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574 HISTOIRE ET ORGANISATION DES ETLDES IIISTORIOIES.

deux choses l'une : ou bien il emploierait, tels ({uels, ceux qui lui tomberaient sous la main, en s'abandonnant aux tendances instinctives, et ne ferait rien qui vaille; ou bien il s'attellerait à l'aire d'abord la critique de ses sources, et, engagé dans la bonne voie des travaux préparatoires, n'en verrait pas la fin. On peut donc dire qu'après les inventaires descriptifs rien n'est plus nécessaire à l'historien que les éditions critiques. — Il est à noter en passant que, comme, en fait, une foule de documents ont été publiés, bien ou mal, avant que l'on eût inventorié les collections où ils se trouvaient, les rédacteurs d'inventaires sont tenus maintenant de joindre à la description de chaque pièce sa « bibliographie », c'est-à-dire la liste des éditions, bonnes, médiocres ou mauvaises, qui en ont été données.

D'innombrables publications, bonnes, médiocres et mauvaises, de textes intéressants pour les études historiques, ont été faites, depuis (juatre siècles et demi, tant par des particuliers que par des Sociétés ou sous les auspices de l'Etat, dans tous les pays. C'est affaire aux bibliographes, dont les travaux ont été mentionnés dans la Première Partie (Livre II, ch. i) de cet ouvrage, d'en faciliter la connaissance. Mais celles de ces publications qui ont le caractère de Recueils méritent d'être considérées à part.

C'est une circonstance insignifiante, en soi, que des textes de même nature, ou relatifs aux mêmes sujets, aient été publiés chacun à part ou sous une rubrique commune, en Corpus, c'est-à-dire en Recueil, pourvu qu'ils l'aient été correctement. Cependant, il est plus commode que des documents similaires, et qui souvent s'éclairent l'un l'autre, ne soient pas dispersés, et il a été reconnu de bonne heure que les difficultés de certains textes sont plus aisément résolues quand on se livre à l'ensemble des travaux requis pour éditer tous les textes du même genre que lorsque l'on se propose de n'en éditer qu'un. Pour ces motifs des Recueils ont été composés depuis qu'il y a des érudits (§ 5ii). Quelques-uns de ces anciens Recueils sont même restés, nous l'avons vu, parmi les plus considérables (Bollandistes, Collections bénédictines, etc.). Toutefois, c'est seulement au xix^ siècle que « le grand art des Corpus », suivant l'expression de Renan, a été poussé à sa perfection et que les limites en ont été indiquées par l'expérience. — D'abord il a été démontré

(|u'il était possible, et utile au plus haut degré', de former des Recueils complets de certains documents d'es[)èce bien délmie, relativement courts et en nombre limité, tels que les inscri[)lions antiques, à condition de ne jamais les déclarer clos et de les mettre sans cesse à jour au moyen de refontes ou de suppléments (§ 596). On s'est aperçu, en second lieu, qu'il fallait renoncer à l'espoir de réaliser jamais ces Recueils gigantesques où c'avait été longtemps l'ambition des e'rudits d'embrasser régulièrement l'ensemble mal déliai des documents de toutes sortes qui intéressent une vaste province de l'histoire générale, par exemple a les monuments relatifs à l'histoire de l'Allemagne au moyen âge ». A sup})oser que la conception n'en soit pas tout à fait illusoire, la fabrication de tels Recueils exige trop de temps; tandis que ceux qui les ont entrepris en élèvent les premières assises, une foule de pièces, qui auraient été de nature à prendre ultérieurement place dans la construction, sont accaparées par d'autres éditeurs; et les progrès de la méthode ont toujours été tels, jusqu'à présent, que, lorsque les premières assises étaient achevées, les successeurs de ceux qui les avaient élevées les jugeaient, non sans raison, à recommencer (§ 591 ). On a été amené par là à substituer aux anciens Recueils réguliers des Collections dont le plan, d'autant plus compréhensif qu'il est indéterminé, permet d'accueillir sans cesse les documents qu'il parait le plus utile d'y faire entrer au furet à mesure des trouvailles et des besoins, et qui, publiées sous forme de fascicules indépendants, ne risquent pas de vieillir tout entières. — Ajoutons que les diverses Académies et les grandes Sociétés savantes du monde civilisé, qui, seules, disposent des ressources et ont la perpétuité indispensables pour mener à bien les Recueils dans le genre du CorpU!< iiiscriptionum latinarum et les Collections dans le genre de la nouvelle série des Moniimenln Germaniœ historica, se sont partagé de nos jours les principaux de ces travaux qui sont à faire. Ainsi, non seulement une énorme quantité de textes ont été édités pour la première fois ou réédités plus correctement au xix^ siècle, mais il s'est créé de vastes ateliers permanents oîi les textes de certaines espèces sont l'objet d'une élaboration systématiqiie.

