M. Bonnet, o. c
2. On trouvera la nomenclature (avec des imlications hibliofrrapliiques) des principaux philologues du xvi" siècle dans Hiibner (,§ 46), p. 76 et suiv. Cf. F. A. Eckstein. yomcnclalov philologorii)7i 'Leipzig, 1871) et ^V. [•ukel, P/iilologisches Schriflstcller-Lexicon Leipzig. 1882).
Consulter surtout i)our I'Allemacne : C. Bursian, Geschichle cler classischen
20)2 LES ÉTUDES IIISTOUIOUES JLSOr'A LA FIN Dl XVIH SIÈCLE.
L'œuvre de ces hommes — très diirérents les uns des autres par le caractère et par le talent ^ — a été essenliellement : 1" d'ame'liorcr le texte et d'échiircir le sens des monuments de ranticjuité, en jjarticulier de ceux qui avaient été négligés jusque-là comme énigmatiques ou dépourvus d'intérêt au point de vue littéraire : 2" de composer des recueils propres à faciliter les recherches ultérieures ; 5" d'esquisser les principales sciences auxiliaires de l'hisloire ancienne.
11 y a <|uan(ité de textes anciens, sans intérêt littéraire, techniques ou encomhrés d'allusions, dont l'intelligence exige autre chose que la |)arlaite possession des langues latine et grecque : il faut être en mesure, j)our les comprendre, d'en rapprocher à chaque instant tout ce qui, dans le reste de la littérature antique, est de nature à les cclaircir. Cela suppose des répertoires hien faits ou des lectures très étendues. Or les érudits du xvi« siècle n'avaient pas de répertoires. C'est grâce à d'immenses lectures qu'ils ont pu doiuier les
Philologie in Beulschland. pp. 91 et suiv.; K. llartfcldcr, Erzicitung itnd Uiiterricht iiii Zeilallcr des Humanismus, au l. Il (1889) de la Geschichic dcr Erzichung (le K. A. Sclimid. Cf. G. Mcrtz, Das Schulwcsen der deutschen Hefovmalion (Heidclberg, 1902). — Pour la Belgique : V. Nève, La Renaissance des lettres et l'essor de l'érudition ancienne en Belgique (Louvain, 1890) ; et l'excellente monographie de V. Chauvin et A. Rœrsch. Étude sitr la vie et les travaux de Mcolas Clénard BruxeUes. 1901). — Pour I'Espagxe : A. Bonilla y San Martin, Clarorum flispaniensimn epistolœ ineditse [xvi" s.], dans la lieviie hispanique, Vlll (1901), pp. 181-508. Le même aulem' prépare une monographie sur Luis Vives, pour rcmphicer celle d'A. J. >'amèche, Mémoire sur la vie et les écrits de J. L. Vives (Bruxelles. 1841. in-4).
Deux des triumvirs ont été l'objet d'excellentes monographies : .1. Bernavs, J. J. Scaliger (Berlin, 1855) ; M. Pattison, Isaac Casaubon (2'' éd., London, 1892). Sur Justc-Lipse, voir la Bihliographie nationale de Belgique [arl.de h. V\œvsch], et C. Nisard.L^ triunivrrat littéraire du \\\^ siècle (Paris, 1852). — Voir, dans la (ïrande Encyclopédie (t. XllI), l'art. Cujas par P.-F. Girard, qui prépare une étude sur ce personnage.
1. Les principaux de ces personnages sont très bien connus, grâce à leur correspondance, d'autant plus abondante qu'en ce temps-là les érudits n'avaient pas de gazettes professionnelles. Nul ne l'est mieux que J. J. Scaliger ou I. Casaubon, qui font justement une parfaite antithèse : .1. J. Scaliger, j)crsonnalilé encombrante et brutale, vaniteux et fort en gueule; Casaubon, le plus modeste cl le plus timoré des hommes. Voir les Scaligerana et, d'autre part, les Ephenierides où Casaubon a consigné au jour le jour l'histoire de sa vie (depuis le 8 février 1597 jusqu'en juin 1014), avec ses Adversaria manuscrits qui donnent la clé de ses procédés de travail.
LA IlENAISSANCE ET I.A REFORME. 265
premiers commentaires explicatifs de livres ou de passages obscurs, (|uoique très instructifs, qui avaient défié le zèle de la génération précédente. Le principal titre des plus célèbres d'entre eux, ce sont leurs éditions annotées ou leurs annotations sur le texte de Festus et de Manilius (J. J. Scaliger), d'Athénée et de Diogène Laërte (Casaubon), de Pline l'Ancien (Pintianusj, de Tite-Live (Glareanusj, de Tacite (Juste-Lipse), etc. Isaac Casaubon est le type de ces éditeurs auxquels leur infatigable industrie' a permis de composer, sans iubtrumenls préalables de travail, un commentaire continu des auteurs les plus difliciles, (|ui a fait le fond (et reste parfois la partie la plus solide) des commentaires postérieurs. Non plus ([u'Érasme ni que la plupart de ses contemporains, Casaubon n'était très versé dans l'art de classer les manuscrits pour en tirer un texte critique-; et il n'était pas grammairien : son mérite est d'avoir fait |)rofiter la postérité de sa prodigieuse information personnelle, mise en valeur par un sens droit.
