‹ Manuel de chimie appliquéeChapitre 6 sur 32 · EU · texte numérisé non relu

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Parmi le grand nombre de $els qui jouent un rôle de quelque importance dans les arts industriels, nous choisirons ceux surtout qui donnent lieu aux applications les plus étendues et les plus curieuses, renvoyant aux Traités de chimie ceux de nos lecteurs qui voudraient acquérir des connaissances plus complètes sur cette classe si intéressante de composés.

Azotate de pota$se, Au premier rang nous placerons le nitrç ou mlpètre , en raison de ses emplois divers comme matière oxydante. Il sert, sous ce rapport, pour l'affinage de certains métaux , pour ronger les couleurs chez les fabricants d'indiennes, pour préparer les compositions d'étain des teinturiers. Son plus grand usage , toutefois , c'est comme matière première de la poudre à canon, des feux d'arlice et de toutes les compositions incendiaires.

On le rencontre dans beaucoup de localités différentes, à la surface des plaines ou des roches calcaires, sous la forme d'efflorescences blanches, d'une saveur piquante et un peu amère, Il se produit continuellement dans les lieux exposés aux émanations des animaux, et où existent en même temps des bases sulifisbles alcalines, la chaux, la pousse , la soude, l^mmoniaque, la roagné$iç. Ainsi, on le trouve dans tous Ie$ lieux habités, bas, spmbrè$ et humides, dans les écuries, les étables, les caves, à la partie inférieure des murs d'habitation. Il y a des azotates dans

tous les endroits cultivés; ce sont les engrais qui les produisent, et toutes les plantes qui croissent près des murailles en renferment abondamment.

La formation du nitre est encore enveloppée de quelque obscurité. Il est probable que dans les pays chauds, l'acide azotique est produit par la combinaison de l'azote et de l'oxygène de l'air sous l'influence des décharges électriques qui sillonnent incessamment les vastes plaines de l'atmosphère. Cet acide est ramené par les pluies sur le sol où il trouve des bases alcalines pour le neutraliser. Dans les pays tempérés et froids, où ce mode de formation ne peut avoir lieu , il provient sans aucun doute de la combustion par l'oxygène de l'air de l'ammoniaque que dégagent continuellement les matières animales en voie de putréfaction ; cette matière est convertie en eau et en acide azotique dont s'emparent les bases alcalines.

Dans les pays où les terres sont naturellement salpétrées et renferment beaucoup de salpêtre (Chine, Inde, Arabie, Égypte, etc.), on lessive ces terres, et par la concentration des liqueurs on obtient du nitre cristallisé. C'est là l'origine du salpêtre de l'Inde qui nous arrive en grande quantité, par la voie du commerce, de la Chine, de l'Inde et de l'Égypte, sous la forme de petits cristaux aiguillés d'un blanc grisâtre.

En Europe, on l'obtenait jadis, par un procédé long et compliqué, en exploitant les plâtras de démolition toujours chargés d'azotates de chaux et de magnésie, qu'il fallait convertir en azotate de potasse. Maintenant qu'il arrive du Chili ^pucoup d'azotate de soude naturel, on se borne à faite dissoudre dans la plus petite quantité possible d'eau bouillante 100 parties de ce sel et 87 parties 4/10 w de chlorure

de potassium, résidu d'une foule d'opérations chimiques; on filtre et on abandonne la liqueur à la cristallisation : de l'azotate de potasse se dépose en beaux prismes blancs , tandis qu'il reste en solution , dans l'eau mère, du chlorure de sodium ou sel marin.

On raffine le salpêtre en le lavant 'dans des caisses percées de trous, avec de l'eau saturée de nitre à froid. Cette eau, qui ne peut dissoudre l'azotate de potasse, enlève très-bien au contraire tous les sels étrangers, notamment le sel marin qu'il peut contenir. Cette purification est indispensable pour le sel qui doit servir à la fabrication de la poudre à canon.

La poudre à canon est un mélange de salpêtre raffiné , de soufre distillé et de charbon léger peu calciné. Les proportions de ces trois substances varient suivant les pays et suivant les usages : voici le dosage suivi en France :

Poudre de chasse française. .