m. ln\entaires et éditions ne rendent tous les services dont ils sont susceptibles qu'à condition d'être munis d'index. Les admi-

:ûi\ HISTOIRE ET ORGAMSATION DES ÉTUDES HISTORIOrES.

râbles indicex du C. I. L. (p. 452) sont la clé de ce Recueil, dont ils présentent la substance sous la forme la plus favorable aux recherches. De même, toutes les publications de Documents (analyses ou éditions) sont ou doivent être répertoriés aussi minutieusement cpie possible : index des noms, des formes, des « matières », etc. Les premiers érudits s'en sont très bien rendu compte, et le laborieux Casaubon gémissait, en s'y astreignant, de ces « illiberales kf.v curœ (le indicibus ». Mais les travaux préparatoires de ce type n'ont pas cessé, depuis le xvi*^ siècle, de se développer. Des lexicographes et des indexers se sont attochés à dépouiller, à un ou à divers points de vue, des collections de documents, tant imprimés qu'inédits, pour y recueillir des noms, des formes ou des données. De là les Glossaires d'un Du Gange (§ 559), les a Dictionnaires topographiques » (^ 57G bis, b), les a Dictionnaires historiques de la langue )), et tant d'autres répertoires disposés suivant l'ordre alphabétique ou suivant l'ordre chronologique. Ges instruments, où sont institués des rapprochements instructifs, ont l'avantage subsidiaire de mettre à la portée des érudits le contenu de documents malaisément accessibles, soit parce qu'ils sont ^dispersés, soit parce qu'ils sont inédits; ils dispensent quelquefois, piir là même, de réunir ou d'éditer ces documents. Pour les pièces de l'histoire moderne et contemporaine, si prodigieusement abondantes que l'on ne saurait penser à en former des Gollections symétriques à celles des sources de l'histoire ancienne ou de l'histoire du haut moyen âge, et qui, d'ailleurs, se présentent pour la plupart à l'état d'imprimés, l'index, par la force des choses, se substitue à l'édition (§ 147). Nous avons vu qu'il y a à Londres une Société historique dont les statuts définissent ainsi l'objet : « indexer des collections de documents qui, faute d'indices, sont inutilisables )) (p. 497j. Le goût et l'art de répertorier les documents historiques n'ont été nulle part plus répandus, de nos jours, qu'aux États-L'nis (p. 512), parce que, dans ce pays, les documents de l'histoire nationale sont précisément de ceux qu'il n'est guère possible de préparer pour les investigations des historiens qu'en les indexant.

