DES PANS DE BOIS
XXVI. — Les pans de bois sont des espèces de murs ou de cloisons en bois que l'on emploie dans les contrées où le bois est à vil prix, ou bien lorsque, par des circonstances particulières, on veut donner moins de pesanteur à certaines parties d'une construction, comme, par exemple, lorsque dans un édifice une cloison est supportée par une poutre.
Beaucoup de maisons dans les Ardennes sont construites en bois. Les pièces de charpente qui entrent dans leur composition sont grossièrement dressées. Mais quelquefois on emploie le bois pour des constructions élégantes et légères qui contribuent à la décoration des jardins d'agrément.
Dans tous les cas, cependant, le charpentier doit avoir égard aux règles de l'art, et comme c'est surtout dans la qualité des assemblages et la disposition des pièces que réside le mérite de son travail, ce que nous dirons pour des pièces parfaitement équarries s'appliquera à tous les ouvrages analogues, quel que soit le choix des matériaux employés.
Un principe général en charpente et dont il est important de ne jamais s'écarter, c'est que toutes les pièces doivent être disposées de manière à former entre elles des triangles. Un triangle est une figure parfaitement rigide, qui ne peut être déformée par aucun effort. On peut briser un triangle, mais on ne
peut modifier sa forme 1 quelque pression qu'on lui fasse supporter.
Les autres figures, au contraire, ne se maintiennent que par la force des assemblages. Ainsi dans un quadrilatère, les angles peuvent s'élargir ou se rétrécir sans que les côtés changent de longueur; et les assemblages ont beaucoup à souffrir dès qu'un effort quelconque vient à peser sur l'un des angles de la figure.
Il faut donc que la réunion des pièces forme un ensemble de triangles ; il n'y a d'exception que pour les planchers dans lesquels il n'y a aucune pression latérale.
XXVII. — Le pan de bois repose ordinairement sur un mur en maçonnerie, qui a pour but de séparer la construction du sol et de la préserver des effets destructeurs de l'humidité.
Sur le mur repose une pièce de bois À, placée horizontalement , qui se nomme sablière, et qui forme la base de la construction. C'est dans cette pièce que toutes les autres pièces de la charpente viennent s'assembler.
Lès pièces d'angle B, nommées poteaux comiers, s'assemblent à tenon et mortaise dans la sablière, ainsi que l'indique la fig. 30. Ces pièces doivent avoir toute la hauteur du bâtiment.
La séparation du rez-de-chaussée et du premier étage se fait au moyen d'une pièce horizontale I nommée également sablière, et qui s'assemble dans les poteaux comiers à tenon et mortaise avec embrèvement.
Entre les deux sablières s'élèvent des pièces verti<
cales parallèles aux poteaux corniers et que Ton nomme poteaux d'huisserie; ces pièces peuvent
Fig. 30.
s'élever de toute la hauteur du bâtiment, mais le plus souvent elles s'arrêtent à l'étage et s'assemblent à tenon et mortaise dans les deux sablières. Les poteaux
d'huisserie forment l'ouverture des portes et des fenêtres ; on les réunit par des linteaux D qui servent à former l'encadrement des portes ou des fenêtres.
Les poteaux corniers, les sablières et les poteaux d'huisserie forment, comme on le voit, des quadrilatères; on les divise diagonalement par une pièce oblique F (fig^30) et 31 nommée décharge, et qui
Fig. 31.
décompose la figure en deux triangles; de cette manière on ne craint pas qu'un effort latéral puisse déformer l'ensemble de l'ouvrage.
La réunion de ces pièces constitue la charpente d'un pan de bois. Les vides sont remplis au moyen de terre glaise ou de mortier, dans lequel on ajoute
DE LA CUARPtMTE. i
souvent de la paille hachée. Le lout est maintenu par des lattes clouées sur les pièces de la charpente. Mais comme ces pièces sont ordinairement trop éloignées pour la longueur des lattes, on diminue la distance au moyen de pièces d'une moindre dimention G nommées fournisses. Les tournisses sont assemblées à tenon et mortaise dan^ les sablières et sont simplement embrevées dans les décharges. La fig. 51 indique les détails des assemblages tels qu'ils doivent être exécutés.
