‹ Manuel de chimie appliquéeChapitre 31 sur 32 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

POSTS Bit BOIS.

LV. — Un pont est une construction qui a pour objet d'établir une communication directe et facile, au-dessus d'un espace qu'on ne saurait franchir autrement sans grande difficulté ; on établit des ponts sur des fossés , des ravins , des marais , des rivières, etc.

Les ponts en charpente sont de beaucoup les plus anciens, et ils ont précédé d'une longue suite de siècles la construction des ponts en pierre. Les Romains sont le premier peuple qui ait construit des routes et, par conséquent, des ponts en pierre, tandis que l'invention des ponts en charpente se perd dans la nuit des temps.

Le premier pont fut sans doute un arbre renversé au-dessus d'un ravin ou d'un ruisseau ; on rendit le passage plus large et plus facile en plaçant plusieurs arbres les uns à côté des autres. Puis, un peu à la fois, ces arbres devinrent des longerons sur lesquels on fixa transversalement des madriers qui formèrent plancher.

Lorsque l'on voulut franchir des distances plus grandes que ne le permettaient les dimensions des pièces de bois dont on disposait, il fallut construire plusieurs ponts, les uns à la suite des autres, posés sur des soutiens intermédiaires et communs que l'on a nommés pa/ées, parce qu'ils étaient composés de pieux (pals).

L'art du charpentier, en se perfectionnant, apprit bientôt à franchir sans palées un espace plus large que la longueur du bois. Les longerons furent remplacés par des fermas analogues à celles des combles des maisons. L'ensemble des fermes comprises entre deux palées se nomme travée.

On peut classer les ponts en bois, suivant le système de leur construction, en diverses catégories :

1° Ponts sur longerons simples ;

2° Ponts sur longerons avec contre - fiches et moises;

5 P Ponts sur longerons a^ec armatures;

4° Ponts avec armatures et contre -fiches ;

5° Ponts avec armatures et croix de Saint*André ;

6° Ponts suspendus à des cintres ;

7° Ponts supportés par des cintres.

L'art de la charpenterie a créé un grand nombre de ponts , résultant de la combinaison des dernières catégories.

Les ponts peuvent être portés sur des palées en bois ou sur des piles en maçonnerie, et, enfin, ils peuvent être droits ou biais , ce qui modifie les diverses combinaisons et assemblages des parties qui les composent.

Enfin , diverses circonstances peuvent modifier la nature de la surface de la chaussée qui passe sur un pont. Cette chaussée peut être pavée ou ferrée, ou n'être formée que d'un seul plancher. Toutes ces circonstances peuvent apporter quelques modifications dans les détails de la construction des ponts.

En outre de leur but et de leur résistance à la pesanteur et aux secousses des objets dont ils doivent

supporter le passage , lus ponts sont assujettis à satisfaire à des conditions qui leur sont imposées par les circonstances locales de leur position.

Ainsi, ils doivent n'embarrasser que le moins possible le cours et la navigation des rivières. Sur les rivières susceptibles de grandes crues, les bois qui composent les travées ne doivent point former d'obstacles aux crues des eaux. En général les travées doivent être assez élevées , même à leur naissance, pour que les eaux ne puissent les atteindre. Sur les rivières sujettes aux débâcles , les palées des ponts doivent être assez fortes pour leur résister, ou être préservées du choc des glaces par des constructions auxiliaires.

LVI. — Les ponts en bois peuvent, ainsi que nous l'avons dit, être supportés par des piles en maçonnerie ou des palées en bois. Les palées sont composées d une ou plusieurs files de pieux. Quelquefois ces pieux sont d'une seule pièce, mais cette construction présente des inconvénients, surtout dans une rivière ; la partie des pieux qui se trouve au-dessus des basses eaux étant soumise à des alternatives d'humidité et de sécheresse, se pourrit promptement et doit être renouvelée tous les 15 ou 20 ans. On préfère généralement établir les palées sur des pilotis qui ne s'élèvent jamais au niveau des plus basses eaux.

Les poteaux des palées sont assemblés bout à bout sur les pilots et maintenus par des moïses comme l'indique la fig. 57. Les bois qui se trouvent constamment dans l'eau sont d'une très-longue durée, et l'on peut ainsi renouveler la partie supérieure des palées en conservant les pilots.

Digitiz

Les pieux À A, fig. 57, qui forment la base des palées, sont liés entre eux par des moises ; les assemblages des poteaux supérieurs sont maintenus par de longues broches en itvpp; les moises CC, DD servent en même temps à consolider les poteaux et à fortifier les assemblages ; ces moises sont maintenues par des boulons alternativement horizontaux et verticaux.

43? ÏS

Fig. 57. Fig. 58-

Lorsque la profondeur de Teau exige que les basses palées soient doubles, on espace les deux rangs de pieux A A, fig. 58 de 1 mètre environ; on les embrasse sur la longueur, comme dans le cas précédent, par des moises DD, et Ton pose d'un rang à l'autre des entretoises CC qui doivent supporter les poteaux ; pour assurer le pied de ces poteaux, on les entretient par un troisième cours de moises E boulonnées entre elles et avec les entretoises.

Les dimensions des poteaux sont généralement de SO à 35 centimètres d'équarissage, et elles suffisent lorsque les travées n'ont qu'une ouverture ordinaire et rentrent dans les quatre premiers cas que nous avons indiqués § LV.

