ORGANISATIONS INTERNATIONALES
Sciences médicales, de F^sychologie expérimentale et de beaucoup d'autres choses, pourquoi ne pas provocpier l'institution de Congrès internationaux d'histoire? On se l'est dit; et c'est pourquoi, depuis quelques années, il s'est tenu un assez grand nombre de « Congrès internationaux )), dont les travaux intéressent soit l'ensemble, soit des parties de l'histoire universelle.
Le Congrès international des Orientalistes est une institution déjà ancienne, dont les publications sont très estimées^ — Le « Congrès international d'archéologie préhistorique et d'anthropologie » (12* session, Paris, 1900)^ et le «Congrès international des Américanistes » ( 12^ session, Paris, 1900)^ sont organisés d'une manière analogue. — Le 8*^ Congrès international d'histoire de l'art doit avoir lieu à Strasbourg en 1904. — H y a un « Congrès international d'archéologie chrétienne » dont lai '^session a été tenue à Spalato en 1895 et la 2^' à Rome en 1900\ — En outre, des Conijrès internationaux de toutes sortes sont devenus, comme on sait, un trait régulier des grandes Expositions universelles, telles que celles de Chicago (1895) et de Paris (1900)^
Quant aux Congrès internationaux d'histoire générale, le premier
1. Chicuiic (li's treize premières sessions Paris. 1870: Londres. 1874; Saint- Pétersbourg, 1876: Ftorencc, 1878; Berlin, 1881 ; Leide. 188.3: Vienne, 1886; Londres, 18!^2 : (ienève. 1894; Paris, 181)7; Rome. 1899: Hambourg. 1902 a donne lieu à des ()Mblicalions [Comptes rendus. Transactions, Atti, Verliandlungen] dans la langue du pays où h's congressistes se sont réunis. — in Hongres sp.'eial des « Éludes d'Extrême-Orient » a été tenu à Hanoï en 190'2.
2. Histori(|ue de ces Congrès, dont le premier remonte à 1806, dans la Revue (le si/nf/irse liistorifjur. I 1900 . p. 219 et sniv. Sept ans se sont écoulés entre lavunt-dernière et la dernière si'ssion. La prochaine devait avoir lieu à Vienne en lîHlô; mais on a dû y renoncer.
5. Les Congres internationaux des Américanistes ont été fondés en 1875 à Nancy. Voir le Compte rendu des travaux du Congrès bibliographique international... Il Paris, 1900, p. 65 .
4. Atti del secondo Congresso di arrheologia cristiana tcniito in Homa ncW aprile 1900 lloma. 1902, in-i .
5. Congrès international de yumismatigue réuni à Paris en 1900 Pans.
1900, in-8 . Sur le Congrès international de Numismatique antérieurement tenu à Hruxelles (1891) et sur ses publications, voir la Jirrue numismatique, 1892, ]). ")02. — Actes du V' Congrès international d'histoire des lieligions Paris.
1901. in-8 . — Congres international d'histoire de la Musique tenu à Pari.^ en juillet J'JOO 'Solesmes, 1901, in-8 . — Etc.
:m les KTrnES iiisTOiUQrES w xiX" siècle.
s'est réuni à la Haye en 1808'; le second à Paris en 1900^ Un troisième, dont le personnel dirigeant n'eut, du reste, rien de commun avec celui des précédents, à liome en 190r)'\ — 11 a été décidé que le prochain Coufircs historique international aurait lieu à Berlin en 1906.
Les Congres internationaux d'histoire n'ont guère différé, jusqu'à présent, des autres assemhlées du même genre. On y a l'ait des (( communications » dont quelques-unes seulement ont été suivies de discussions rai)ides; on y a présenté des propositions et émis des vœux. — Nous indi([uons en note, à titre de spécimen, ceux des vœux émis par le Congrès de Rome en 1 905 qui intéressent la bibliographie historique^. — Que ces vœux soient tous suivis d'ell'et, c'est ce que l'expérience accpiise ne permet guère d'espérer (cf. §g 405, 454).