502. — Les ouvrages historiques proprement dits se répartissent à leur tour en plusieurs catégories :

1° Les dissertations critif/nes. — 11 se pose, à propos des textes,

surtout de ceux qui sont relatifs à l'histoire des temps anciens, une foule de problèmes. Quelle en est la teneur exacte? Quelle en est la provenance? la date? Quel est le sens des passages difficiles? On conçoit ([ue ces problèmes, et d'autres analogues, sont de nature à fournir l'occasion d'innombrables écrits et de de'monstrations plus ou moins éclatantes. Et c'est parce (|ue, en elï'et, les dissertations sur de pareilles questions — j)ubliées soit à l'état de prole'gomènes ou de notes à des éditions, soit à part, — se sont multipliées à linfmi ([ue (juantilé d'erreurs et de confusions ont été heureusement redressées ou prévenues. C'est à ce genre d'exercices que se sont attachés et s'attachent avec prédilection les grands « critiques », c'est-à-dire les hommes doués d'une force d'attention, d'une mémoire et d'une pénétration exceptionnelles, qui discernent dans les textes des particularités et entre les textes des rapports insaisissables au comnmn des travailleurs : les Simon, les Lachmann, les Burnouf, pour ne rappeler ici que des esprits d'une sûreté et d'une élégance exquises, et des morts.

D'autre part, étant donnés des textes qui conservent les traces d'un fait ou d'une série de faits passés, comment les interpréter pour distinguer, au sujet de ces faits, ce qui est certain et les nuances du probable? Voilà encore des problèmes oîi le talent de ces ouvriers, les plus ingénieux de tous ceux qui collaborent à l'œuvre historique, les critiques de profession, trouve de quoi s'exercer. Problèmes qui sont à reprendre chaque fois que des données nouvelles, sous forme de documents ou de rapprochements nouveaux, en modifient l'énoncé. C'est parce que les problèmes de cet ordre ont été et sont infatigablement traités, repris, retournés et résolus par des légions de monographes que la lumière a été portée peu à peu sur les points les plus obscurs et que l'on saura vraisemblablement, un jour, du passé, tout ce qu'il est possible d'en savoir.

12*^ Exposés généraux de résultats obtenus par la crititjue.

Il est fâcheux qu'il n'y ait pas en français d'expression brève pour désigner les ouvrages dont les auteurs ont pris à tâche de rassembler, à l'usage des gens du métier, les notions acquises à la science sur un ensemble de faits historiques, avec des références aux preuves. Dans ces Hvres, qui sont réellement des (( exposés de résultats obtenus [»ar

la critiijuo », l'ordre adopté pour la distribution des matières [)eut être alpliabéti([ue [Rcalcncjjhlopœdie de Pauly et Wissowa, Dictionnaire de Daremberg et Sni;lio), ou ebronologique {Jahrbiicher der (Icuischen GescJtic/ile), ou méthodi(|ue (Handbuch d'Iwan Millier, (ifudrissc de (liez Triibner) ; peu importe. Tous ont le caractère eomnuui de répertoires destinés à présenter le bilan des connaissances positives à un moment déterminé, pour servir de point de départ et d'appui à des recherches ultérieures. Les auteurs de ces exposés visent à la clarté, à la sobriété, à l'exactitude (( scientiliques w, et n'ont pas d'autres prétentions. — [Nous avons vu que l'Allemagne s'est l'ait depuis longtemps une spécialité de ces très utiles ouvrages, qui s'y exécutent normalement par la méthode coopérative.

