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Fr. Milkau, o. c, p. 21 et s

BIBLIOGRAPHIES UNnTRSELLES. 7

ardente h mesure que s'accroît, dans tons les pays, le nombre des hommes appelés à l'activité scientifique et que les problèmes s'épuisent (car il y en a qui s'épuisent, notamment dans le domaine des sciences historiques). Pour se tenir parfaitement au courant de la littérature relative à tel problème historique, — à la critique de la Bible, par exemple, — il faudrait prendre connaissance des deux ou trois volumes, dissertations ou articles, qui paraissent, chaque jour, en moyenne, sur cette matière, depuis si longtemps triturée. Dans ces conditions, comment ne pas craindre que la science soit étouffée, à la fin, comme un feu mal disposé, par l'accumulation des éléments destinés h l'entretenir? On disait déjà, il y a trente ans : « Dans un demi-siècle, il sera matériellement impossible à un érudit de comiaître toute la littérature sur un point donné de l'histoire du moyen âge* ». Dès 1848, E. Renan eut la notion claire du danger : « La production périodicpie devient tellement exubérante que l'oubli s'y exerce sur d'immenses proportions.... Les mêmes recherches se recommencent sans cesse. Les monographies s'accumulent à un tel point que leur nombre même les annule et les rend presque inutiles.... Dans cent ans, les bibliothèques seront impraticables. Il y a là une progression qui ne peut continuer indéfiniment sans amener une révolution dans la science*. ... » 11 serait facile de citer une foule de lamentations du même genre, émises par les savants et les érudits les plus célèbres.

6. — Le point de départ des promoteurs du Catalogue universel étant exact, il demeure très douteux que leurs projets aient de la valeur pour résoudre le « problème bibliogra[)hi(|ue », en vérité si <:rave et si pressant. Quérard, Edwards, Milkau, plusieurs autres bibliographes ont eu raison, en effet, de remarquer que jamais ces penseurs n'ont démontré leur postulat de l'utilité sans pareille d'un Catalogue universel. Ils se sont acharnés à étîiblir, prévoyant des objections faciles et (|ui, d'ailleurs, ont du poids : 1^ que le Catalogue universel peut être fabriqué, et comment; 2<» qu'il est possible

1. « A une épocfuc où l'on se trouve écrasé par l'énorme quantité de livres nouveaux qui pai*aisscnt chaque année, et où les travailleurs sont de plus en plus réduits à ne rien lire en dehors de leurs études spéciales.... » [Heviie criligue d'histoire et de littérature, 1875, II, p. 40(5.)

"1, E. Renan, U Avenir de la Science, p. 227, 24S.

d'imaginer une classification méthodique, assez compréhensive pour tout embrasser, assez rigoureuse pour que les recherches soient faciles. Mais ce qu'il aurait fallu établir préalablement, c'est (|ue, une fois constitué, cet immense inventaire payerait, en services positifs, ce qu'il aurait coûté de peines. Certes, il est relativement aisé d'accumuler plusieurs millions de fiches bibliographiques en découpant et en collant, ou en transcrivant, sur des morceaux de papier fort, les titres qui se trouvent dans les Catalogues des grandes bibliothèques et dans les Tables des revues. Il est encore assez aisé, quoique cela le soit déjà moins, de classer ces millions de fiches, non seulement dans l'ordre alphabétique des noms d'auteurs (ce qui va de soi), mais encore dans des cadres méthodiques, plus ou moins ingénieusement agencés. Mais cet immense instrument de travail, si encombrant, si coûteux, — si incomplet et si grossier, quel que soit le procédé employé pour la collection des fiches, — remplacerait-il avantageusement, ou même compléterait-il d'une manière appréciable les nombreux instruments bibliographiques, dus à des spécialistes, qui existent dès à présent? — Sous la rubrique « Dante », le Catalogue universel fournira le relevé de 20 à 30000 articles biblic^raphiques dont les titres renferment le mot « Dante » , indiquent (ou })araissent indiquer) qu'il y est question de Dante. Mais le Catalogue universel, fait avec des ciseaux, ne distinguera pas ceux de ces articles qui n'ont plus ou qui n'ont jamais eu aucune valeur de ceux qui dispenseraient d'en lire cent. La moindre « Bibliographie dantesque » , dressée par un honune qui a pratiqué les ouvrages qu'il énumère, et qui introduit de la perspective dans ses énumérations, sera toujours préférée à cette liasse de 20 000 fiches, confectionnée brutalement, à la mécanique. — Vingt mille fiches sur Dante, sans avertissements et sans détails? Il n'y a rien qui soit plus propre à aggraver ces sentiments d'embarras, d'accablement et de paralysie que la surabondance souvent stérile de la littérature contemporaine détermine chez les gens scrupuleux, et que le rôle naturel des instruments bibliographiques est justement de dissiper ou, tout au moins, d'atténuer*.