— de guerre — . .

— de mine — . .

— de traite — . .

La préparation de la poudre se réduit à un petit nombre d'opérations fort simples. On pulvérise séparément les matières, puis on les triture ensemble dans des mortiers (fig. 12) , au moyen d'un système de pilons, et en y ajoutant une quantité d'eau déterminée. Les mortiers a a se rapprochent de la forme sphérique et sont creusés dans une pièce de bois de chêne b b ; leur fond est garni d'un tampon de bois dur c c\ ils reçoivent chacun 10 kil. de mélange. Chaque pilon dd pèse 40 kil. et tombe, de 40 centimètres de hauteur, 55 à 60 fois par minute; Je bas du pilon est garni d'une botte pyriforme

Nitre.

Charbon.

Soufre

brbnze e e. Un moulin renferme de 20 à 24 mortiers et pilons formant doux batteries. Au bout do quatorze heures, la poudre mélangée et comprimée

Fig. \%

est sous forme de gâteaux humides, appelés galettes, qu'on laisse sécher ou essorer pendant deux jours. Elle est ensuite divisée sur un crible qu'on appelle guillàume (fig. 13), par l'action d'un tourteau ou

disque de bois dur* qui, par le mouvement de rotai ion imprimé à tout le système, force la matière à passer par les trous du crible. Ce premier criblage ne produit que des grains inégaux et du poussier; on passe la poudre dans un second tamis, dit grcnoir, qui donne

les grains de grosseur voulue; un troisième tamis , dit égalisoir, sépare les grains trop fins ; on se débarrasse enfin du poussier par le moyen de tamis tins.

. Les poudres de guerre et de mine sont alors d esséchées seulement à l'air libre, ou mieux encore par un courant d'air chaud à 6O 0 ; mais la poudre de chasse subit l'opération du lissage, c'est-à-dire que, pour rompre l'aspérité du grain, on la remue pendant 8 à 12 heures dans des tonnes (fig. 14) montées sur un axe horizontal mis en mouvement par une roue hydraulique.

La poudre à canon est d'origine chinoise , mais ce

awi

sont les Européens qui l'ont appliquée à l'art de II guerre dans le courant du xui° siècle et qui ont perfectionné sa préparation. Les Chinois rie l'employaient que pour les feux d'artifice. C'est encore de nos jours la base principale de ces compositions pyrotechniques. C'est à l'aide de la poudre ou des différents mélanges qui lui sont analogues , que l'on parvient à projeter les bombes, à donner une puissance ascensionnelle aux fusées volantes , à imprimer un mouvement de rotation aux soleils tournants. CTçsl en associant à la poudre ou au salpêtre des limailles de fer, d'acier, de cuivre et de zinc , de la résine, du camphre, du lycopode, du noir de fumée, etc., qu'on obtient des feiiîx de diverses couleurs et des effets de combustion très- variés.

Chlorate de potasse. — Voici un sel encore plus propre que le nitre à faire brûler les substances combustibles, en raison de la masse d'oxygène qu'il leur donne instantanément par suite de sa facile décomposition. Aussi son mélange avec le soufre, le charbon, le phosphore, les métaux pulvérisés, les sulfures métalliques , le bois , les résines, etc., donne-t-il lieu à des poudres qui s'embrasent et détonent avec la plus grande facilité , soit par la chaleur, soit par la trituration ou le choc. C'est à ces mélanges qu'on donne le nom de poudres fulminantes par le choc.

On avait eu d'abord l'idée de substituer le chlorate de potasse au nitre pour la fabrication de la poudre à canon, afin d'avoir un agent encore plus puissant; mais on a été obligé d'y renoncer, à cause des accidents terribles qu'auraient entraînés sa préparation , sa conservation et son transport. On a seulement conservé son emploi pour certaines poudres d'artifice , et surtout pour les allumettes chimiques ou allemandes dont on fait, depuis 1835, une consommation si générale. Ces allumettes ont ceci de commode qu'elles s'enflamment immédiatement par la friction sur un corps dur. Voici comment on les prépare.

