‹ Manuel d'une mère chrétienne: ou, Nouvelles lectures chrétiennes en forme d'instructions (volume 2)Chapitre 25 sur 43 · POUR LE IV« DIMANCHE DE CARÊME · texte numérisé non relu

POUR LE IV« DIMANCHE DE CARÊME

ÉPIÏRE.

Saint Paul aux Galates, ch. IV , t. si.

JVIss frères, il est écrit qu'Abraham a eu deux fils. Ton de la •ervante , et l'autre de la femme libre. Mais celui qui naquit de la servante naquit selon la chair ; et celui qui naquît de la femme libre naquit par la vertu de la promesse de Dieu. Tout ceci est une allëgorie : car ces deux femmes sont les deux alliances, dont la premièrei qui a été établie sur le mont

^) Luc, VI. 38.

ET LES EVANGILES. lyy

de Sma^ et qui a^engendre que des esclaves , est figurée par Agar ; car Sina est une montagne d'Arabie , et elle représente la lérusalem d'ici- bas , qui est esclave avec ses enfaos ; au lieu que la Jérjisalem d'en-haut est vraiment libre ; et c'est elle qui est notre mère ; car il est écrit : Béjouissez-vous » stérile ^ qui n'enfantez point , poussez des cris de joie , vous qui ne devenez point mère , parce que celle qui était délaissée a plus d'enfans que celle qui a un mari. Nous sommes donc, mes frères , les enfans de la promesse , ainsi qu'ïsaac ; et comme alors celui qui était né selon la chair persécutait celui gui était né selon l'esprit, il en arrive de même encore aujourd'hui* Mais que dit l'Écriture «ur ce sujet ? Chassez la servante et son fils; car le fils de la servante ne sera point héritier avec le fils de la femme libre. Or, mes frères, nous ne sommes point les enfans de la servante, mais de la femme libre; et c'est Jésus Christ qui nous a acquis cette liberté.

On sait qu* Abraham eut deux fils : l'un d'Agar, esclave de Sara , nommé Ismaël ; et Tautre nommé Isaac , de Sara son épouse. Tous deux furent pères d'un grand peuple ; mais tous deux ne furent point héritiers de la promesse. Cette prérogative fut réservée à Isaac y dans la postérité duquel se conserva la connaissance du vrai Dieu, et dont le Messie devait être un descendant. Le lot d'Ismaël se borna à des avantages purement temporels. Il eut douze fils, qui formèrent aussi douze tribus , et il fut le père des Arabes.

L'Apôtre nous &it remarquer que cette histoire des deux femmes et des deux fils était une allégorie qui renferme un sens mystérieux. Selon lui , les deux épouses sont les deux testamens. Agar représente l'ancien testament ou la synagogue , c'est-à-dire l'ancienne loi , qui était surchargée de

1^8 INSÎAtCTiONS Stll LES ëpItBES

pratiques , et u^affranchissait pas les hommes du péché originel. C'était par conséquent une loi de servitude. Sara , au contraire > épouse légitime et libre , figurait la loi nouvelle ou la loi de grâce , c'est-à-dii'C la religion chrétienne, qui est une loi de liherCé, parce qu'au moyen du baptême elle nous affranchit du péché, qui est la pire des servitudes..

L'Écriture sainte e^t pleine de ces allégories ; tout est figuré dans Tancien Testament; et ce n'est pas sajis admiration qu'on y découvre , quand on Téludie avec soin, tout ce qui a rapport à la loi nouvelle j et Taccord parfait qui règne entré les deux alliances.

L'Ecriture sainte est donc une source d'instruction dans laquelle nous ne pouvons trop puiser. Tout s'y trouve : l'origine du mon de, l'histoire des premiers temps , un recueil des principes moraux, d'une sagesse bien supérieure à tout ce que nous ont laissé tous les philosophes , la connaissance de notre vraie destination et de nos espérances futures. Nul code ne renferme des choses d'un aussi grand intérêt. L'Écriture sainte offre donc un corps de lectures extrêmement utiles ; et toutefois ces lectures ne doivent point, se faire sans guide* Ches les Juifs il y avait des livres de l'ancien Testa-^ ment qu'il était défendu de lire avant Tàge de trente ans.

