DES PLANCHERS
XXIX»— Les planchers servent à former les aires des différents étages d'une maison. Ils se composent généralement de poutres > de gîtes ou solives et de planches.
Les poutres sont de fortes pièces de bois dont les extrémités reposent sur les murs comme en m fig. 34,
Les gîtes ou solives sont des pièces de moindres dimensions , placées transversalement sur les poutres comme en a fig. 54. Quelquefois on supprime les poutres dans les planchers ; mais il faut alors augmenter dans une certaine proportion les dimensions des gîtes.
Les planches sont des pièces de bois de 2 à 3 centimètres d'épaisseur et dont la largeur varie depuis 10 jusqu'à 30 centimètres; on cloue les planches les unes à côté des autres, sur les gîtes, et Ton forme ainsi la partie supérieure du plancher,
On dislingue principalement quatre espèces de planchers :
La première espèce comprend les planchers simples, composés de gîtes parallèles et reposant par leurs extrémités sur les murs. Il n'entre pas de poutres dans la composition de ces planchers (fig. 32).
La seconde espèce comprend les planchers composés de poutres reposant sur les murs , et de gîtes
placées transversalement sur les poutres (fig. 54).
La troisième espèce, nommée planchers d'enrayure, est composée de pièces qui en général ne traversent point d'un mur à l'autre, comme l'indique la lig. 35.
Enfin, la quatrième espèce de planchers, dite sans solives, comprend ceux qui sont formés de plusieurs couches de ptanches jointives, assemblées à rainures et à languettes , dont les directions se croisent et qui sont clouées les unes sur les autres.
XXX. — Première espèce de planchers. Ces planchers sont composés uniquement de gîtes ou solives a a parallèles; les gîtes sont plus ou moins espacées , selon qu'elles sont plus ou moins résistantes.
Fig. 32.
Lorsqu'elles sont espacées, tant plein que vide, c'est-à-dire, lorsque l'espace compris entre deux gîtes est égal à l'épaisseur de l'une d'elles, on leur donne, d'après les auteurs qui ont écrit sur la charpente, une hauteur égale à 1/24 de leur longueur, l'épais-
seur a un quart de moins que la hauteur. Prenons pour exemple des gîtes de 4 m ,80 de longueur , leur hauteur sera de 20 centimètres et leur largeur de 1 5. Il s'en faut cependant que, pour les maisons ordinaires, dites bâtiments à loyer, on suive exactement les règles ci-dessus. Tout en conservant les dimensions que nous venons d'indiquer , on double à peu près la distance entre les gîtes; ainsi, au lieu de 15 centimètres, on laisserait entre ces pièces une largeur de 30 centimètres.
A Bruxelles et dans la plupart des villes de la Belgique, on emploie dans les constructions le sapin du Nord, qui nous arrive débité en gîtes d'une dimension déterminée : elles ont généralement 7 sur 17 centimètres ou 9 sur 23. On donne aux premières une portée de 2 à 4 mètres et aux secondes de 3 à 5 ; elles sont placées de champ et espacées de 30 centimètres environ. Ces proportions, consacrées par l'expérience, sont loin, comme on le voit, de la formule ci-dessus, tirée des anciennes constructions dans lesquelles on était beaucoup plus prodigue de bois qu'on ne l'est de nos jours.
Dans la distribution des solives, il faut avoir égard aux âtres b des cheminées et à leurs tuyaux qui débouchent des étages inférieurs , afin de prévenir les incendies; on comprend qu'une solive qui viendrait s'appuyer dans l'intérieur d'une cheminée, ou qui en serait seulement trop rapprochée, courrait le danger de s'enflammer.