Les exposés généraux qui s'adressent au public (au « grand public ))) ne sont pas à confondre avec les précédents. Ce senties « livres d'histoire )) au sens étroit et vulgaire de l'expression ; car les travaux ori'rinaux et directs de la critique — qui, d'ailleurs, sont toujours, par définition, des monographies — sont rarement accessibles et a"^réables à d'autres qu'aux spécialistes : le public, même lettré, les classe volontiers, comme les « Dictionnaires », les Jahrbiicher et les Handbiichei\ et avec les inventaires, les éditions et les répertoires de tous "enres, parmi les travaux « préparatoires » et les instruments de recherche. — Les livres des « historiens » proprement dits ont été longtemps très dilTérents de tous les autres ouvrages historiques en ce que ceux qui les faisaient se croyaient autorisés ou tenus à les char"-er d'ornements littéraires et de réflexions morales, mais s'abstenaient ordinairement d'étayer leurs affirmations de preuves. Et on attendait d'eux, en elîet, des impressions et des jugements, des affirmations, non des preuves. Le goût public s'étant affiné, ces ])ratiqties tendent à passer de mode; et la « littérature historique », même narrative, se dépouille maintenant des prétentions et des faux brillants dont elle se glorifiait naguère. Tout le monde commence à concevoir l'histoire comme la représentation pure et simple du passé tel (lue les documents conservés, correctement interprétés, le font voir. Aux pompeuses ordonnances des anciens historiens se substituent, en conséquence, des tableaux clairs et sincères, où la lumière est iné^^alement distribuée parce (pie, dans l'état des documents on

des connaissances, elle l'est en réalité, et dont les traits, comme les couleurs, peuvent être promptement, et sans exception, vérifiés. En même temps, l'idée que 1' « historien » tient les balances de la Némésis pour récompenser et punir perd sans cesse du crédit. C'est-à-dire que les principales dillérences traditionnelles entre les livres de vulgarisation liistori(pie et les autres « exposés généraux de résultats obtenus [»ar la criticjue » vont s'efiaçant. Mais il en subsistera toujours. Dans les exposés à l'usage des gens du métier, comme dans les dissertations critiques, tous les faits que les documents ont permis d'établir sont consignés expressément ou représentés par des références; r (( historien » est obligé de choisir entre les faits établis : il entre de ce chef dans ses constructions un coefficient personnel qu'aucun parti-pris d'objectivité scientifique ne saurait éliminer.

503. — Los études historicjues ont fait au xix,'^ siècle des progrès décisifs et, en outre, leur avenir peut être considéré comme assuré : les voies sont frayées, les méthodes sont fixées; on a pris conscience des avantages qu'otl're, dans ce domaine comme ailleurs, l'organisation rationnelle du travail'. Les grands travaux historiques d'investiiiation (préparatoires) sont répartis maintenant entre de puissantes Compagnies, plus ou moins directement aidées par les pouvoirs publics, auxquelles l'enseignement suj)érieur, conçu suivant la tradition allemande, prépare des collaborateurs. 11 en a été amorcé autant au cours des vingt-cin({ dernières années que pendant les trois siècles précédents. En qualité aussi bien (ju'en quantité, la |)roduction histori(jue (dissertations criti(|ues, cx[)Osés généraux) a atteint un niveau supérieur à tout ce (pie l'on avait vu jusque-là. Et, par la force des ( hoses, ce niveau tend toujours à s'élever. 11 n'y a pas de raison, semble-t-il, pour que le mouvement des études, désormais lancé sur une [)ente régulière, cesse de s'accélérer ou s'arrête. Le danger, très réel |)our les [)ériodes antérieures aux tenq)s modernes, que la matière à élaborer se raréfie et finisse par s'épuiser, sera longtemps conqiensé par la tendance à remettre en question les problèmes, très nombreux, qui ne comportent pas de solutions décisives, et à raffiner les démonstrations. Situation inverse de celle qui [irévalait au

1. Voir, à ce sujet, lîicliard M. Moyer. liefrieb iiiid Orrjaiitsaliuii dcr ivisticnsc/ta/'llicltcn Arbcii ;L)«Tliii, 18'J7, in-8,.

o80 IllSTOllŒ ET ORGANISATION DES ETUDES HISTORIQUES.

xwi'^ siècle, alors que quelques érudits dispersés s'attaquaient, avec l'enthousiasme et les espérances indéfinies de l'ignorance, au bloc énorme de l'inconnu; l'enthousiasme est tombé et on sait dès à présent, à peu près, à quoi s'en tenir sur le passé; mais des légions disciplinées trouvent encore l'emploi de leur activité dans les besognes qui restent à accomplir.