1. Voyez, sur cette question, mon article précité, Tarticle de G. Fumagalli qui s'y trouve indiqué, et l'ouvrage cite de Fr. Milkau. Cf. La Grande Hevuc, oui. 1900, p. '2Ù-32.

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7. — A un autre })oint do vue, on peut dire, sans pjiradoxe, ijue le Catalogue universel, s'il était réalisé, serait peu satisfaisant, non pas parce qu'il serait tro[) vaste, mais parce cpi'il serait troj) restreint. — N'est-il pas vrai (jue les titrea sont souvent peu explicites et qu'ils donnent presque toujours une idée incom[)lète, (|uelijuelbis une idée inexacte, du contenu des ouvrages? Au tome Vil du (ilossaire de Du Gange est inséré un Index renim quœ in Gloasario delitescere non autumaret lector. Dans une foule d'ouvrages, il y a, comme dans le « Glossaire de la basse et de la moyenne latinité », des excursm que le lecteur, sur la foi du titre, ne s'attendrait pas à y trouver. Quantité de livres ont été publiés sous des titres vîigues, généraux ou de fantaisie, qui se composent de dissertations indépendantes sur des sujets précis et particuliers. Par exem[)le, le livre du P. Mandonnet intitulé : Siger de Brabant et Vaverroisme latin au xiii® ûècle renferme les renseignements les plus complets qui aieyt été réunis jusqu'ici sur Boëtius de Danemark, compagnon de Siger, et même (p. cxliii), une dissertation spéciale sur cet énigmatique personnage du xii® siècle que Jean de Salisbury a désigné sous le nom de Gornificius ; la meilleure notice sur Bertrand de la Tour, le DoctorfamosuSj se trouve dans un article publié par B. Hauréau dans le Journal des Savants (1888, p. 609) sous la rubrique « Analecta Spicilegii Solesmensis » ; Adam Bede, par George Eliot, est un document pour l'histoire du méthodisme; comment deviner, d'îqjrès le titre, que le livre de John Ruskin intitulé |: Sésame and iilies n'est pas un ouvrage debotani(|ue? Il est trop clair qu'une simple liste de litres ne peut pas être — ce que l'on prétend que le Catalogue universel serait — un inventaire adétpat de la production littéraire et scientifique de l'humanité. Ge Catalogue, dressé d'après les titres, ne fournira, aux rubriques « Boëtius, Gornificius, Bertrand de la Tour, Méthodisme » , aucun renvoi aux études du P. Mandonnet, de B. Hauréau et de George Eliot, ni, en général, aux milliers, ouphitôt aux milliards de passages où des sujets sont traités, soit ex professo, soit incidemment, dans des livres dont les titres ne mentionnent pas ces sujets. — Le seul instrument qui ferait savoir réellement « tout ce qui a été écrit sur un sujet quelconque », ce n'est pas, quoique des persoimes irréfléchies l'aient cru et le disent, un Catalogue universel de titres ;

ce serait un Index du contenu de tous les ouvrages imprimés, qui ne pourrait être obtenu que par le dépouillement intégral et détaillé de tous ces ouvrages sans exception. Ce n'est pas le Catalogue universel; ce serait, suivant l'expression anglaise, un Subject-index universel.