La pâte inflammable dont on imprègne les petites bûchettes varie de composition, suivant l'espèce d'allumettes qu'il s'agit d'obtenir. Les recettes suivantes sont les meilleures :

Four l*a «Uumettts détonante..

Chlorate de potasse ... 2

Phosphore 4

Gomme arabique. ... 7

Gélaline. ...... 2

Indigo ou minium. Quant. suffis.

Pour !«■ kllumetUi non détonant»».

Salpêtre raffiné .... 10

Phosphore 4

Gélatine. ...... 6

Minium ou ocre .... 3

Sinalt 2

On fait un mucilage épais avec la gomme ou la gélatine et de l'eau bouillante , on y incorpore les ma-

tières colorantes, puis le phosphore coupé en petits morceaux; quand celui-ci a été parfaitement mélangé, on ajoute avec précaution le salpêtre ou le chlorate de potasse, et c'est dans cette masse ou bouillie qu'on trempe le bout des allumettes soufrées; on les sèche ensuite à l'étuvc. On les recouvre d'un vernis à la sandaraque pour qu'elles ne s'humectent pas et pour éviter l'odeur alliacée qu'elles répandent dans l'air.

Cette application du chlorate de potasse, qui en consomme une énorme quantité , maintient ce sel à un prix assez élevé, d'autant plus que sa préparation est longue et peu productive. On l'obtient en faisant passer un courant de chlore dans une solution concentrée de potasse d'Amérique. L'appareil des fabriques (fig. 15) est un grand fourneau de galère qui reçoit des tourilles en grès, d'où le chlore se dégage, et celui-ci, après s'être lavé dans de petits flacons intermédiaires , arrive dans des tourilles en verre noir, placées à l'extérieur du fourneau, et contenant la lessive alcaline qui marque de 30 à 35°, suivant la saison. Il se produit, dans ce cas, du chlorure de potassium très-soluble et du chlorate de potasse peu soluble. Ce dernier se dépose en écailles, lorsque sa proportion dans la liqueur devient un peu considérable. On le lave à l'eau froide et on le sèche.

Fulminates de mercure d'argent. — L'analogie nous conduit à parler de suite de deux autres sels qui sont encore bien plus intactiles que le précédent, qui détonent encore plus aisément que lui par le moindre choc ou le frottement ; ce sont ceux qu'on appelle fulminates de mercure et d'argent. Ils renferment un acide ternaire composé d'oxygène, de carbone et d'azote , uni aux oxydes de mercure et d'argent ; on lui a donné le nom $ acide fulminique

pour rappeler la principale propriété de ses sels. C'est l'anglais Howard qui a découvert ces curieux

Fig. 4».

et dangereux composés dont on tire aujourd'hui un merveilleux parti.

On obtient le fulminate de mercure en dissolvant 1 partie de vif-argent dans 12 partie* d'acide azotique à 54 p , ajoutant à la liqueur 11 parties d'alcool à 56°, et faisant chauffer le mélange au bain-marie jusqu'à production Jde vapeurs blanches et épaisses. Par lo refroidissement, il se dépose une poudre blanche cristalline , qu'on lave à Peau froide et qu'on sèche avec précaution. C'est là le mercure fulminant do Howard.

En dissôlvaiit une pièce de demi-franc dans 46 grammes d'acide azotique et faisant chauffer avec 60 grammes d'alcool, on produit aisément le fulminate d'argent.

Rien n'est plus dangereux que le maniement de ces poudres. 1 oentigr. de fulminate d'argent, jeté sur les charbons ardents , produit une détonation aussi forte qu'un coup de pistolet. Le plus léger frottement entre deux corps durs suffit pour en déterminer l'explosion, surtout quand il est sec et chaud; aussi se sert-on de baguettes de bois tendre et de cuillers en papier pour sa préparation et son maniement; et cependant * malgré toutes les précautions que l'on prend dans les fabriques , il n'arrive encore que trop souvent des explosions terribles qui détruisent instantanément les bâtiments les plus solides et entraînent la mort de nombreux ouvriers.