Quelles sont, au juste, ces besognes? C'est ce que se sont demandé, pour plusieurs sujets particuliers d'études, les spécialistes qui ont composé des opuscules sur « Ce qui est fait et ce qui reste à faire », afin de délimiter les lacunes de la connaissance actuelle en indiquant, autant que possible, les moyens de les combler (cf. ]). 406). Mais, en ces derniers temps, la question générale a été soulevée de savoir si, en travaillant comme ils font, les « historiens de profession » (et on entend par là tous les ouvriers de l'œuvre historique, même et surtout les érudits) ne négligent pas de se placer à des points de vue dont l'importance « scientifique )) est capitale, et si, par conséquent, en continuant à travailler comme ils ont fait jusqu'à présent, ils ne condamnent pas leur œuvre à ne se couronner jamais de résultats (( scientifiques ». Les considérations de cet ordre (jui ont été récemment présentées par des méthodologistes, surtout en Allemagne et en France, ont au moins l'utilité d'inviter les praticiens, naturellement satisfaits de méthodes ([ui leur ont permis de réaliser tant d'acquisitions certaines, à vérifier leurs positions.

L'efibrt des ouvriers de l'œuvre historique, disent en substance les penseurs dont il s'agit, tend depuis des siècles à l'augmentation de la masse des connaissances positives sur le passé par la critique et l'enregistrement des traces que le passé a laissées. On est arrivé ainsi à connaître une infinité de détails, et il est certain que, par l'emploi des mêmes méthodes, on arrivera à en connaître beaucoup d'autres. Mais « là est le danger ». Quantité de ces notions sont absolument sans valeur et le monceau qu'elles forment, « d'une é[)ouvantal)le grandeur », confond l'esprit s'essayant à les lier pour « avancer la connaissance » qui seule importe : (( celle de l'homme et du monde ». — « Pour explorer complètement une toute petite région, il faut dès à présent vouer son existence entière à cette lâche. Que sera-ce dans un siècle, dans deux siècles et au delà? Cepen-

CONCLISIUN. ÔSl

dant, chaque jour s'accroît l'énorme réalité.... Tenter la constitution de l'histoire-science est un ouvrage qui s'impose à notre tem[)s : il s'agit, non seulement d'utiliser les matériaux, en nombre immense, dont jusqu'ici le profit est presque nul; mais il y a surtout urgence à alléger l'esprit humain d'un laix ({ui devient écrasant' )>. Ce qui niiwKjue maintenant, ce ne sont pas, sur la plupart des points, les matériaux; ce sont les habitudes de généralisation scientifique. Les historiens ont, à la vérité, la prétention de classer les phénomènes constatés par la critique; ils ne sauraient, du reste, faire autrement, car c'est pour eux une ne'cessité d'exposition ; mais les cadres traditionnels (ju'ils adoptent sont mal choisis; ils se posent des questions insigniliantes et ils ne savent pas j)oser celles qui sont de nature à recevoir des solutions générales, scientifiques, incorporables à la Science sociale.

Il ne serait pas sensé de ne tenir aucun compte de ces observations. — Il faut reconnaître, en effet, que les érudils, collectionneurs et critiques, ne se préoccupent guère des consé(juences ([ue leurs travaux peuvent avoir pour « avancer la connaissance de l'homme et du monde «. Ils travaillent pres([ue tous pour le plaisir de travailler, et, s'ils se proposent des problèmes, c'est tout simplement, d'ordinaire, parce qu'ils ont rencontré des documents pour les traiter. Les études historiques sont ainsi conduites comme si elles avaient leur raison d'être en elles-mêmes et gouvernées par le hasard. — 11 faut reconnaître aussi que le hasard a conservé, en grand nombre, des traces de faits sans valeur, tandis que se perdaient celles de faits importants, en nombre infini; et c'est là, soit dit en passant, une des infirmités irrémédiables de l'histoire. Or, les érudils sont instinctivement portés à recueillir, avec la même piété, toutes les traces qui subsistent; et quelques-uns se justifient même, ou se vantent, d'agir ainsi, en faisant \i\\(nr des arguments qui, du reste, ne sont pas tous sans apparence. — Il faut reconnaîlre enfin que les cadres dans les({uels les historiens rangent, consciemment ou en se conformant à l'usage, les données fournies par la critique ne sont pas tous irréprochables. L'étude théorique des cadres, c'est-à-dire des

