nuit dérober son corps , et ne disent au peuple : 11 est ressuscité d'entre les morts ; et ainsi la derrière crceur serait père que la première. Pilate leur répondit :
Vous aTez des garcUîs, ailes,» faites-le garder comme tous Tentendrez» Ils s'en allèreutdonc pour s'assurer da sépulcre; ils CD scellèreut la pierre, et y mirent. des gardes.
YoiLk done le Sauveur de nouveau entre les mains des soldats qui Tavaient si cruellement traité. Us lui ôtent le manteau de pourpre dont il Favait revêtu par moquerie; ils. lui retnettent ses habits , et se préparent à le conduire au lieu du supplice; mais auparavant ils chargent les épaules du fils de llfbmme» épuisé de fatigues et de dou« leur, du poids d^une lourde croix sur laquelle il doit être attaché. On se met en marche ; mais à peine Jésus avait-il fait quelques pas^qu 'il succombe sous le faix. Un nommé Simon , qui était de Cyrêne 4 et qui venait des champs, passe sur la route. Moins par compassion^ moins pour soulager Jésus , dont la faiblesse occasionnait du retard, que pour hâter le moment de son supplice^ on contraint ce Simon de porter la croix du Sauveur.
Dans la nombreuse troupe qui le suivait se trouvaient des femmes pieuses qui s'abandonnaient aux larmes et aux gémissemens. Jésus les entendit, et se tournant vers elles : Filles de Jérusalem , leur dit-il , pourquoi pleurez- vous ? Ah I ne pleurez pas sur moi, qui remplis la volqnté de mon père, mais pleurez sur vous et vos enfans ; car le Cemps s'approche où l'on dira : Bienheureuses celles qui sont stériles ! Tant d'infortunes affligeront cette malheureuse cité, que les habitans prieront les montagnes de tomber sur eux et de les déro-
da^ iNSTBrcTions 9U& kes épItres
ber à la colère âo' eiei; car »i l'arbre qui porte du llrtiit est traité avec une telle rigueur, que doit- il arriver au bois sec et inutile? (i)
On menait avec Jésus deux criminels qui dev^ieifet être «xéeul4s en même temps que lai , et qu'on avait oi^re d'attacher^ Tan à sa droite et Tanlre à sa ^uche. Oa croyait par là Toutrager davantage; et , par une proridence remarquable, les ennemis de Jésus ne faisaient que concourir à Taccomplissement d^une prédiction d'Isaïe, qui Annonçait cette circonstance de la passion du Sauteur. Ce prophète avait dit : t II sera mis au nombre des scélérats (a), w Lorsqu'on fut arrivé sur le Calvaire , les soldats dépouillèrent Jésus « et lui présenlèfent du vin mêlé de myrrhe. C'était im usage suivi à l'égard de cem qu'on faisait nionlir , parce qu'on croyait cette boisson propre à leur assoupir les sens, et à amortir en eux k» grande» douleurs. Jésus porté les lèvre» 4 eette liqueur ; mais il n'en goûta point* li avait bu jusqu'à la lie dani la coupe d'ignominie tfî d'augoîsses, et n'avait pas besoin d'allégement; sa résignation SAjffisait à fout. 11 »'éteii4 de Itui-méme sur la eroix. Les bourreau t Ty attachent au moyen de gros clous qu'ils lui enfoncent au]| pied» et aux mains, et- son sang ruisselle à gros bouillons. On élève ensuite la croix, et on l'enfonce rudement en terre. Quoique le^ ^ouiTranees de Jésus soient inouïes , H ne lui échappe ni un soupir ni un gémissemmit. S'il oifTre la bouche , c'est pour prier pour ses bour-
(.) Luc,XïII. 3i. WUaïc, LUI. la. '
ET LES SVÀNGI&ES* «• ft^S
reausL. Mson ptère, s'écrie-t-il^ à mon père^ pardonnez-leur 9 car ils ne savent ce qu'ils font I Une inscription attachée au haut 49 la croix portait ces mots. : Jésus de Nazareth , roi des Juifs* C'était Pilate luirméme qui l'avait composée danâ les trois langues qui pouvaient être entendues alors en Judée, savoir l'hébreu, le grec et le latin. Les princes des prêtres furent choqués de ce qu'on donnait à Jésus le titre de roi d'une manière absolue. Permettez > dirent-ils à Pilate , qu'à la place de rH on mette, qui se dit roi. Dteu ne souânl point <|a'oafit cet4e injure à soAfils; il voulut qu'il fût déclaré roi s ntème au milieu de se» souffrances et de l'ignominie de la croix. Pilate répondit aux Juifs : c Ce qui est écrit est écrit i ; et l'inscription 4emeura*
A p^ne Jésus avait-il été aAtaché,à la croix que déjà les soldat^ songeaient à partager sa dépouille. ïïs étaient «u nombre de. quatre, ils firent quatre parts de ses vétemens, et chacun en prit une ; mais sa robe étant sans couture , ils se décidèrent à ne pas la partâgpitr, et la tirèrent an sonrt, afin que celte pnédietiott de David iàt aecomj^îe dans tmie ses pointo : c ïki ont partagé entre eus mes vètemeas, et ils ont tiré ma robe au sort > ( i).
