Voy. Seconde partie, livres I et IL
3. Comment savoir si un document donné est médit? Il n'y a aucun moyen sûr. On a proposé de constituer dans tous les dépôts, à chaque document, un dossier bibliographique où seraient consignés les noms de toutes les personnes qui en auraient demandé communication en vue de le publier. Cette mesure est appliquée, dans quelques bibliothèques d'Allemagne, pour les manuscrits célérbci.
C. Merkcl, mal conçue et médiocrement exécutée, n'a pas e'té continuée '.
116. — Les seuls « répertoires de documents imprimés » qui puissent être vraiment satisfaisants et dont l'utilité soit durable sont ceux qui ne portent que sur des catégories bien définies de documents relativement peu nombreux. — Tels sont les Regesta pontificum romanontm de Ph. Jaffé et de A. Potthast pour les actes de la chancellerie pontificale*; — le répertoire de T. Gottlieb pour les anciens inventaires de bibliothèques du moyen âge^; — celui de F. de Mély et E. Bishop {Bibliographie générale des inventaires imprimés. Paris, 1892-95, 5 vol. in-8) pour les inventaires anciens d'objets d'art et divers; — celui de Ph. Tamizey de Larroque (dans la Revue de lAgenais, 1889 ; et Deux livres de raison de lAgenais. Paris, 1895, in-8) pour les « livres de raison » ; — celui de G. Gonetta (Bibliografia statutaria..., dans la Rivista italiana per le scienze giuridicJie, t. IX, 1894) pour les statuts' des corporations d'arts et métiers en Italie. — Le nombre est pratiquement infini des catégories de documents qu'il serait possible et louable de bibliographier ainsi ^.
117. — Répertoihes de documents tant inédits qu'imprimés. — Ces répertoires diflèrent des précédents en ce qu'ils suppiisent des dépouillements inmienses, non seulement dans les livres et les revues, mais dans les dépots de manuscrits. Ils contiennent, par définition, la liste des exemplaires manuscrits de tous les documents d'un certain genre, et, pour ceux de ces documents qui ont été publiés,
1. Cotte bibliographie des textes relatifs à l'histoire d'Italie, nouvellement puliliis. embrassait les documents littéraires en même temps que les docura^,'nts non lilléiaires.
2. Ph. Jaiïé, Regesla pontificum romanorum a condita Ecclesia ad annum p. Chr. natum 1198, '2* éd. (Berlin, p. p. F. Kaltenbrunner. P. Ewald et S. Lôwen- IVhr. 188.'j-88, 2 vol. in-4. — A. Potthast, Regesta pontificum romanorum inde ab anno p. Chr. natum 1198 ad annum 1304. Berlin, 1874-75, 2 vol. in-4. — Cf. A. Giry, Manuel de Diplomatique, p. G64, G85.
.'^). Ci-dessus, p. 80, note 1.
4. G. Gavet annonce [Sources de l'histoire des institutions et du droit français, p. 759\ qu'il dressera prochainement « une liste, par provinces [de l'amionne France], de décisions judiciaires, de chartes de villes et de coutumes, publiées... surtout dans les Mémoires des Sociétés savantes. ».
88 i>"strume>;ts de bibliographie historique.
rindication des éditions. Le répertoire des obituaires français, par A. Molinier {Les Obituaires français du moyen âge. Paris, 181)0, in-8) en est un spécimen et un modèle. Tous les « catalogues d'actes » (listes, par ordre chronologique, des chartes émanées de la chancellerie de tel roi, ou de tel prince, inédites ou imprimées, avec la cote des exemplaires manuscrits et la bibliographie des éditions)*, et (( les inventaires critiques » tels que l'Inventaire critique des lettres historiques des croisades (p. p. P. Riant dans les Archives de r Orient latin, t. T', 1880), rentrent dans la définition de ces intéressants répertoires^. Ils sont très difficiles à iaire et, sauf exception, ne sauraient être, actuellement, que provisoires, à cause de rinsuffisance des Catalogues descriptifs de documents manuscrits qui existent (§ 105). On ne sera jamais sur de connaître tous les documents d'un certain genre, ni tous les exemplaires manuscrits de chacun de ces documents, tant qu'il y aura encore des fonds de manuscrits totalement dépourvus d'inventaires ou trop sommairement inventoriés.