1. P. Lacombc. L'histoire considérée comme science. Inlrodu'.lion.

hX'l HISTOIRE ET ORGANISATION DES ÉTUDES HISTORlOrES.

manières plus ou moins légitimes et fécondes de grouper et d'agencer les données, est une des parties capitales, et sans doute une des moins avancées, de la méthodologie historique. Les choses n'en iraient que mieux si certains cadres usuels, où se coulent chaque année des centaines de monographies historiques, étaient hrisés et remplacés. ~ C'est encore une distinction très acceptalde que colle (jui consiste à opposer l'histoire des événements, l'histoire anecdoli(jue et récréative, à l'histoire des institutions ou des [)hénoniènes réguliers de la vie sociale. L'histoire des événements, dont on ne doit pas médire, et qui aura toujours son puhlic et son rôle, est à présent conçue clairement; d'excellents modèles en ont été fournis et l'idéal en a été défini ne varietiir Ahïs l'histoire des phénomènes réguliers? c'est elle, dit-on, qui a été sacrifiée; et on annonce (|u'elle sera l'œuvre des générations nouvelles. 11 reste à déterminer, toutefois, comment les érudits et les historiens, surtout ceux cpii s'occupent de l'anti- (|uité et du moyen âge, devraient s'y prendre, s'ils doivent s'y prendre autrement ((u'ils ne font, pour la créer, en vue d'aider à la constitution de la « Science sociale ». Nous n'avons pas, ici, à entrer dans ce débat; mais il faut bien constater que les champions de l'Histoire-science, considérée comme auxiliaire de la Science sociale, ont plutôt établi leurs thèses, jus([u'à présent, par des raisonnements et par des exhortations que par l'exemple. Ils ont une manière persuasive et très engageante de dire : « Marchons » ; mais ils ne mnrchent pas ou s'y essaient à peine. Il est fâcheux que les plus habiles s'en tiennent à des esquisses et à des promesses.

ADDITIONS I:T COlillECTIOXS

Le présent Manuel a été puljlié endeux fascicules dont le premier (jusqu'à la p. '240) a paru en lltOI ; le second parait trois ans plus tard. C'est dire que la Partie Instruments biblioyraphiques (pp. 1-212) n'est plus au courant des derniers progrès delà littérature bibliographique. Nous n'entreprendrons ici, cependant, ni d'indiquer toute la production des trois années qui viennent de s'écouler, ni même de rectifier toutes les imperfections que des revisions successives et les observations de la critique ne manquent jamais de révéler, peu à peu, dans un ouvrage de ce genre. Il serait trop long, et sans grand intérêt, d'énumérer tous les liépertoires, signalés dans la Première Partie, qui se sont augmentés depuis 1901 de volmnes complémentaires*. D'autre part, on a eu l'occasion de consigner incidemment, dans les notes de la Deuxième Partie, quelques additions ou corrections à la Première. C'est seulement dans une nouvelle édition, d'un seul jet, que Tensenible de l'ouvrage pouirait être mis métliodiqnement au point.