1. Discours prononce à la prcmièn; séanco géncralf, lo 1'"'' septembre 1808 : « Nous inaugurons une œuvre durable; un centre est crée, désormais, pour h; rapprochement sympathicpie d'hommes que les distances seules séparent.... » — « Afin de maintenir entre les membres du Conjures un heu permanent », le Comité décida de publier les actes du (^onj^rcs de La Haye « par fascicules trimestriels ». Six fascicules ont paru (Paris, li)0l-1902).
'2. Conqrèn international dliistoire comparée tenu à Paris du 25 an 1^ juillet l!)00. Prorès-verbau.r sommaires (Paris, 1901, in-8). Huit sections : Histoire générale et diplomati(|uc, Histoire des institutions et du droit, Histoire comparée de l'Economie sociale. Histoire des alfaircs religieuses, Histoire des sciences. Histoire littéraire, Histoire des arts du dessin. Histoire de la musi(pie.
T). Congresso inter)iazionale di scieme storiche. Diario. Dix numéros (l»ome, avril 1903). — Sections : I. Filologia classica e comparata; II. Storia médiévale e moderna; III. Storia délie letterature; IV. Archeologia; V. Storia dell'arte ; VI. Storia del diritto e délie scienze economiche e sociali ; VII. Storia délia (icografia e Geografia storica; VIII. Storia délia fdosofia e délie religioni: IX. Storia dclle Scienze matemaliche, fisiche, naturali e rnediche. — Cf. Arcliivio slorico ilaliano, XXM (190.3), p. 522 et suiv. — On annonce la publication des Alii del (longresso en 12 vol. in-8.
4. Proposition Pribram, Ueher die Frage einer allgemeinen hisiorischcn Dihliofpaj)/iie. M. Pribram a bien voulu nous faire connaître directement l'économie de sa proposition : « Jedes Lnnd miisste sich verpilichlen aile Erchcinuogen auf historischem Gebiete, die im Laufe des bcirellenden .latires in dem bclrelléndeii Lande gedruckt wurden, auf einzelnen Zetlein zu verzeichnen... und dièse Zettel wiirden von Centralcomité geordnet und publiciert werden. » — Adopté (|u'une Commission «spéciale sera nommée; pour préparer les voies à l'instilution d'une « Hibliographie historique inlernalionah,', rétrospective et courante ». — A. CrivelliK'ci voudrait (|u'on se rendit coinph; d'abord de ce rpii a été
ORGANISATIONS INTEUNATIONALES. hiio
Les Congrès internationaux, comme les Congrès nationaux, ne sont en mesure d'exprimer ((ue des avis; l'exécution ne dépend pas d'eux '. H arrive pourtant que les Congres internationaux soient l'occasion de la formation de Sociétés internationales, permanentes, à programme limité. Au Congrès de Paris en 1900, M. le Dr. Peijpers, d'Amsterdam, directeur du Jarius. Archives internationales pour llnstoire de la médecine et de la géographie médicale, fit part de la lormation d'une « Société internationale pour l'histoire et la géographie médicales » ; et le vœu fut émis qu'une « Société plus générale se constituât, ayant pour ohjet l'histoire générale des sciences ». Ce vœu n'a pas été réalisé à notre connaissance; mais une Société internationale des études iconographiffues est sortie du Congrès international d'histoire de l'art tenu à Liiheck en 1901 M. G. Yitelli a proposé au Congrès de Rome la création d'une (( Asso-
(It'jà lail (hiiis cliiKiwc pays pour la l)ibliof,'Ta})liic liisloiiquo, ri'Irospccdvc cl coiiraiile, du pays, et dcinande quil soit préseulé à cet égard des rapports spéciaux au prochain Congrès.
Proposition A. Iloniualdi au sujet de la création d'une « Rihliograpliie liislori(|U(! de l'art italien. » — Le Congrès décide d'inviter à cette o'uvre les érudils italiens et étrangers et de former un Comité provisoir(! pour mettre sur pied le futur Annnario bihliogrofico delV arle ilaliana.
Proposition Galante : (pie V Islilulo slorico itatiano soccupc de })ré|)arer une bibliographie complète des sources impiinièes de l'hisloiie du droit en Italie, par régions. — Adopté.
Proposition dAncona et t'umagalli au sujet d'un Dizioufirio l)io-hil>liogra{îco ilaliana. — Adopté.