C'est avec le fulminate d'argent que l'on confectionne les bonbons chinois, si connus des enfants. Une parcelle de cette poudre est collée, en compagnie de quelques grains de verre pilé ou de sable, entre deux bandes étroites de parchemin; lorsqu'on tire tes bandes en sens contraire, le frottement des grains de verre ou de sable centre la poudre fulminante suffit pour en déterminer l'explosion. Les caries ^ le papier et les pétards ou pois fulminants sont préparés de la même manière. Lorsqu'on les jette avec force par terre, ou qu'on les presse avec le pied, ils font explosion. Ces joujoux ne sont pas sans danger; ils ont souvent causé des blessures.

Le fulminate de mercure est généralement employé < depuis une vingtaine d'années , pour les amorces des fusils de chasse, à cause de sa facile inflammation et de son inaction sur le fer. Ce sont de petites capsules en cuivre mince embouti à la mé-

canique au fond desquelles on introduit un peu de fulminate. Auparavant, celui-ci est broyé avec 30 pour cent de son poids d'eau , sur une table de marbre, avec une molette de bois, et on y incorpore 6/10 de son poids de poudre à canon. On arrose ensuite la pâte avec une dissolution de résine-mastic dans de 1 essence de térébenthine , afin de prévenir l'action de l'humidité.

Avec 1 kil. de mercure, on obtient 1 kil. 1/4 de fulminate, qui peut fournir environ 40,000 amorces à capsules. Le prix de celles-ci est ordinairement de 3 fr. 50 cent, le mille.

Sulfate de soude. — Ce sel est fourni par plusieurs sources de Lorraine , dont les eaux en sont saturées. On les évapore, et pendant le refroidissement on les agite pour troubler la cristallisation et obtenir ainsi de jolies petites aiguilles blanches et transparentes ; c'est là ce qu'on appelle sel d'Epsom> de Lorraine, sel de Gtauber, dont on fait un grand usage en médecine comme purgatif. On en consomme aussi beaucoup pour faire le verre à vitres et le verre à bouteilles ; mais c'est surtout comme matière première de la fabrication de la soude artificielle qu'il a une grande importance. Nous devons dire quelques mots de cette industrie chimique, qui a été créée par Leblanc, dans les premières années de la république, mais qui n'a été bien régularisée qu'en 1804, par d'Arcet.

Soude artificielle. — Le procédé amélioré de. Leblanc, qui est pratiqué dans les grandes fabriques de produits chimiques de Marseille, de Rouen, de Dieuze, etc., consiste à transformer le sel marin en sulfate de soude, puis à convertir ce dernier en carbonate par le moyen de la craie et du charbon.

La première opération est effectuée soit dans des

cylindres en fonte que nous avons représentés en parlant de l'acide chlorhydrique, soit dans des fours à réverbère.

La seconde opération, c'est-à-dire la conversion du sulfate de soude en carbonate, consiste à calciner le premier avec un poids égal au sien de craie et avec 0.55 de charbon ou de houille en fragments. Le mélange de ces trois substances, pulvérisées sous des meules verticales, est projeté dans un four à réverbère (fig. 16) de forme elliptique chauffé au rouge

Fig. iG.

vif. On remue fréquemment les matières étendues sur la sole d du four avec une espèce de longue ralissoire, dite râble } qu'on manœuvre plus facilement en la posant sur un rouleau / mobile tournant sur son axe et placé au devant de l'ouverture i, qui est à l'autre bout du foyer b. Peu à peu la masse s'agglutine, devient pâteuse et laisse dégager des bulles de gaz oxyde de carbone qui s'enflamment immédiatement. Lorsque ces jets de flammes cessent, que la masse est bien homogène et partout également fluide, on la retire du four et l'on recharge celwi-cÊ d'un nouveau mélange. Ce travail continue sans interruption nuit et jour jusqu'à ce que des réparations indispensables forcent d'arrêter.