Voici les Addenda et coyrifjenda qu'il a semblé, néanmoins, utile de spécifier :

Livre P% ch. 1. sect. i et m [Catalogue universel et Catalogues de Bibliothèques). T. Jahr et A. J. Strohra ont dressé la liste par ordre chronologique de tout co qui a été publié sur les questions traitées dans ces deux sections : Bibliograpliy of coopérative Cataloguing and tlie printing of Catalogue cards, with incidental références io international Bibliograplnj and the Univcrsal Catalogue (Washington, 1005, in-8. Extr. du (( Heport of tlîo Librarian of Congress »).

P. 21, note. — Dans la « Bibliothèque de bibliographies critiques », publiée par la Société des études historiques (§ 582 A), ont paru notamment depuis 1900 : les Cranach, Forez (Histoire du), J.-J. llousseau, Bourdaloue, Kpigraphie latine. Conflits entre la France et l'Empire au moyen âge, Taine, SigiUographie française, Antiquités mexicaines.

1. J'ajoute que l'on trouvera au besoin l'étal des principaux Piépertoircs bibliojrraphi(pies, à la date de 1902, dans l'Appendice II, « Bibliographisclie Litlcratur », du Uaudbuch der Bihliolhekslehre (Leipzig, 1002), d'A. Grîcscl. pp. 495 et suiv.

P. 25, § 21. — C'est l'usage do quelques Bibliothèques des États-Unis de publier des « Listes d'ouvrages à consulter » [Select Lists of books) sur des questions; de dépouiHer pour les dresser non seulement leurs CoUeclions de livres, mais leurs Collections de périodiques [with références to pjviodicals); et même d'y insérer les titres de travaux qu'elles ne possèdent pas, mais qui sont néanmoins utiles. La Lihrarij ofComjress de Washington, E.-U., a maintenant une a Division of Bibliography )) qui, en ces derniers temps, a publié un grand nombre de pareiHes listes [Select List of hoohs on tlie Constitution of tlie United States, etc.).

P. 28, note 1. — Il est intéressant de constater que le Catalogue (lénéral des livres imprimés de la Bibliotlièque nationale. Auteurs, commencé en 1897, en est à la fin de 1905 au tome XIV [Boinvilliers).

P. 50, note 5. — Les 5 volumes dont il s'agit ont été refondus. Vient de paraître : G. K. Fortescue, Subject-lndex of the modem worhs added to the Librarif of the British Muséum in the years 1881-1000. Tomes I et 11 [^-Mj. London, 1905, in-8.

P. 52, § 50. — L'American Library Association vient de faire paraître un Guide to the study and use of Référence books (Boston, 1905), par Alice B. Krœger.

P. 56, § 57. — La Carnegie Institution (Library of Congress, Wasliington, E.-U.) prépare un (( Ilandbook to learned Socielies », qui doit offrir la liste des Sociétés savantes du monde entier, avec le résumé et la bibliographie de leur histoire, et des renseignements bibliographiques sur leurs publications.

Ibidem, § 58. — On a signalé au Congrès international des Bibliothécaires de 1900 [Procès-verbaux.... Paris, 1901, p. 55) l'utilité qu'il y aurait à exécuter des répertoires rétrospectifs qui contiendraient l'indication des articles, relatifs à certaines disciplines, publiés dans les Revues dont les Collections sont dépourvues de tables ou n'en ont que d'insuffisantes. Un spécimen (Articles relatifs à l'Histoire et à l'Histoire littéraire dans les Collections des Revues françaises) doit parailre prochainement dans la Correspondance historique, par les soins de F. Chambon.

P. 45. — Le t. XXXl du Mcher-Lexicon de Kayscr (1899-1902, i.) a paru en nov. 1905.

P. 4i, § M. — Le Gesammt-Verlags Kalalog d'Ad. Russell a été publié en 16 tomes; mais nous aurions du dire que le tome XVI a 9 volumes.

P. 46, § 51. — F. Dictrich continue à porter très vaillamment le poids de son énorme entre|)rise. Son Répertoire pour 1902 contient l'indication des iirticles contenus a in ilber 1500 wissenschaftlichen Zeitschriften,

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