D'autre part, M. K. Calvi. rauleni- du (|ualrièni(; Supplément (1905) à la Bibliollicca bihlio(irapltica ilulicu (rOlliiio et Kumagalli § 9S . a fait paraîli'e. (I à loccasion du Congrès historicpie international ». une très utile Bihlioleca di bihliografia storicn ilaliana. Calalogo triparlito délie Bibliografie finora pnbblicale aulla sloria genera'c e parlicolare d'Ualia | Bihliografia di sloria a slanipa ; B. di documenti storici : B. di slainti]. Pxoma. s. d.. iv-iO pp. in-4. — M. Gannu-rini a présenté à la Section dArchéologiiî le t. I*"" de sa Bibliografia deli Italia anlica.
1. On a en. naluicllemenl. la pensée d'utiliser les Congrès internationaux pour lixer la terminologie et jjour imposer ou recommander des procédés de travail. A. Giry écrivait dès 1S80 [liibl. de l'École des chartes, 1880. j). mi : « Il serait à désirer (pie les savants pussent s'entendre pour adopter di>s règles à peu prés uniformes à appli(|uer aux publications de d(»cuments. » Mais, après avoir essayé de formuler des règles de ce genre (voir plus haut, pp. 448 et 520), il semble (pi'on y ail renoncé.
:m LES ÉTUDES IIISÏURIQIES AU XIX-^ SIÈCLE.
ciation iiUeriialionale pour la piiblicalion des papyrus grecs ». Le même (hongres a décidé de « créer une Association internationale des amis de l'histoire de l'^irt médiéval et moderne » et nommé à cet effet un « Comité d'action ». Par contre, il a (( différé l'examen d'un vœu tendant à jeter les bases d'une Association internationale des Sociétés qui s'occupent d'histoire et d'archéologie » .
Une « Société internationale d'études franciscaines » a été récemment établie à Assise par les soins de M. P. Sabatier. Voir Revue historique^ LXXXIX (1902), p. 221 ; cf. Archivio storico italiano, 5'' série, XXX (1902), p. 484.
498. — L' (( Association internationale des Académies », qui a tenu sa première session triennale à Paris en 1901, est sans contredit le plus important des groupements du même genre.
L'idée d'une Association académique universelle est une très vieille idée. Leibniz l'eut après Bacon, Saint-Simon après Leibniz. Cent autres l'ont eue après Saint-Simon. Fr. Bouillier écrivait, en 1879 : (( Chacune des Académies de la capitale des États du monde civilisé députerait un certain nombre de délégués à ce Congrès scientifique par excellence, qui se réunirait tour à tour dans une des grandes capitales de l'Europe; ce serait un véritable Concile œcuméni(jue de la science. Devant ce tribunal suprême, les savants les plus illustres de tous les pays agiteraient, d'après un programme indiqué à l'avance, les grandes questions qui divisent le monde savant. C'est là qu'on apprécierait définitivement la valeur de telle ou telle découverte. Avant de se séparer, et en s'ajournant à une autre session, ces hauts représentants de la science conviendraient des points les plus inq)ortants à approfondir et des grandes expériences à faire grâce à l'appui de leurs gouvernements. Enfin, c'est là que les auteurs des grandes découvertes recevraient les éloges, les honneurs et la consécration suprêmes qui assureraient à leurs noms la gloire et l'immorlalité^ »
Or, voici comment la pensée de Bacon, de Leibniz et de tant d'autres a |)ris corps en ces derniers temps.
1. Ur. Bouillier, L'InslUiil et les Académies de province, p. 502. — Sur riiislori((uc (le l'idée d'une Association académique universelle, voir nos Questions d'histoire et d'enseignement, cl). IX.
