‹ Manuel de botanique forestièreChapitre 34 sur 37 · FAMILLE UNIQUE · texte numérisé non relu

FAMILLE UNIQUE

Abtétlnée».

Mêmes caractères que pour la division. — Bois à accroissements très-distincts.

ABIÉTINÉES. 277

La tige, très-droite, se ramifie régulièrement par verticilles; chacune des branches qui les composent présente tous ses ramules disposés dans un même plan, deux de ces ramules sont toujours opposés en croix en dessous de la pousse terminale. La cime, d'abord pyramidale, aiguë, devient plus ou moins plane, un peu après l'époque où la fructification commence, par suite du ralentissement de l'accroissement en hauteur, tandis que les rameaux continuent à s'allonger notablement.

La grande différence qui existe entre le mode de ramification de la tige et celui des branches, rend la perte de la flèche ou pousse terminale irréparable, lorsque la rupture a lieu en un point déjà âgé de la tige; si elle se produit en un point plus jeune, une branche peut en former une nouvelle en se redressant, mais ce n'est qu'au bout d'un nombre d'années parfois assez considérable qu'elle forme des verticilles réguliers.

Enracinement. — L'enracinement est profond et puissant ; il se compose d'un pivot qui s'enfonce à 1 mètre et plus, se ramifiant en fortes et longues racines latérales. Le bois de souche et de racines est d'environ 16 p. 7o du volume total.

FeniHage et couTert. — - Les feuilles nombreuses, étalées horizontalement de chaque côté des

rameaux et ramules, redressées cependant sur les branches les plus élevées des arbres âgés, persistent jusqu'à 10 et 12 ans, aussi le couvert de cette essence est-il épais.

Éeoree. — Le sapin garde longtemps, jusqu'à 40-100 ans, une écorce lisse, mince et vive, argentée, composée des trois couches normales, liège, enveloppe herbacée et liber, puis elle épaissit par production d'un nouveau tissu, et se gerce fortement; elle ne dépasse guère, toutefois, une épaisseur de 3 à 4 centimètres. Des lacunes nombreuses, situées dans l'enveloppe herbacée, faisant souvent saillie à la surface, renferment une térébenthine que l'on recueillait autrefois. Cette récolte est complètement tombée en désuétude, aujourd'hui que l'on peut facilement se procurer par le commerce la même substance produite en abondance par d'autres conifères, le pin maritime notamment. C'est cette térébenthine ou au moins la résine qui persiste dans ces lacunes après l'évaporation de l'essence sur les écorces âgées, qui en fait un excellent combustible.

Floraison et fructification. — La fécondité commence, pour le sapin, vers l'âge de 60 à 70 ans. La floraison est assez régulière et presque annuelle; elle a lieu à la fin d'avril ou au commence-

ABIÉTINÉES. 279

ment de mai; la fructification au commencement d'octobre de la même année ; la dissémination suit immédiatement.

La graine a des dimensions plus fortes que celles de la plupart des autres abiétinées. Elle contient beaucoup de térébenthine. Son aile, très-adhérente, persiste en partie après le désailement. Le kilogramme en renferme 22,000 à 23,000 lorsqu'elles sont fraîches et ailées.

Elles conservent difficilement leur vitalité, aussi faut-il les semer, au plus tard, au printemps qui suit la récolte.

Germination et jenue plant. — La germination a lieu immédiatement, le jeune plant sort coiffé par les enveloppes de la graine, il s'en débarrasse promptement et oflfre de 4 à 8, généralement 5 feuilles cotylédonaires longtemps persistantes, oflfrant deux raies blanches en dessus. Pendant deux à trois ans, la tige s'allonge à peine, tandis que la racine s'enfonce profondément dans le sol. Vers 3 à 4 ans, le jeune sapin commence à se ramifier par la production de une à deux branches latérales, dirigées en divers sens, mais sans s'allonger beaucoup. Enfin, vers 10 ans, il donne des verticilles réguliers, et sa végétation devient fort rapide, à condition qu'il ne soit pas sous un trop fort couvert.

Cependant il peut le supporter et persister sous son action la plus intense, mais en se développant très-peu, 50 à 60 ans; si alors on le découvre, il est susceptible de donner les plus beaux arbres; c'est ce que révèle Texpérience jouma* lière dans les forêts anciennement jardinées.

Sol et station. — Le isapin croît vigoureusement sur tous les sols (granits]etgrès des Vosges, calcaires du Jura) ; mais il se rencontre seulement dans les régions montagneuses fraîches, pourvu que la température moyenne de Tliiver ne soit pas inférieure à 4 à 6 degrés au-dessous de zéro, ce qui ne lui permet pas de dépasser 1,700 mètres en Corse, 1,950 mètres dans les Pyrénées, 1,500 mètres dans le Jura et TAuvergne, 1,000 à 1,150 mètres dans les Vosges. Pour cette dernière chaîne, la limitation de Tessence doit être, du reste, autant le résultat du défaut d'abri que de la température. Dans les très-basses montagnes, le sapin croît vite, mais il a peu de vitalité et produit un bois fort médiocre.

Maladie du sapin. — Le bois de sapin est exposé à contracter un vice grave, le chaudron. On nomme ainsi un renflement de la tige, très-souvent en partie dépouillée de son écorce, siège d'écoulements séveux; le bois y est rougeâtre, mou,

ABIÉTINÉES. 281

spongieux, à larges accroissements, en partie carié; la fibre en est entrelacée, fort irrégulière. Ce vice, qui existe dans toutes les sapinières, est très-commun dans quelques-unes; il est grave, car il expose le sapin à se rompre au point où il se manifeste, soit sur pied, soit lors de Tabatage ou de la mise en œuvre. Il est donc une cause de forte dépréciation pour les pièces qui en sont atteintes; il résulte d'un arrêt de sève qui se manifeste à l'origine par un rameau déformé qu'on appelle, dans les Vosges, balai de sorcier. Cette déformation et le chaudron sont dus au développement d'un champignon d'organisation inférieure qui fructifie à la face inférieure des feuilles du balai de sorcier.

Boîs. — Le bois du sapin jieprésenteàpeuprès pas de canaux résinifores, il est blanc et office des accroissements annuels très-distincts. Sapesanteur est faible, 0,380 à 0,540. Il est fort»élastique, d'une fente facile, d'une grande durée lorsqu'on l'emploie à couvert, mais exposé à l'air, il se détruit rapidement.

Ses qualités jointes à ses grandes dimensions le font rechercherpour les charpentes des grandes constructions civiles; on le débite aussi très-fréquemment en planches, lattes, etc.; comme bois de fente, il sert à faire des bardeaux, de la bois-

282 BOTANIQUE FORESTIÈBE.

sellerie, du merrain pour cuves, tonneaux destinés à loger des substances sèches.

Le bois de tige est un médiocre combustible, il brûle avec une flamme vive. Le bois de branches, qui a un tissu beaucoup plus serré, une pesanteur plus considérable, lui est bien supérieur.

Page 1