On doit donc mettre du choix dans ses leetiires, même dans celles de l'Écriture sainte ; à plus forte raison doit-on en mettre dans la lecture des autres livres. 11 s'en faut beaucoup que tous soient

ET lES EYIRGILES. I79

des sources d'instruction. La presse se prête à tout, et un indigne amour du gain la prostitue souvent à la corruption. Il y a des livres où la religion est attaquée ou moquée; il en est d'autres où les mœurs ne sont point respectées ; il en est de propres à allumer les passions. Les poisons les plus actifs , la peste même sont moins à craindre que ces livres ; car les poisons ne tuent que le corps, au lieu qu'un mauvais livre corrompt le cœur et tue Pâme. Il est d'autres livres qui, sans être aussi dangereux , ne contiennent que des futilités peu dignes d'un esprit solide. Le moindre inconvénient qui résulte de leur lecture, est la perte du temps ; et ce temps est assez précieux pour qu'on cherche à en faire un meilleur usage. Lé goût de la lecture est par lui - même recommandable , parce qu'en lisant on s'instruit. Les livres de piété élèvent notre âme vers Dieu. De toutes les lectures , c'est celle qui offre le plus de profit pour l'autre vie, et le plus de consolations pour celle-ci. Les livres de inorale nous affermissent dans l'amour de nos devoirs ; les livres d'histoire , en nous faisant passer sous les yeux les événemens des siècles antérieurs , nous fournissent souvent d'excellentes leçons ; et les livres d'une saine littérature nous forment l'esprit et le goût. Toutes ces lectures sont non-seulement permises , mais on en retire encore de véritables avantages. Je ne proscris pas mén^ie les livras d'amusement, pourvu que l'utile y soit joint avec l'agréable , et qu'à côté des fleurs il se trouve quelques fruits.

]80 I5ST&VGTI0V8 SUR LES ÉpÎTBES

ÉVAI9GILE.

Saint Jean, ch. YI, v. i.

JUiH ce temp8-là, Jésus s'en alla au-delà de la mer de Galilée» qui est le lac de Tibériade ; et comme une -grande foule de peuple le suivait, parce qu'ils voyaient les miracles qu'il fai- ■ait sur les malades, il monta sur une montagne, où il s'assit avec ses disciples. Or, le jour de Pflques, qui est ia grande fête des Juifs , était pioche. Jésus, levant donc les jeux, et voyant qu'une grande foule de peuple venait à lui, dit à Philippe : D'où pourrons-nous acheter assez de pains pour donner à manger à tout ce monde f Mais il disait ceci pour le tenter : car il savait bien ce qu'il devait faire. Philippe lui répondit : Quand on aurait pour deux cents deniers de pain » cela ne suffirait pas pour en donner à chacun tant soit peu. Un de ses disciples , qui était André, frère de Simon Pierre , lui dit : Il j a ici un petit garçon qui a cinq pains d'orge et deux poissons ; mais qu'est-ce quecela pour tant de gens f Jésus leur dit donc : Faites-les asseoir. Il y avait beaucoup d'herbe dans ce lieu-là, et environ cinq mille hommes s'y assirent» Puis Jésus prit les pains , et , ayant rendu grâces , il les distribua à ceux qui étaient assis, et on leur donna de même des deux poisDons autant qu'ils en voulurent. Après qu'ils furent rassasiés , il dit à ses disciples : Ramassez lea morceaux qui sont restés, afin que rien ne se perde; et les ayant ramassés, ila emplirent douze paniers des morceaux des cinq pains d'orge qui étaient restés après que tous en eurent mangé. Ces personnes, ayant donc vu le miracle qu'avait fait Jésus, disaient : C'est là vraiment le prophète qui doit venir dans le monde. Mais Jésus, sachant qu'ils devaient venir le prendre et l'enlever pour le faire roi, s'enfuit, et se retira encore seul sur la montagne.

