CHAPITRE PRÉLIMINAIRE
Des Recueils comme les Historiens des Gaules et de la France ou les Acta sanctorum des Bollandistes, auxquels cinq ou six générations d'érudits ont travaillé, ont une histoire dont on n'a pas le droit de se désintéresser, car elle contribue à rendre com])te de leurs mérites et de leurs défauts.
Des études historiques et criti(iues ont été publiées sur la plupart des grandes Collections de documents*. Elles seront indiquées plus loin. Remarquons ici que les meilleures de ces études embrassent, à propos d'une Collection, l'histoire critique de toutes les Collections similaires. Ainsi J.-P. Waltziîig (Le Recueil général des inscriptions latines, C. I. L. Louvain, 1892, in-8) a traité, à propos du C. I. L., des anciennes collections épigraphi([ues que le C. I. L. a remplacées. De même, dom Pitra a traité en général des Bullaires (dans les Analecta 7îOvissima Spicilegii Solesmensis, I, 564 et s.); le P. H. Quentin (Jean-Dominif]ue Mansi et les grandes collections conciliaires. Paris, 1900, in-8j des Recueils de conciles; C. Merkel (Gli studi intorno aile cronache [italiane^ del medio evo. Torino, 1894, in-8) des Recueils de Scriptores qui intéressent l'histoire de l'Italie au moven âge.
308. — Voici maintenant des ouvrages où l'on a essayé de fournir simultanément des renseignements analytiques, historiques et critiques sur un grand nombre de Recueils divers.
Les meilleurs sont, naturellement, ceux qui traitent des instrunniils de travail spéciaux pour une partie bien définie et très limitée de riiistoire universelle. — Personne n'est en état de parler avec une égale compétence des instruments qui servent aux historiens des antiijuités orientales et classiques, aux historiens du moyen âge et des temps modernes, aux historiens de l'Allemagne, de la France, de l'Italie et de tous les autres pays, aux historiens de la politique, du droit, des littératures et des arts. L'entreprendre serait s'exposer aux mésaventures des bibliographes qui n'ont pas craint de s'attaquer à
i. A. Potthast [Bibliotheca histonca medii xvi, I. p. m et suiv.] a donné, en même temps que la liste des recueils de documents narratifs du moyen âge (ju'ii a dépouillés, la bibliographie complète des travaux analytiques et historiques qui ont été publiés, jusquen 1890, sur chacun de ces recueils.
la Bibliographie de Thisloire universelle (§ 185). — Vous voulez cnseiiiner les précautions à prendre pour manier les instruments du travail hisforiiiue. Mais, de ces instruments, vous ne connaissez et ne pouvez connaître, à fond, que quelques-uns; ne parlez donc (|ue de ceux-là. 11 ne s'agit pas d'éblouir les débutants par l'étalage d'une érudition superlicielle, mais de les éclairer; et il importe par-dessus tout de leur donner l'exemple de la sincérité.
309. — Le guide le plus général qui ait été publié jusqu'ici es celui de G. Gavet (Paris, 1899, in-8) dont, à première vue, le titre {Sources de lliistoire des institutions et du droit français) et le sous-titre {Manuel de Bibliographie historique) , celui-ci très général, celui-là particulier, ne s'harmonisent pas bien. On est porté à penser qu'il s'agit, en un seul volume, de deux ouvrages distincts. Mais, en réalité, ce volume, de xii-784 p. — dont l'auteur dit (p. x) que « le présent Guide n'est, dans notre intention, qu'un fascicule préliminaire )) — contient quatre parties, qui sont autant d'ouvrages distincts.
Nous n'avons pas à nous occuper ici de la l""^, de la 2^, ni de la 4^ partiel — La troisième [p. 179-573] contient, aux termes de la
1. La première [p. 1-4i] (que l'auteur définit ainsi : « Quelques avis et règles pratiques sur le clioix d'un sujet, la lecture des devanciers, l'emploi des documents ») est une suite de réflexions sur des questions de Méthodologie élémentaire.
La seconde [p. 42-178] « Indication des ressources à l'aide desquelles, un sujet une fois choisi, on peut en dresser ce qu'on appelle volontiers aujourd'hui la littérature, c'est-à-dire la liste des travaux déjà puhliés qui les concernent » traite, à parler bref, des Instruments bibliographiques. Elle correspond à peu près à la première partie du présent Manuel, dont M. Gavet a connu la 1" édition.
La quatrième [p. 574-757] « Indication diin certain nombre d'ouvrages que nous qualifierons d'auxiliaires, de nature à nous donner les renseignements historiques, géographiques, numismatiques, etc.. dont peut avoir brusquement besom quiconque entreprend une élude d'histoire », n'est autre chose qu'un essai de Bibliographie sommaire de lliistoire universelle. Il a été signalé ci-dessus, p. 125, note 5.
Ces trois parties et celle dont il est question au texte, sont écrites dans une langue peu précise, comme les définitions de la Préface, (|ue nous avons textuellement citées pour qu'on en juge. En y élaguant les mots superflus, sans rien supprimer d'utile, on réduirait l'ouvrage d'un quart.