Pour remédier à ce danger, on place aux deux côtés de la cheminée, à une distance convenable, deux solives cl appelées solives d'enchevêtrure, aux-
quelles on donne une épaisseur plus grande qu'aux solives ordinaires, de 3 à 5 centimètres par exemple. Les solives d'enchevêtrure sont ordinairement espacées de 1 mètre à 1 mètre 30, elles sont reliées à une certaine distance du foyer par une pièce k nommée chevêtre dans laquelle viennent s'assembler les gîtes, comprises entre les solives d'enchevêtrure. Toutes ces pièces s'assemblent à tenons et mortaises, ordinairement à double tenon. Le vide formé vis-i-vis de la cheminée par les solives d'enchevêtrure et la chevêtre se nomme trémié et sert à l'établissement du foyer, dont l'aire en maçonnerie est soutenue par des bandes en fer.
Si le gltage, au lieu d'être perpendiculaire au mur qui renferme la cheminée, lui était parallèle, il est évident qu'au lieu de deux solives d'enchevêtrure il n'y en aurait qu'une, et qu'il y aurait deux chevétres, s'appuyant d'un côté sur le mur et de l'autre assemblées sur la solive d'enchevêtrure.
On place ordinairement entre les gîtes des pièces de bois / /, nommées étrésillom; on les fait entrer de force entre les gites, et ils ont pour effet de donner plus de rigidité à l'ensemble du plancher.
Lorsque, par une circonstance particulière, les
gîtes ne peuvent pas pénétrer dans l'intérieur d'un mur, on les fait reposer sur une pièce horizontale fixée contre le mur, et que Ton nomme lambourde; cette pièce n (fig. 53) a ordinairement un peu plus d'épaisseur que les gîtes. On la maintient au moyen de corbeaux en fer scellés dans le mur.
On remarquera que dans la fig. la face n est coupée en biseau vers le mur, afin de recevoir un profil de corniche.
XXXI. — Deuxième espèce de planchers. Ces planchers comprennent ceux qui sont formés, comme les précédents, par des solives parallèles portées suides murs, mais qui, déplus, sont soutenues par des poutres m, traversant d'un mur à l'autre (fig. 54). Du reste, ils se construisent à peu près suivant les mêmes principes que les planchers de la première espèce.
Fig. 34.
Les poutres sont de fortes pièces de bois m qui s'emploient pour soutenir les solives, lorsque les
planchers ont plus de 5 mètres de longueur.
On espace ordinairement les poutres de 3 à 4 mètres, et leur scellement dans les murs doit être de 25 centimètres au moins. Pour augmenter leur résistance, et pour prévenir en même temps l'écartement des murs, on consolide l'ensemble du système par des ancres en fer de 95 centimètres de long, qui, traversant ces derniers , sont fixées aux extrémités des poutres.
Les solives s'assemblent dans les poutres de diverses manières, soit par une entaille à mi-bois dans Tune et dans l'autre, soit par une entaille dans la poutre, de toute la hauteur de la solive , soit enfin en faisant porter les solives sur des lambourdes, attachées de chaque côté de la poutre par des étriers en fer , ou par des boulons à écrous et à tête carrée incrustés dans la pièce. Cette dernière méthode est très-propre à fortifier les poutres ; cependant les fers ont toujours l'inconvénient de céder sensiblement par l'effet de la dilatation.
On peut encore augmenter la solidité des poutres par d'autres moyens, tels que ceux dont nous avons parlé en traitant des armatures : nous y retfvoyons nos lecteurs pour ne point nous répéter.
La hauteur des poutres est ordinairement le 18 e de la portée; l'épaisseur peut être moindre d'un quart.
Lorsque le plancher se trouve à l'étage d'une maison, il doit en général être plafonné à sa partie inférieure. Lorsque Ton ne veut pas que les poutres marquent dans le plafond, on établit un contregîtagC) composé de gites de moindres dimensions et
sur lesquelles viennent se fixer les lattes des plafônneurs.