La }>lupart des ériidits du xvi^ siècle se sont contentés de communiquer, sous forme d'explications détachées, le trésor de connaissances que leur avaient procuré leurs vastes dépouillements : voir les Adversaria de Turnèbe, les Observationes in loca obscurci et (lepravata de Pintianus, les Observationum et eniendationum libri XXV m de Cujas, et les nombreuses dissertations que Gnevius a insérées dans son « Trésor » (^ 557)). Mais quelques-uns ont essayé d'exécuter les Iiépertoires méthodiques (de mots, de textes, etc.) qui leur avaient manqué à eux-mêmes. Le lexique de Calepin, Dictio-
1. « Infinita ot à/parr,; f|imMlam addisccndi libido... » Casaub. Epp.. n'' 1111 .
'2. Un a dit le contraire : « Le premier peut-être en France, il [Casaubon] a pratiqué avec méthotle Fart de conférer entre eux les manuscrits des auteurs anciens pour en retrouver la leçon originale » Egger, L'hellénisme en France, I 1869), p. ^'25 . Mais les hommes du svi® siècle n'ont pas connu cet art, et il a été prouvé que Casaubon est resté plutôt en deçà de la moyenne de ses contemporains à cet égard. Gardien des manuscrits de la Bibliothèque du roi, il ne s'est servi que d'un seul des exemplaires manuscrits de Polybe qui s'y trouvaient pour son édition de cet auteur, sans même s'apercevoir que cet exemplaire était sans valeur, ayant été exécuté en 1547 sur l'édition d'Opsopa-us. Voir M. Paltison, /. Casaubon, p. 456. Cf. les observations de Schweighiiuser, l'éditeur moderne de Polybe, et, d'une manière générale, celles des éditeurs modernes d'œuvres antiques, éditées au xvi" siècle, sur les travaux de ce temps-là.
t>64 LES ÉTUDES HISTORIQUES JUSQU'A L.V FIN DU XVIII« SIÈCLE.
nariiim septem linguarum (1502), fut reni})lacc en 1551 par le Thésaurus linguœ latinœ de Robert Estienne pour le latin, et, en 1572, par le Thésaurus grœcœ linguœ d'Henri Estienne pour le grec, ft Le [)reniier Corpus général des inscriptions latines, celui (jui fait date dans la science ])ar l'immense service (ju'il lui a rendu », est l'in-folio {Inscriptiones antiquse. totius orbis Romani, 1602- 1615) de Jean Gruterus, professeur à lleidelberg et conservateur de la Bibliothèque Palatine, dont J. J. Scaliger n'a pas dédaigné de dresser les « Indices » ^
Enfin les sciences auxiliaires et presque toutes les branches de l'histoire de l'antiquité, à l'exception de l'Archéologie, ont été l'objet, au x\i^ siècle, de travaux considérables qui les ont, pour ainsi dire, constituées. J. J. Scaliger a posé les bases inébranlables de la Chronologie dans son ouvrage caj)ital : De emendalione temporum (1585), et de l'Epigrapbie latine dans les Indices précités du Recueil de Gruter. Fr. Sanchez a fondé la grammaire du latin dans son De causis linguœ lalinœ (1587). Antonius Augustinus est le père de la Numismatique^ et Ciacnius celui de la Métrologie anciennes. Les disci})lines les plus spéciales de la a Philologie classique » ont été dès lors conçues et larûfcment ébauchées.
345. — C'est aussi au xvi'^ siècle que les études relatives à l'histoire nationale des peuples européens pendant le moyen âge ont été inaugurées.
Pour les hommes des premiers temips de la Renaissance, le moyen âge avait été l'ennemi. Ils avaient à détruire ce qui en subsistait; on ne saurait s'étonner qu'ils n'aient pas fait d'efforts pour en débrouiller les origines. A l'endroit de la littérature et de toute la civilisation du moyen âge, l'arrière-pensée des premiers humanistes était celle que Lambin a exprimée dans une de ses dédicaces à Charles IX : Merœ nugœ, merœ inepliœ, mera barbaries. 11 était encore trop tôt pour ({ue l'on revînt, comme à un objet d'études, à des traditions qui étaient encore un objet de polémiques. — Cependant, dès la première génération, cet état d'esprit n'avait pas été universel, même en Italie
1. R. de la Blanchùrc, Histoire de VÉpigraplne romaine (Paris, 1887), p. 25.
2. Sur les premiers essais de Corpus iiumismaliques au xvi^ siècle, voir le Journal des Savants, 1899, p. 419.