TRAVAUX BIBLIOGRAPHIQUES SUR L^HISTOIRE DES SOURCES ORIGINALES
148. — Les ouvrages dont il nous reste à parler ne le cèdent pas en importance pratique à ceux dont il a été question jusqu'ici.
Soit un ensemble de questions historiques, ou une question historique, quelle qu'elle soit. On peut se proposer : i^ de traiter cet ensemble de questions, ou cette question, d'après les sources. Mais on peut aussi se contenter : 2° de rassembler les sources originales, littéraires et non littéraires, qui seraient nécessaires pour procéder à la première opération. Traiter la question, c'est faire œuvre d'historien. Rassembler les sources qui seraient nécessaires pour la traiter, les décrire, et, comme on dit, en « faire l'histoire », c'est une besogne bibliographique.
Les travaux bibliographiques sur les sources affectent diverses formes.
149. — D'abord, certains travaux « sur les sources » sont de véritables « Bibliothèques » (§128) des écrits anciens qui traitent de tout un ordre de questions, et du matériel bibhographique moderne ([ui se rapporte à ces écrits. Tels sont les livres de S. R. Driver et J. W. Rothstein (Einleitung in die Litteratur des aUen Testaments, Berlin, 1896, in-8), sur les écrits bibliques; de P. Kriiger (Geschichte der Quellen und Litteratur des rômischen Rechts. Leipzig, 1888, in-8 ; tr. fr., Paris, 1894, in-8) et de M. Conrat (Geschichte der Quellen und Litteratur des rômischen Rechts im frûheren Mittelalter. I. Leipzig, 1891, in-8) sur le droit romain; de Fr. Haassen (Geschichte der Quellen und der Litteratur des canonischen Rechts im Abendlande, 1. Graz, 1870, in-8) et de Fr. v. Schulte (Die Geschichte der Qu£llen und Litteratur des canonischen Rechts, . . Stuttgart, 1875-80, 3 vol. in-8) sur le droit canonique*.
1. Les a Histoires des sources » du droit romain et du droit canonique sont nombreuses ; nous n'indiquons ici que les principales. Cf. A. Tardif, Histoire des sources du droit canonique (Paris. 1887, in-8), p. 10. — La partie publiée de
150. — Les cadres chronologique, national ou régional sont excellents pour les travaux « sur les sources ». — On conçoit combien un ouvrage général sur « les sources de l'histoire de l'Antiquité » ou « de l'histoire de France », ou « de l'histoire de Normandie », par exemple, serait précieux, s'il faisait connaître, pour chaque époque, sinon sur chaque point de l'histoire de l'Antiquité, de France ou de Normandie, les principaux documents originaux à consulter, les recherches critiques dont ils ont été l'objet, et les résultats de ces recherches. Ce serait, par excellence, le guide des érudits et surtout de ceux qui débutent dans les études d'érudition.
C. Wachsmuth (Einleitung in das Studium der alien Geschichte, Leipzig, 1895, in-8) a traité ainsi des sources de l'histoire de l'Antiquité (Antiquités orientales et Antiquités classiques). Pour les Antiquités classiques, son ouvrage est beaucoup mieux conçu que les médiocres essais de A. Schaefer, Abriss der Quellenkunde der griechischen und rômischen Geschichte (P, Leipzig, 1882, in-8; IP, Leipzig, 1885, m-8).
Les livres de W. Wattenbach (Deutschlands Geschichtsquellen imMittelalterbis zur Mitte des xiii*®^ Jahrhunderts. 6« éd., Berlin, 1 893-94, 2 vol. in-8), et de Ottokar Lorenz [Deutschlands Geschichtsquellen im Mittelalter seit der Mitte des xiu*^" Jahrhunderts. 2« éd. Berlin, 1886-87, 2 vol. in-8) sur les sources de l'histoire d'Allemagne au moyen âge sont des modèles renommés de cette espèce de guides*. — Comparez K. Erslev, Kilderne til Danmarks historié i middelalderen (Kjôbenhavn, 1892, in-8) sur les sources de l'histoire du Danemark au moyen âge. — G. v. Wyss {Geschichte der Historiographie in der Schweiz, Zurich, 1895, in-8) a traité des sources historiographiques de l'histoire de la Suisse. — A. Molinier prépare un « Manuel d'historiographie française » sur les sources de l'histoire de France au moyen âge. — L'ouvrage de Th. Duffus-Hardy {Descriptive Catalogue of materials relating to the history ofGreat
l'ouvrage de G. Gavet, Sources de Vhistoire des institutions et du droit français, a, malgré son titre, un tout autre caractère (ct-dcssous, p. 509).
1. L'opuseulc de. H. Vildhaut [Handbuch der Quellenkunde zur deulschen Geschichte. Arnsberg, 1898-1900, 2 vol. in-12) n'est qu'une adaptation de ces ouvrages, i l'usage du graud public.