118. — Il est probable que les répertoires de ce dernier type — théoriquement les plus parfaits — iront en se multipliant, à mesure que les collections de manuscrits seront mieux aménagées et plus commodes à dépouiller. — Lorsque les catalogues descriptifs des collections de nos bibliothèques et de nos archives seront achevés, (( un travail des plus utiles et des plus honorables consistera, dit M. L. Delisle^, à dresser des catalogues spéciaux de diiférents groupes de manuscrits, en s'attachant à classer méthodiquement tous les textes de même nature, quelles que soient les cotes sous lesquelles les manuscrits sont inventoriés et rangés sur les rayons. Serait-il même téméraire d'entrevoir la possibilité d'avoir un jour des catalogues oîi seraient enregistrés, plus ou moins sommairement et avec
1. Les principaux catalogues d'actes qui ont été exécutés jusqu'à présent sont énumérés dans le Manuel de Diplomatique de A. Giry. Cf. Revue historique, LX, p. 309.
2. Un « inventaire Critique » des comptes, inédits et imprimés, de Tadminis- Iration royale en Franco, depuis le xnr siècle, est en préparation.
r>. Manuscrits latins et français ajoutés aux fonds des nouvelles acquisitions...., p. Lxxxni.
renvoi aux notices détaillées publiées antérieurement, tous les manuscrits d'une mémo catégorie conservés dans les difl'érentes bibliothèques publi(jues de la France [et de l'étranger]? » Ces catalogues spéciaux, où seraient signalés à la fois les exemplaires manuscrits conservés dans tous les dépôts et (complément indispensable) les éditions de ceux qui ont été imprimés, pour toute une catégorie, bien définie, de documents (les comptes, les cx)rrespondances diplomatiques, les formulaires par exemple), constitueraient des répertoires bibbograpbiques de premier ordre. — M. U. Uobert est entré depuis longtemps déj'i dans cette voie en publiant un Inventaire des cartulaires conservés dans les bibliotJieques de Paris et aux Archives nationales, suivi d'une bibliographie des cartulaires publiés en France (Paris, 1878, in-8. Extr. du Cabinet historique, t. XX III. Il y a un Supplément, Paris, 1879, in-8. Extr. du Cabinet historique, t. XXX) ^
119. — Pour les documents non littéraires qui concernent Ihistoire moderne et surtout l'histoire contemporaine, il n'y a pas lieu, en général, de faire la distinction, si contingente, mais qui s'impose cependant pour les documents du moyen âge, entre l'inédit et l'imprimé. En ell'et, c'est sous forme d'imprimés que, pour la plupart, ils ont circulé dès l'origine.
120. — Dans tous les pays, les affiches, les placards, etc., qui n'ont jamais e'té et qui ne sont encore enregistrés nulle part au fur et à mesure de leur publication (cf. p. 55, note 1), sont recueillis avec zèle par les bibliothèques, et surtout par des amateurs, comme documents historiques. Les seules a bibliographies )) ([ue l'on en ait sont des Catalogues de collections, publiques ou particulières. Quelques-unes de ces collections de placards anciens sont célèbres : la
1. Cf. une bibliographie spéciale des cartulaires lorrains dans E. Bonvalof, Histoire du droit et des institutions de ta Lorraine et des Trois-Evcc/iés (Paris. 1805, in-8 . — Une nouvelle bibliographie générale des cartulaires français est promise depuis longtemps. — M. G. Gavet o. c., p. 758^ annonce qu'il publiera prochainement a une liste descriptive, par provinces [de l'ancienne France], des recueils de documents d'archives 'cartulaires proprement dits, recueils de chartes, polyptiques, etc.], avec indication descriptive de leurs tables ».
90 INSTRUMENTS DE BinLIOGIlAPIllE HISTORIQUE.
Bibîiotheca Lindesinna en Angleterre, la Collection Likhatchev en Russie [Katalog . . . , Saint-Pétersbourg, 1895, in-8), etc. Le Catalogue de la Collection de documents judiciaires antérieurs à 1790, feuilles volantes et plaquettes imprimées, qui existe à la Bibliothèque nationale de Paris, a été, nous l'avons vu (g 25), publiée par A. Corda.
121. — Les publications oi'ficielles des Gouvernements, des Parlements et des Corporations locales (départements, villes, etc.), forment la catégorie la plus considérable des documents (non littéraires) qui ont été imprimés dès l'origine. L'importance absolue en est, du reste, très grande. On a pu dire que ce qui s'imprime aujourd'hui dans le monde se divise en deux sections : d'une part ces publications, et, d'autre part, tout le reste.
Matériellement, ces publications officielles des gouvernements et des corporations représentent une quantité de papier noirci presque égale à celle de toutes les autres publications réunies, la presse quotidienne exceptée.