CilAriTHi. PRELIMINAIUB. Tio
pivfacc, « rindicalion des recueils et collections de documents qu'il n'est pas permis de ne pas connaître, et celle des répertoires divers à l'aide des(juels on pont trouver dans ces recueils et dans tous autres les documents utilisables ». Mais il faut en voir l'économie : (( Nous ne voulons pas tenter ici, ni une étude criti({ue des sources documentaires de l'histoire de France ou de celles du droit français..., ni même dresser une simple bibliographie complète....)) Qu'est-ce donc que l'auteur a voulu? Le fait est que la troisième partie de son livre est subdivisée, à son tour, en quatre sections.
Trois de ces quatre sections n'ont pas d'intérêt pour nous'. — La d(Mixième, intitulée : (( Principaux recueils ou groupes de recueils de documents » (p. 216-548) passe en revue (p. 179) « les grands recueils doL'unientaires qu'il n'est pas })ermis d'ignorer (en y ajoutant quel([uel*ois des recueils secondaires qui les complètent), et un certain nombre de listes et bibliographies de documents auxquelles il y aura lieu de se référer à l'occasion » .
Ainsi une des sections de la troisième partie du Manuel de G. Gavet traite des instruments — autres que les « instruments bibliographiques )) proprement dits — du travail historique. Non pas seulement des recueils et des répertoires qui sont utiles pour les travaux relatifs à l'histoire de France (p. 217-440), mais aussi de « ceux qui ne concernent en principe qu'un pays étranger » 2. — Cependant
\. La première [p. 179-2IG] (où l'auteur « passe en revue celles des dénominations de documents que l'on rencontre le plus souvent à la lecture des historiens ou des actes eux-mêmes, ou qui désignent des grou[)es de sources particulièrement utiles... ») contient en réalité des Élcments de Diplomatique, où l'on ne voit rien qui ne soit dans l'excellent Manuel de Diplomatique d'A. Giry.
La troisième [p. 549-505] (où sont passés en revue, « très raj)idemeiit, les principaux dépôts et répertoires de documents manuscrits utilisables ») contient qnelqucs notions du ireiire de celles qui se trouvent dans les Archives de l'histoire de France de M)l. Langlois et Stein.
La quatrième [p. 505-571] (où sont passés en revue « les principaux encore des ouvrages qui devront nous servir d'instrument^ de recherche dans ces recueils et dépôts ») est consacrée à l'énumération de quelques-uns des Guides cités dans le présent Chapitre préUminairc.
■2. A la vérité, qnoicpic lautenr s'exprime ain«i 'p. 210) en termes tout à fait généraux, il n'est réellement question dans le Manuel en fait de « recueils de
\c titre du livre est : Sources de rhisfoire des institutions et du droit français; l'auteur u"a garde d'oublier (|u'il s'adresse à des étudiants en droit; en conséquence, il fait une large place aux recueils de « documents juridi(iues », sans s'interdire de parler : 1° « des recueils généraux dans lesquels on peut trouver des documents de genres divers » ; 2° « des recueils spéciaux à certaines classes de documents non juridiques ».
Le plan de la section du livre de G. Gavet qui traite des Recueils de documents, instruments du travail historique — surtout, mais non pas seulement en vue de l'histoire du Droit — n'est pas irréprochable ^ Mais les détails fournis sur chaque Recueil (titre, définition, éditions, indication du contenu des volumes, avertissements critiques), sont en général exacts. L'auteur a consciencieusement vu, ou fait voir, tous les volumes dont il parle, et il a pris soin d'en noter les particularités, surtout les particularités extérieures (anomalies
documents étrangers », que de Recueils relatifs à l'histoire de l'Angleterre (p. 440), des Pays-Bas, de la Belgique et du Luxembourg (p. 480), de l'Allemagne (p. 512), de la Suisse (p. 527), de l'Italie (p. 535) et de l'Espagne (p. 543).
1. Disons seulement que les Recueils généraux, relatifs à l'histoire de France, sont énumérés dans l'ordre suivant, ni chronologique, ni rationnel, dont il est très difficile de discerner le principe : Historiens des Gaules, Historiens des Croisades, Collection de documents inédits, Publications de la Société de l'histoire de France, Collection de textes pour servir à l'étude et à l'enseignement de l'histoire, Notices et extraits des manuscrits. Revue rétrospective de Taschereau, Archives curieuses de Cimber et Danjou, Miscellanea de Baluze. Spicilegiutn de d'Achery, Analecta de Mabillon, Thésaurus anecdotorum et Amplissima Collectio de ^lartène et Durand, Nova Bihliotheca de Labbe, Lectiones , antiquae de Canisius, Statuts et privilèges des Universités françaises de M. Fournier, Gallia christiana. Annales ecclesiastici de Baronius, Annales ecclesiastici Francorum du P. Le Cointe, Annales Ordinis Sancti Benedicti, Histoire généalogique du P. Anselme, Cérémonial français des Godcfroy, le Traité des fiefs de Chantereau Le Fèvre, VUsage des fiefs de Brussel, le Manuel de paie graphie de M. Prou, le Musée des Archives départementales, les Monuments historiques de J. Tardif...; — et que les cadres de la classification adoptée sont si peu rigides qu'il est question des mômes recueils à plusieurs reprises, sous des rubriques diverses. — Malgré la multiplicité des divisions et des subdivisions, l'impression que laissent les éjiumérations de M. G. est celle d'une polymathie un peu naïve et de la confusion. Si les gens du métier éprouvent cette impression, quelle est celle des ignorants, à qui l'ouvrage est destiné? — La clarté de la composition et de l'arrangement, sans pnrlcr de la propriété du langage, sont d'une importance capitale en des matières si arides.