OllGAMSATIONS INTERNATlUNALllS. :.G7
La (( Société royale » do Londres, qui est en Angleterre depuis 1002 ce que l'Acadéniie des Sciences est en France depuis 1000, a composé, comme on sait, un grand Recueil de bibliographie périodique, le Catalogue of scient! fie papers, qui contient, en 11 volumes in-i, la liste par noms d'auteurs de tous les mémoires relatifs aux sciences proprement dites qui ont été publiés dans tous les pays de])uis le commencement du \]\^ siècle jusqu'en 1884. La Société royale, ne se sentant plus en état de sufiire plus longtemps, seule, aux immenses besognes de dépouillement, de collection et de classement (|ue l'intensité croissante de la production scientifique rend, chaque année, plus difficiles, résolut, il y a quehjues années, de faire ap[)el aux lumières et à la. collaboration du monde civilisé tout entier. A sa requête, trois Conférences internationales lurent réunies à Londres, de 1896 à 1901, pour délibérer sur l'économie d'un futur « Catalogue international de la littérature scientiliijue ])endant le xx'^ siècle », classé par ordre de matières, qui serait l'œuvre collective de la Société royale et de « Bureaux régionaux », ou succursales, établis dans les divers pays*.
Au cours de ces négociations, la Société royale entra, naturellement, en rapport avec la })lupart des Académies d'Europe et d'Amérique, en particulier avec les Académies d'Allemagne. Or, celles-ci étaient justement toutes prêtes, à cette époque, à accepter le principe de la coopération interacadémique dont elles avaient déjà constaté, par expérience, les avantages : il a été question plus haut (§ 470) du Cartell des grandes Académies allemandes et de ses œuvres.
VAsfiOciation internationale des Académies est sortie, on le devine, des relations qui s'établirent, à l'occasion du « Catalogue de la littérature scienlifi({ue », entre les Académies allemandes, déjà familiarisées avec les mœurs fédérales, et la Société royale de Londres (|ui demandait leur alliance. A l'Assemblée ordinaire du Cnrtell pour 1898, qui se tint à Gœltingue en présence de l'un des secrétaires de l'Académie de Berlin et des deux secrétaires de la Société
1. Apres (le longs pourparlers, celle eiUrcprisc, « si compliquée cl si nécessaire », est aujourd'hui en bonne voie.
biJS LES ÉTUDES UISTOIUOIES AU X1X<^ SIÈCLE.
royale, l'idée d'une Association des principales Académies du monde, (( qui s'occuperait des questions scienti(i({ues dont la solution réclame le concours de plusieurs États », fut adoptée en principe. L'année suivante, Berlin pria les premiers adhérents à une conférence i)réparatoire dans la ville de Wiesbaden. Là, des statuts provisoires furent votés. On convint (pi'aux dix Académies déjà représentées (Académie des Sciences de Paris, Académie impériale de Saint-Pétersbourg, Lincei de Rome, Société royale de Londres, Berlin, Vienne, Leipzig, Gœttingue, Munich, Washington), neuf autres seraient invitées à s'adjoindre : Amsterdam, Bruxelles, Buda-Pest, Christiania, Copenhague, Madrid, Stockholm, l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et l'Académie des Sciences morales et pohti- (jues de Paris. Quelques mois après, toutes ces Compagnies avaient lait parvenir leur adhésion, à l'exception d'une seule (l'Académie de l'Histoire de Madrid). V Association internationale des Académies était fondée.
L'Association des dix-huit })rincipales Académies du monde, qui s'est re'unie pour la première fois en avril 1901, ne ressemble guère à l'image puérile et romantique que s'étaient faite, depuis Bacon, les théoriciens de l'Académie internationale. Elle ne s'est pas mêlée d' (( agiter les grands problèmes )). Elle n'a pas tranché de controverses. Elle n'a « couronné » personne. Elle s'est contentée de régler la marche de ses travaux à venir.