0âns l'état donloureœs où se trouvait Jésus , il était eneose l'obîct des moqueries et des plaisante^ ries de la populatce. Ces gens gros^rs passaient devant le Sauveur^ et, branlant la; tète avec une amère dérision , ils lui disaient : Tu te vantais de
. tt) p«. XXf. 19. .
234 ïlfSTKVCriOTRS SOlt X.ËS f^lTRSS
pouvoir détruire le temple de. Dieu et le rebàtii* en trois jouts ; eh biéti , maintenant use de ton pouvoir ! Si tu es le fils de Dîeii , descends de la croix ^ et sauvent oi toi-même. De leur côté, oubliant et ce quMls devaient à leur dignité , et ce qu'on doit tôufours à Tinfortune , les princes des prêtres se mêlaient à ces dérisions. Il a sauvé les autres , se disaient-ils entre eux , et il ne peut se sauver lui-même. Il voulait 'nous persuader qu'il était le Christ : eh bien, s'il est le Christ » qu'il descende de la croix, et nous croirons en lui! Pour que l'ignominie fèl porlée au comble , l'un des voleurs lui-même outrageait le Sauveur souffrant, et lui disait , en accompagnant son discours de blasphèmes : Si tu es le Christ, sauve-toi donc , et nous sauve aussi. Mais l'autre voleur,autant indigné de cette audace atroce qu'il était touché de l'admirable patience de Jésus, dit à son compagnon : Malheureux! sans respect pour Dieu, et 'sans pitié pour l'innocence opprimée, comment ne vois-tu pas que nous n'éprouvons que ce que nous avons mérité ; ' mais ce juste , qù'a-t*ii fait ? et pourquoi ajoutes-tu à ses iourmens ? Se toiimapt ensuite vers Jésus : Seigneur, lui dit-il, souvénez-vous de moi, souvenez-vous dun coupable repentant lors* que vous serez dans votre royaume. L'homme- Dieu, venu pour sauver les pécheurs, eatendit la prière de celui-ci. Touché de tant de ferveur , il lui répondit : Vous serez aujourd'hui -avec moi dans le Paradis.
La mère de Jésus , accompagnée de Marie ,
KT LIS ivAHCiCES. 2»5
femme de Gléophas^etde la fidèle Madeleine » était au pied de la croix. Jésus, apercevant sa mère, et Jean , son disciple Inen-aimé , jette sur eux un tendre regard. Il s'abstient de donner à Marie le doux nom de mère , pour ne pas lui rappeler sans doute que c'est son fils qui souffre, et qui va expirer : management délicat, bien digne dhin tel fils I Femme , dit-il en lui montrant le disciple , voilà votre fils; et vous ,' en s'adressant à Jean , voilà votre mère. Cette volonté dernière, cet article d'un testament de mort fut exécuté. Jean emmène Marie^ ne la quitte plus> et l'honore comm^ sa mère.^
La neuvième heure approchait , c'est>à-dlre trois ; heures après midi, suivant la manière de compter aujourd'hui. Jésus en proie aux souffrances depuis le commencement delà nuit dernière , abandonné aux forces de la seule humanité , dénué de tout secours et de toute consolation , sent que le sacrifice est près de s'achever. C'est alors qu'il s'adresse à son père , et qu'après tant de preuves d'une entière résignation , il ose se livrer à une tendre plainte. Eiys Eiy, iafnma saéacthani l s'écrie-t-il ; c'est-à-dire , mon père, mon père, pourquoi m'aves-vous délaissé ? Ceux qui étaient présens so méprennei^t à ces paroles ; ils croient que Jésus appelle Éiieà son aide. Voyons, voyons, disentils, si Élie viendra le secourir.
