Ch. Gross, o. c, n'-' 1500, 1057, 1040 a
(liome, 1061, ô vol. in-4). Léon Allalius (f 1G69), de Chio, successeur d'Holstenius à la Bibliothècjue du Vatican, est le plus fécond des lettrés romains, d'origine grecque, qui ont été en Occident les pionniers des études byzantines, au point de vue de l'histoire ecclésiastique et de l'histoire des dogmes'. Quant à Ferdinando Ughelli (7 1670), florentin, abhé de l'Ordre de Citeaux, nul ne mérite autant <pie lui d'être comparé à Baronius ; son Ilalia Sacra qui fut du premier coup, pour l'Italie et les îles adjacentes, ce que devait être la (killia Christiana des Bénédictins pour la France, est, comme les i( Annales ecclésiastiques », une énorme compilation mal ordonnée et très utile ^.
On fait dater néanmoins le commencement, en Italie, des grandes études sur le moyen âge, et surtout sur l'Iiistoire nationale de l'Italie au moyen âge, de L. A. Muratori, qui vécut de 1672 à 1750. Ce personnage, // padre ilclla storia critica italiana, a joué dans son piivs un rôle qui offre des analogies frappantes avec celui de Leibniz en Allemagne. Archiviste et bibliothécaire des ducs de Modène comme Leibniz des princes de Brunswick, il s'appliqua à l'bistoire de la maison d'Esté comme Leibniz à l'histoire des AVelf, et fut conduit ainsi à s'intéresser aux destinées de l'Italie tout entière conune Leibniz au Saint Empire romain germanique en général. Quoiqu'il eût commencé par être théologien et jurisconsulte, et qu'il eût des goûts littéraires, il comprit, lui aussi, qu'il fallait faire d'abord par des travaux sur les sources, et que, pour venir à bout de tels travaux, il était nécessaire d'associer les bonnes volontés compétentes: connue Leibniz, dès 1705, il a recommandé la création d'Unions, de Bépubliques ou de Ligues entre les érudits, en vue d'entreprises collectives. Enfin, de même que Leibniz avait donné l'exemple et déterminé un mouvement, Muratori a exécuté de sa propre main des
1. Bio-bibliographie originale d'AUalius, par E. Lcgraml, dans la Grande Encyclopédie. II, p. '255.
2. l.' Ilalia Sacra a été publiée à Rome, de 1044 à 1062, en 0 vol. in-fol.. Un se sort (le la réédition de Coleti (Venise, 10 vol. in-fol.) qui commença à paraître en 1717. — « Ancora e tuttodi necessaria.... Si pnô ))aragonare agli Annali dcl IJaronio corne per il difetto di crilica, cosi porô aiitlie per la novild del discgno rd il prcgio dei materiali raccolli » (C. Merkel, Gli studi intorno aile cronache dcl Mediocvo (Torino, 1894;, j). 11.
œuvres excellentes qui en ont suggéré d'autres et ont servi de modèles à la génération suivante.