Jésrs fait des miracles ^ et la foule le suit; mais elle est ordiuairement plus émerveillée des prodiges qu'il opère que touchée de ses paroles^ et em-

ET LES ÉVANGILES. l8l

pressée de mettre à profit sa doctrine* Elie dit bien : C'est là vraiment le prophète qui doit venir dans le monde ; mais quel fruit enrésulte-t-il pour elle ? Voit-on qu'elle se convertisse , qu'elle croie au Sauveur y qu'elle règle sa conduite sur ses leçons ?

C'est l'image de notre conduite. Nous croyons au Sauveur, nous croyons aux miracles qu'il a faits. Sa doctrine nous est connue. On nous la rappelle souvent dans des instructions y et nous n'en devenons pas meilleurs.

La foule qui suit Jésus n'en est pas moins l'objet de sa charité et de sa tendre sollicitude. Il s'informe s'il y a de quoi nourrir cette multitude ; et apprenant qu'on a trouvé à peine cinq pains et quelques poissons 9 il y pourvoit par un miracle éclatant. Ces cinq pains suffisent à la nourriture de cinq mille personnes , et on ramasse encore douze corbeilles pleines de ce qui reste. Nous sommes aussi les objets continuels de la bonté et de la sollicitude de Dieu; et, malgré notre oubli, tous les biens de la terre ne s'en reproduisent pas moins pour notre usage , avec une admirable abondance.

Sans doute la multiplication des pains dut paraître bien étonnante à ceux qui en furent les témoins, et elle dut faire sur leur esprit une grande impression. Cependant ne se passe-t-il pas chaque jour sous nos yeux des choses aussi surprenantes, et auxquelles l'habitude de les voir nous empêche de faire attention ? Nous sommes frappés , dit saint

ig6 iKSTftvcnoirs svn ibs iphREs

chétiyes créatures que nous somme», oserions-nouï nous refuser aux humiliations ? En les souffrant , Jésus-Christ nous a prouvé qu'elles étaient nécessaires. Il a prouvé encore que, quelque rang qu'on occupe dans le monde , ou n'en est point à Tubri. Nous avons beau les éviter, il n'y a personne qu'elles n'atteignent. La seule différence qu'il y ait à cet égard, c'est que plus on est élevé , plus elles sont pénibles. Dieu aime à confondre l'orgueil; mais il aime aussi à élever les iiumbles.

L'auteur de V Imitation donne, à ce sujet « des

leçons, excellentes qu'on ne peut trop avoir »ous

les yeux : « Ne vous glorifiez point, dit-il ( i ) , ni de

«votre naissance, ni de vos richesses; car rien

c n'est plus périssable que les faveurs de la for-

t tune. Ne tirez point vanité de votre taille ou de

c votre beauté, que la moindre infirmité altère et

« flétrit : n'ayez point de complaisance en vous-*

c. même pour votre habileté ou votre esprit , de

c- peur de déplaire à Dieu , de qui viennent tous

c vos avantages naturels. Ne vous croyez pas meil-

«leurs que les autres; ne vous enorgueillissez

« pas de vos bonnes œuvres , parce que les juge-

« mens de Dieu sont bien différens de ceux des

c hommes ; et que souvent ce qui plaît aux hommes

c lui déplaît. Si vous avez quelques bonnes qua«

« lités 9 croyez, ppur conserver l'humilité, quMl y

c en a encore plus dans les autres. Vous ne risquez

crien à vous mettre au-dessous de tous; au lieu

« que vous risquez beaucoup en vous mettant au-

(i)Livri,cb.Vm.a,3.

KT LES BVAKeitBS. ig^

« dessus d\iii seul. Une paix continuelle accom^ « pagne rhnmilité ; mais la {alousie et la colère € agitent souvent le coear de Torgueilleux. »

k W» VW»^»»»^'»»»»»^^^ v%^'V»^W%'»»%%'»^V^^ »V»W^»»<

Page 1