La théorie de cette opération capitale est un peu

ClUMit APPLIQUEE. 4

çompliquée ; nous allons essayer toutefois de 1* faire Comprendre. Le charbon transforme d'abord le sulfate de soude en sulfure de sodium . en lui enlevant tout son oxygène et en produisant alors du gaz oxyde dç carbone. Le sulfure de sodium et le carbonate de chaux se décomposent ensuite réciproquement, et forment du sulfure de calcium et du carbonate de soude ; mais comme celte réaction s'opère à une température à laquelle la craie se décompose facilement, il eu résulte qu'une partie dç la soude reste caustique ou non carbonatée. De plus, comme il y a toujours un excès de chaux , celle-ci s'unit au sulfure de calcium et le rend complètement insoluble dans l'eau.

La soxule brute, retirée du four, est trop impure pour qu'on l'emploie telle quelle; on la raffine en l'épuisant de son carbonate de soude au moyen de lessivages méthodiques, et en faisant ensuite évaporer à siccité les liqueurs alçalinçs. Us lessivages sont exécutés à froid au moyen de l'appareil suivant, dit à double déplacement (fig. 17).

Fig. 17.

A, B, C, P, E,F, sont des vases en tôle dans lesquels s'opère le lessivage. La soude brute, réduite en fragments, est placée dans des paniers en tôle, II II. dont le fond seul est percé de trous nombreux; ces paniers sonl transportés dans les vases de lessivage au moyen d\m chariot à poulie, |T, qui se meut sur un petit chemin de fer suspendu, oo. Dans le haut de l'atelier se trouve un réservoir d'eau, IV, alimentant le premier vase, A, à l'aide du robinet 8. 1,2, 3, 4, b* et Ç, tuyaux eu fonte faisant communiquer la partie inférieure d'un

vase avec la parti* supérieure du vase suivant; ces tuyaux déversent le liquide dans les paniers, en sorte que l'eau traverse toute la soude brute contenue dans ces derniers avant de sortir des vases. La soude est donc toujours en contact avec de nouvelle eau, aussi elle est rapidement épuisée de son sel soluble. Le dernier vase, G, sert à laisser déposer la dissolution de soude avant de la soutirer dans les chou* dières d'évaporalion; elle marque de 20 à 23 degrés à l'aréomètre.

L'appareil d'évaporation consiste en quatre èftau- 1 dièfres, disposées en étages et chauffées par le même foyer. La première, c'est-à-dire la plus éloignée du foyer, sert à chauffer les lessives ; les deux suivantes sont destinées à leur concentration; enfin, celle qui est placée immédiatement au-dessus du feu reçoit les liqueurs très-concentrées déjà , et elles y sont évaporées à sec. On achève la dessiccation du sel dans un four à réverbère.

Le produit obtenu est une poudre blanche qui est connue dans le commerce sous le nom de tel de soude; c'est du carbonate de soude presque pur. On connaît plus particulièrement sous celui de cristaux de soude le même sel cristallisé. Celui-ci est préparé en faisant cristalliser les lessives précédentes pàr un temps froid. Ce carbonate cristallisé renfermé 62,79 pour cent d'eau, de sorte que 100 kit. né représentent véritablement que 37 kil. 21 décagr. de carbonate sec.

Le set de soude a presque complètement remplacé les soudes dites naturelles dans tous lèurs emplois. Il est beaucoup plus pur et plus riche eh principe alcalin. Sa fabrication a affranchi nos manufactures d'un tribut annuel de 20 millions de francs tyu'éileà payaient à l'Espagne pour avoir ses soudes. C'est là Convention nationale qui a provoqué cet Immèttse progrès.

Alun. — Il est peu dé sels dont les usages soient aussi multipliés que ceiix de l'alun. Les teinturiers

l'emploient comme mordant pour fixer la plupart des couleurs sur les différents tissus; il sert à fabriquer X acétate d'alumine, autre mordant préféré par les indienueurs. C'est par son intermède qu'on prépare un grand nombre de laques usitées surtout pour la coloration des papiers peints. Il est utile pour la conservation des peaux et fourrures et autres matières animales, pour le collage du papier à écrire, l'épuration et le durcissement du suif à chandelles, la clarification de différents liquides, la fabrication du bleu de Prusse, etc. La médecine tire parti de ses propriétés astringentes, et quand il a été calciné, elle le fait servir à ronger les chairs baveuses, les ulcères.

