DES CINTRES
LU. — Les cintres sont des ouvrages en charpente, qui servent à soutenir la maçonnerie des voûtes pendant leur construction, et jusqu'à ce que la pose de leurs clefs leur ait donné la faculté de se soutenir seules. Sous ce point de vue, les cintres sont de véritables échafauds ; ils deviennent des étais lorsqu'on les établit sous de vieilles voûtes qu'il s'agit de réparer ou de démolir avec précaution, soit pour prévenir les accidents qui pourraient arriver aux ouvriers, soit pour ménager les matériaux qui se dégraderaient dans leur chute.
Quoique les cintres ne puissent se construire sans le secours du charpentier, cependant ils ne rentrent pas aussi complètement que les autres ouvrages en bois dans son domaine exclusif.
Dans la construction des combles, des ponts ou des planchers, le charpentier est soumis à des règles fixes qu'il doit connaître, mais le dessin d'un cintre fait en quelque sorte le complément du projet de pont ou de voûte qu'il doit aider à construire.
L'ingénieur qui a fait le projet du pont, qui, par conséquent, connaît la résistance des matériaux employés, doit aussi faire le projet du cintre.
Nous donnerons cependant quelques dessins de cintre afin d'indiquer les dispositions les plus usitées ; il restera à déterminer les proportions des pièces qui
devront varier pour chaque construction. Un cintre se compose d'une certain nombre de formes reliées entre elles par des entretoises et sur lesquelles on fixe dans le sens horizontal des planches ou des madriers qui forment le plancher du cintre ; c'est sur cette voûte en bois que viennent successivement s'appuyer tous les voussoirs à mesure qu'on les met en place.
LUI — La fig. 54 représente une ferme d'une grande simplicité et qui ne s'emploie que pour les cintres de petite dimension. Il se compose d'un
Fig. U.
entrait a, d'un poinçon h, des fiches o et des courbes cl formant arbalétriers ; ces courbes sont destinées à recevoir les couchis ou madriers e sur lesquelles doivent poser les pièces de la voûte. L'entrait est soutenu par trois poteaux f qui sont assemblés par le pied dans une autre pièce g, reposant sur le sol et que l'on nomme sablière. II n'est pas indispensable de donner aux poteaux une direction verticale ; on peut les incliner comme l'indiquent les lignes pointillées de la fig. 54. Dans cette position, ils prennent le nom de jambes de force.
LIV. — Dans les voûtes d'une grande ouverture on est obligé d'employer des systèmes de charpente d'autant plus compliqués que les bois dont on dispose ont une moindre longueur.
Fig. 35. Fig. 56.
Les fig. 55 et 56 représentent deux dessins de cin- 4 très qui peuvent donner une idée des dispositions usitées dans ce genre de constructions.
Le premier se compose de polygones inscrits l'un dans l'autre ; le second a un faux entrait. Ce dernier doit être préféré comme élant mieux disposé pour résister à la pression de la voûte, ee qui est rendu évident par la décomposition des forces. Il est formé d'un entrait a; d'un faux entrait hj d'un poinçon b; d'une jambe de force c pour soutenir le faux entrait; d'une contre-fiche d placée dans le prolongement de la jambe de force et destinée à butter le poinçon b; d'une doublure ou renfort e placée sous le faux entrait, pour contre-butter en même temps le poinçon et la jambe de force c; d'un poteau ^soutenant l'extrémité du faux entrait ; enfin de moises k servant à maintenir les autres pièces.
Il ne faut pas perdre de vue, dans la disposition d'un cintre , qu'il est surtout exposé à une poussée
latérale très-forte; les voussoirs se placent, en commençant par le bas de la voûte, des deux côtés en même temps, de sorte que tous les efforts tendent à briser le cintre en soulevant sa partie supérieure. Si l'on tient compte de cette observation, on comprendra facilement la supériorité du dessin de la fig. 56 sur celui de la fig. 55. Dans ce dernier, les efforts obliques supportés par les assemblages sont considérables, ce qui est un grand inconvénient ; on est cependant obligé de l'employer, lorsque les pièces dont on dispose n'ont pas assez de longueur. On a soin dans ce cas de charger le cintre, au milieu, d'un poids qui l'empêche de se soulever et que l'on augmente à mesure que l'on place de nouveaux voussoirs.
La manière dont une voûte est soutenue sur son cintre pendant la construction dépend de la nature de la maçonnerie qui la compose; lorsque cette maçonnerie est en moellons ou en briques, elle est supportée sur un cuvelage en planches ou en madriers, exactement de la forme de la voûte, qui est régulièrement arrondi comme elle et qui lui sert de mo.ule; les planches et madriers de cuvelage sont cloués sur la surface extérieure de chaque forme, dont la partie extérieure forme une courbe concentrique à l'intrados de la voûte.
Quand la voûte est appareillée en pierres de taille, qui forment des voussoirs réguliers, chaque voussoir est soutenu sur le cintre au moyen de cales et de couchis. Ces couchis sont de longues pièces de bois équarries, couchées horizontalement et parallèlement aux génératrices de la surface de douclle ; ils sont fixés sur des cales doubles, taillées en coin qui repo-
sent, sur la partie extérieure de chaque ferme et qui permettent d'établir ces couchis à la distance exacte qui doit les séparer de la voûte; souvent ces cales sont clouées sur la ferme, afin qu'elles restent aux places qui leur ont été assignées. A chaque cours de voussoir répond uu cours de couchis, et chaque voussoir est mis en place sur des cales doubles en coin qui permettent de rétablir exactement à l'endroit qu'il doit définitivement occuper.