Il faut éviter avec soin de faire reposer les poutres au-dessus des vides formés par les portes ou les fenêtres des bâtiments. Une poutre doit, autant que possible, reposer sur un mur plein ; s'il en était autrement, on devrait prendre des précautions pour éviter les inconvénients d'un porte-à-faux. On devrait alors établir sous la poutre une pièce horizontale nommée linçoir, qui repose sur toute la longueur du mur et fait le même office que le poitrail dans les pans de bois. Mais il vaut encore mieux, lorsque l'espace le permet, placer sous la poutre une petite voûte en maçonnerie , connue généralement sous le nom de décharge.
XXXII. — Troisième espèce de planchers. — Ces planchers sont formés de pièces qui, en général, ne traversent point d'un mur à l'autre, mais qu'on assemble les unes aux autres. On les appelle planchers d'enrayure ou d'assemblage (fig. 35)- Leur disposition peut être variée à l'infini ; car elle dépend non-seulement de la forme du bâtiment, mais encore de la longueur des pièces, qui est souvent moindre que l'intervalle des murs. Nous indiquons ici une de ces dispositions que l'on saura bien modifier suivant les circonstances ; comme ces planchers sont plus compliqués et d'une exécution plus difficile que les autres, on comprend qu'on ne doit y avoir recours que dans des circonstances exceptionnelles. Nous verrons, lorsque nous nous occuperons de la charpente des toitures, quelques exemples dans lesquels il faut employer les planchers d'enrayure.
On doit avoir soin,, dans ces sortes de planchers, de ne pas trop affaiblir les fortes pièces auxquelles
Fi* 35.
se rattachent les pièces moyennes, par des mortaises trop multipliées ou trop rapprochées.
La pièce principale a se nomme entrait de longpan; b y entrait de croupe; c, coyer; rf, goussets; e, faux goussets ; f 9 chevétres à croupe biaise ; <jr, entrait de croupe; h> chevétre oblique; i, chevétre; A, solives de remplissage; embranchements; ♦n, fausses chevétres.
Il est à remarquer que les gousset$ sont placés de manière à recevoir le coyer, et pour se joindre en même temps à t'entrait de long-pan et à celui de croupe : ces deux pièces devant porter toute la charge du plancher, il faut faire en sorte d'y rattacher les autres pièces sans trop les affaiblir par des assemblages. Il faut aussi avoir soin de ne jamais placer les chevétres dans les travées, les unes au bout des autres, mais alternativement de leur épaisseur.
Quatrième espèce de planchers. — Cette espèce
— si —
de planchers, dite sans solives, et composée de planches jointives, présente peu de solidité et entratnede grandes dépenses; aussi est-elle rarement employée. On doit la citer plutôt pour conseiller aux constructeurs de ne pas l'employer que pour toute autre raison.
XXXIII.— Les hommes les plus savants, les ingénieurs les plus distingués se sont livrés à des recherches minutieuses sur la résistance des bois, et Ton est arrivé à une formule pratique extrêmement simple pour déterminer les dimensions à donner à une poutre qui doit supporter une charge déterminée. Cette formule varie suivant que la poutre repose simplement par ses extrémités, ou qu'elle est encastrée, c'est-à-dire si ses extrémités sont maintenues de manière à ne pouvoir bouger ; c'est ce qui arrive ordinairement pour les planchers où les poutres sont encastrées et ancrées dans la maçonnerie. La formule diffère encore selon que le poids est réparti uniformément sur la longueur de la poutre, ou bien qu'il est placé au milieu de cette pièce.
Si les poids sont uniformément répartis sur une pièce encastrée à ses deux extrémités, on a la formule :
P est le poids supporté par la poutre;
R une quantité constante qui exprime la résistance du bois employé, et qui, par conséquent, varie pour chaque essence de bois ;
a est la largeur de la pièce;
b la hauteur, et
/ la longueur exprimées en centimètres.
Le tableau suivant indique la valeur de R pour les bois employés le plus généralement dans les constructions. Nous y avons ajouté la pesanteur spécifique de ces mêmes essences.