Ce sel, que les Orientaux nous ont fait cohnaitre, est un sel double, ainsi formé :

Alun à bue «le puU»>«.

Sulfate d'alumine. . .

Sulfate de potasse . .

Eau de cristallisation ,

ue.

Alua & bue d ntnuio

Sulfate d'alumine. . . 38,64

Sulfate d'ammoniaque . 12,88

Eau de cristallisation . 48,48

L'alun existe tout formé aux environs de plusieurs volcans, mais la quantité en est si faible qu'il faut recourir à différents procédés pour fournir au commerce les 4 ou 5 millions de kil. qui lui sont annuellement nécessaires.

Tantôt on le retire d'un minéral appelé alunite, qui existe en abondance dans les États de Rome. Cette pierre est une combinaison d'alun et d'hydrate d'alumine. En la calcinant, on détruit le composé, on isole l'hydrate, et en lessivant alors la masse calcinée, on enlève tout l'alun, qu'on fait cristalliser. 11 est coloré en rose par un peu d'oxyde de fer retenu mécaniquement entre ses particules. Il porte le nom Cl alun de Rome dans le commerce.

Tantôt on abandonne pu contact de l'air du sulfure

de fer mélangé d'argile , ou quelquefois on le grille. Le soufre se change en acide sulfiirique que l'alumine de l'argile convertit, pour la plus grande partie, en sulfate d'alumine. Par des lessivages on dissout ce sel, auquel il ne faut plus ajouter que du sulfate de potasse ou d'ammoniaque pour le transformer en alun. Il retient toujours du sulfate de fer. C'est là V alun de Liège, Y alun d'Angleterre, Yalun d'Allemagne, Y alun de Picardie.

Enfin, en traitant les argiles les plus pures par l'acide sulfurique faible, et versant dans les liqueurs concentrées du sulfate de potasse ou d'ammoniaque, on produit de toutes pièces de l'alun très-pur. C'est Yalun fin de Paris.

Les aluns sont d'autant plus estimés qu'ils contiennent moins de sulfate de fer, attendu que ce sel leur communique des propriétés nuisibles, notamment celle de brunir les couleurs délicates de la gaude et de la cochenille. On reconnaît leur impureté quand leur dissolution prend une teinte bleue, au bout de quelque temps, par l'addition de quelques gouttes du réactif nommé pmssiate de potasse jaune. Les aluns les plus purs sont ceux de Rome et de Paris.

Dans le commerce, l'alun est ordinairement en grosses masses blanches et translucides, qu'on obtient en fondant les cristaux dans leur eau de cristallisation, et coulant le liquide dans de grands vases où il se fige. Les cristaux isolés sont des octaèdres réguliers.

Couperoses. — Dans le commerce, on donne le nom de couperoses à plusieurs sels fort différents , les uns des autres par leur nature chimique; seulement on les distingue par leur couleur particulière : ainsi on appelle couperose verte le sulfate de fer, couperose bleue le sulfate de cuivre , et couperose

blanche le sulfate de zinc. Comme ces sels jouent un rôle important dans les arts, il est nécessaire de les étudier isolément.

A. Couperose verte ou ml fate ferreux. — Ce sel,, nommé aussi vitriol vert, se présente en gros prismes rhomboïdaux , transparents , d'un beau vert d'émeraude, contenant 42 à 45 pour cent d'eau de cristallisation. 11 a une saveur fortement styptique. Ses cristaux se recouvrent promptement dans l'air de taches ocreuses, ce qui est dû à la suroxygénation de l'oxyde ferreux et à sa conversion en sous-sulfate ferrique.