Pour préserver les palées du choc des glaçons, on établit des brise-glaces, fig. 59, formés de deux rangs de pilots AB, AC, qui se réunissent au même point

Fig. :j9.

A et qui présentent au courant une pièce de bois DE formant arête inclinée. Quelquefois on se contente d'un seul rang de pilots d'inégale hauteur et recouverts d'un chapeau incliné qu'on entaille pour présenter un arrêt aux glaçons qui viennent le frapper.

LVII. — Lorsque l'ouverture de la travée ne dépasse pas 3 à 4 mètres, on peut établir le pont sur longerons simples. Les poteaux sont reliés à leur partie supérieure par des poutres assemblées à tenon et mortaise et qui prennent le nom de chapeaux: c'est sur ces chapeaux que reposent les longerons directement au-dessus de la tête des poteaux. Dans ce

cas, on donne aux poutres un équarissage de 30 à 32 centimètres.

Si la distance des palées est plus considérable, on soutiendra les longerons au moyen de contre-fiches qui se réunissent sous le milieu de la poutre et forment arbalétriers. On peut aussi placer les contrefiches de manière qu'elles n'arrivent qu'au tiers de la longueur du longeron; elles s'appuient alors contre une sous-poutre qui soutient le longeron comme l'indique la fig. 60. On place quelquefois une seconde sous-poutre A A sur les chapeaux de la palée.

Fig. 60.

Les contre-fiches sont reliées par des moises comme le représente la figure, et l'on fixe les sous-poutres aux longerons au moyen de boulons à écrous fortement serrés. Les travées ainsi composées peuvent avoir jusqu'à 16 mètres d'ouverture. Cette disposition permet de faire les longerons de trois pièces assemblées à trait de Jupiter au-dessus du joint des sous-poutres et des contre -fiches.

Au delà de cette largeur il faut employer des cintres. Nous n'avons pas à entrer dans de grands détails relativement à la construction des ponts en bois ; ce genre de construction rentre plus particulièrement dans l'art de l'ingénieur; le charpentier n'a jamais à exécuter ce genre d'ouvrage que sur des plans très-

exacts, et ce que nous avons dit des assemblages et des autres constructions en charpente suffira amplement pour le guider dans Fexécution des détails.

Nous donnerons cependant pour terminer ce chapitre le dessin d'une charpente très-remarquable exécutée sur la rivière de Portsmouth dans l'Amérique septentrionale. Ce pont, d'une seule arche, a 76 mètres d'ouverture. L'arche est composée de trois rangs de cintres parallèles, et chacun de ceux-ci est luimême formé de trois arcs concentriques AC, DF et 61.

Fig. 6!.

La fig. 61 représente un fragment de l'un des cintres; les arcs du milieu DF supportent le tablier du pont, de telle sorte que le pont est suspendu à la partie supérieure du cintre et supporté par la partie inférieure.

Les trois arcs qui forment le cintre sont réunis ensemble par des pièces de bois dur et par des coins placés aux points 1, 2, 3, etc., fig. 61, où l'on a préparé des mortaises pour les recevoir. Les coins retiennent les tenons et lient l'arc du milieu DF, aux deux arcs extérieurs, dont l'écartement est main-

tenu par les queues d'aronde qui terminent les pièces de bois dur.

Chacun des arcs du cintre est fait de poutres de 4 à 5 mètres de longueur, réunies par des tenons à queue d'aronde et par des coins. Le plan de contact de deux poutres correspond toujours au milieu d'une autre pièce.

LVIII. — Les longerons ou les fermes d'un pont jouent le même rôle que les poutres dans un plancher ; ils servent à supporter un gltage sur lequel vient se fixer un plancher en forts madriers. Au-dessus de ces madriers, on établit un second plancher en bois très-léger, qui garantit le plancher principal et que l'on renouvelle aussi souvent que les circonstances l'exigent. Quelquefois aussi on recouvre le plancher d'un pavage posé sur une forme de sable.

On établit, des deux côtés du pont, un parapet ou garde-corps. Ces parapets se composent ordinairement d'une lisse horizontale , reposant sur des poteaux verticaux, assemblés dans les pièces du pont. Les poteaux sont maintenus, dans le sens perpendiculaire à la longueur du pont, par des contre-fiches placées en dehors et en dedans. Enfin, on place quelquefois une sous-lisse , ou bien on remplit l'intervalle compris entre deux poteaux par des croix de saint André.

Fig. 62.

La fig. 62 représente la coupe transversale d'un pont avec un plancher de doublage; les madriers b sont portés par des solives a, et supportent le faux plancher f. Les madriers sont fixés dans le sens de la longueur du pont, et le faux plancher dans le sens de la largeur.

Enfin, la même figure représente le parapet composé d'une lisse et d'une sous-lisse , et de poteaux verticaux, maintenus par des contre-fiches.

11 existe encore, outre les ponts fixes, une grande variété de ponts mobiles. Les ponts levis et le*?, ponts tournants demanderaient chacun un chapitre particulier. Mais, ainsi que nous l'avons déjà dit, la construction des ponts rentre trop directement dans l'art de l'ingénieur, pour que nous puissions entrer dans plus de détails à ce sujet.

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