Aussi bien, la vocation de Muratori fut éveillée, à ce qu'il a raconté lui-même, par les travaux de Leibniz ' et par les (( Trésors » de Graevius, Thesnin-u^ aniiquitatumet historiarum Italiœ; Tlwsaurus antiquitatum et historiaritm Sardiniœ, Corsicœ, etc. , très médiocres, mais très vastes recueils de dissertations et de textes de tous les ùges sur l'bistoire italienne^. — 11 se proposa, en premier lieu, de doter l'Italie d'un Recueil de ses historiens du moyen âge (500-1500), symétrique (( à ceux des Pistorius, des Lindenbrog, des Savile, des Du Cliesne.etc. » Avec l'aide matérielle de la Socfe/à Prt/a/nia de Milan", il publia, en quinze ans (1723-58), les vingt-sept magnifiques in-fol. de ses Rennn italicanim scriptores, le plus beau et le \)\us homogène des Recueils nationaux du même genre. Ce travail fut accompli au milieu de difficultés sitns nombre, dont la moindre ne fut pas la malveillance de plusieurs Princes Souverains, notamment du Saint-Siège, de la Savoie et de la Républi(|ue de Lucques, qui, supposant à l'auteur des intentions politiques, lui interdirent l'accès de leurs collections manuscrites, crainte qu'il y puisât des arguments contre leurs prétentions territoriales. Il est incomplet de ce chef, et aussi parce que Muratori adopta le principe de n'éditer que les parties « originales » des chroniques, alors ([ue, la critique historiographi(|ue étant encore dans l'enlance, on n'était pas en état de reconnaître avec certitude, dans ces documents, l'original de l'emprunté. Personne ne peut supposer, du reste, qu'une œuvre semblable, si rapidement menée par un seul homme, soit de nature à satisfaire tous les scrupules d'une critique méticuleuse. Cependant, elle est encore en usage, et on la réimprime aujourd'hui'*. — Dès que Muratori eut achevé les Rerum Ualicarum
l. Il entra en rapports personnels avec Leibniz à loccasion des anciennes relations hisloricjnes entre les Este et les Brnnswick. Voir C. CipoUa, Leibniz c Muratori (Modena, 1895 .
'2. « Ed è ben da conimendare il buon genio del célèbre Grcvio olandese, per oui abbiamo alcuni tomi d'una raccolta di slorie... appartcncnti ail' Ilalia.... » Cité dans VArchivio slorico lombnrdo, I (1880), p. 400. Cf. plus liant, ,^ 555.
5. Voir, snr la participation des Socî palatini de Milan à la confection des R[{. IL SS., L. Visclii, La Socictà palalina di Milano. Studio slorico, dans IM/r/avio slorico lombardo, I J880;. Cf. C. Cipolla. dans la Sapicnza, III (1881).
4. C. Mcrkel [o. c. p. 5i) écrivait en 1894. à propos d'un projet de réimpres-
sci'ipfore:^, il commença à \)uh[ïer ses Antiquitafes itnlicœ medii œvi (Milan, 1738-42, 4 vol. in-fol.), qui sont un recueil de dissertations détachées, à la manière de Du Gange, sur divers points de l'histoire politique et littéraire et de l'histoire de la civilisation de l'Italie au moven àgo'. — Il aurait voulu couronner sa carrière en écrivant, à l'aide des documents ([u'il avait rassemblés, des « Annales d'Italie », comme Leibniz avait écrit des « Annales de l'Empire » ; miiis cet érudit si diligent n'était pas historien et ses Annali (iltalia, rédigés trop vite, qui fourmillent d'inexactitudes, n'ont plus aucune valeur'. Le défaut commun des Italiens du xviii^ siècle s'accuse déjà chez Muratori, qui, outre les travaux précités, publia, comme on sait, un (( Trésor d'inscriptions latines » (§ 550 bis) : c'est la polymathie, la polygraphie, la tendance à travailler beaucoup, mais à la hâte, sur toutes sortes de sujets. Tendance dangereuse chez qui n'a pas une très grande supériorité d'esprit. L'histoire de l'érudition italienne au xvin^ siècle est riche en polygraphes de toutes les variétés, depuis ceux (|ui ont prodigieusement paperasse en ne publiant presque rien, comme Magliabecchi, le bibliothécaire des Médicis^, et Fr. Marucelli (^ 9), jusqu'à d'infatigables publicistes dont le nom figure sur une centaine de volumes in-folio, comme Jean Dominique Mansi (7 1769). .1. 1). Mansi, clerc régulier de la Mère de Dieu, qui fut archevêque
sion tlfs liR. IL SS., où l'on aurait suljblilué aux textes vieillis ceux d'éditions plus récentes, eu ne gardant de Muratori que ce qui nen a pas été remplacé : « Mi semhra que torni a poco orgoglio degl' Italiani il ristampare sempliccmenle le edizioni straniere e quelle, vecchie di piu d'un secolo, del Muratori, le qualc oggidi non è clii non vegga die lian bisogno di essere molto eniendatc. » La librairie S. I,api, de Cilla di Castello. publie depuis 1900 une nouvelle édition des IH». II. SS. de Muratori. a revue, amplifiée et corrigée. »
Voir les Indicrs cftroiiologici de l'ancienne Collection de Muratori. par C. Cipolla et A. Manno, dans les Miscrllanea di storia italiana. XXIV (1885). et à part.