Les partisans du Subject-index nniverscl (car il y en a), admettent sans discussion, comme ceux du Catalogue universel, que ce gigantesque répertoire serait de la plus haute utilité, s'il existait. Mais les objections de principe qui valent contre ceux-ci n'ont pas moins de force contre ceux-là. Elles en ont même davantage. Le Subjectindex universel, s'il existait, serait plus gênant qu'utile. Quant aux difficultés d'exécution, elles dépassent infiniment, cette fois, les forces humaines. Où s'arrêter, si l'on commence à indexer? Relèvera-t-on tous les passages où il est question, dans la littérature universelle (livres, revues et journaux), d'hommes comme Gladstone ou Bismarck? La seule pensée de cette hj-pothèse fait frémir. Et cela juge la chimère du Subject-index universel, plus absurde — quoiqu'elle soit, ou plutôt parce qu'elle est plus logique — que celle du Catalogue universel.

8. — De tout temps le rêve du Catalogue universel et même celui de l'Index universel ont hanté les bibliographes, particulièrement les amateurs et les novices. — Sans remonter au célèbre catalogue de la bibliothèque d'Alexandrie*, on peut citer, comme un des essais les plus anciens de Catalogue universel, la Bibliotheca universalis de Conrad Gesner, limitée du reste aux littératures, hébraïque, grecque et latine *. Mais c'est pendant les trois derniers siècles surtout que l'on a multiplié les projets et les tentatives. Des projets et des tentatives du xix'^ siècle, M. Fr. Milkau^ a récemment dressé la

1. K. Dziatzko, Die modernen Bestrebimgen einer General-Katalogiesirung, dans Beitrâge zur Kenntnis des Schrift-^ Buch- und Bibliotheksivesens (Leipzig, 1898, iii-8), p. 90.

*2. Bibliotheca universalis, sive Caialogus omnium scriptorum locupletissimus, in tribus linguis, latina, grœca et hebraica, exlantium et non extantiutn, veterum et recentiorum in hune usque diem, doctorum et indoctorum, publicatorum et in bibliothecis latent ium. Authore Conrado Gesnero. Tiguri, 1545, iii-fol. — Il existe plusicure éditions de cet ouvrage.

J. /'y. Milkau, o. c., p. 8 et suiv.

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nomenclature avec le plus grand soin. Il s'en dégage cette intéressante constatation que plusieurs personnes (dont quelques-unes n'avaient pas la tête très saine) sont tombées à ce sujet, sans se connaître, dans les mêmes errements, en France, en Italie, en Allemagne, en Angleterre, etc. Les imaginations des rêveurs d' « Index » ou de « Catalogues » universels sont extrêmement monotones.

9. — Plusieurs hommes très laborieux ont non seulement coqçu, mais entrepris, au xvn<^ et au xviii« siècle, l'Index universel.

Le plus connu est l'abbé Francesco Marucelli, érudit florentin, mort en 1703. On l'a loué récemment d'avoir, « un des premiers, reconnu la nécessité d'inventorier et de classifier les notions acquises à la science in ogni opéra e in ogni libro, ricercando e vagliando la farina dei fatti, et d'avoir consacré sa vie à cette « noble entreprise (nobile assunto) ». Il a formé son Mare magnum (qui, avec des additions postérieures à 1703, se compose aujourd'hui de 111 volumes manuscrits conservés à la Biblioleca Marucelliana de Florence) en distribuant, sous 6000 rubriques environ, des titres, des extraits et des références recueillis dans les livres qu'il avait lus. La liste de ces 6000 rubriques a été imprimée de nos jours ; quant à l'ouvrage lui-même, il est resté inédit *.