Intrinsèquement, elles sont, par excellence, les documents de l'histoire des sociétés contemporaines. Juristes, statisticiens, sociologues trouvent là leurs matériaux ^ Dans l'immense collection des Bluebook-: du gouvernement anglais et des gouvernements coloniaux britanniques, et dans les publications similaires du gouvernement des Etats-Unis, des monographies de premier ordre sur toutes sortes de questions, non seulement administratives, mais anthropologiques, archéologiques, historiques et sociales, sont enterrées et perdues.
122. — Bibhographiquement, ces publications présentent des particularités notables ^ : presque toutes sont anonymes, périodiques; et il n'en existe point de Catalogues.
Pourquoi pas de Catalogues? Parce que personne n'est pécuniairement intéressé à ce qu'il y en ait. Los plus petits éditeurs font impri-
1. Ce point de vue a été développé par Sidney Webb dans The Library, 1897, p. '252. Voy. aussi G. Maas, dans le Jahrhiich der internationalcn VereinùjwKj fur vergleiclicnde licc/dswissenscha f t wid Volkwirtschaftslehre, II (1896).
2. Voy., à ce sujet, Frank Camphcll, The theori/ of national and international Bibliography (London, 1890, in-8;,"et G. Maas, Officielle liegierungsdruksaclien, eine bibliographisehe iind bibliotheharische Studie. Leipzig, s. d. Extr. du Bôrsenblatt fur den dcittschen Buchhandel, 1897.
BIBLIOGRAPHIE DES SUlRCES ORIGI>ALES. 91
mer la liste de leurs livres, parce qu'ils se proposent d'en vendre. Les gouvernements, qui sont les plus grands éditeurs du monde, négligent de faire dresser celle de leurs publications, parce qu'ils n'ont ni-désir, ni besoin, ni espoir de, gagner de l'argent avec ce qu'ils publient. — Nous avons dit (Livre I*^"", ch. ir) que la plupart des instruments de Bibliographie nationale sont des répertoires ou des mercuriales à l'usage du commerce. Il est naturel qu'il n'y ait pas de répertoires des publications officielles, puisqu'elles ne sont pas, pour la plupart, dans le commerce.
Cependant, les recherches sont à la longue devenues si malaisées dans cette vaste « littérature » {Officiai iiterature) que l'on a été conduit à fabriquer des instruments bibliographiques, pour les besoins domestiques des administrations elles-mêmes. Des bibliographes comme MM. Frank Campbell et G. Maas ont mené, d'ailleurs, une campagne énergique au nom des intérêts scientifiques, pour que ce mouvement s'accentuât. Enfin l'initiative privée a commencé d'agir : de grandes collections de publications des Gouvernements ont été formées, dont les Catalogues sont précieux, au point de vue bibliographicjue. — Mais ce qui a été fait est très peu de chose en regard de ce qui reste à faire. La mise en valeur bibhographique de V Officiai literature, publiée par les Gouvernements, les Parlements et les Corporations locales, commence à peine.
123. — Etats-U-ms. — Le Congrès des États-Unis a fait exécuter, sous la direction de B. P. Poore, A descriptive catalogue of the Government Publications of the United States, sept.^, lllÇt-niarch 4, I88i (Washington, 1885, gr. in-8) Cf. Frank Campbell, o. c,
Des travaux rétrospectifs du même genre ont été exécutés pour lensemble des publications de certains Etats de l'Union, par exemple par Pi. P. Hayes pour l'Ohio : Publications of the State of Ohio,
\. On a commencé à faire des inventaires descriptifs spéciaux de certaines catéji^ories des publications sommairement indiquées dans le Catalogue de B. P. Poore. Par exemple miss A. R. liasse s'est occupée des « Reports of exj)lolalions printed in tlie Documents of the U. S. Government ». Cf. The Library Jovrnal. 1800. p. 537. — Voy. la lista des index antérieurs à 180G dans le (ruicle ta the study of American history de E. Channing et A. Busluiell llart (Boston, 1896. in-12), p. 58.
1803-1896 (Nonvalk, 1897, in-4); la liste de ces travaux, au nonihro de seize, se trouve dans le Librarij JournaU 1899, p. 108. — Enliu R. R. Bowker a publié le premier l'ascicule d'un répertoire général : State Publications. A provisional list of the officiai publicaticns ofthe several States of the 11. S. from tlieir organization. I. New England States. New York, 1899, in-8.