Quelquefois on place deux décharges en croix l'une sur l'autre et Ton forme des croix de Saint- André ; on comprend que cette disposition indiquée en H (fig. 50) ne peut qu'ajoutera la solidité de l'ensemble.
Quelquefois aussi on ajoute au-dessus de la sablière qui supporte les gites d'un étage, comme en I une seconde sablière 0 connue sous le nom de sablière de chaml>rée.
Lorsque l'on fait correspondre un plein sur un vide, comme dans l'établissement d'une vitrine de boutique, le linteau prend le nom de poitrail. S'il arrive que ce poitrail ait une forte charge à supporter, on pratique pour diminuer la poussée vers le centre les décharges K et un renfort L ; on en fait autant aux sablières des étages supérieurs afin de repousser la charge autant que possible vers les points d'appui de la poutre. Les pièces £ qui remplissent les vides entre les linteaux et la sablière, sont.de petites pièces analogues aux tournisses et que l'on nomme pot lets.
Dans un grand nombre de localités et notamme n
dans la Campine, on se contente du revêtement en mortier que nous avons indiqué plus haut ; mais dans certaines parties des Ardennes, on recouvre le tout d'une boiserie composée de planchettes en chêne connues sous le nom de feuillets minces assemblés à tainure, et placées verticalement ; quelquefois aussi les feuillets sont placés dans le sens horizontal, et alors les planches supérieures recouvrent légèrement les planches inférieures.
La rainivré se compose d'un tenon et d'une mortaise pratiqués sur toute la longueur des planches qu'il s'agit de réunir.
Cette couverture en planches préserve les murs de l'humidité et donne beaucoup d'élégance aux constructions.
Les pans de bois, dans les villes, ne servent guère que dans l'intérieur des bâtiments, ainsi que nous l'avons dit plus haut.
Un des plus grands inconvénients de ce genre de constructions est qu'on ne peut y adosser une cheminée. En général, on construit en briques le pignon du bâtiment, auquel sont adossés les foyers \ quelquefois, on se contente de construire en briques la partie occupée par la cheminée.
XXVIII. — Les dimensions des diverses pièces d'un pan de bois élevé de quatre à cinq étages sont, dans les parties inférieures, de 21 à 32 centimètres pour les poteaux corniers, de 19 à 32 centimètres pour les sablières, de 18 à 21 centimètres pour les décharges, les croix de Saint-André et les poteaux d'huisserie; enfin de 16 à 18 centimètres pour les tournisses et les potelets.
Ces dimensions peuvent être diminuées de 3 centimètres au dernier étage et être réduites à moitié dans les cloisons qui ne sont que des distributions intérieures.
Mais, dans tous les cas, les poteaux verticaux des cloisons portant plancher doivent avoir pour épaisseur le douzième de la hauteur de l'étage.
A côté de ces dimensions généralement suivies dans la pratique, nous donnerons les formules mathématiques qui peuvent servir à les vérifier suivant les cas particuliers que Ton aura à traiter. Nous indiquerons ici les formules relatives aux pièces verticales, ou bois chargés debout; on trouvera à la suite du chapitre des planchers celles qui s'appliquent aux pièces horizontales.
On considère une pièce chargée debout comme ne pouvant plier, lorsque sa hauteur est moins dfe huit fois sa largeur ; dans ce cas on aura la formule :
P = pab.
P est le poids supporté par la pièce.
p est une valeur constante pour chaque espèce de
bois.
a est la largeur.
b est l'épaisseur de la pièce exprimée en centimètres.
Le tableau suivant indique la valeur de p pour les essences les plus ordinairement employées dans les constructions.
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