1 . Voir les Indices c/ironologici ad Antiquilniefi linligp inedii a'vi cl ad Opéra minora L. A. Muratori (Auguslic Taurinornm, 1889-1)2, in-fol. .
2. La Correspondance de Muratori est très intéressante pour lliistoire de l'érudition européenne au win" siècle. Voir A. G. Spinelli, Dibliografia délie Ictterc a stampa di L. A. Muratori. dans le Bolleltino dcll htituto storico italiano. 1888, et VEpislolario de Muratori. p. p. M. Campori 'en cours de publication, à Modène, depuis 1901.]
"i. L.-G. Pélissicr, Les papiers de Maqliabecchi, dans le Bulletin du Bibliophile, 1890.
ôôO LES ÉTUDES HISTORIQUES JUSQU'A LA FIN DU XVIII'" SIÈCLE.
de Lucques, a réédité les Aniidle^ de Baronius, VHi.storia ecciesiastica d'Alexandre xNoël, la Vêtus et nova Ecclesiœ dkciplina de Thomnssin, les Miscellauea de Baluze, etc. ; il s'attatjiia enfin à la Collection des Conciles, mais toujours d'après sa méthode, qui consistait à envoyer à l'impression des textes découpés dans les livres antérieurs ou copiés, sous sa direction, dans les manuscrits à sa portée, sans les collationner et parfois sans les lire. L'imprimeur Nicolas Coleti avait j)ul)lié à Venise, à partir de 1728, une réédition commerciale des Conciles de Labbe et Cossart en 27) vol. in-fol., oîi les notes des Conciles d'Ilardouin et le Supplément de Baluze avaient été utilisés et fondus ; Mansi donna d'abord (à partir de 1748) un Supplément à la Collection Coleti, en 6 vol. in-fol., puis (à partir de 1759) une Collection nouvelle, Saewruni Concitiorum nova et amplmhna Collectio, ({ui n'est autre chose que la reproduction des Conciles de Coleti, où Mansi a essayé de fondre son propre Supplément avec quelques additions nouvelles. Quoiqu'elle ait été récemment réimprimée ligne pour hgne, Whiiptissbna de Mansi et de ses continuateurs (Venise 1759-98, 51 vol. in-fol. ; inachevée, et qui ne va que jus- (|u'en 1 458 ) est fort indigne de la réputation dont elle a joui longtemps ^ . Les œuvres accomplies par les contem[)orains et les successeurs immédiats de Muratori n'en sont pas moins très notables. — Tandis que les Ballerini faisaient faire des progrès innnenses à la science des Collections canoniques, le P. André Galland (f 1779), vénitien, publiait une des plus volumineuses des Bibliothèques patristiques antérieures au xix*' siècle {Bibliotheea grœco-latina veterum palrum anliquor unique seriptonnn ecelesiaaticorum. Venise, 1765-81, 14 vol. in-fol.), et la Cour de Bome procurait des « Bullaires » qui contiennent des actes d'un grand nombre de pontiiés-\ Une foule de
1. Voir l'élude approfondie du V. Quentin sur J. D. Mansi el tes Collections conciliaires (I*aris, 1900). Comme le disait A. Tardif dès 18H7 {Histoire des sonrces du droit canonique, p. 80) : « On serait à même aujourd'luii de publier une grande Collection de Conciles bien supérieure aux précédentes. » L'ouvrage du P. Quentin sur les anciennes Collections est une contribution de premier ordre, (jui était préalablement nécessaire, à cette grande entreprise.
2. Le principal est celui de C. C()C((uelines, Bulhwum, privilegiorum ac diploinatuni Howanorum Vontiftcuni amplissinia Colfeclio (Iiomic, 1757)-56, "28 vol. in-fol. ). qui porte le titre de Bultariuni ronianuni à partir du t. VI,