On le prépare très en grand dans les départements de l'Oise, de l'Aisne, de l'Aveyron, à Forges-les-Eaux (Seine-Inférieure), en exposant à l'air des schistes argileux v des lignites ou des tourbes dans lesquels se trouvent disséminées tes pyrites blanches ou sulfure de fer. Ces pyrites se fendillent, éclatent, tombent en poussière; le fer s'oxyde, le soufre s'acidifie, et les deux nouveaux produits se combinent pour former du sulfate de fer qui s'effleurit à la surface des tas. On lessive ceux-ci de temps en temps et les liqueurs concentrées fournissent, par le repos, des cristaux de couperose, qui portent alors les noms de couperose de Noyon, de Mairancourt, de Montatère, de Verberie, de Saint-Urcel, de Forges, suivant les localités de production.

Ailleurs , comme à Paris , Honfleur, Bouxvillers, etc., on traite les vieilles ferrailles par l'acide sulfurique affaibli et ne marquant que 20 à 25°; on évapore la dissolution dans de grands bassins de plomb , et on fait cristalliser dans des réservoirs en bois. On a alors les couperoses dites de Paris, de Honfleur, de Bouxvillers, toujours plus pures que les précédentes.

Pour dissimuler la grande acidité de certaines couperoses , qui affaiblit leur, couleur, les fabricants les colorent en vert foncé au moyen d'un peu de noix de galle ou de mélasse. La couleur foncée des couperoses n'est donc pas un indice de bonne qualité, comme le supposent les teinturiers et les autres industriels qui font usage de ce sel.

B. Couperose bleue ou sulfate cuivriqUe. — Ce sel est aussi connu sous les noms de vitriol bleu, vitriol de Vienne, vitriol de Chypre.

En France, on le prépare de toutes pièces, en mouillant des plaques de cuivre , les saupoudrant de fleur de soufre, et les chauffant au rouge dans un four à réverbère; il se fait d'abord un sulfure que l'oxygène de l'air convertit après en sulfate. En plongeant les plaques calcinées dans l'eau , on dissout le sel formé à la surface et on remet le cuivre *à nu; on recommence l'opération, et ainsi de suite^ jusqu'à ce que tout le métal soit sulfatisé : on concentre les dissolutions cuivreuses pour avoir le sel en cristaux.

Dans d'autres pays, on grille le double sulfure de fer et de cuivre naturel, nommé cuivre pyriteux; il se change en sulfate ; on lessive le résidu de la caU cination, et on fait cristalliser les lessives; on obtient alors un mélange de sulfate de fer et de sulfate de cuivre, qui porte spécialement le nom de vitriol de Salzbourg.

Le sulfate de cuivre est en gros prismes transparents, d'une magnifique couleur bleu d'azur; mais à l'air ils deviennent opaques et blanchâtres à leur surface, en perdant une partie de leur eau de cristal lisatton, qui s'élève jusqu'à 56 pour cent.

Si, dans une dissolution de sulfate de cuivre, faite dans les proportions de 4 parties de sel pour 24 parties d'eau, on ajoute une dissolution d'arsénite

(le potasse, obtenue en faisant bouillir dans 32 parties d'eau 1 1/2 d'acide arsénieux et 4 de potasse, on obtient un précipité d'un vert clair ou vert-pomme, qui consiste en arsênite de cuivre et que les fabricants de couleurs et de papiers peints connaissent sous le nom de vert de Schèele.

Le vert de Schweinfurt/i, le vert de Vienne , le vert de Brunswick , le vert d'Allemagne, le vert de Mittis sont des composés analogues, de nuances diverses, dont il se fait un débit considérable pour la peinture à l'huile et à l'eau, ainsi que pour la coloration des papiers de tenture.

C. Couperose blanche ou sulfate zincique. — Nommé encore vitriol blanc ou de Goslar, ce sel est employé dans la fabrication de quelques vernis pour rendre l'huile de lin siccative, et dans la préparation du blanc de zinc ou carbonate de zinc qui sert dans la peinture à l'huile et à l'eau, avec d'autant plus d'avantages, que cette belle couleur blanche ne noircit pas par les émanations sulfureuses. Les fabricants d'indiennes font aussi un assez grand usage du sulfate de zinc pour la composition de certaines réserves. Les médecins l'utilisent contre les ulcérations des gencives, dans le scorbut , contre les maladies des yeux, etc.