L'ouvrage est resté inédit parce que, chose singulière, MarucelU et ses héritiers ont craint une concurrence. En même temps que l'abbé" florentin réunissait à Rome les éléments de sa vaste compilation, le P. Raffaello Savonarola, de Padoue, s'appliquait dans la maison professe des Théatins de Munich à un travail analogue : l'Index universel de toutes les œuvres imprimées jusqu'à l'année 1700 sur toutes les matières, dans toutes les langues (même orientales), et sous toutes les formes bibliographiques. VOrbis litterarius uni-

i. Le titre complet du Mare magnum devait être, d'après le prospectus publié à Rome en 1701 : a Mare magnum omnium materiarum, sivc index universalis alphàbeticus quorumcumque scriptorum cujusque idiomatis qui de (juacumque arte, scientia, historia, vei re, aut inle^rum volumcn, aut sallem capilulum conscripserunt, cum tali rerum dislinctione ac divisione ni niliil exactius vcl copiosius dcsidcrari possit. Opus... in quo CL" auciores indicantur... matcriis per alphabetum dispositis.... » — La table des rubriques du More magnum a été publiée par G. Biagi dans la Collection des Indici c Catalogfu', t. IX (Roma, 1888, in-8).

versus de R. Savonarola * était conservé, au xviii® siècle, dans la bibliothèque du couvent des Théatins de Padoue, en 40 volumes in-folio. On ne sait aujourd'hui ce que Texemplaire original de cette grande Encyclopédie bibliographique (dont il n'existe point de copies) est devenu*.

Inutile de nommer ici tous les émules de MaruceUi et de Savonarola, tels que l'abbé Ph. Drouyn, leur contemporain, qui a laissé un commencement d'Index universel (manuscrit) en plus de trois cents volumes'. Disons seulement qu'en 1895, un bibliographe viennois formulait encore, avec une intrépidité déconcertante, le plan le plus vaste (jui ait jamais été conçu pour un Index universel : « Ja selbst aus lUichern, wo man es sonst nicht sucht, miïssten charakteristische Stellen abgedruckt werden, z. B. bei (iiïnther oder Gottsched Gœthes Bemerkungen uber dièse*.... »

10. — C'est, plus modestement, au Catalogue universel que se consacre YInstitut international de BibliograjMey fondé à Bruxelles en se[)tembre 1895. Mais jamais cette œuvre n'a été amorcée avec plus de foi et d'ardeur que par MM. La Fontaine et Otlet,

1. Le titre complet était, d'aprts le frontispice qui fut publié comme prospectus, à Padoue, en 1698 : a Orbis litterarius universus, exhibens malerias et scriptorcs in omni scientiarum et artium génère, quocumque idiomate ab initio rei littcrariae us({uc ad prcscns.... Opus ex mundi totius bibliothecis prsecipuis concinnatum, ortline Indicis generalis materiarum alphabetice dispositum.... n [Indici e Cataloghi, IX, p. xxxix).

2. La section géographique seulement de l'Encyclopédie bibliographique de R. Savonarola a été publiée {Universus terrarum orbis scriptoi^m calamo flelineatus, publié sous l'anagramme A. Lasor a Varia. Patavii, 1715, 2 vol. in-fol.). — Savonarola, de la race des grands librorum maiiducatores, qui fut si bien rtîprésentée au xvni«» siècle dans le monde des érudits, avait composé « un nombre infini d'autres compilations », que son bio-bibliographe, Innoceuzio Savonarola, a «lécrits (0. c, p. xui).

5. Catalogue des Manuscrits de la Bibliothèque de l'Arsenal. V (1889), ]). 393-425. M. Fr. Funck-Brentano a émis l'avis [Revue des Deux Mondes, janv. 1898, p. 176) que l'œuvre de l'abbé Drouyn était a admirablement com- ])rise » ; cette appréciation parait peu justifiée.

