‹ Manuel de bibliographie historique (volume 2)Chapitre 86 sur 186 · LA RENAISSAISCE ET LA REF0R51E. 2G · texte numérisé non relu

LA RENAISSAISCE ET LA REF0R51E. 2G

(§ r)o4); cl la curiosité de la génération suivante s'appliqua à tous les monuments du passe, pour bien des raisons.

Les humanistes, en collectionnant des manuscrits d'œuvres de l'antiquité, mettaient souvent la main sur des œuvres du moyen âge, et ils ne i)ouvaient man(|uer de s'apercevoir que toutes les œuvres du moyen âge n'avaient pas ce caractère « scolastique » qui leur inspirait de l'horreur. Il s'en trouva nécessairement qui ne dédaignèrent pas de |)asser ces documents, aussi bien que les autres, au crible de leur critique. Henri Estienne, l'helléniste, s'intéressait aussi aux fabliaux et aux chansons de geste; il avait «une vieille table, chargée de vieux livres françois, romans... » \ — Ceux des érudits qui s'appliquaient à l'histoire ecclésiastique se servaient, naturellement, de documents du moyen âge. — De plus, les érudits qui étaient, en même temps, des juristes se trouvaient dans Tobligation professionnelle d'allier la connaissance du droit médiéval, encore vivant, à celle du droit romain, ce qui devait suggérer aux plus intelligents d'entre eux la pensée de traiter l'un et l'autre d'après les mêmes méthodes. — Il faut tenir compte enfin de l'instinct patriolicjue, qui porte les gens à se préoccuper tout particulièrement de ce qui s'est passé dans leur pays. Si les études relatives au moyen âge ont été d'abord plus llorissanles en Allemagne qu'ailleurs, c'est que l'on n'a jamais pu se dissimuler, dans ce pays, que l'antiquité classique y était une histoire étrangère et que l'histoire du moyen âge y était la véritable anli(]uité nationale.

346. — Dès le xv^ siècle on s'était beaucoup occupé en Allemagne des monuments de l'iiistoire nationale : un grand nombre de textes du moyen âge allemand ont été conservés par des manuscrits ou des incunables de ce temps. L'apôtre italien de la Renaissance en Allemagne, .4^neas Sylvius, céda, nous l'avons vu, aux influences locales : il a disserte sur Otton de P>eisingen et sur Jordanès. Hartmann Schedel, un des premiers collectionneurs allemands d'inscriptions romaines, s'intéressait aussi aux inscriptions médiévales. L'abl)é Jean de Trittenheim (Tritlième), que ses immenses travaux bibliographiques sur l'histoire littéraire du moyen âge, et aussi ses falsilîca-

1. L. Clément, Henri Estienne et son œuvre française (Paris, 1898), p. 224.

266 LES ÉTUDES HISTORIQUES JUSQU'A l.A FIN DU XYIIU SIÈCLE.

lions de textes à l'italienno, ont rendu célèbre, est mort en 151(3 ^ C'est un contemporain di' l'Empereur Maximilien, cet amateur dont le zèle ])Our les vieilles œuvres allemandes rappelle celui d'Alfonse d'Aragon pour les œuvres latines et grecques : lEmpereur Maximilien réunit à sa cour une pléiade d'humanistes germanisants, où brille, au premier rang, Conrad Celtes, le découvreur du Ligurinus, de la nonne Hrotsuit, et de la « Table » dite « de Peutinger ))^.

Jean Trilbème et surtout Conrad Celtes ont eu des disciples et des continuateurs directs : Peutinger, xVventinus, et bien d'autres. De la plupart des grandes chroniques du haut moyen âge, il existe des éditions allemandes du xv^' siècle, aussi soignées que les premières éditions d'auteurs classi(|ues^. On voit même, à mesure que le siècle s'écoule, se multiplier les Recueils ou Collections de Scriptores (Frecht, Pistorius, Lrslisius, Vulcanius, Marquard Freher, Lindenbrog, Melcliior Goldast, etc.)^ et de Leges (Sichart, Ilerold). Les médiévistes allemands de la Renaissance et de la Réforme, pour la plupart protestants, professeurs de droit ou juristes de profession, ont égalé en activité les plus féconds des érudits-humanistes de leur temps ^\

L'Allemagne était alors considérée à ce point comme la patiie des études relatives au moyen âge (|ue les médiévistes des autres pays, sûrs d'y trouver un public, s'y faisaient volontiers imprimer (à Francfort, à Râle et à Hanau).

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