Il a été décidé que l'Association nommerait des Commissions spéciales (oîi des savants étrangers aux Académies associées pourraient être ap])elés à raison de leur compétence particulière) « pour la prise en considération, l'étude ou la préparation de recherches scientifiques d'intérêt international ». — Dans l'ordre des connaissances hisloricophilologiqucs, l'Association a promis de s'intéresser ou laissé entendre qu'elle s'intéresserait peut-être à des œuvres scientifiques très analogues à celles dont se sont déjà chargés chacune des grandes Académies d'Allemagne et le Car tell de ces Académies. Il a été question à la première session d'une édition complète des œuvres de Leibniz ; d'une « Encyclopédie de l'Islam » ; d'un « Becueil des diplômes grecs du moyen âge et des temps modernes » ; d'un « Recueil des mosaïques païennes et chrétiennes jusqu'au ix*^ siècle inclusive-
OUGANISATIOxNS INTERNATIONALES. 509
ment », d'un Bulletin d'épigraphie consacré aux inscriptions (ibères, lyciennes, etc.) qui ne rentrent pas dans les cadres latin, grec ou sémitique. Ces projets, et tous ceux qui n'ont pas manqué de se produire par la suite', sont présentement étudiés dans chaque Académie et « par voie de correspondance interacadémique » ; ils seront, en outre, soumis au Comité permanent de l'Association avant d'être définitivement sanctionnés ou rejetés par la prochaine Assemblée générale qui se réunira à Londres en 1904.
1. Voir, par exemple, au t. II (1901) des Beilrâge zur allen Geschiclile, un Mémoire de C. Julliau « Sur la nécessité d'un Corpus tooograpliifjuc du monde ancien (jui contiendrait le relevé de laus les noms mentionnés, non seulement avant la chute de l'Empire romain, mais après l'établissement des Barbares, dans les (locumenls antérieurs, par exemple, au xui'^ siècle ». — Le Congrès international de Rome a émis en 1905 le vœu que « l'Association internationale des Académies s'attachât à promouvoir la publication d'un Corpus des humanistes byzantins de la Renaissance, et l'exécution de monographies convenables sur les philosophes et les savants du même temps (Césalpin, Cardan, etc.) ». — 11 a été question aussi d'un Recueil général des sources de l'histoire de la Médecine dans l'Antiquité.
499. — Une immense enquèle a été ouverte depuis des siècles sur le passé de riiumanité. Au temps où nous sommes, elle se poursuit méthodiquement dans tous les pays civilisés. Il est intéressant, pour ceux ({ui se proposent d'y prendre part, de constater d'abord ({uels sont les principaux ateliers où elle^ est conduite, et comment ces ateliers sont, à présent, écjuipés pour la conduire. Et, comme l'organisation et l'outillage des recherches historiques ont atteint peu à peu un assez haut degré de complication et de régularité, il y a lieu, après les avoir très sommairement décrits, d'indi(juer les grandes lignes, le schéma tliéorique de lensemble.
500. — La lin des travaux historiques est sans doute dutiliser les documents, c'est-à-dire les traces laissées par le passé, pour faire connaître le passé. Mais l'expérience a montré depuis longtemps que les documents ont besoin d'avoir subi, pour être employés à cet eflét, des opéralions préalables. 11 faut donc distinguer deux sortes de travaux hislori({ues : les travaux préparatoires, qui ont [)Our but de mettre les documents en état d'être utilisés, et les travaux d'exposition ou de construction qui sont la raison d'être des premiers.
501. — Logiquement, les travaux préparatoires se succèdent dans l'ordre suivant :
1. Comme il est d'une importance primordiale que l'on sache, avant de raisonner sur les documents, s'il y en a, et où ils sont, le travail préparatoire (jui aurait du précéder tous les autres est celui ([ui consiste à invenloriev les collections de documents. Mais, en fait, on n'a pas commencé par là, pour bien des motifs. Les inventaires de documents dressés avant la seconde moitié du xix^ siècle
1. D'autres considérations sur les problèmes qui font l'objet de cette Conclusion sont présentées dans nos Questions d'histoire et d'enseignement, cli. YII.
sont restés, pour la plupart, inédits'; les plus célèbres, tels que la Bihliotheca hibliothecarum manuscriptorum nova de Montfaucon (g 557 i) et les Catalogi de Bernard (g 440) sont extrêmement grossiers. Ce n'est guère que de nos jours que l'on a eu à la fois la notion claire de ce qu'il y avait à faire à cet égard, une méthode convenable et les moyens matériels nécessaires pour réaliser. En France, un des pays où l'exécution des inventaires de documents a été poussée avec le plus d'activité, les pouvoirs publics, qui possèdent, comme partout, presque tous les grands dépôts de documents, n'ont pris conscience de leur devoir, et on n'est parvenu à définir les méthodes les plus pratiques, qu'à une époque assez récente (§ 575) ; et il y a encore des fonds considérables qui n'ont jamais été décrits ou dont il n'existe que des descriptions insuffisantes. Quoique les exemples donnés, sur ce point, en France et en Angleterre, soient aujourd'hui fort imités, quelques Gouvernements laissent encore à des particuliers (g 451), comme sous l'ancien régime, ou à des Sociétés savantes (§ 594), l'initiative et la charge écrasante de ces besognes.