4. Cité par Fr. Milkau, o. c, p. 27, note 2. Cf. ib., p. 6, 1. 10.

Le seul essai, très sommaire, d'Index universel qui ait été publié jusqu'ici est celui de M. Cotgreave, A Contents-Subject Index lo gênerai and periodical lAtcralure (London, 1900, in-8). U est précédé d'un projet d'Index universel fomplet (réimprimé de Literalure, 25 mars 1899).

fondateurs de VInstitut intemationaL L'entreprise de Bruxelles est, sans comparaison, la plus considérable de tous les essais modernes de Catalogue universel*.

Un des principaux amis, en France, de VInstitut international de Bibliographie de Bruxelles, M. H. Sébert, a résumé assez clairement le but de cette association, et l'œuvre accomplie jusqu'à présent par elle, en ces termes : « Un des objectifs principaux de l'Institut est d'établir un Répertoire prototy[)e universel, dont l'exemplaire original doit être conservé au siège social de cette Institution. — Ce répertoire doit réunir les notices bibliographiques se rapportant aux œuvres de toute nature, publiées dans tous les pays. Il ne doit pas se borner aux titres des ouvrages publiés sous forme de volumes ; il doit comprendre aussi les sommaires des articles parus dans les recueils imprimés et les publications périodiques. — Il n'exclut même pas les titres des simples articles de journaux ou de revues, quand ceux-ci présentent un intérêt particulier^. . . . — Un répertoire de ce gente ne peut avoir la prétention d'être jamais l'inventaire complet des productions intellectuelles du monde entier ; mais on peut concevoir qu'une organisation suffisamment puissante réussisse à assurer, au moins à l'exemplaire prototype, un développement qui lui permette d'approcher de cet idéal. — On peut même admettre qu'une organisation de ce genre fournira le moyen d'enregistrer, avec une régularité suffisante, les productions journalières de l'esprit humain, pour permettre de tenir à jour le Répertoire, lorsqu'il aura été constitué. ))

1. II existe déjà une abondante littérature pour et contre les projets de VInstitut international de Bibliographie. On en trouvcira l'indication dans le Bulle- /tit publié, depuis 1896, par cet établissement. — Les projets de l'Institut ont excité, dans plusieurs pays, l'enthousiasme de quelques personnes; mais ils ont été critiqués ou froidement accueillis par la grande majorité des spécialistes. Les observations critiques de M. Fr. Milkau qui, dans son ouvrage cité, résume la controverse, sont à la fois très modérées et, à notre avis, très pertinentes. Cf. P. Otbît, Le répertoire bibliographique universel, dans le Compte rendu du Congrès bibliographique tenu à Paris en 1898, t. II (Paris, 1900, in-8), p. 154-144.

ti. M Sébert ajoute même, en cet endroit, que le Catalogue, tel qu'il le conçoit, doit être, jusqu'à un certain point, un Index : « Il admet, non seulement diîs sommaires bibliographiques simples, c'est-à-dire rojn'oduisant purement et simplement les indications fournies par les titres mêmes, tels qu'ils sont imprimés, mais aussi des sommaires analytiques com|K)rlant des sous-titres ex})licalifs et même de véritables anaivses. »

14 ÉLÉXENTS DE BIBLIOGRAPHIE GÉNÉBALE.

M. H. Sébert ajoute : n Les fondateors de Tlostitut de Braxelles se sont donné comme programme de réunir, pour la fin du siècle, un Répertoire manuscrit qui put constituer déjà un inventaire presque complet de Tœu^Te imprimée, du monde entier, au moins de celle existant sous forvme de volumes^ de sorte qu'il n'y eût plus qu'à chercher à la tenir au courant 4^ productions nouvelles de l'esprit humain.... L'Institut a déjà pu réunir et classer un double exemplaire du Répertoire bibliographique universel, composé de près de trois millions de notices bibliographiques, et formant deux séries de fiches identiques, classées les unes alphabétiquement d'après les noms d'auteurs, et les autres par ordre de matières, à l'aide de numéros classificateurs, d'après le système Dewey. »

Il conclut en exprimant l'espoir « qu'au moment de l'ouverture de l'Exposition universelle de 1900, l'exemplaire prototype de ce Répertoire, que l'Institut de Bruxelles se propose d'expoiier dans la salle des Pas Perdus du Palais des Congrès, constituera un monument digne d'être adopté comme type pour les travaux que le siècle nouveau devra voir se poursuivre avec méthode, si l'on veut pouvoir conserver trace des productions de plus en plus nombreuses de l'esprit humain* ».