Tout ee que ks prophètes avaient prédit, de la passion du Christ »% trouvait vérifié dans celle de Jésus. Rien ne manquait de ce qu'ils avaient annoncé devoir arriver avant que le Sauveur expf-
aâ& IHSTAUGtlOKS 8VK LES BtÎTRES
ràt, bon UA seul point. David avait dit ^ au| nom du' Meaftie : Dans ma soîf ils m^abreuiferoiit de vinai- &^^ Ci); et Jésus s'écrie do«iloitreiiseineAt : < JTai soif. »itus6Îtdtun soldat, connue s'il eût tout exprès reçu cette mission du cid^ pour que rien ne manquAI à racoompHssement des prophéties, pread une éj[>oiiige entourée d'hysope ; il la plottge dasr^ le vi* iial^re, et, la mettant au bout dHine pique , il la povte à la. bouche du Sauveur. Jésus eu goûte, et dît : Tùut est consommé. . . • Tout l'était eu effet. Be«l uMobreux oracle» qui coiicemeiit le lllessie , il n'en était aucun qui n'eût été ou qui ne dût être immédiatement accompli jusque dans se» plus mm&tieuses Circonstances. La mission de Jésus- Christ était donc vérifiée , et ne mauquail d'aucun des caractères qui devaient prouver qu'dtle était divine. Cette mission temunée , Jésus remet hautement son âfufe entre les maind de so» père Il expire.
A cette grande catastrophe d^lt maitre de la nature e^Epirant, la nature ne demeura point muette. D'épaisses ténèbres couvrent le ciel, le soleil se cache, la lune pâlit , le voile du Temple se déchire, les pierres se fendent , les sépulcres s'ouvrent , des morts sortent des tombeaux, et se laissent voir dans la ville. Le centurion, témoin des prodiges, ne cache point son étonnement. Il rend gloire à Dieu, et s'écrie que cet homme traité si erueUement était sa^ doute un juste. IKautres disent : C^élait véritaUement le fils- de. Dieu , et la plupart
(i)'ps. txyiii. M. ' . * •
ST LtS JtANGIlESr^ 227
rtUnsmept à la ville en" frappant feur poitrine etv ngn€ de pénîlenee.
Cepen4ant la g^ndeifiSte du sabbat pascal allatt eowineticer. La lof ne pei*mettart pas que des corps éemevrasietti exposés en* ce jotir si solctiucl. Les Juifs prièrent donc Pila te 'd*enYoycr des -«oldals pour enlever et rompre les jambes à ceux des suppliciés qui vivraient encore, afm qu^ils mourussent. Pilate vouluit bieo délivrer pour i^ela les ordres nécessaires. Les soldats se rendirent au Calvaire, et rompirent d*abord les' }ambes aux deux voleurs , qu'ils trouvèrent encore vivan». Mais s'étant approché de Jésus y et voyant qu'il était mort, ils ne lai rompîrerit pas les jambes. Seulement l'un d'eux , sans doute par une inspiration du ciel , lui ouvrit le côté d'un coup^de sa lance, et il eu sovlît de l'eau ek du sang*. Ce» deux oirconstaiices , qui ne pouvaient avoir Heu qu'après la mort de Jésus , complétaient l'accopuplissement des prophéties qui concemaisfit le Christ. Moïse avait dit de l'agneau pascal^ figure âia Messie : « Tous ne lui briserez poiat l«sos(i): et )e prophète Zacharîe, en par* lant de ce même Messie , avaiH dit aussi :.Bs jetép»st leByeucc sur cehii qu^ils ont percé » (2)-
Je me bernerai à deux courtes réflexions sur ce véeît touchant, i*" Tout ee que les prophètes avaient ppédH au sofef du Messie s'est accompli dans Jésus. Jésus est donc le Sauveur promis. Voilà
l^our la léi« 2" 7out ce qu'il était possible qu'un
d) £xo4« XU 46 1 et {Nombres (^ Zacharie,jm. 10.