La bibliographie courante des publications du Gouvernement fédéral, des États et des Territoires se trouve, depuis 1876, à l'état d'appendices, dans \ American Catalogue de Leypoldt (g 62).
124. — Grande-Bretagne. — Le Gouvernement anglais pubbe chaque année (chez Eyre et Spottisw^oode) une List of officiai and parliamentary publications puhlished in the year.... Gf. Frank Campbell, o. c, p. 548, 568.
Les répertoires rétrospectifs, pour les publications officielles de la Grande-Bretagne, sont dus à l'initiative privée, partiels et insuffisants. M. Frank Campbell, qui en a donné la liste (o. c, p. 112), est d'avis que d'aussi vastes entreprises ne pourront jamais être exécutées convenablement, en Angleterre, qu'aux frais et sous les auspices de l'État.
125. — Inde Anglaise. — M. Frank Campbell, le bibliographe le plus expert en ces matières, estime que l'Inde anglaise est, avec les Étals-Unis, le pays où VOfficial literature est rendue présentement le plus accessible par le moyen d'instruments bibliographiques appropriés. Il a traité amplement de ces instruments dans sa monographie : A71 Inde x-Catalo que of bibliographical works relating to India (London, 1897, in-8).
126. — Les autres pays sont complètement dépourvus, ou peu s'en faut. Sans doute, tous les États ont l'équivalent de notre Journal officiel, oh les lois, les décrets, les rapports et les débats parlementaires sont annuellement indexés. Mais il n'y a point de listes périodiques de toutes les publications faites par les Gouvernements, ni d'index « cumulatifs » ou rétrospectifs qui s'appliquent aux publications d'une longue série d'années*. — On en est donc réduit à consulter
1. S'il y en a, les spccialistcs l'ignorent : « I am told that the Austrian Government once publislied a very complète list or catalogue of Austrian State
l?s catalogues des bibliothèques qui possèdent beaucoup de « pa))iers d'Ktat )) : celle du Heicbsta<i allemand {Katalog der Bibllothek des Reichatages, I. Berlin, 1890, in-8) ; celles du Comité de législation étrangère l'ondé à Paris au Ministère de la Justice [Catalogue... Paris, 1889, in-8); celle du Bureau de législation fondé à Bruxelles au Ministère des Affaires étrangères (Catalogue..., Bruxelles, 1892, in-8); celle du Musée social à Paris, et la a British Library of poli- (ieal science », créée à Londres expressément en vue de « former une collection centrale de matériaux historiques de cette espèce [Officiai literature] ».
M. Frank Campbell s'est consacré à l'étude théorique des questions relatives à l'amélioration de l'aménagement bibliographique des « papiers d'État ». A son avis, il y aurait lieu de fonder, dans chaque pays, une « National Library of officiai documents » et une « Society for the investigation of the bibliography of State Papers » . En revanche, il fait remarquer que l'idée, souvent émise, d'établir un « Bureau international d'échanges pour les publications officielles de tous les Etats civilisés » ne sera acceptable que le jour oîi tous les Etats sauront exactement ce qu'ils ont publié et ce qu'ils publient. Présentement, ils l'ignorent. Du reste, les négociations (ouvertes dès 1885) en vue d'élaborer un plan d'échanges internationaux de publications officielles, ont, jusqu'à présent, échoué*.
Papors, but I hâve never bccn ablc to obtain a copy, so as to be able to judge of iU ciiaracter » (Frank Cainpb.'ll, o. c, p. 5G8). « Es cxisticrt Aehnliches wie (las Ropcrloriiim der lUuc Books wedor fur das Dcutsclic Rcich nocli fur cinen bestimmtcii Bundesstaat. Ich beschaftige mich scit Jahren mit dieser Frage, habe abiM" uiclits kennen gclcrnt » (G. Maas, lettre particulière). — Il existe un index alphabétique général des Ordres du Gouvernement russe pour les années 1880-92 (N Damie, Obchtclni alphavitni ukasatel k sobraniou iisahoncnii raaporiajenii pravitelstva. Saint-Pétersbourg, 1893, in-fol.). — Pour la Suède, voy. les ouvrages énumérés par B. Lundstedt, Aperçu cité, p. 16-17.
1. Voy. l'historique de ces négociations par G. Maas, dans le Jahrbuch de)' internat. Vereinigung fur vergleichende hechtswissenschaft..., II, p. 127 et s. — CI". K. Geiger. Leber Vermehrung der IHbliotlieken durch den Aiistausch amtUcher Publikaliotien, dans le Centralblatt fiir Bibliot/iekswesen, 1900, p. ÔÔ5.