11. — Les affiliés de V Institut inteimational de Bibliographie de Bruxelles s'exagèrent beaucoup, semble-t-il, l'importance de la collection (ju'ils forment. — D'abord, ils s'exagèrent la valeur du système de classification méthodique (le volapûk bibliographique inventé aux États-Unis, dès 1873, par M. Melvil Dewey) qu'ils ont adopte'; et (ju'ils s'évertuent à « perfectionner » avec un zèle infatigable. Ils s'exagèrent aussi la valeur de leur méthode : à supposer même que le système Dewey fût, comme ils le prétendent, le meilleur des systc'nies imaginables, un Répertoire de titres, fabriqué avec des ciseaux, [)ar des gens qui ne lisent pas, qui sont obligés de s'appro-

i. H. Scbcrt. Le répertoire bibliographique universel... et le Catalogue de la Société royale de Londres, dans la Revue générale des sciences jnires et appliquées, X (18î)9), p. 653.

i/Institut vend dès à |)résent dos extraits de son Répertoire prototype, sur tous les sujets possibles. Voir les conditions et les prix dans le Bulletin de V Institut international^ II, p. 142.

BIBLIOGRAPHIES UNIVERSELLES. ir>

|3rier, sans les vérifier, les indications des répertoires antérieurs, et (|ui travaillent beaucoup, mais toujours de seconde main, ne pourra jamais devenir, comme on se l'est naïvement figuré, « Torgane principal de la vie intellectuelle des peuples ». — La grande erreur des promoteurs de la Bibliotheca universalis de Bruxelles est d'ignorer, ou d'agir comme s'ils ignoraient (peut-être l'ignoraient-ils à l'origine), qu'il existe déjà im outillage bibliographique très compliqué et, en partie, excellent. Cet outillage a, sans doute, ses lacunes et ses imperfections, que les hommes compétents connaissent, et que, do tous côtés, ils s'appliquent à combler ou à corriger. Mais il ne saurait être question de travailler désormais, dans le domaine de la Bibliographie, comme sur une table rase, en faisant abstraction de ce qui est. L'œuvre qui s'impose, aujourd'hui, est, non pas de remplacer l'outillage qui existe, mais d'en enseigner le maniement (car la plupart des intéressés en ignorent l'existence), d'en reconnaître le fort et le faible, et de l'améliorer. Il semble, d'ailleurs, que Vlmfifut international de Bibliographie ait commencé à entrevoir ces vérités. Peut-être ses amis les plus éclairés attachent-ils, dos maintenant, moins d'importance aux trois millions de fiches, destinés à représenter la littérature antérieure à 1900, qui ont été exposés en 1900 par Y Institut « dans le Palais des Congrès », qu'aux répertoires périodiques de bil)liographie courante, destinés à compléter la collection, déjà si riche, des répertoires de ce genre, dont \ Institut a commencé la publication régulière*. — En tout cas, il faut attendre, avant d'adhérer à l'espoir que le Répertoire de Bruxelles sera considéré un jour comme « le monument typique de la Bibliographie » , que l'on ait enfin montré, autrement que par des affirmations sans preuves, à quoi il pourrait servir, dans l'état actuel de la science.

1. Voir la liste des Bibliof^raphies courantes publiées sous les auspices de Vbmlitut (« Bibliographia sociologica », a B. philosophica », a B. astronomica », etc.) dans Fr. Milkau, o. c, p. 17. Cf. Bulletin cité, 1899, p. 179-184. — La plupart de ces ré|)crloires de la production courante pour certaines spécialités, publiés par VInstitiit, sont, du reste, jusqu'à présent, de tyiHi rudimentaire et de qualité inférieure.

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