Dans le commerce, il est en masses saccharoïdes , ou eu plaques épaisses, ou en jolies petites aiguilles incolores et transparentes. On le prépare en grand, surtout prés de Goslar, dans le Hartz, par le grillage, à une basse température, du sulfure de zinc naturel ou blende, lessivant le résidu du grillage, faisant évaporer et cristalliser les eaux des lavages. Quand il est jaunâtre, il contient du sulfate de fer ; on l'en débarrasse aisément en le faisant bouillir avec un peu de nitreet d'oxyde de zinc, qui précipitent le fer à

l'état d'oxyde ferrique ; on filtre chaud et on laisse cristalliser par refroidissement; on a alors de beaux prismes transparents et incolores.

Chromâtes. — Le chrome est un métal remarquable par les composés oxygénés qu'il fournit, et qui tous sont pourvus de magnifiques couleurs. Voœydede chrome aune belle couleur verte, ïacide chromique est d'un beau rouge-pourpre, les chromates sont jaunes ou rouges.

V oxyde de chrome est une des couleurs minérales les plus utiles. Dans les manufactures de porcelaines, il sert à faire des fonds verts, très-foncés et trèsbeaux, sur ces sortes de poteries. C'est avec lui qu'on colore en vert toutes les matières vitreuses, le strass, les émaux. On l'utilise dans la peinture à l'huile et dans les vernis. Le vert de chrome des marchands de couleurs n'est autre chose que cet oxyde, qu'on peut se procurer par une infinité de procédés, mais surtout par l'ébullition ou la calcination du chromate de potasse avec le soufre.

Vacide chromique pur n'a aucun emploi, mais il n'en est pas de même des sels qu'il forme, et notamment des chromâtes de potasse et de plomb, qui jouent surtout un grand rôle dans les ateliers de teinture et d'impression. Comme c'est avec le chromate de potasse qu'on prépare tous les autres composés du chrome, disons comment on se le procure.

On trouve, aux États-Unis, en Sibérie, en Silésie, dans les monts Ourals, un minéral d'un gris noirâtre, qu'on appelle mine de chrome, et qui est essentiellement composé d'oxyde ferrique et d'oxyde de chrome. En calcinant sa poudre avec parties égales de nilre, l'oxyde de chrome passe à l'état d'acide chromique aux dépens de l'oxygène de l'acide azotique. De sorte qu'en traitant la masse calcinée avec

de l'eau bouillante, on a une dissolution jaune de chromatc de potasse,, qu'on purifie et qu'on obtient ensuite en petits cristaux.

Ce sel, d'un beau jaune citron, passe facilement à l'état de chromate acide ou de bichromate, si l'on ajoute dans la solution une certaine quantité d'acide azotique. Il devient alors rouge, et cristallise en larges tables rectangulaires, à bords aigus, d'une superbe couleur rouge orangé.

Lorsqu'on verse dans des dissolutions métalliques une solution de chromate jaune ou rouge, il y a double décomposition, et il se dépose des chromâtes métalliques caractérisés chacun par une couleur spéciale. Ainsi, dans les sels de plomb, on obtient par ce moyen un beau précipité jmi?iêf dans les sels de mercure, un précipité rouge orangé; dans les sels d'argent, un précipité rouge de carmin, etc.

Le chromate jaune de plomb est Une des couleurs minérales les plus éclatantes ; on en consomme beaucoup pour la coloration des caisses de voitures, des papiers de tenture, des différents tissus, des faïences et autres poteries. On le vend en morceaux cubiques sous le nom du jaune de chrome, et en trochisques sous celui de jaune de Cologne; mais, dans ce dernier cas, il est toujours mélangé de sulfates de plomb et de chaux : aussi sa nuance est moins riche.

Ce qu'on appelle pâte orange est un sous-chromate de plomb d'une belle couleur rouge, très-employé dans la peinture à l'huile et dans la fabrication des indiennes et des papiers peints. On le prépare en mêlant deux dissolutions bouillantes de chromate jaune de potasse et de sous-acétate de plomb, et faisant chauffer, avec un peu d'alcali, le précipité orangé obtenu.

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