Britain and Ireland (London, 1862-71, 3 vol. in-8. Vol. I. Avant rinvasion normande; 11, 1066-1200; IH, 1200-1327), qui a beaucoup vieilli, est une « Bibliothèque » des sources historiographiques de l'histoire d'Angleterre, où l'énumération des exemplaires manuscrits occupe une très large place.
A notre connaissance, plusieurs personnes ont pensé à s'occuper, suivant la méthode employée par Wattenbach et Lorenz, des sources de l'histoire moderne de l'Allemagne et de la France ; mais elles ont reculé devant l'étendue effroyable de la tâche. Un essai, limité aux sources de l'histoire de la Révolution française, a été publié par M. Tourneux dans le Bibliographe moderne (1897, n<»» 5-6) sous ce titre, qui n'est pas très clair : Les sources bibliographiques de Fhisloire de la Révolution française.
150 bis. — Il n'existe pas d'instruments bibliographiques de ce genre pour les sources de l'histoire de toutes les nations modernes* ; mais plusieurs anciens Etats ou provinces, aujourd'hui fondus dans des unités plus vastes, en ont été pourvus. A savoir : la Prusse (K. Kletke, Qnellenkunde der Geschichte des preussischen Staates. \. Die Qnellenschriftsteller zur Geschichte des preussischen Staats nach ihrem Inhalt und Werth dargestellt. Berlin, 1858, in-8; II. Vrkunden-Repertoriumfurdie Geschichte des preussischen Staats. Berlin, 1861, in-8) ; la Saxe (W. Schultze, Die Geschichtsquellen der Provinz Sachsenivi Mittelalter und in der Reformationszeit. Halle, 1895, in-8); le Limousin (A. Leroux, Les sources de T histoire du Limousin. Limoges, 1895, in-8) ; la région de Naples(B. Capasso, Le fonti délia storia délie provincie napoletane dal 568 al ^500, dans
1. Nous avons signalé ceux qui ont été publiés à part. Mais il ne faut pas oublier que presque toutes les grandes monographies scientifiques sont aujourd'hui précédées d'études préliminaires « sur les sources » et que, en rapprochant les éludes préliminaires « sur les sources » de plusieurs grandes monographies, on arrive ordinairement à suppléer, tant bien que mal, à l'absence de livres généraux, du type des Deiitschlands Geschichtsquellen de "Wattenbach. Ainsi, il n'y a rien d'analogue, pour l'histoire de l'Espagne, au livre de "Wattenbach; mais les préfaces (( sur les sources » du livre de E. Hûbner {La Arqueologla de Espana. Barcelona, 1888, in-8), de 1' « Histoire des Wisigoths » par MM. Femandez Guerra et Hinojosa, de 1' « Histoire de la conquête de l'Espagne par les Arabes » de M. Saavedra, etc., en tiennent lieu provisoirement. Cf. § 152.
YArchivio storico pei* le provincie napoletane, I (1876), II, V); la région de Venise (C. CipoUa, Fonti édite délia sioria délia regione Veneta, dalla caduta delV Impero romqnosino alla fine del sec. Xy au t. VIII (1884) des Monum, stor, pubbl, dalla r. Deputazione veneta di storia patria); Vérone (C. Cipolla, Fonti édite délia storia di Veronay dans YArchivio VenetOy L XVII); etc.*
151. — Rappelons ici, pour mémoire, que la plupart des Bibliographies rétrospectives d'histoire régionale (nationale et locale), dont il sera parlé plus loin (§§172 et s.), contiennent, entre autres choses, des renseignements bibliographiques, élémentaires ou détaillés, « sur les sources originales » .
152. — En dehors de ces recueils plus ou moins généraux, il existe des milliers de travaux bibliographiques « sur les sources qui sont utiles pour traiter telle question particulière » . Quelques-uns ont été publiés à part, comme la Bibliographie raisonnée des sources imprimées relatives à V histoire de Vinstruction primaire en France de E. Allain, dans la Revue des questions historiques y XXXIÏI (1883), p. 545; mais l'immense majorité se trouve à l'état d' « études préliminaires », jointes à des monographies.
C'est aux répertoires indiqués dans les deux derniers chapitres du présent Livre qu'il appartient de les signaler.
1. II fut proposé, au premier Congres des Sociétés historiques d'Italie, tenu à Naples en 1878, de faire exécuter par ces Sociétés, en collaboration, un « Calalogo délie fonti storiche édite délia storia italiana nel medio evo, con V aggiunta deir indicazione summaria di tutto il lavoro critico compiulo intorno a ciascuna di esse... » (Archiuto storico per le provincie napoletane, 1879, p. 678.) Les opuscules de MM. Gapasso et Cipolla sont sans doute des fragments de ce grand ouvrage collectif, qui est resté pendant.