Il y a, du reste, plusieurs espèces d'inventaires, entre lesquelles s'établit normalement une gradation d'urgence : les Inventaires très sommaires, à la façon des Inventaires-numériques de nos Archives nationales, qui ne fournissent sur les fonds que les renseignements les plus généraux, avec l'indication des cotes; les Inventaires descriptifs, qui comportent la description ou môme l'analyse de chaque pièce; les Catalogues, encore plus amples, où le texte de tous les documents, ou des principaux, est inséré in extenso ou i)ar extraits. On remarquera que l'ordre naturel d'urgence a été souvent interverti en pratique : dès le xviii" siècle parurent des Catalogues très volumineux, leslés d^anecdota (p. 551, n. 1), alors que les érudits étaient encore sans guides élémentaires a travers des collections de premier
I. On sait que l'Inveiitairc (loscriptirdes Laycltcs duTrésor des chartes de i'raiice, par Du Puy, est resté lui-même inédit. Il existe, dans nos Collections actuelles de manuscrits, des centaines d'anciens inventaires, dressés sous l'ancien régime, d'arcliives ou de bibliothèques qui sont aujourd'hui détruites, dispersées ou classées autrement; quelques-uns sont excellents. Ce ne serait pas perdre son temps, semble-t-il, que de s'appliquer à en procurer la liste; cependant, on ne l'a pas encore fait.
CONCLUSION. r)'5 ^
ordre. En France aussi bien qu'en Angleterre, l'Administration des Archives centrales, après avoir commencé, au xix^ siècle, par des Catalogues du môme ^cnro.{Invenlaires et Documentai, \ 575; Calen- (lars of State papers, § 437), a été amenée plus tard à appliquer la meilleure partie de ses ressources à la fiibrication d'instruments moins coûteux, afin de diminuer plus promptement le nombre des fonds qui restaient tout à fait inaccessibles {Inventaires numériques; Lists and Indexes, ibidem). — Le grand progrès eflectué sur ce point depuis vingt-cinq ans, c'a été la constitution de types rationnels d'inventaires analytico-descriptifs, précis et concis, dont les rédacteurs s'interdisent d'insister indûment sur ce ([ui leur paraît nouveau, « intéressant » ou a curieux. », pour fournir les renseignements essentiels. Tous les inventaires de documents exécutés par M. L. Delisle, ou sous sa direction, sont des exemples et des modèles de ces nouveaux répertoires.
Si tous les fonds de documents étaient pourvus d'inventaires descriptifs, le temps serait peut-être venu de faire, comme on l'a dit, un pas de plus et d'entreprendre des recueils qui contiendraient l'inventaire détaillé des documents de même nature, ou sur les mêmes sujets, conservés dans un dépôt ou dans une série de dépôts; bref, des inventaires méthodiques'. Dès maintenant, quoique de pareils recueils soient fort prématurés, il s'en exécute d'excellents, comme ceux des Bollandistes pour les documents hagiographiques (p. ^95) et ceux de l'Académie de Vienne pour les monuments de la littérature patristique (p. ATu). Citons encore, à titre de spécimen,, le Catalogue of romances in the Department of )nanuscripls in the Brilish Muséum de H. L. D. Ward.
11. Il ne suflit pas que les historiens soient en mesure de savoir s'il y a des documents, et où ils sont ; il faut en outre que les documents dont ils ont ou peuvent avoir à se servir aient été rendus accessibles par l'impression et purifiés, pesés par la critique. L'historien qui n'aurait à sa dis|)osition que des documents manuscrits el bruts — c'a été le cas des premiers érudits — n'aurait pas, d'ordin;iire, le temps de les recueillir, de les purifier, de les peser. De